Révolution russe d’Octobre 1905 2) La grève ouvrière relaie les étudiants (3 octobre Formation du Soviet des ouvriers de Moscou)

mercredi 4 octobre 2017.
 

1) La Révolution russe de l’automne 1905 commence par le mouvement étudiant (30 septembre 1905) par Léon Trotsky

2) Le 19 septembre, les compositeurs de l’imprimerie Sytine, à Moscou, se mettent en grève. Ils exigent une diminution des heures de travail et une augmentation du salaire aux pièces basé sur mille caractères, y compris les signes de ponctuation : et c’est cet événement mineur, ni plus ni moins, qui a pour résultat d’ouvrir la grève politique générale de toute la Russie ; on commençait par des signes de ponctuation et l’on devait, en fin de compte, jeter à bas l’absolutisme.

La grève de chez Sytine est mise à profit, comme s’en plaint dans son rapport le département de la police, par une association non autorisée qui s’intitule " Union des ouvriers typo-lithographes de Moscou ". Dans la soirée du 24, cinquante imprimeries sont déjà en grève. Le 25 septembre, dans une réunion autorisée par le gradonatchalnik [1], on élabore un programme de revendications. Le gradonatchalnik attribue ce programme à " l’arbitraire du conseil (soviet) des députés des typographes ", et, au nom de l’" indépendance " individuelle des ouvriers, que menaçait la volonté prolétarienne, ce satrape essaye d’écraser la grève par les grands moyens.

Mais le mouvement, qui a commencé pour une question de ponctuation, gagne déjà les autres branches de l’industrie. Les boulangers de Moscou lâchent le pétrin et s’entêtent dans leur résistance à tel point que deux escadrons du 1er régiment de cosaques du Don sont obligés, avec la bravoure et le goût du risque qui caractérisent cette arme insigne, de prendre d’assaut la boulangerie Philippov. Le 1er octobre, on télégraphie de Moscou que la grève est à son déclin dans les fabriques et les usines. Mais ce n’est qu’une trêve.

Le 2 octobre, les compositeurs des imprimeries de Pétersbourg décident de prouver leur solidarité avec les camarades de Moscou par une grève de trois jours. On télégraphie de Moscou que " la grève continue " dans les usines. Il n’y a pas de désordres dans les rues : le meilleur allié de la police est, en cette occasion, une pluie torrentielle.

Les chemins de fer, qui devaient jouer un rôle si considérable dans la lutte d’octobre, donnent alors un premier avertissement. Le 30 septembre, on commence à s’agiter dans les ateliers des lignes de Koursk et de Kazan. Ces deux voies sont disposées à ouvrir la campagne le 1er octobre. Le syndicat les retient. Se fondant sur l’expérience des grèves d’embranchements de février, avril et juillet, il prépare une grève générale des chemins de fer pour l’époque de la convocation de la Douma ; pour l’instant, il s’oppose à toute action séparée. Mais la fermentation ne s’apaise pas. Le 20 septembre s’est ouverte à Pétersbourg une " conférence " officielle des députés cheminots, au sujet des caisses de retraite. La conférence prend sur elle d’élargir ses pouvoirs, et, aux applaudissements du monde des cheminots, se transforme en un congrès indépendant, syndical et politique. Des adresses de félicitations lui arrivent de toutes parts. L’agitation croît. L’idée d’une grève générale immédiate des chemins de fer commence à se faire jour dans le secteur de Moscou.

Le 3 octobre, le téléphone nous annonce de Moscou que la grève dans les fabriques et les usines diminue peu à peu. Sur la ligne de Moscou-Brest, où les ateliers ont cessé le travail, on note un mouvement en faveur de la reprise.

La grève n’est pas encore décidée. Elle réfléchit, elle hésite.

L’assemblée des députés ouvriers des corporations de l’imprimerie, de la mécanique, de la menuiserie, du tabac et d’autres, adopte la résolution de constituer un conseil (soviet) général des ouvriers de Moscou.

Dans les journées qui suivent, tout semble marcher vers l’apaisement. La grève de Riga est terminée. Le 4 et le 5, le travail reprend dans toutes les imprimeries de Moscou. Les journaux sortent. Le lendemain reparaissent les périodiques de Saratov, après un arrêt d’une semaine : rien ne peut faire prévoir ce qui va se passer.

Au meeting universitaire de Pétersbourg, le 5, une résolution invite les ouvriers à cesser les grèves " par esprit de solidarité ", à une date fixée. Dès le 6 octobre, les compositeurs de Moscou reviennent à leurs casses après une manifestation de trois jours. A la même date, le gradonatchalnik de Pétersbourg annonce que l’ordre règne sur la route de Schlüsselburg et que le travail, interrompu sur injonctions venues de Moscou, a repris partout. Le 7, la moitié des ouvriers de l’usine des constructions navales de la Neva retournent à leurs chantiers. Dans le faubourg de la Neva, toutes les usines travaillent, à l’exception de celle d’Oboukhov, qui a décidé une grève politique jusqu’au 10 octobre.

Les journées allaient reprendre leur train coutumier, leur train révolutionnaire, bien entendu. Il semblait que la grève eût voulu faire quelques expériences au petit bonheur pour les abandonner ensuite et se retirer... Mais ce n’était qu’une apparence.

Texte de Léon Trotsky

Extrait de son oeuvre : 1905


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