17 mars 1937 Mikhail Koltsov, journaliste au coeur de 2 drames du siècle, fascisme et stalinisme

samedi 25 mars 2017.
 

A) Mikhaïl Koltsov, héros et ordure, intellectuel brillant et agent secret de basses oeuvres

Mikhaïl Efimovich Koltsov naît à Kiev le 12 juin 1898, participe à la révolution russe en 1917, entre au parti bolchevik en 1918. Durant la guerre civile, il participe à plusieurs combats mais agit surtout comme spécialiste des questions de propagande (presse écrite, photographie, cinéma). En 1920, il devient membre du bureau éditorial de La Pravda. Durant ces premières années de l’URSS, il critique ouvertement le premier développement d’une couche bureaucratique. Peu à peu, il s’adapte au rapport de force construit par celle-ci autour de Staline.

Parlant et écrivant couramment l’espagnol, suite à un voyage précédent, il est envoyé par Moscou en Espagne après le coup d’état franquiste... comme journaliste de la Pravda et conseiller culturel, mais surtout comme agent du NKVD (services secrets), conseiller technique aux armées, et envoyé spécial de Staline. De fait, il intervient à Madrid avec l’octroi des pleins pouvoirs quant à la présence soviétique. Sa mission consiste à écrire des articles pour La Pravda mais aussi à espionner les anarchistes, les trotskystes et les marxistes anti-staliniens du POUM. 

L’historien Miguel Vázquez Liñán écrit dans son ouvrage "Mijail Koltsov : corresponsal soviético en la Guerra Civil Española" : "Koltsov est le journaliste... est le plus lu en URSS, il a un contact direct avec le Kremlin, il joue un rôle politique capital. Il voyage sans entraves sur tout le territoire de la république espagnoles, et tous ses compagnons l’appellent "le chef". Il définit les objectifs de la propagande soviétique en Espagne, collabore avec la presse républicaine espagnole, délivre des laisser-passer, se pose en directeur de la censure, intervient dans les opérations militaires. Tous ceux qui l’ont approché sont d’accord : il est indéfectiblement fidèle à Staline, et sera son meilleur propagandiste.

Sur le plan politique, il traîte avec Durruti , le président de la république Manuel Azaña, Largo Caballero, Juan Negrín , et suit la ligne la plus dure du parti communiste tendance stalinienne ; il est l’adversaire acharné du POUM et des anarchistes, et il passe sous silence les avancées sociales qu’ils ont pu obtenir dans les premiers mois du conflit. Sur le plan militaire, il assiste aux combats les plus durs : fin du Siège de l’Alcázar de Tolède , bataille de Guadalajara , offensive de Ségovie..."

Il a évidemment participé à diverses opérations indignes menées par les staliniens en Espagne afin de liquider des dirigeants de forces républicaines combattantes non communistes. Pourtant, il semble que son regard ait évolué dans un sens au moins un peu critique vis à vis de cette attitude contre-révolutionnaire. Aussi, en novembre 1937, le voici rappelé à Moscou. fils d’un cordonnier juif ukrainien, époux d’une communiste allemande combattant en Espagne, cela fait bien des défauts dans le monde arriéré du stalinisme. Aussi, Koltsov est jugé comme "agent secret de l’espionnage allemand" puis "liquidé".

Ci-dessous un article de Patrick-Apel-Muller dans L’Humanité du 2 septembre 2012 sur le même sujet.

Jacques Serieys


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