Varlam Chalamov, insoumis du stalinisme

mardi 19 mars 2019.
 

- 13 avril 1929 : Varlam Chalamov entre au goulag

1) La Kolyma

Perdue au Nord-Est de la Sibérie sous des températures effroyables, la région de la Kolyma (plus vaste que la France) n’a pas connu de présence humaine significative avant le 20ème siècle.

Pour ouvrir des mines d’or et construire les routes permettant de les exploiter, le régime stalinien crée les premiers Sevostlag (camps de travail correctionnels du Nord Est) en 1932. Dès le premier hiver, seulement 25% des prisonniers survivent. Pour remplacer les morts et ouvrir de nouveaux chantiers, de nouvelles vagues de "crevards" arrivent à la Kolyma : 70000 en 1937, 138000 en 1939.

Le taux de mortalité approchait 100% pour tout convoi au bout de deux ans : les gelures entraînaient des amputations puis la mort, alimentation très insuffisante, maladies non soignées (scorbut, dysenterie...). Par une température de moins 55 degrés, les prisonniers devaient continuer le travail avec leurs outils à main et la brouette.

2) Varlam Chalamov entre au goulag pour la première fois

Etudiant à la faculté de Droit de l’université d’État de Moscou, il participe à un groupe oppositionnel au stalinisme, sympathisant de l’Opposition de gauche (trotskiste), qui diffuse clandestinement les Lettres au Congrès du Parti, appelées ultérieurement le Testament de Lénine.

Il est arrêté par le Guépéou en février 1929 et condamné à trois ans de camps de concentration au camp de la Vichera (région de Perm) le 1er mars de la même année.

Irina Sirotinskaia (directeur adjoint des Archives Centrales d’Etat des Lettres et des Arts de Russie) écrit « Le 13 avril 1929, Chalamov franchit les portes du camp. L’intrépidité du gamin étonne. Passé à tabac pendant le transport, jeté dans le camp avec des droits communs, il écrit le 6 juin une lettre au Comité central du Parti communiste russe et au Guépéou. »

Le Guépéou réagit à la lettre trois ans plus tard en le condamnant à trois nouvelles années de camp. Comme il ne se trouve plus à la Vichera, « Les recherches du détenu qui avait fui le lieu d’exil furent menées dans tout le Nord du pays » (Irina Sirotinskaia). En fait, Chalamov a bénéficié quelques mois plus tôt d’une libération anticipée inexpliquée.

3) Varlam Chalamov subit les grandes purges staliniennes

De 1932 à 1937, il abandonne toute activité politique. Cependant, son dossier porte toujours la lettre T (trotskyste), qui signe à l’époque l’arrêt de mort de quiconque.

En 1936 1937, Josph Staline veut en finir avec les porteurs de la tradition léniniste au sein du Parti communiste d’Union soviétique.

11 et 12 juin 1937 : Staline fait fusiller les chefs militaires de la Révolution russe

Dans ce contexte, le Guépéou arrête à nouveau Varlam Chalamov pour "activité contre-révolutionnaire trotskyste". Il est condamné à 5 ans et envoyé dans la Kolyma, région à l’extrême-est de l’URSS, au-dessus du cercle polaire arctique, connue sous le nom de « pays de la mort blanche ». Il travaille de façon inhumaine dans une mine d’or, est souvent battu par des droits communs.

Le stalinisme au quotidien dans les goulags de la Kolyma en Sibérie ( extrait de Varlam Chalamov)

En 1943, son état physique est catastrophique mais il vit toujours. Il est à nouveau condamné, à 10 ans cette fois, et toujours à la Kolyma, pour « agitation anti-soviétique ».

En 1946, grâce au détenu-médecin Pantiouhov, il est affecté pour travailler dans un hôpital où il bénéficie de rations de nourriture plus conséquentes.

4) Récits de la Kolyma

En 1953, Joseph Staline meurt.

5 mars 1953 Joseph Staline mort. Qu’il reste dans sa tombe !

En 1956, Nikita Krouchtchev présente son fameux rapport.

24 et 25 février 1956 Le rapport Krouchtchev dénonce les crimes de Staline

La même année, Varlam Chalamov est réhabilité. Il travaille alors dans une exploitation de tourbe à Kalinine.

S’étant rapproché de Moscou (distant d’une centaine de kilomètres), il peut publier des essais et de la poésie. Surtout, il commence la rédaction de son ouvrage autobiographique majeur Récits de la Kolyma. Ce texte circule bientôt en URSS par le réseau clandestin du samizdat qui permet la diffusion d’écrits dissidents.

En 1972, Chalamov épuisé se voit obligé de renier ses Récits.

Il finit sa vie exténué, désargenté, malade, dans un hôpital psychiatrique moscovite et décède en 1982.

Les Récits de la Kolyma paraissent en URSS en 1987.

5) Oeuvres de Varlam Chalamov publiées en français (wikipedia)

La Quatrième Vologda : récit autobiographique, traduit du russe par Catherine Fournier, Fayard/La Découverte, 1986.

Les Récits de la Kolyma : quai de l’enfer, traduit du russe par Catherine Fournier, LGF, « Le Livre de Poche », 1990.

Correspondance avec Boris Pasternak, traduit du russe par Sophie Benech et Lily Denis, Gallimard, « Arcades », 1991.

Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, traduit du russe par Christian Mouze, Maurice Nadeau, 1991.

Mes bibliothèques, traduit du russe par Sophie Benech, Interférences, 1992.

Essais sur le monde du crime, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, « Arcades », 1993.

Tout ou rien : cahier 1 : l’écriture, traduit du russe par Christiane Loré, Verdier, 1993.

Correspondance avec Alexandre Soljenitsyne et Nadejda Mandelstam, Verdier, 1995.

Les Années vingt : réflexions d’un étudiant, traduit du russe et présenté par Christiane Loré avec la collaboration de Nathalie Pighetti-Harrison, Verdier, 1997. Rééd. poche 2008.

Vichéra : antiroman, traduit du russe par Sophie Benech, Verdier, 2000.

Récits de la Kolyma, nouvelle édition, traduit du russe par Catherine Fournier, Sophie Benech et Luba Jurgenson, préf. de Luba Jurgenson, postf. de Michel Heller, Éditions Verdier, 2003.

La Quatrième Vologda : souvenirs, traduit du russe par Sophie Benech, Verdier, 2008, 187 p.

Jacques Serieys


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