Révolution française de 1848 "C’était beau" (22, 23, 24 février)

dimanche 21 mai 2017.
 

1) De 1830 à 1848 : la Monarchie de juillet

En 1830, le peuple parisien se soulève contre la société totalitaire de la Restauration, son cléricalo-royalisme moyenâgeux, ses nobliaux revanchards et ses actionnaires rapaces.

27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée

Mais la grande bourgeoisie réussit habilement à accaparer le pouvoir autour d’un nouveau souverain, issu de la branche cadette des Capétiens : Louis-Philippe. Elle monopolise le pouvoir politique. Elle n’accorde le droit de vote qu’à 100000 électeurs (les plus riches) pour 33 millions d’habitants.

De 1846 à 1848, ce régime connaît une période très difficile avec un cycle habituel pour une crise capitaliste : mauvaises récoltes, baisse du pouvoir d’achat, surproduction industrielle, chômage, accroissement de la surproduction industrielle, faillites d’entreprises, crises bancaires. A tout cela s’ajoute une crise politique autour d’affaires de corruption en particulier.

Depuis 1835, les réunions et rassemblements de l’opposition sont interdits. Celle-ci utilise par exemple des enterrements pour se retrouver. En 1847, pour contourner cette interdiction de tout rassemblement, des opposants politiciens organisent des banquets.

2) Un petit fait déclenche une grande révolution

Sur la fin 1847, début 1848, ces repas cachant des réunions attirent des opposants divers à la politique menée par le gouvernement Guizot : royalistes orléanistes, libéraux démocrates, centristes, républicains, socialistes. Au fil de cette campagne, les discours se radicalisent prenant une tonalité de plus en plus républicaine et sociale.

Le banquet de clôture doit se tenir à Paris le 14 janvier 1848. Le gouvernement l’interdit. Repoussé au 22 février dans le douzième arrondissement de Paris il n’est toujours pas autorisé par le préfet. Cet décision mineure va provoquer la Révolution de 1848 et la fin définitive de la royauté en France.

Au soir du 21 février, les dirigeants de l’opposition décident d’annuler toute protestation pour le lendemain.

Cependant, deux forces vont contester dans la rue cet ordre anti-démocratique :

* le mouvement étudiant déjà mobilisé depuis le début de l’année contre la suppression des cours du grand historien Jules Michelet.

* le mouvement ouvrier, républicain et socialiste, poussé en avant par des conditions de vie extrêmement difficiles ( en 1848, deux tiers des ouvriers du meuble et du bâtiment sont au chômage et strictement sans le sou).

3) En ce 22 février 1848,

il fait froid et il pleut sur Paris. De bon matin, quelques silhouettes d’ouvriers contestataires hantent les abords de la Madeleine. Le nombre augmente au fil des minutes mais on ne peut même pas parler de rassemblement.

Soudain arrive sur la place un cortège d’étudiants parti du Panthéon. L’amalgame se réalise aussitôt en une manifestation d’environ 3000 personnes qui se dirige vers la Chambre des députés puis la Place de la Concorde... aux cris de "Vive la Réforme ! A bas Guizot !" (chef du gouvernement).

A 16 heures, le roi décrète l’occupation militaire de la capitale. Il dispose sur place de l’armée (30000 soldats), de 40000 gardes nationaux (choisis dans les couches aisées) et d’unités d’appoint (police, artillerie, forteresse...). Des incidents éclatent, l’armée use rapidement des armes, un premier manifestant est abattu.

4) Dans la nuit du 22 au 23 février,

un climat insurrectionnel gagne Paris, d’une famille pauvre à une famille d’exclus, d’une chambre d’étudiants à des amis, d’un ouvrier socialisant à ses voisins, d’une rue à l’autre.

Le soulèvement populaire est tellement fort que de nombreux gardes se sentent concernés par des gens de leur famille, leurs propres enfants...

5) 23 juillet : l’armée tire : 50 morts

Dans la matinée du 23, des bataillons de la garde nationale se posent en arbitres entre le peuple d’un côté, l’armée et la police de l’autre. La 2ème légion (boulevard Montmartre) lance même le cri de ralliement "Vive la Réforme". Pour calmer la protestation, le roi Louis-Philippe annonce dans l’après-midi qu’il remplace Guizot par Molé à la tête du gouvernement.

La surexcitation anxieuse de la journée laisse alors place à un apaisement général. De nombreux Parisiens s’attardent à déambuler sous les lampions.

La proximité de cette foule victorieuse, joyeuse, fatiguée, inorganisée avec les barrages maintenus de l’armée peut dégénérer au moindre incident.

Il éclate... Une unité du 14ème régiment de ligne ouvre le feu boulevard des Capucines, couchant sur le pavé 50 morts et de nombreux blessés.

6) Nuit du 23 au 24 février : 1500 barricades se dressent

En pleine nuit, un réseau plus fort que les 100000 soldats du roi, s’active. Un premier groupe entre dans une église pour sonner le tocsin ; dans le lointain, un second groupe lui renvoie l’écho nocturne d’autres cloches. Tout Paris résonne, tout Paris se lève dans l’obscurité des ruelles. Des manifestants commencent ce que l’histoire appellera "la promenade des cadavres". Quelques fusils apparaissent qui permettent de s’attaquer aux armureries puis de les dévaliser. Avec quelques armes, une barricade peut être utile face à l’armée. Lorsque le jour se lève, environ 1500 barricades se dressent dans Paris.

Flaubert a bien décrit l’ambiance de cette nuit du 23 au 24 février : « Le spectacle du chariot contenant cinq cadavres recueillis parmi ceux du boulevard des Capucines avait changé les dispositions du peuple ; et, pendant qu’aux Tuileries les aides de camp se succédaient, et que M. Molé, en train de faire un cabinet nouveau, ne revenait pas... l’insurrection, comme dirigée par un seul bras, s’organisait formidablement. Des hommes d’une éloquence frénétique haranguaient la foule au coin des rues ; d’autres dans les églises sonnaient le tocsin à pleine volée ; on coulait du plomb, on roulait des cartouches ; les arbres des boulevards, les vespasiennes, les bancs, les grilles, les becs de gaz, tout fut arraché, renversé ; Paris, le matin, était couvert de barricades... A huit heures, le peuple, de bon gré ou de force, possédait cinq casernes, presque toutes les mairies, les points stratégiques les plus sûrs. D’elle-même, sans secousses, la monarchie se fondait dans une dissolution rapide".

Plusieurs peintres ont aussi magnifiquement rendu compte de ces barricades, de leur aspect hétéroclite comme de leur majesté symbolique, de leur détermination comme de leur courage, de leur radicalisation rapide avec des drapeaux rouges improvisés flottant sur des hampes ou des manches à balai, au dessus de pavés entassés.

7) 24 février : la révolution victorieuse

Le 24 février au matin, la foule porteuse d’espérance s’enhardit encore ; à midi, elle attaque le Palais Royal. Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils puis s’enfuit à l’étranger dans l’indifférence. Ainsi finit le dernier jour de la royauté française.

Bien évidemment, comme en 1830, des banquiers, des hommes de loi, des politiciens, de prétendus "serviteurs de l’Etat" qui s’étaient prudemment tenus éloignés des combats, se réunissent une fois le roi parti, pour se montrer parmi les vainqueurs, pour se positionner comme ministrables ou postulants à un strapontin institutionnel.

Dans ces courts moments où l’Histoire hésite sur le chemin à prendre, l’initiative réfléchie d’un groupe, la clarté d’esprit et la hardiesse d’un dirigeant peuvent peser de façon décisive.

8) 25 février : formation d’un gouvernement provisoire

Ainsi, le 25 février 1848, naît la légende vraie de François-Vincent Raspail, chimiste (c’est lui qui a découvert le premier les microbes), médecin des pauvres militant, carbonaro, futur candidat républicain et socialiste aux élections présidentielles. Souvent emprisonné, il n’a jamais trahi sa devise "N’embrasser jamais la cause d’un homme mais toujours celle de l’humanité".

Raspail, passeur de la révolution française au socialisme, candidat à la présidence de la république le 11 décembre 1848

Vers midi, Raspail se rend à l’Hôtel de Ville de Paris où se réunit le "gouvernement provisoire". Au nom du prolétariat et du peuple parisien, il lui ordonne de proclamer la République dans un délai de deux heures. Passé ce temps, il serait de retour avec 200 000 hommes.

A ce moment-là, les insurgés sont encore armés et galvanisés par leur victoire ; ils sont encore groupés avant de s’en retourner chacun dans son quartier et sa famille ; ils tiennent encore leurs glorieuses barricades dont la démolition doit souvent commencer dès le lendemain. Il faut aller vite ! Aussitôt l’ultimatum posé par Raspail, Paris se couvre de slogans : République française ! Liberté, Egalité, Fraternité.

9) Le gouvernement proclame alors la République

Honneur à ces anonymes qui abattirent pour toujours la royauté en France mais perdirent en févier 1848 : 350 morts, sans compter plus de 500 blessés !

Michelet avait reçu des derniers survivants de 93 cet héritage "c’était beau". Les acteurs de 48 auront le droit de transmettre le même héritage "c’était beau"...

Honneur aussi à eux car au mois de juin de la même année quelques bourgeois et militaires "républicains" les décimeront à la première occasion : 4000 parisiens tués par la soldatesque dans les combats, 1500 fusillés, 11000 emprisonnés dans des conditions affreuses et déportés, 25000 arrestations.

Cependant : les peuples d’Europe reprennent le flambeau, de Cologne à Milan, de la Hongrie à l’Illyrie, de Vienne à Venise, de Rome à Francfort, de la Sicile au Sleswig-Holstein, de la Sardaigne au delà de l’Atlantique : Québec, Amérique latine ... L’Europe royalo-cléricale du Congrès de Vienne disparaît dans la tourmente.

Quand j’étais enfant, les gens de gauche connaissaient encore quelques chansons sur les Géants de 1848. En effet, jusqu’à la tuerie de juin, la révolution va même souffler dans les plus petits villages, comme en 93. Un de ces jours, j’en ferai un article concernant l’ Aveyron.

10) Chronologie de février à juin 1848

25 février : Proclamation de la république et du "droit au travail"

26 février : Constitution de la garde mobile (composée de jeunes gens de 16 à 20 ans pris dans le sous-prolétariat et touchant une solde journalière de 1,50 franc)

27 février Décret sur l’organisation des ateliers nationaux

28 février Nomination de la commission gouvernementale sur les questions du travail (dite commission du Luxembourg) sous la présidence de Louis Blanc (1ère réunion le 1er mars)

16 mars Manifestation de la partie bourgeoise de la garde nationale

17 mars Contre-manifestation ouvrière

16 avril Echec de la manifestation ouvrière au Champ de Mars. Victoire politique de la bourgeoisie. Ledru-Rollin apparaît comme le sauveur de l’Etat

23 avril Election de l’Assemblée nationale

4 mai Ouverture de l’Assemblée constituante

10 mai Formation de la Commission exécutive présidée par Arago. Premier ministère avec Cavaignac comme ministre de la guerre

15 mai Manifestation en faveur de la reconstitution de la Pologne. Une délégation ouvrière pénètre dans l’Assemblée nationale. Arrestation de Barbès suivie le 28 mai par celle de Blanqui.

21 juin Décret de la Commission exécutive sur l’incorporation dans l’armée de tous les ouvriers célibataires âgés de 18 à 25 ans, inscrits sur les listes des ateliers nationaux.

22 juin Manifestation ouvrière. Délégation auprès de la Commission exécutive

23 au 27 juin Insurrection ouvrière. Dictature de Cavaignac qui dirige le massacre avec la collaboration de Lamoricière, Bedeau et Perrat. Proclamation de l’état de siège.

11) Liens

25 février 1848 : Première proclamation du droit au travail

28 février 1848 : Ange Guépin devient commissaire du gouvernement provisoire à Nantes

27 avril 1848 "Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves"

Du 24 février au 26 juin 1848 Il y a 163 ans, la Révolution et la république, du lyrisme à la répression sauvage du mouvement ouvrier

Jacques Serieys

http://bibnumcermtri.fr/IMG/pdf/La_...


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