Ma copine Turlutüt, la grive musicienne

jeudi 12 juillet 2018.
 

Durant l’été 2010, un oiseau prend ses aises dans mon petit jardin : poitrine mouchetée, tête fine, taille proche du merle. Il s’approche souvent lorsque je retourne de la terre pour profiter des vers déterrés mais aussi semble-t-il de larves et de certaines racines.

J’essaie progressivement de nouer conversation par un petit sifflement puis en imitant doucement son cri (Turlutüt). L’oiseau reste prudent, distant d’un bon mètre mais ne part pas penchant légèrement la tête sur le côté comme faisaient mes tarins ou chardonnerets lorsqu’ils étaient attentifs.

Un après-midi, je vois cette pauvre bête pendue tête en bas à la tonnelle par du fil de pêche enroulé autour d’une patte. J’attrape l’échelle et monte à son secours. Après quelques coups de ciseaux, je la prends dans les mains et la descends pour finir de libérer sa patte. Elle a dû beaucoup se débattre pour s’attacher à ce point. Cela me laisse le temps de bien analyser son corps ; elle ne me pique pas avec son bec, ne me griffe pas avec ses pattes mais marque plusieurs fois son désir de s’envoler au plus vite. Dès que le dernier cercle de fil est coupé, madame peut s’envoler et ne s’en prive pas.

Après une telle expérience, je craignais de ne pas la revoir. En fait, cette grive musicienne m’a fait le plaisir de revenir en 2011, 2012 et 2013 d’avril à octobre.

L’automne dernier, je découvris un matin des plumes de grive musicienne dans une allée. Je m’en voulus de ne pas avoir mieux empêché les chats d’entrer vu que cet oiseau passe beaucoup de temps au sol. Durant plusieurs mois, je crus Turlutüt dévorée par un matou ou un épervier. Quelle ne fut ma joie, mi-avril 2014, d’apercevoir une grive musicienne prendre les mêmes habitudes comme si elle connaissait parfaitement chaque cachette d’escargots. Je descendis retourner un peu de terre ; elle approcha, apprécia quelques vers ; Turlutüt, dis-je doucement ; c’était bien elle.

Je ferai six remarques sur son comportement :

- oui, elle mange beaucoup d’escargots. Pour briser la coquille, elle les tape parfois (en particulier les plus gros) sur une pierre plate ; beaucoup plus souvent, elle prend dans son bec un point de l’ouverture, penche la tête et racle plusieurs fois la coquille contre le sol, y compris de la terre sèche. Au bout de deux à cinq secondes, elle avale et passe à un autre. Elle me paraît raffoler des petits escargots qu’elle cherche intelligemment au ras du sol entre deux pierres, derrière une planche...

- qu’est-ce qui m’étonne le plus ? sa façon de pencher la tête presque au ras du sol comme pour mieux écouter la vie souterraine ; soudain le bec entre en action pique et déblaie ; en quelques secondes, elle peut avaler une larve, un petit ver, une racine bien choisie... En limitant (un peu) le nombre d’escargots, limaces et chenilles, ce couple de grives musiciennes me rend de grands services.

- elle paraît toujours en activité, sautillant sur la terre ou parmi les pierres, ramassant des brindilles (au printemps), avalant des vers pour s’envoler aussitôt (probablement vers son nid) et revenir très vite.

- je n’ai vu qu’une fois cet oiseau se disputer avec d’autres : il dégustait paisiblement des framboises lorsqu’un groupe d’une dizaine de moineaux s’est abattu sur la petite plantation.

- elle n’est pas gênée par la présence humaine et peut approcher à quelques centimètres du pied pour profiter d’un ver déterré par le jardinier. Cependant, elle reste toujours aux aguets et peut s’envoler au moindre geste inopportun.

-> son seul gros défaut : elle adore les fruits !

- Si vous trouvez sur votre cerisier des bouquets de noyaux, sans chair autour, encore attachés aux branches par la queue, c’est qu’une grive musicienne a choisi votre arbre préféré pour compléter son repas.

- Sa façon d’entamer les pêches mûres est également caractéristique car elle enfonce son bec jusqu’au noyau d’où un trou très propre, très net.

- Lorsqu’elle n’a plus en charge ses oisillons, elle passe une grande partie de la journée dans le parterre des framboises, prenant régulièrement sa quote-part parmi les plus belles.

Perdue dans la maison

Ce 25 septembre 2017, quelle ne fut pas ma surprise, en me levant, de trouver Turlutüt dans le salon. Ayant fermé toutes les fenêtres la veille au soir, elle était entrée en fin d’après-midi. Pourquoi ? par peur d’un rapace ? d’un chat ??? Elle ne s’est pas envolée à mon approche contrairement à mon appréhension. Je l’ai précautionneusement pris dans les mains, descendue au jardin près d’un point d’eau. Une demi-heure plus tard, elle n’avait pas bougé d’un millimètre et je l’ai cru bien malade. Une heure plus tard, ma petite fille passa à un mètre pour cueillir des framboises et la grive musicienne s’envola sans le moindre souci.

Jacques Serieys

Les oiseaux (récits, poèmes)


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