Guerre de l’eau bénite : un tournant

lundi 7 octobre 2019.
 

1) Qu’est ce que l’eau bénite ?

A l’entrée de chaque église une vasque (parfois plusieurs) contient une eau bénie par un prêtre ou un évêque. Tout chrétien pénétrant dans "la demeure du Seigneur" doit y tremper ses doigts pour se signer "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit". Elle est également utilisée par le curé lors de cérémonies liturgiques.

Cette coutume constitue un héritage de pratiques religieuses anciennes, en particulier juive et romaine. Dans le cadre du catholicisme, elle rappelle le sacrement de baptême par l’eau purificatrice.

Dans les régions à forte pratique religieuse, l’eau bénite était également placée au dessus-de la porte d’entrée de la maison pour empêcher Lucifer d’entrer, au-dessus de la porte de la grange pour éloigner le feu... Des croyants en prélevaient un peu après la messe dominicale pour participer à leurs prières familiales quotidiennes car ce liquide consacré avait la réputation de soulager les âmes en souffrance du Purgatoire.

En fait, l’eau bénite présentait de nombreux avantages bien résumés dans cet extrait que j’ai relevé sur le web « Celui qui prend de l’eau bénite et s’asperge lui-même ou asperge d’autres objets présents ou absents peut être assuré que chaque fois la prière de l’Église montera vers le Ciel et attirera des grâces sur son corps, sur son âme, sur tous les objets touchés par l’eau bénite. Elle met en déroute la puissance des mauvais esprits. D’où le proverbe : ‘’ Il a peur de ceci ou de cela, comme le diable de l’eau bénite. »

Cette eau était réputée comme moyen de guérison et entrait dans plusieurs rites comme la bénédiction contre la rage canine lors de la Saint Hubert. Dans mon enfance, j’ai été ainsi béni par quelques gouttes lors de la messe annuelle de Saint Geniez des Ers, contre les maladies bronchiques si mon souvenir est bon.

2) 800 ans de guerre de l’eau bénite

Dans mon département de l’Aveyron, une très grosse majorité de cadres politiques de la gauche en milieu rural s’affirmaient croyants dans la première moitié du 20ème siècle. Cependant, l’eau bénite faisait partie de leurs chevaux de bataille préférés contre l’Eglise catholique en tant qu’institution.

Combien de fois fusaient des plaisanteries du type "Savoir qu’un tel (ou une telle) a trempé ses doigts dedans me suffit pour éviter toute la vie d’y toucher". Leur argument de refus du rite de l’eau bénite n’était donc pas religieux mais sanitaire. Il faut dire qu’au milieu du 20ème siècle, un nombre important de ruraux ne disposaient pas de cabinet pour leurs besoins, ni même d’eau courante. Le matériel utilisé pour s’essuyer les fesses était très naturel : de l’herbe ; il est vrai que les mains étaient parfois plus sales que les fesses après cet exercice.

En fait, cette bataille de l’eau bénite poursuivait un combat ancien contre l’eau bénite ayant généré des contes et des chants, vivifié en particulier par le protestantisme. Il a donné dans mon village une très ancienne chanson reprise par les Camisards des Cévennes

Los de la rivieira d’Antraigas

Del benitièr n’aiman pas l’aiga

Màs tal de braves costobins

S’avudariàn puslèu al vin

Ceux des vallées d’Entraygues

N’aiment pas l’eau du bénitier

Mais, en bons Coustoubis

Ils s’adonnent plutôt au vin.

3) Ce n’est pas parce qu’une eau est bénite qu’elle est forcément saine" (British Medical Journal)

Ce périodique britannique rendait compte d’une analyse d’eau bénite qui avait provoqué une éruption de boutons sur trois jeunes filles qui s’en était légèrement aspergé le visage. En fait, des vers d’un demi-centimètre de long logeaient gratuitement dans la vasque sacrée.

Plusieurs autres études ont également conclu en la nocivité de la plupart de ces eaux.

En 1998, des scientifiques en mirent quelques gouttes en culture et décelèrent rapidement la présence de levures, staphylocoques et mêmes moules.

Le magazine "Environmental Microbiology" lança une étude similaire à partir d’eau prélevée dans deux bénitiers de Séville (Espagne). Les chercheurs distinguèrent 37 espèces de bactéries dont certaines très pathogènes.

A Dublin, les chercheurs constatent que des usagers de drogue intra-veineuse nettoyaient leurs seringues à l’abri des regards dans les bénitiers.

Le fait le plus significatif me paraît être celui rapporté par le British Medical Journal concernant un jeune homme de 19 ans, infecté à l’hôpital par la bactérie hautement pathogène Pseudomonas aeruginosa. Les médecins sont profondément troublés par cette infection et encore plus profondément dubitatif sur son origine... jusqu’au jour où l’un d’eux est présent dans la chambre du malade lors d’une visite (par ailleurs régulière) de sa tante qui l’asperge d’eau bénite. Aussitôt analysée, celle-ci s’avère chargée de Pseudomonas aeruginosa.

Après une enquête assez large, des chercheurs autrichiens concluent : Seules 14% des eaux étudiées sont conformes aux critères de salubrité nationaux."

Conclusion

Notre lecteur peut constater sur le web à quel point l’eau bénite constitue à présent une marchandise sous forme de flacons, bracelets, bonbons, croix... Même le site Amazon (vente en ligne) s’est mis sur les rangs.

Oui, nous vivons un tournant dans la guerre de l’eau bénite tant en matière de croyance, de rite comme de connaissance.

Hyacynthe


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