15 octobre 1940 Le Dictateur de Charlie Chaplin

samedi 28 juillet 2018.
 

1940. Les États-Unis hésitent à entrer en guerre. Chaplin, lui, passe à l’acte. Son arme ? L’humour, la dérision. Il raconte en une fable hilarante, et grinçante, une histoire prophétique, pour cette année-là.

C’est après la Nuit de Cristal du 10 novembre 1938 qu’il s’attaque au projet. Jouant des visages, des mots, des noms, des situations, il va montrer les événements tragiques qui se déroulent en Europe. Un petit barbier juif, frère du vagabond Charlot, gaffeur au grand cœur, est le parfait sosie de Hynkel, le dictateur de Tomania. Cette ressemblance va l’amener bien malgré lui à prendre la place du tyran et à changer l’Histoire.

Au cours du tournage, la France, la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas sont envahis par le régime nazi. Pourtant, ce n’est qu’en décembre 1941, après Pearl Harbour, que le gouvernement des USA décidera d’entrer en guerre.

L’œuvre est historique à bien des égards : premier film réellement parlant et plus grand succès de Chaplin, mais peut-être surtout, un film « engagé » au service de l’humanité. Ce pamphlet est une évidente prise de position politique de son auteur, contre les violences racistes, antisémites, fascistes. Plus tard, lorsque débute la sinistre chasse aux sorcières dans le milieu artistique des années 50, cet engagement lui vaudra les pires ennuis. L’originalité de l’œuvre est de traiter l’horreur, la persécution des Juifs, sur un mode burlesque. À sa sortie en France, en avril 1945, les critiques jugèrent incongru, voire indigne, ce témoignage prémonitoire d’une tragédie que d’aucuns niaient encore.

Les gags se succèdent. Hitler, Mussolini sont devenus des minables sous l’œil impitoyable de l’auteur. Rien ne va comme ils veulent. Les trains se détraquent, la mappemonde explose, les spaghettis se rebellent. Pourtant, la peur rôde jusqu’au bout. Jusqu’au discours final, cet « appel aux hommes », réclamant la fraternité, la paix, la liberté, l’égalité entre les Blancs et les Noirs.

Si The Great Dictator n’est pas aux yeux de tous le meilleur film de Chaplin, il est en tout cas le plus audacieux, le plus courageux pour oser sortir une telle charge politique, au cœur de l’actualité. Et la fureur d’Hitler se découvrant costumé en Hynkel est bien la preuve de la justesse du propos.

Chaplin dira plus tard : « J’ai réalisé ce film pour me venger de celui qui m’a volé la moustache ! ».

Brigitte Blang

Source : https://heuredupeuple.fr/15-octobre...


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