Au club des poètes, devinez qui ? Dominique de Villepin

mercredi 22 août 2018.
 

Ce fut un bien agréable week-end qui a commencé comme vous savez, par ce chouette résultat irlandais. Et puis, on a eu droit à un somptueux quart d’heure culturel, pour peu qu’on se trouve du côté de Montpellier. Vous y étiez ? Non ? Sans blague ? Vous avez donc loupé LA chose du siècle. Printemps des poètes, ou vague cousinade, ils avaient déplacé une brochette de pointures, pour lire des vers. Parmi ceux-là, un personnage flamboyant, tout en cheveux (blanchie sous le harnais, la chevelure !), a lu ses auteurs préférés. Césaire, Darwich, Char, Cendrars le bourlingueur et d’autres encore. Du beau linge, me direz-vous. Oui, sans contestation possible.

Là où ça devient drôle, c’est quand je vous aurai balancé le nom de l’acteur : Dominique de Villepin soi-même en personne, venu gratifier le public ébahi de ses qualités de comédien. Vous imaginiez cette éventualité, lorsque, du haut de sa grandeur, sa seigneurie nous toisait comme si on n’était tous que de vagues larbins. Vous savez ce qu’il a osé dire, en arrivant sur scène ? Ne riez pas trop fort, vos voisins vont taper au plafond ! « J’aborde ce moment avec une immense sérénité, à la mesure de l’humilité avec laquelle je vais vers le public. » Humilité ! Ben mazette ! Il y en a qui n’ont décidément peur de rien, en ce pauvre pays.

Humilité ! Quand Villepin parle d’humilité, c’est un peu comme si Benoît le seizième commentait l’Art d’Aimer, ce genre ! Il s’était fait accompagner par une kora, cet instrument africain rigoureusement magique (si vous n’avez jamais entendu le son de la kora dans la nuit ivoirienne, vous ne savez pas ce que veut dire le mot envoûtement. Enfin, moi, je vous dis ça, parce que c’est comme ça que je la sens cette musique...), tout ça pour nous dire que la poésie l’a accompagné tout le temps qu’il était à Matignon. Ah oui... Ben dis donc, qu’est-ce que ç’aurait été s’il avait aimé le clairon, le sieur aux blancs cheveux. Il a encore sorti d’autres sentences définitives, belles comme l’antique, dont une qui m’a bien amusée, enfin, amusée n’est peut-être pas le mot juste, on va dire étonnée.

En gros, ça disait à peu de choses près, que les poètes sont « de plain pied dans la réalité, dans la barbarie, qui cherchent comment aller à la rencontre de l’autre dans son étonnante diversité ». Et aussi que ce qui l’avait poussé, lui, Dominique le magnifique, à donner cette lecture publique, ce n’est que « l’amour des autres, le bonheur de partager, mais en même temps la conviction qu’il y a une urgence dans la poésie, dans les messages de la poésie pour tous ceux qui sont confrontés à des douleurs sur lesquelles ils n’arrivent pas à mettre de mots... » Vous aviez eu cette impression-là, jusqu’en mai 2007, vous ? Quand déjà sous son ministère magnanime on dégageait en charter des petits gamins qui n’en demandaient certes pas autant.

Souvenons-nous, les premières manifs de RESF, qui donc était premier ministre ? Le pauvre, comme il a dû se faire violence pour signer certains décrets d’expulsion, c’en est pathétique, rétrospectivement. Pour un peu, je viendrais bien pleurer avec lui, pas vous ? Vous voyez bien, quand on vous disait qu’on ne connait jamais vraiment les gens qu’on aime !

Sans compter que dans la série, les premiers ministres déculottent leur pensée intime, on a eu Fillon qui nous a avoué être un fan de corrida. Pour un Sarthois bon teint comme lui, ça fait un peu exotique, c’est le moins qu’on puisse dire. Une pensée nous taraude, évidemment : dans l’arène élyséenne du moment, qui fait le matador et qui fait le taureau ? Nico ? François ? Eh pas si facile de répondre... En attendant, les idiots qui paient leurs places, c’est bien nous ! Et ils la paient plutôt cher ces temps-ci...

Et pour conclure en beauté, entr’aperçu tout à l’heure sur Canal, le chef, enfin le futur ex-chef du PS. Très en verve, ce François-là itou. On compare Besancenot à Le Pen ? Laissons dire... Il s’amuse de bons mots, il reprend au vol des âneries de première bourre sur tout et n’importe quoi. Il m’a fait l’effet d’un « fin de race » assez piteux, pour finir. Ne mérite pas beaucoup mieux que les vannes sordides qu’on balance sur lui ici et là. Douteux, le personnage l’est devenu, à n’en plus douter. Quand je pense qu’il y a peu encore, je lui disais un soir : « Rouge, la cravate, François, n’hésite pas, rouge, nom de Dieu ! Pas de demi-mesure. Annonce la couleur. » Eh ben, dis donc. J’aurais mieux fait de manger un cornet de frites ce soir-là. Pour ce qu’il en a fait, de la couleur de nos coeurs...

brigitte blang

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