9 février 1849 Rome en révolution déchoit le Pape de son statut royal

mercredi 29 novembre 2017.
 

A) Le contexte

Le printemps des peuples de 1848 1849 s’étend dans presque tous les pays d’Europe.

L’épicentre de ces révolutions se situe dans la péninsule italienne. Si le rapport de forces y bascule en faveur des patriotes démocrates et républicains contre les armées autrichiennes, toute l’Europe peut basculer.

18 au 22 mars 1848 Milan en révolution chasse l’armée autrichienne

Après l’insurrection de la Lombardie, tout se joue à Rome, dans les "Etats pontificaux" dont le pape est reconnu roi par tous les tyrans couronnés d’Europe.

B) Fin de la royauté du pape

En pleine guerre d’indépendance (à laquelle participent de nombreux volontaires romains) face aux armées autrichiennes, le pape ne peut cacher dans ses prises de position publiques son alliance avec Vienne et les empires plutôt qu’avec les peuples.

Le 16 novembre 1848, une grande manifestation marche sur le palais papal demandant « un ministre démocrate, la constituante italienne et la guerre à l’Autriche ». Pie IX n’a aucunement l’intention d’accepter ; aussi, le 24 novembre, il préfère quitter Rome et se réfugier dans la forteresse de Gaète (royaume des Deux-Siciles) sous la protection de 3000 soldats envoyés par les "républicains" conservateurs français. Une "junte" princière se porte au pouvoir (prince Corsini, comte Camerata, comte Zucchini) mais se voit dénoncée comme "sacrilège" par le pape.

Dans ce contexte de guerre extérieure, de radicalisation populaire et de vide du pouvoir, la révolution romaine connaît un glissement rapide vers la gauche comme la révolution française. Parmi les évolutions politiques, notons l’influence grandissante de Mazzini et Garibaldi, le remplacement de Zucchini par Galetti dans la junte...

C) L’Assemblée Constituante proclame la république

Le 28 décembre 1848, les chambres sont dissoutes. Des élections au suffrage universel direct sont convoquées les 21 et 22 janvier pour former une assemblée constituante. Le 1er janvier 1849, Pie IX menace d’excommunication quiconque participerait à ce scrutin. Les démocrates remportent un large succès ; même Garibaldi est élu.

Le 5 février 1849, les députés constituants se réunissent.

Le 9 février, après 3 mois de négociations préalables, l’assemblée vote le fameux "décret fondamental" par 120 pour, 9 contre et 14 abstentions :

Art. 1 : Le pape est déchu de fait et de droit du gouvernement temporel des États romains.

Art. 2 : Le pontife romain aura toutes les garanties nécessaires à l’exercice de son pouvoir spirituel.

Art. 3 : La forme du gouvernement de l’État romain sera la démocratie pure et prendra le glorieux nom de République romaine.

Art. 4 : La République romaine aura avec le reste de l’Italie les relations qu’exige la nationalité commune.

Rome, le 9 février 1849, une heure du matin

D) L’oeuvre de la Commune de Rome

Cette république romaine constitue l’expérience politique la plus avancée de la poussée révolutionnaire des années 1848. Notons particulièrement les réalisations du "gouvernement" mis en place en mars 1849 par la Constituante comprenant Mazzini, Saffi et Armellini :

- adoption de la devise « liberté égalité fraternité »
- Premier Etat dans l’histoire humaine à supprimer la peine de mort
- Mesures sociales et financières
- Réquisitions de biens ecclésiastiques pour le relogement des miséreux
- lutte contre le chômage.
- Laïcité « l’exercice des droits civiques et politiques ne dépend pas de la croyance religieuse » (article 7 de la constitution).
- intégration dans cette Constitution des articles 2 à 21 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

E) L’Europe des palais, des sacristies et des casernes unie contre la république romaine

Le pape Pie IX fulmine sans cesse contre ces "socialistes" et même ces "communistes" qui lui ont pris son trône. Il déclenche une offensive générale du clergé catholique dans toute l’Europe pour que les rois et gouvernements lui viennent militairement en aide.

L’empire d’Autriche, allié fidèle de la papauté depuis cinq siècles, envoie effectivement une armée qui descend du Nord vers Rome. Elle se voit bloquée devant Ancône.

Le royaume de Naples (Deux-Siciles) lance également son armée vers Rome en venant du Sud. Garibaldi l’affronte victorieusement à Velletri.

En France, de nouvelles élections législatives portent la droite au pouvoir ; comme toujours, le pire est probable. Elle se réunit pour la première fois le 28 mai, prend position contre la république romaine le 29, rappelle son ambassadeur trop neutre le 1er juin.

F) L’écrasement de la république romaine

Le 2 juin, Alexis de Tocqueville, fieffé réactionnaire opposé à toute liberté hors celle des privilégiés, est nommé ministre des Affaires étrangères. Une armée française commandée par Oudinot a débarqué à Civitavecchia, officiellement comme force de paix.

Le 3 juin, cette armée française commence son attaque pour en finir avec les démocrates de Rome.

A Paris, Tocqueville use de toute son hypocrisie pour cacher la réalité devant l’Assemblée. Il est tellement réactionnaire qu’il prend Arthur de Gobineau (le théoricien raciste de référence pour le futur Hitler). Les troupes d’élite française face à Rome atteignent le total de 30000 soldats.

La population de Rome engagée dans la construction d’une république démocratique, étape vers une république démocratique italienne se bat avec l’énergie du désespoir. Citons :

- le glorieux Garibaldi (qui anime une défense désespérée et féroce) voit plusieurs de ses meilleurs amis mourir au combat (Emilio Morosini, Luciano Manara, Andrea Aguyar...)

- Goffredo MAMELI, auteur de l’hymne national italien actuel, est blessé à la jambe et meurt à 22 ans

- Enrico Cernuschi (qui s’est déjà distingué à Milan),

- le bataillon féminin dont la princesse Cristina de Belgiojoso qui servira de modèle pour la Sanseverina de la Chartreuse de Stendhal.

3 juillet : Après un mois de combat, l’armée française a enfin écrasé la république de Rome et peut rétablir le pouvoir royal absolutiste du pape Pie IX. Le "libéralisme" de Tocqueville a servi de fourrier au royalisme comme le "libéralisme" impulsera plus tard le fascisme dans les années 1918 à 1940.

Jacques Serieys


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