Évariste Galois, mathématicien, étoile de l’épopée républicaine révolutionnaire française

mardi 14 novembre 2017.
 

1) Evariste Galois, figure de l’épopée républicaine française (par Jacques Serieys)

Né en 1811, il subit dans sa jeunesse le totalitarisme cléricalo-royaliste de la Restauration. Son père, directeur d’école et maire de Bourg la Reine se voit attaqué par le clergé de la façon habituelle durant plus d’un siècle : faire circuler des écrits anonymes et les attribuer à la personnalité de gauche que l’on veut détruire avant de passer à une autre, de la même façon ou d’une autre tout aussi infâme. Souvent, malheureusement, la victime se laisse envahir par un sentiment maladif de persécution. Ainsi, se suicide le père d’Evariste Galois.

Le fils, Evariste, entre comme interne au lycée Louis le Grand à Paris avant d’intégrer l’Ecole Préparatoire (ensuite Ecole Normale Supérieure). Il brille en grec et en mathématiques.

Dès l’âge de quinze ans, ses travaux en mathématiques signalent la naissance rare d’un génie. Dans le même temps, il s’engage politiquement.

1827 : Premier prix de mathématiques au concours général

Octobre 1828 : Entrée en mathématiques spéciales, classe de M. Louis Richard qui reconnaît immédiatement ses qualités exceptionnelles  : « Cet élève a une supériorité marquée sur tous ses condisciples. »

1er avril 1829 : Publication d’un théorème sur les fractions continues périodiques dans les Annales de mathématiques de Gergonne

25 mai et 1er juin 1829 Le mathématicien Cauchy présente à l’Académie des sciences un travail de Galois sur les équations algébriques de degré premier

Février 1830 : Dépôt à l’Académie des sciences d’un mémoire sur la résolubilité par radicaux des équations algébriques pour concourir au grand prix de mathématiques de l’Académie

Avril 1830 : Publication d’un article dans le Bulletin de Férussac sur la résolubilité des équations par radicaux déduites de la théorie des permutations

10 novembre 1830 Adhésion à la Société des Amis du Peuple qui comprend les militants ayant assuré la transition entre la Révolution française ( Montagnards robespierristes, Babouvistes...) et le socialisme : Étienne Arago, Louis-Auguste Blanqui, François-Vincent Raspail...

Ces républicains :

- luttent contre la récupération politique par la grande bourgeoisie et le roi Louis-Philippe de la révolution de 1830

- luttent contre le sort misérable des milieux ouvriers et populaires

- luttent contre la politique étrangère des libéraux au pouvoir qui trahissent déjà systématiquement les espoirs progressistes en soutenant les régimes autocratiques en place, que ce soit en Espagne, en Pologne, en Italie, en Allemagne...

Le 9 décembre 1830, le directeur de l’Ecole (présentée alors comme le premier établissement universitaire) exclut Evariste de son établissement en prétextant un article non signé dans la Gazette des écoles.

A dix-neuf ans, le jeune républicain ouvre alors un cours public de mathématiques.

Début janvier 1831

- Enrôlement dans l’artillerie de la garde nationale

- Publication de la lettre Sur l’enseignement des sciences dans la Gazette des écoles

Le 9 mai 1831, lors d’un grand banquet de la Société des Amis du Peuple, Evariste se fait remarquer par sa radicalité. Le lendemain matin, il est arrêté et emprisonné. Son "cours public" qui lui permettait de vivre est évidemment fermé alors que l’incarcération se poursuit. Lors du procès, il se défend magnifiquement et gagne l’acquittement.

Le 14 juillet 1831, les Républicains ont prévu un défilé avec plusieurs points de départ dont celui du Pont neuf pour les étudiants. Evariste Galois, placé en tête de cortège, se voit aussitôt arrêté et écroué le soir même à la prison de Sainte Pélagie. Il y restera enfermé au régime commun jusqu’au 16 mars 1832. Condamné par le tribunal correctionnel de Paris, la peine fut confirmée par la cour d’appel. Les conditions d’incarcération d’un jeune physiquement très fragile comme lui font peine. Un jour, il fut mis au défit de boire, à lui seul, une bouteille d’eau de vie ; il s’en acquitta mais en paya aussitôt le prix quant à sa santé.

« Grâce pour cet enfant si chétif et si brave qur le front duquel l’étude a déjà gravé, en rides profondes et dans l’espace de trois ans, soixante ans des plus savantes méditations ; au nom de la science et de la vertu, laissez-le vivre ! Dans trois ans, il sera le savant Evariste Galois ! » (François-Vincent Raspail, emprisonné en même temps que lui pour participation au défilé du 14 juillet 1831).

Le 16 mars 1832, pour des raisons de santé (épidémie de choléra), il est transféré dans une maison de santé bien surveillée par la police. Il se laisse attirer dans un traquenard dont plusieurs biographes pensent qu’il a été monté par la police du régime orléaniste grâce à une jeune dame rencontrée là par le jeune Galois. Le 30 mai, celui-ci doit se battre en duel. La veille, il rédige trois lettres dont une à tous les républicains et une à Auguste Chevalier qui avait essayé de l’aider. Le 31, à dix heures du matin, il expire.

Pour éviter des désordres lors des obsèques, la presse parisienne ne peut publier l’information. "Le Précurseur", journal lyonnais, donne le 1er juin, les précisions suivantes « Le pistolet étant l’arme choisie par les adversaires... ils s’en sont remis à l’aveugle décision du sort. A bout portant, chacun d’eux a été armé d’un pistolet et a fait feu. Une seule de ces armes était chargée. Galois a été percée d’outre en outre par la balle de son adversaire ».

« Abandonné sur le terrain, il fut relevé quelques heures plus tard par un paysan qui le transporta à l’hôpital Cochin... Galois refusa le secours d’un prêtre. Il mourut le 31 mai à dix heures du matin. » (André Dalmas)

Lors de ses obsèques le samedi 2 juin, sont présentes une députation de la Société des Amis du Peuple, des étudiants, un détachement de l’artillerie parisienne (dont l’orientation républicaine est tellement marquée que c’est sous son uniforme que Galois avait commencé le défilé du 14 juillet 1831), de nombreux amis qui portent le corps, à bras, jusqu’au cimetière Montparnasse où il est placé dans la fosse commune.

Jacques Serieys

Bibliographie :

- Evariste Galois, révolutionnaire et géomètre, par André Dalmas, Fasquelle Editeurs, 1956

- Icare trahi, par Jean-Paul AUFFRAY, Editions Françoise Lamy, 2011

2) Évariste Galois, le précurseur foudroyé

Le « Rimbaud des maths » aurait deux cents ans. Le roman vrai d’un républicain acharné, amoureux éconduit, mort dans un duel qui est peut-être un assassinat politique.

C’était le Rimbaud des mathématiques. Un Rimbaud qui ne serait pas parti au Harrar, mais qui serait mort dans l’éclat de ses vingt et un ans. C’est la légende de Galois, et on peut céder sans scrupule à son charme romantique. Mais la réalité qui lui sert de socle, parfois avec quelque distance, n’est pas moins passionnante. Jean-Paul Auffray, auteur de nombreux livres scientifiques et d’une monumentale biographie, s’est donné pour tâche, pour le deuxième centenaire de la naissance d’Évariste Galois, de faire vivre pour un temps le flamboyant destin de celui qui incarne le génie, la révolte,
 la jeunesse.

Est-ce pour la cause républicaine que le jeune normalien tombe près des étangs de la Glacière, ce 31 mai 1832, l’abdomen percé par la balle d’un pistolet  ? Le duel, sans médecin ni témoins, a pour objet officiel la défense de l’honneur d’une femme. Pourtant l’amour n’a peut-être rien à voir dans la mort d’Évariste Galois. Très vite, la thèse d’un meurtre 
antirépublicain se répand.

Enfant précoce, soigneusement instruit par une mère cultivée, dès son arrivée à Louis-le-Grand, Évariste brille, en particulier en grec. C’est alors qu’il découvre les mathématiques qui l’absorbent totalement, au point qu’il néglige les autres matières qui auraient pu le faire admettre à Polytechnique. Il se rabat sur l’École préparatoire, future Normale sup. À dix-huit ans, encore à « Louis », il publie son premier article sur les fractions continues. Malgré un accueil tiède à l’Académie des sciences, qui se contente d’encouragements et lui demande de réécrire ses mémoires, il est très tôt reconnu, et soutenu par Cauchy, le grand mathématicien français de l’époque. Ses travaux jettent les bases d’une théorie des groupes formels, un des piliers des mathématiques modernes. Mais une autre passion le sollicite, la fièvre républicaine. Les Trois Glorieuses n’ont abouti qu’à un changement de dynastie, et Galois, qui s’inscrit à la Société des amis du peuple, présidée par Raspail, affiche son républicanisme. Son engagement le mène en prison, pendant l’épidémie de choléra de 1832. C’est à l’occasion d’un transfert qu’il fait la connaissance de l’« infâme coquette » qui sera la cause de ce duel qui n’est – peut-être – qu’un assassinat masqué.

On en saura plus en lisant Jean-Paul Auffray. Loin de ses ouvrages savants habituels, il adopte le ton des romans populaires de l’époque, se fait un peu Eugène Sue, et nous donne sur ce thème où la science se mêle à l’aventure un livre qui nous rend cette figure bicentenaire infiniment présente.

A. N., L’Humanité


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