Affaire Bakhtine : Comment des communistes russes des années 1920 ont été ensuite spoliés

mercredi 30 octobre 2019.
 

Nous connaissions déjà beaucoup d’avanies et de barbaries perpétrées par le stalinisme en URSS. Deux universitaires de Genève (Jean-Paul Bronckart et Cristian Bota) viennent de faire une nouvelle découverte.

Des ouvrages parus dans les années 1920 et considérés à juste titre comme des classiques théoriques marxistes de la philosophie et de la littérature ont été ensuite attribués à un autre auteur.

Tel est le cas pour « La méthode formelle en littérature : Introduction à une poétique sociologique », ouvrage de Pavel Nikolaïevitch Medvedev disparu dans les goulags en 1938.

Tel est le cas aussi de la presque totalité des travaux de Valentin Volochinov, décédé en 1936 (dont Le Freudisme ainsi que Marxisme et philosophie du langage).

A qui ces écrits ont-ils été faussement attribués ? A un militant religieux aux accents rétrogrades lorsqu’il écrit lui-même : Bakhtine.

Selon les deux chercheurs genevois « Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) fut en réalité un usurpateur aux opinions rétrogrades ayant profité de la générosité et de la disparition précoce de deux de ses amis pour s’attribuer leur œuvre. »

Au cours des années 1980, Bakhtine bénéficie d’une réputation internationale extraordinaire. Il « jouit d’une lucrative diffusion internationale, est analysée par une pléthore de commentateurs en Europe et aux Etats-Unis. Des centres de recherche sont baptisés à son nom, ses textes encore inédits sont publiés en diverses langues. » (Vincent Monnet, site de l’Université de Genève).

« Jean-Paul Bronckart avait depuis un certain temps déjà la conviction que quelque chose clochait dans cette thèse, explique Cristian Bota. Notamment à cause des différences existant entre les travaux signés par Volochinov et le reste de l’œuvre de Bakhtine. Notre idée de départ était simplement de reprendre en détail ces textes et de les comparer afin de déterminer si les conceptions de ces auteurs étaient compatibles. Mais nous étions loin de nous douter de l’ampleur de l’escroquerie qui se cachait là derrière. Et puis, progressivement, nous nous sommes pris au jeu de l’enquête et l’article prévu au départ est devenu un ouvrage de 600 pages » (Cristian Bota)

« En 2003, ce qui est censément le premier manuscrit de Bakhtine est publié en français sous le titre « Pour une philosophie de l’acte », explique Jean-Paul Bronckart. Ce texte, qui expose le programme philosophique de Bakhtine, est extrêmement médiocre. Le propos est incohérent quand il n’est pas tout simplement incompréhensible. Imaginer que la personne qui a écrit cela puisse également avoir produit Marxisme et philosophie du langage ou La méthode formelle, qui sont deux ouvrages tout à fait remarquables, est absolument impossible. »

« Bakhtine démasqué. Histoire d’un menteur, d’une escroquerie et d’un délire collectif », par Jean-Paul Bronckart et Cristian Bota, Droz, 629 p.


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