"LES MAINS DANS LE CAMBOUIS" Gouverner, oui, mais sans y perdre notre âme !

dimanche 29 novembre 2015.
 

Les libéraux prétendument de gauche n’usurpent pas seulement cette dernière qualité, ils croient bon d’ajouter qu’ils font partie de la gauche responsable, moderne, parce qu’ils acceptent d’aller au gouvernement et de mettre les mains dans le cambouis. Sous entendu, nous acceptons, une fois parvenus au pouvoir, de prendre des mesures impopulaires.

Il va de soi que pour ces parangons de vertu comme pour les libéraux de droite, ceux qui osent se reconnaître dans la gauche antilibérale, anticapitaliste, altermondialiste, révolutionnaire, ou dans l’extrême gauche ne sont que des irresponsables, refusant de mettre leurs mains dans le fameux cambouis.

Pour faire bonne mesure, tous ces beaux esprits éminemment responsables et modernes, Jean-Luc Mélenchon les appelle, par dérision, « les belles personnes », se recrutant principalement dans les milieux politiques et médiatiques bien-pensants, tentent de faire accroire que tous les membres de la gauche ou de l’extrême gauche « irresponsable » sont hermétiquement fermés à toute idée de réforme. Bref, à leurs yeux, nous sommes des archaïques, égoïstes en plus de ça, ne pensant qu’à préserver nos avantages acquis.

Que les libéraux de droite pensent cela, quoi de plus naturel, s’ils nous paraient de qualités ce serait même préoccupant, mais que ceux se prétendant de gauche professent la même idée, c’est proprement scandaleux.

Mais au nom de quoi faudrait-il que le fait d’aller au pouvoir doive automatiquement se traduire par la prise de mesures allant à l’encontre de l’intérêt du peuple ? Même dans les textes fondateurs de la social-démocratie, l’idée de réforme est nécessairement associée à l’idée de progrès pour l’humanité. Il n’a jamais été dit que ce doive être l’inverse. Sinon ça ne peut plus s’appeler une réforme, mais c’est alors une contre-réforme.

Le fait d’aller au pouvoir pour y prendre des mesures antisociales à l’encontre du peuple restera inadmissible aussi longtemps qu’auparavant toutes les inégalités et les injustices sociales n’auront pas été éradiquées. Comment justifier, en effet, de telles mesures, alors que perdurent, voire s’accroissent, les privilèges pour les plus fortunés ? Y compris sous des gouvernements dits de gauche. En France, comme en Europe. N’oublions pas qu’en trente ans, la part des revenus tirés du capital a crû de plus de 10 % au détriment de la part des revenus tirés du travail.

La vérité, c’est que ces soi-disant beaux esprits responsables sont à ce point avides de pouvoir, d’honneurs, d’argent, toutes choses inavouables, qu’ils habillent leur vil esprit des oripeaux de la bonne conscience. Le malheur, c’est que, pour l’instant, ces subterfuges font encore recette chez une grande partie du peuple, délibérément dépolitisée par les tenants successifs du pouvoir.

La grande majorité de la cohorte des « irresponsables » ne refusent pas, par principe, d’aller au pouvoir. Leur seule exigence politique et morale c’est de ne pas faire de la recherche du pouvoir une fin en soi, mais de vouloir en faire un moyen d’améliorer la vie des pauvres gens, au détriment de leurs exploiteurs. Beaucoup de ces « irresponsables » pensent même que cette action salvatrice peut avoir lieu après avoir accepté les règles de la démocratie électorale, et au moins pendant un temps dans le cadre du système capitaliste. L’objectif demeurant, néanmoins, une fois parvenus au pouvoir d’obtenir le soutien du peuple pour aller au-delà du capitalisme, c’est-à-dire de marcher vers le socialisme démocratique ou vers une société fondée sur la recherche des solidarités et de la coopération entre tous les hommes, soit l’antithèse de la compétition et de la concurrence entre eux.

Ces « irresponsables » ne rejettent même pas l’idée que puissent être demandés des sacrifices au peuple, dans des circonstances exceptionnelles, à la condition qu’ils soient répartis entre toutes les couches de la société, en proportion de leurs revenus.

Gouverner, oui, mais sans y perdre notre âme !

Robert Mascarell

le 28 novembre 2008


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