Le syndicalisme chrétien

dimanche 16 décembre 2018.
 

1919 - Création de la CFTC.

L’origine doctrinale du syndicalisme chrétien est contenue dans l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII le 15 mai 1891. Cette encyclique marque l’histoire de l’Eglise. Elle crée une rupture avec les élites catholiques traditionnelles et traditionalistes. Le pape reconnaît aux ouvriers le droit de s’associer et incite les catholiques à affirmer les principes chrétiens au delà du libéralisme et du socialisme.

En France, l’Eglise catholique avait été un pilier de l’ordre social d’Ancien régime puis un soldat de la contre-révolution. Après cette proclamation se créent dès avant 1914 des structures professionnelles liées à l’Eglise catholique ; elles vont s’unifier en 1919.

Cette création marque l’entrée dans le pluralisme syndical.

Les principaux points de la doctrine de la CFTC

1° - une idée de la profession organisée ;

Il s’agit de développer une conception selon laquelle les professions concluent des Conventions collectives et créent des ententes, des contrats avec les employeurs, cependant sous le contrôle de l’Etat.

En 1936, le plan proposé relevait de ce corpus doctrinal. Si pour la Cgt il s’agit de développer le contrôle ouvrier dans l’entreprise, pour la Cftc, l’entreprise est une communauté ... On peut donc en modifier les structures pour y installer la démocratie économique. Il en résulte l’idée d’une participation financière des salariés pour remplacer le monopole patronal par un capitalisme populaire, par l’actionnariat ouvrier. On est dans la ligne reprise plus tard par le gaullisme de gauche de l’association capital-travail.

La Cftc, de ce fait, est opposée aux nationalisations et propose l’idée d’une économie mixte. Une idée qui sera exprimée par Mitterand en 1981, qui néanmoins nationalisera beaucoup...

Positionnement : ni jaune* ni rouge !

2° - La place décisive de la famille et de l’école ;

Pour la Cftc, la famille est la cellule de base de la société. Il en découle des options de sauvegarde :

- des allocations familiales pour assurer la place et le maintien de la femme au foyer pour élever les enfants ;

- la défense de l’école confessionnelle dite libre.

3° - la conception de l’action syndicale

La grève n’apparaît pas comme un moyen ultime. Mais dans la pratique, comme en France le patronat n’accepte pas plus le syndicalisme chrétien que le syndicalisme laïque et de classe de la CGT, la CFTC recourra aussi à la grève. Quand les patrons en appelleront au pape pour dénoncer les troubles occasionnés par la Cftc, le souverain pontife tranchera en faveur de la Cftc.

Les actions sont valorisées

La revendication doit être sérieuse et crédible, développée avec une argumentation de faisabilité. La Cftc crée des caisses de résistance pour les conflits. L’ambivalence s’exprime entre les deux guerres par des contacts étroits avec le patronat et aussi des actions communes avec le Cgt.

4° - Le féminisme

Dans sa doctrine la place de la femme est au foyer. Mais les syndicalistes chrétiens doivent admettre l’existence des femmes travailleuses, qu’ils vont organiser dans des syndicats distincts. L’aspect positif de cette autonomie en sera la création d’un espace de formation pour des cadres féminins, à la différence de la Cgt où le patriarcat naturel de l’époque s’exercera au détriment des camarades femmes. Cette situation perdurera jusqu’en 1944 où la mixité sera adoptée.

Une organisation très longtemps minoritaire.

En 1936, la CFTC revendique 60 000 syndiqués face aux 800 000 de la Cgt qui seront 5 millions en 1937...Son ancrage principal est chez les employés, les mineurs et les cheminots.

Après les grèves du Front populaire commencera un début « d’ouvriérisation » qui se poursuivra à la Libération.

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne et le courant Reconstruction

La JOC**, une organisation de jeunes créée en Belgique dans le prolongement de l’encyclique Rerum Novarum pour évangéliser la jeunesse ouvrière, va beaucoup influencer l’action de la Cftc à partir de 1922. Dès son implantation en France, la JOC deviendra une pépinière de cadres pour la Cftc. Elle était divisée entre garçons et filles et le demeurera jusqu’en 1960.

Cette non mixité était une constante dans les mouvements de jeunesse d’avant guerre, confessionnels comme laïques. Il faudra attendre la Libération pour constater la mixité acquise dans la Résistance.

Avant la seconde guerre mondiale, la Cftc est insérée dans l’univers du catholicisme social avec un soutien moral et matériel. Les réunions des syndiqués ont lieu dans le cures.

Avec la JOC et « Le Sillon » de Marc Sangnier, il s’est mis en place un Réseau catholique intellectuel.

Cependant ce réseau syndical, en raison de sa faiblesse ne pourra pas participer aux accords Matignon en 1936.

Le courant Reconstruction

Les militants sont formés en lien avec la JOC. En 1925 est créée l’Ecole Normale Ouvrière dont les premiers enseignants sont des prêtres.

Paul Vignaux, enseignant de l’histoire médiévale fait entrer une idée simple et féconde, après la guerre :

-  la distinction entre d’une part l’enseignement du droit, de l’économie, la sociologie... d’autre part l’enseignement moral réservé au clergé.

-  il introduit l’idée d’une laïcisation des savoirs syndicaux, tout en se référant à la morale sociale de l’Eglise, tout comme les statuts de la CFDT adoptés en 1964 continuent de le faire.

Une minorité de ses partisans se regroupent autour de la revue Reconstruction.

L’apport de la JOC est déterminant. C’est un vecteur essentiel des idées nouvelles. Ces transformations sont le fruit des grèves de 1936 et de pénétration du mouvement ouvrier. Ces jeunes ouvriers formés vont occuper des postes de responsabilité. C’est un début de rupture avec les cols blancs qui constituaient la majorité des troupes du syndicat chrétien.

Vignaux*** est aussi le responsable du SGEN, le syndicat chrétien des enseignants. C’est le seul syndicat qui a réussi à faire accepter la laïcité au sein de la CFTC.

*« Les jaunes » :courant syndical qui a existé avant 1914. C’était une création du patronat le plus réactionnaire : « la Confédération des Jaunes ». Cette organisation antigréviste d’extrême droite (Sternell) a été la base prolétarienne du fascisme en France. De puis l’expression jaune est employée pour qualifier les briseurs de grève et les collaborateurs du patrona.

De la Résistance à la Libération

Pendant la guerre, la CFTC noue des liens avec la CGT. Elle pourra ainsi être représentée au CNR ( Conseil National de la Résistance)

Après la guerre, la minorité « Reconstruction » va développer des débats sur :

-  La conception de l’action syndicale : est-elle destinée à « établir la paix sociale » ou à conduire à la lutte revendicative ?

-  la référence chrétienne au sein du syndicalisme chrétien. Ils mèneront la confédération sur la voie de la laïcisation. En 1947, les statuts adoptés font référence à la morale chrétienne mais pas à l’encyclique Rerum novarum. A la « lutte des classes » toujours répudiée, succède : « l’inacceptation du développement systématique des antagonismes de classe ».

-  le non cumul des mandats politiques et syndicaux ( résolution de Fernand Hennebicq au congrès de juin 1946). Le courant Reconstruction réclame sa déconnexion du MRP ( Mouvement Républicain Populaire*), parti démocrate-chrétien qui à l’instar de la doctrine sociale de l’Eglise prône la collaboration de classe alors que des militants syndicaux sont réprimés et licenciés par le patronat. C’est une volonté de développer l’autonomie syndicale, à la fois à l’égard des partis politiques et le refus d’une entente entre employeurs et salariés.

-  L’adaptation des structures. Aux structures professionnelles où employés et ouvriers sont dans des organisations différentes, la CFTC préfère un syndicat unique de l’entreprise dans la même branche professionnelle. Elle va permettre l’accession aux responsabilités des ouvriers.

-  L’insertion internationale. La CFTC refuse de s’affilier à la FSM, la centrale internationale dominée par les communistes qui succède à la FSI (Fédération Syndicale Internationale) pour adhérer à la Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens (CISC).

HISTOIRE : de la Libération à 1964

En 1947, lors de la scission de la CGT, dont FO se sépare, se pose la question de l’unité avec ce courant pour créer une nouvelle centrale indépendante du communisme. Mais FO répond avec dédain à ces avances.

1953-1957 - Les minoritaires de Reconstruction accroissent leur influence, sans cependant accéder aux responsabilités. Ils incitent à la rénovation en puisant non seulement dans la tradition du syndicalisme révolutionnaire français mais aussi dans le travaillisme anglais. Il est nécessaire de saisir l’importance de cette double tendance idéologique pour comprendre les différentes évolutions de la future CFDT.

La minorité réclame une idéologie sociale acceptable, non seulement par les militants chrétiens mais par tous ceux qui aspirent à un socialisme démocratique.

Durant cette période, des militants CFTC de Reconstruction vont dénoncer la collusion des majoritaires avec Paul Bacon, le ministre du travail MRP pendant les grèves de 1953 et participer à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie en soutenant les réseaux du FLN.

C’est seulement après les grèves de 1957 que Reconstruction arrive au Bureau confédéral avec Eugène Descamps. Métallurgiste, c’est le prototype du militant ouvrier issu de la JOC. Il deviendra secrétaire général en 1961.

Les vieilles générations disparaissent avec la mort de Gaston Teissier ( président de 1948 à 1953).

1960 - Création du PSU avec l’apport de militants politiques socialistes et chrétiens (Michel Rocard), des laïques ( Pierre Mendès-France dont Reconstruction se sent proche, Edouard Depreux), communistes (Jean Poperen).

1964 - LE CONGRES. naissance de la CFDT

Les délégués mandatés par 73 % des militants votent pour l’abandon du sigle CFTC.

Un long conflit commence entre les minoritaires de la CFTC maintenue et la nouvelle CFDT.

Les minoritaires se sont regroupés autour de Joseph Sauty, Jacques Tessier et Jean Bornard. L’organisation conserve ses statuts dont l’orientation autonome et « apolitique » est confirmée au Congrès d’octobre 1965 à Vincennes.* ( chapitre 10 du programme CFTC- René Mouriaux- Syndicalisme et politique)

Le secrétaire général, Jean Bornard confirmera inlassablement cette orientation aux Congrès de 1971, en 1973, en 1975, en 1977. Ce positionnement érigé en principe de base conduira la centrale à refuser : « une déviation globale des mouvements de grève sur le plan politique », comme en 1920 et 1936 ...

Il déplore une opposition systématique (de la CFDT) aux accords professionnels. Si la CFTC appelle à la grève contre le plan de rigueur de Raymond Barre le 24 mai 77, elle refuse de participer aux manifestations organisées par la CGT et la CFDT unies par le Pacte d’Unité d’action depuis 1966. Quand au congrès de 1979, la CFDT recentre son action, Jean Bornard condamne ce qu’il considère comme l’aveu d’une trop grande politisation. En 1981, il dénonce le grand nombre de conseillers CFDT qui entourent le nouveau pouvoir socialiste.

Cependant la CFTC ne jouera pas l’affrontement avec le gouvernement d’Union de la Gauche, même si elle reproche « son manque de réalisme » au ministre du Travail, Jean Auroux qui assiste à son congrès de Strasbourg en nov. 81.

Mais en 1982, elle s’oppose vivement à la nationalisation de l’enseignement privé et se joint à l’opposition de la droite en participant au rassemblement de Pantin avec Giscard et Jean Lecanuet.

Elle proteste contre le blocage des salaires en 1982.

Représentation électorale

Elle se trouve confortée dans cette orientation par un succès relatif aux élections prud’homales du 8 décembre 1982 où elle progresse de 1,31 % pour atteindre 8,46 %.

Puis à celles de la sécurité sociale le 19 octobre 1983 où Jacques Chirac et Barre avaient clairement appelé à voter en faveur de la centrale chrétienne : 12,30 % ( CFDT : 18,38 %. Le score était de 22,5 % en 1962, avant la scission et de 25 % en 1945, à la Libération).

On peut relever aussi une progression continue, bien que très minoritaire, de sa représentation dans les comités d’entreprise où elle passe de 2,4 % en 1966 à 3,8 % en 1984.

Son influence est limitée à 3,3 % en 83 dans les commissions paritaires centrales de l’administration publique.

Nombre de syndiqués :

La centrale n’indique que des pourcentages de progression entre 71 et 76 d’environ 4 % chaque année sauf en 72, 73, 74, une moyenne de 3 % entre 77 et 81 et une stabilisation de 82 à 84.

Peu de données sont disponibles sur le nombre d’adhérents, même si la CFTC avait annoncé lors de son congrès de 2002 qu’elle afficherait plus de transparence.

Elle revendiquait 128 000 adhérents (en 2003) puis 132 000 (en 2004) alors qu’elle en annonçait 250 000 en 2000..

Ceux-ci ont augmenté - officiellement - d’un peu plus de 20 % entre 1992 et 2005... Ces évolutions ne semblent pas sans lien avec des changements de direction - sinon de stratégie.

Liste des adhérents

Celle-ci est établie selon une convention de 8 cotisations par adhérent. Comme à la CFDT, cela conduit à surévaluer les effectifs réels, d’autant plus que près de la moitié des syndiqués chrétiens auraient leurs cotisations directement prélevées sur leurs comptes bancaires (lequel prélèvement fonctionne 12 mois sur 12). En interne, la CFTC comptabilise d’ailleurs ses effectifs selon la convention de 10 cotisations (à la CFTC, on parle de « parts mensuelles » ou PM) pour un adhérent. Cela tend à indiquer que ce serait notre dernière hypothèse qui serait la plus plausible. La CFTC compterait donc 109 000 adhérents en 2005, dont environ 100 000 actifs (ces chiffres sont confirmés par l’estimation, fondée sur les audiences électorales.)

Selon un « état des lieux » des effectifs dressé en 2005, la CFTC se composait alors de 1 107 syndicats, de taille relativement variable, mais les 2/3 des adhérents étaient concentrés dans les syndicats les plus importants (comptant au moins 150 adhérents). Il apparaissait également que la population des syndiqués était très concentrée, à la fois sectoriellement (4 fédérations : commerce et services, enseignement privé, métallurgie, collectivités territoriales - accueillant plus de 50 % des adhérents) et territorialement (6 unions départementales regroupant un tiers des adhérents et, par ailleurs, quasi absence de syndiqués dans 46 départements).

De fait, la CFTC demeure surtout implantée dans un grand quart nord-est : Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Alsace, Lorraine.

Par fédération, les évolutions sont contrastées depuis 1999 : 4 fédérations déclinent assez sensiblement (Chimie-Mines-Textile-Energie, Défense arsenaux, Fonctionnaires d’Etat, organismes de Protection sociale) ; 2 fédérations stagnent (Banques et Enseignement privé) ; 3 fédérations progressent légèrement (Communication, PTT, personnels de la Santé et de l’action sociale) ; 5 fédérations progressent fortement, pour l’essentiel dans le secteur privé (Agriculture, Bâtiment, Finances, Transports, Métallurgie et, surtout, Commerce et services).

• Informations de Dominique Labbé et Andolfatto - les syndiqués en France.

LE PROJET CFTC POUR « MIEUX VIVRE »

Mettre la croissance économique au service de tous

L’économie doit être au service des hommes.

Le développement de l’emploi garantit la cohésion sociale et favorise l’épanouissement des personnes. Les régimes de solidarité reposent sur lui. Il faut construire une croissance durable source d’emplois...

Le salarié a droit à la juste rémunération de son travail...

Droit à l’emploi et droit au salaire sont le même droit de vivre. Le salaire est un facteur de demande et donc d’emploi.

Créer un cadre de vie favorable aux familles

La CFTC apporte son soutien aux familles dans l’entreprise comme au niveau des territoires, dans le cadre du paritarisme (protection sociale, logement...) comme vis à vis des pouvoirs publics.

Il s’agit, au travail, de faire prendre en compte toutes les dimensions de la personne (salarié, parent, acteur associatif...) permettant ainsi une réelle conciliation des différents temps de vie et la reconnaissance des tâches d’utilité collective.

Les entreprises ont des responsabilités - y compris financières - en matière de politique familiale. La CFTC préconise que les questions familiales soient intégrées dans la négociation d’entreprise et de branche notamment en ce qui concerne l’organisation du travail, la mobilité, les plans sociaux.

Construire un nouveau statut du travailleur

Le monde du travail a beaucoup changé. Il faut désormais s’adapter, se former tout au long de la vie, changer de métier, d’entreprise... Le travail des femmes rend plus impérative la non discrimination et la prise en compte de la vie familiale...

Le statut du travailleur proposé par la CFTC vise à répondre à ces évolutions. Il est construit sur trois axes :

* une continuité des droits (rémunération, formation, protection sociale...) pour réduire les risques de précarité, garantir une vie décente, ... mais aussi ouvrir aux personnes des possibilités de choix d’activités, le temps choisi pour permettre de mieux concilier vie familiale, associative, et culturelle avec la vie professionnelle,

* l’association des salariés à la vie de l’entreprise par leur participation aux décisions stratégiques, à la répartition des bénéfices et à l’organisation des conditions de travail.

LA CFTC vue par elle-même...

Avec 132 000 adhérents, la Confédération française des travailleurs chrétiens a réalisé un score de 9,7% aux élections prud’homales de décembre 2002, en progression de 2,2% par rapport à 1997. Aux dernières élections des comités d’entreprise, la CFTC est la seule confédération syndicale à progresser, avec 6,7 % contre 6 % en 2001 et moins de 5 % quelques années plus tôt. La CFTC compte aujourd’hui 1 145 syndicats regroupés en 16 fédérations professionnelles (commerce-services-forces de vente, enseignement privé, métallurgie, collectivités territoriales, transports, télécoms, banques...). La CFTC est divisée en 22 unions régionales, 100 départementales et 249 unions locales.

Depuis 1964, la CFTC a été dirigée par Joseph Sauty (1964-1970), Jacques Tessier (1970-1981), Jean Bornard (1981-1990), Guy Drilleaud (1990-1993) et Alain Deleu (1993-2002)

Son président actuel est Jacques Voisin.

Jacques Voisin, né en 1950 à Obies dans le Nord, marié, père de 2 enfants, adhère à la CFTC en 1975 et devient délègue syndical de son entreprise. En 1977, il devient permanent de l’Union régionale CFTC du Pas-de-Calais. C’est en 1987 qu’il est appelé à exercer au niveau confédéral la responsabilité du secteur formation professionnelle. Secrétaire général adjoint en 1990, il est élu Secrétaire Général de la Confédération en 1993, est réélu au congrès de Nantes en 1996 et obtient un troisième mandat lors du congrès de Dijon, en 1999. Il devient en novembre 2000 vice-président de la CFTC, chargé de la mobilisation des équipes syndicales. Il est élu Président au Congrès de Toulouse (novembre 2002), réélu au Congrès de Bordeaux en novembre 2005.

Jacky Dintinger est secrétaire général.

Jacky Dintinger est né le 30 janvier 1954, il est marié et père de deux enfants. Après un CAP d’électromécanicien, il est embauché chez Continental, à Sarreguemines (Moselle). Il prend sa carte immédiatement. En 1977, il est élu délégué du personnel et membre du comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) dont il deviendra plus tard secrétaire. Il est ensuite nommé secrétaire du CE et du comité de groupe ainsi que vice-président du comité d’entreprise européen. En 1990, il est élu président de l’Union départementale CFTC de Moselle. Il entre au bureau confédéral en 1993. Compte tenu de son attirance pour le terrain, c’est tout naturellement que Jacques Voisin lui propose, lors du congrès de Dijon en 1999, le poste de Secrétaire général chargé de l’action en entreprise. Enfin, le 1er novembre 2000, il devient secrétaire général de la CFTC, réélu en 2002 au Congrès de Toulouse et au Congrès de Bordeaux en novembre 2005.

"Le sens de notre action syndicale" :

L’ouvrage qui est paru décline ces valeurs : la solidarité, la liberté, la justice sociale, la participation démocratique, l’exigence de développement durable... “ qui sont, certes, largement partagés dans notre société, poursuit Jean-François Vanneste, mais auxquelles l’inspiration sociale chrétienne apporte un éclairage particulier par son exigence de respect de la dignité de la personne et de fraternité, en particulier pour les plus fragiles. ” Une exigence qui se traduit, en acte, par la volonté de créer des dispositifs contenus dans le Statut du travailleur qui visent à sécuriser les parcours de vie, à permettre de s’épanouir et de donner la possibilité de concilier les différents temps de vie. Une exigence qui devrait, aussi, engendrer des comportements syndicaux spécifiques de la part des structures et des militants de la CFTC : proximité, écoute, service, ouverture aux autres, indépendance, négociation, espérance, souci du bien commun.

Le rapport du CONGRES de DIJON ( 2000 )*

Pour la CFTC, la politique contractuelle reste au cœur de son action syndicale : « Au-delà de la défense du droit de grève, la CFTC a beaucoup fait pour que tous les travailleurs disposent de moyens effectifs de recours contre l’arbitraire, avec la médiation, le conseiller du salarié et le renforcement de la défense prud’homale, et maintenant les procédures négociées d’alerte sociale qui vont permettre de régler les conflits sociaux sans porter préjudice au public et aux travailleurs. »

Elle pose le problème de la réforme de l’entreprise avec le développement de la participation. Toujours la vieille idée de collaboration de classe et de l’association capital-travail : » la réforme de l’entreprise, a permis de créer un droit à la participation qui ne demande qu’à être développé et modernisé ».

La démocratie sociale ne peut fonctionner « que dans la stricte distinction des responsabilités par rapport à l’action politique ». Le respect des valeurs chrétiennes est naturellement rappelé, avec le droit à la vie (donc contre l’avortement).

Avec le droit au devoir « Chaque droit appelle un devoir. D’une certaine manière, les devoirs justifient l’exercice des droits. », la CFTC accepte et revendique une égalité entre ce qui devrait être un droit pour chaque homme (droit universel) mais sous conditions de devoirs à remplir, en échange du respect des droits. Cette conception néo-libérale de la société démontée par Jacques Généreux **dans son livre la Dissociété implique qu’il n’y a pas de droits sans obligation, que le « seul droit social dont dispose un individu est d’exiger que les autres respectent leurs obligations ... Les individus n’acceptent que l’échange de droits ».Or « la quasi totalité des philosophies et des courants politiques reconnaissent qu’il existe des droits inaliénables de l’individu, droits attachés au seul fait d’être humain, et donc absolument sans contreparties préalables. Tels sont les droits de l’homme... la pensée moderne admet un socle minimum de droits fondamentaux de la personne humaine qui échoient à chacun, à sa naissance, et lui restent dus même s’il ne satisfait pas à ses obligations envers la société. Le discours libéral est commun à Margaret Thatcher, Nicolas Sarkosy et Ségolène Royal :« il n’y a pas de droits sans responsabilités » ( .**Jacques généreux ( économiste socialiste et chrétien) -La Dissociété - Le Seuil P.262)

« La vraie notion de justice sociale doit dépasser le jeu des rapports de force pour devenir l’expression de la solidarité ». La solidarité évoquée ici ressemble plus au bon vouloir patronal, puisque la justice sociale ne pourrait pas naître d’un rapport de force. Or sans ce rapport de force, exercé par l’exercice démocratique du pouvoir ou imposé par un conflit, il n’y a jamais eu de conquête sociale.

"L’action de la CFTC : Ce n’est pas autre chose que mettre en œuvre les trois concepts essentiels de liberté, de responsabilité et de solidarité ...La négociation, le paritarisme, le partenariat social reposent sur ce principe".

Des syndicalistes CFTC, parfois aidés financièrement par le patronat ? (ci-dessous, article de Libération)

Pour la première fois, un négociateur de la CFTC raconte comment le patronat a tenté en vain de le corrompre dans le cadre de discussions sociales.( Renaud Lecadre )

Un syndicaliste accepte d’évoquer, à visage découvert, les relations parfois incestueuses entre l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) et les syndicats de salariés. Jean-Claude Duret, 65 ans, ancien ingénieur chez Thomson (rebaptisé Thalès), a milité pendant quinze ans à la CFTC. Il n’entend pas démontrer que le patronat arrose systématiquement les syndicats pour leur arracher une signature, simplement narrer sa propre expérience. La scène se passe en juin 1998, au siège parisien de l’UIMM. Les partenaires sociaux sont réunis pour renégocier la convention collective des cadres. Le patronat souhaite rogner leur régime de départ en retraite : à la différence des autres salariés, les cadres peuvent travailler jusqu’à 65 ans ; si leurs employeurs veulent s’en débarrasser dès 60 ans, il doivent verser l’équivalent d’une indemnité de licenciement. Jean-Claude Duret,membre de la délégation CFTC, ne voit pas pourquoi il devrait lâcher du lest. D’entrée, il est marqué par l’ambiance au QG de l’UIMM : « La CGC donne à Denis Gautier-Sauvagnac du “monsieur le président” long comme le bras. Seule la CGT gueule, pour la forme. » Assis à la table des négociations, son supérieur de la CFTC lui glisse : « Tu vas faire capoter la réunion si tu poses des questions. Te casse pas la tête, on signera quand même. » Sauf que Duret est du genre tête brûlée. Après esclandre, il quitte brusquement la réunion, suivi par un type en costard, membre de la délégation de l’UIMM. qui lui pose cette question fâcheuse : « Quels sont vos besoins ? » Jean-Claude Duret s’indigne derechef, le type en costard ne se démonte pas : « Tout homme a son prix, un syndicaliste n’est pas incorruptible. Je vous serre la main, c’est pour la dernière fois. » De fait, Duret ne sera pas convié par la CFTC aux réunions suivantes. Il y voit « la preuve que le patronat choisit ses partenaires syndicaux. » Dernier souvenir de cette mémorable journée : le soir, l’ensemble des délégués syndicaux se retrouvent au restaurant. Duret veut régler son addition. On lui rétorque : « T’inquiète, c’est payé par le patronat. » Interrogée hier par Libération, l’UIMM n’a pas souhaité réagir. Au sein de la CFTC, un ex-cadre confirme l’histoire. De surcroît, la centrale syndicale lui aurait fait miroiter une retraite aux petits oignons contre son silence... La révision à la baisse de la convention collective des cadres a finalement été signée dans son dos. Deux ans plus tard, il s’agit de la ratifier entreprise par entreprise. Chez Renault, pilier de l’UIMM, le financement des syndicats par l’employeur fait alors jaser en interne : « Une fois de plus, on achète le silence et le bon vouloir des syndicats. » Chez Thomson, Duret entend faire de la résistance locale en tant que délégué CFTC. Il fait circuler une pétition exigeant la « suppression de l’accord UIMM », dénonçant le « chantage du patronat pour obtenir des syndicalistes dociles ». Après avoir suspendu ses subventions à la CFTC, la direction de Thomson obtiendra la tête de Duret. En août 2000, la Fédération de la métallurgie retire sa délégation aux syndicalistes maison, remplacés par des apparatchiks fédéraux. En octobre, la Fédération metallo de la CFTC présente à la direction de Thomson la liste de ses candidats aux élections professionnelles, précisant que « le nom de M. Duret n’y figure pas »... Un an plus tard, c’est la mise à la retraite d’office, Jean-Claude Duret étant victime directe de la révision au rabais de la convention collective,qu’il a combattue en vain. L’adversaire était-il trop fort ? Sa plainte pour discrimination syndicale vient d’être validée par la Cour de cassation. Il est désormais prêt à tout déballer devant les tribunaux.

http://www.liberation.fr/actualite/... © Libération

CONCLUSION :

Nous avons cité cet article in-extenso car il illustre assez parfaitement les concepts exprimés dans le rapport du congrès des Dijon, le rôle joué par cette centrale très minoritaire autant par son nombre d’adhérents (- de 100 000 ) que par sa représentativité électorale.

Elle est utilisée par le patronat pour signer des accords minoritaires auxquels s’opposent les grandes confédérations véritablement représentatives, en échange semble-t-il, parfois d’une certaine "aide".

Cela ne peut que brouiller l’image de la représentativité des syndicats que le MEDEF voudrait légitimer...

Allain Louis GRAUX

Bibliographie

**Sur la JOC , lire « Pêcheurs d’hommes » de Maxence Vandermeersch

***Paul Vignaux - De la CFTC à la CFDT - : Syndicalisme et socialisme. « Reconstruction(1946-1972) » - Les Editions ouvrières, 1980.


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