21 22 août 1968, dix-neuf partis communistes disent NON à l’Union soviétique

samedi 1er septembre 2018.
 

Premières prises de position des différents partis communistes et ouvriers mondiaux sur les événements tchécoslovaques.

Les positions des cinq partis des pays du Pacte de Varsovie qui sont intervenus militairement, du Parti communiste bulgare, du Parti socialiste ouvrier hongrois, du Parti socialiste uni allemand, du Parti ouvrier unifié polonais, du Parti communiste de l’Union soviétique sont clairs : ils justifient l’intervention par « l’existence de la contre-révolution en Tchécoslovaquie et de la nécessité de défendre le camp socialiste contre ce danger.« 

Ils critiquent notre révisionnisme, notre presse, « prétendument libre mais en réalité contre-révolutionnaire, anticommuniste et antisoviétique », notre « prétendue réforme économique », « une prétendue autogestion d’entreprise. » En Pologne, on parle, en plus, du « danger du sionisme. »

Le Parti du travail albanais « désapprouve » cette action militaire comme »acte des révisionnistes soviétiques », mais en même temps il critique « le révisionnisme tchécoslovaque » et reproche au Parti communiste tchécoslovaque son "penchant vers l’idéologie bourgeoise et le compromis avec les impérialistes. »

Des positions semblables ont été prises par les partis communistes chinois et birmans.

Le Parti socialiste uni de Berlin Ouest « soutient pleinement » l’action militaire des cinq pays.

Le Parti communiste luxembourgeois « soutint sans nuance » le point de vue des cinq pays.

Le Parti communiste portugais est « d’accord » avec l’action militaire, mais d’après des « nouvelles non confirmées » dans la journée.

Le Parti communiste grec « approuve » l’action militaire, mais « pas unanimement. »

Le Parti communiste allemand se prononce « en faveur« de l’action des cinq pays.

La majorité de la direction du Parti communiste des Etats-Unis « approuve » l’action, la minorité juge cette action militaire comme « une erreur grave », et critique le secrétaire général G. Hall qui soutient l’action.

Le parti communiste français a fait plusieurs déclarations à travers lesquelles il « désapprouve » la manière de procéder des cinq pays. Waldeck Rochet a jugé cette action comme « une erreur grave. » Le Parti communiste français demande « la normalisation en Tchécoslovaquie dans le cadre de la souveraineté du Parti communiste et du gouvernement tchécoslovaque.« 

Le parti communiste italien, dans plusieurs documents et proclamations officielles, « désapprouve » l’entrée des armées des cinq pays en Tchécoslovaquie. Il soutient « le cours de la politique d’après janvier 1968 » dans le pays. « La normalisation rapide de la vie politique en Tchécoslovaquie et le départ des troupes« sont considérés par le PCI comme « le pas le plus important à faire pour que les relations entre les pays socialistes puissent se développer sur la base de l’égalité, de l’indépendance et de la souveraineté de chaque Etat. »

Le Parti communiste autrichien a fait une déclaration sur « la nécessité du départ des armées des cinq pays, et sur celle d’appliquer le programme d’action du Parti communiste tchécoslovaque. » Il s’est montré « prêt à soutenir la direction Dubcek du Parti communiste tchécoslovaque dans son effort d’autonomie. »

Le parti communiste suédois « désapprouve très vivement« l’action, et « demande le retrait inconditionnel des troupes étrangères du territoire tchécoslovaque. »

Le Parti communiste norvégien « désapprouve » l’action militaire. Il la considère comme »une violation du principe de souveraineté qui devrait exister entre les pays socialistes. »

Le Parti communiste danois estime que la situation qui s’est crée des suites de l’entrée des troupes en Tchécoslovaquie est « incompatible avec les principes d’égalité selon lesquels chaque pays doit avoir la possibilité de développer sa propre démocratie socialiste suivant les conditions particulières. » Il estime que « la réaction internationale tirera profit cette de cette action militaire pour contrer le mouvement communiste international. »

Le Parti communiste finnois espérait que la situation intérieure en Tchécoslovaquie pouvait être résolue « par des moyens politiques. » L’action des cinq pays est « nuisible ou mouvement ouvrier mondial. »

Le Parti communiste hollandais présente un « manifeste » dans lequel il critique l’action militaire, et considère sa « solidarité envers le Parti communiste tchécoslovaque comme son devoir internationaliste. »

Le Parti communiste belge se prononce « contre l’action militaire », et soutient la thèse d’après laquelle « l’indépendance des partis communistes est le point essentiel du renforcement du mouvement ouvrier mondial. »

Le Parti communiste espagnol exprime son « désaccord » avec l’action militaire.

Le Parti communiste de Grande-Bretagne exprime son « regret » devant cette action militaire et souligne qu’ »aucune raison capable de justifier cet acte n’a été apportée. »

Le Parti socialiste uni d’Islande « désapprouve » l’action, et le Parti ouvrier irlandais se prononce »contre » l’action des cinq pays.

Le Parti communiste de San Marino « désapprouve » l’action.

Le Parti communiste d’Irlande du Nord « désapprouve l’intervention » et la considère comme « une erreur grave. »

Le Parti travailliste suisse se déclare « contre l’action militaire. »

Le Parti communiste australien « refuse » l’action des cinq pays.

C’est avec une impatience fébrile et grandissante que sont attendues en Tchécoslovaquie les prises de position de la Yougoslavie de Tito de de la Roumanie de Ceausescu. Les nouvelles qui arrivent au fur et à mesure de Belgrade et de Bucarest provoquent des explosions de joie dans les rues de Prague.

La Ligue des Communistes yougoslaves « désapprouve fermement l’action des cinq pays.« Outre « la défense des principes de souveraineté et du droit de chaque parti de déterminer sa propre politique », elle critique « la politique du partage du monde en deux blocs, qui défavorise les petits pays. » Ce n’est pas tout. Nous apprenons que l’armée yougoslave mobilise.

Le parti communiste roumain « désapprouve sans équivoque l’entrée des cinq pays en Tchécoslovaquie. » Outre les arguments que constitue « le droit de chaque pays et chaque parti de suivre sa propre voie », il souligne « la souveraineté politique de chaque Etat socialiste et la nécessité d’établir des relations dans le camp socialiste telles que ce droit soit respecté.« Ce n’est pas tout. Nous apprenons que le gouvernement roumain a interdit aux troupes soviétiques de traverser le territoire de la Roumanie, qui est portant membre du pacte de Varsovie, et que le parti communiste roumain, avec Ceausescu en tête, préparent des meetings de masse dans les grandes villes.

Au fur et à mesure que ce jour fatidique touche à sa fin, le Kremlin sent fondre comme neige au soleil son assurance et son contentement de soi. Il se passe trop de choses, sortant de l’ordinaire, au « mouvement communiste mondial. »

Dans la soirée du 21 août, les fragments d’informations épars, sur lesquels travaillent sans relâche les experts soviétiques, commencent à former une immense mosaïque inquiétante. A la fin du premier jour de l’occupation militaire de la Tchécoslovaquie, dix-neuf partis communistes, pour la première fois de leur histoire, ont dit NON à l’Union soviétique.

Je mes laisse guider par l’hebdomadaire tchèque Politika, n° 4, 19 septembre 1968. J’ai effectué de nombreuses traductions des textes de cette revue, jusqu’à son interdiction, qui ont été publiées, avec la préface et la présentation de Pierre Broué, dans Ecrits à Prague sous la censure (août 1968-juin 1969), dans Etudes et documentation internationale.

Karel Kostal


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