24 janvier 1789 Un roi et sa lettre

dimanche 19 avril 2009.
 

Dans une lettre en date du 24 janvier 1789, Louis XVI prie les Français de « faire connaître [leurs] doléances (…) [afin] que, par une mutuelle confiance (…) entre le souverain et ses sujets, il soit apporté (…) un remède efficace aux maux de l’État [et que reviennent] le calme et la tranquillité ». Le royal message est porté dans les jours qui suivent à la connaissance du peuple de France via le réseau des gouverneurs, représentants du chef de l’État en provinces.

Par ces bonnes paroles, Louis XVI confirme la tenue d’états généraux, annoncée dès le 8 août 1788 et tente de faire d’une pierre deux coups : d’une part, désamorcer les critiques de la noblesse frondeuse qui, derrière le marquis de La Fayette, souhaite faire évoluer l’autocratie française vers un modèle oligarchique à l’anglaise ; d’autre part, calmer l’agitation grandissante dans les campagnes mais aussi parmi les ouvriers accablés par la famine et l’inflation.

Ces « doléances » populaires trouveront à s’exprimer dans des milliers de cahiers dédiés, rédigés dès l’hiver 1789 au sein des paroisses, des hôtels de ville et des corporations, essentiellement voire exclusivement par des hommes imposables de plus de vingt-cinq ans. Ils seront « synthétisés », et donc parfois aseptisés et corrigés par les près de 450 assemblées intermédiaires, voire généreusement copiés sur des modèles élaborés par des sociétés de pensée parisiennes. Celles-ci, composées de notables, désigneront en leur sein les futurs députés du tiers état. Ou plutôt de la bourgeoisie car il n’y a guère d’artisan, de paysan, d’ouvrier ou autre représentant du « quatrième ordre » parmi les quelques 600 représentants du peuple français. En effet, les prescriptions réglementaires annexées à la missive du 24 janvier organisent un complexe mécanisme d’élections à plusieurs niveaux. Les représentants pourront s’ils le souhaitent s’inspirer dans leurs votes et propos à Versailles des doléances exprimées par les circonscriptions.

Mais l’opération fera chou blanc. Comme le souligne Pierre Kropotkine dans La Grande Révolution : « Une fois leurs cahiers présentés, les paysans patientaient. Mais aussi les lenteurs des États généraux et de l’Assemblée nationale les mettaient en colère, et dès que ce terrible hiver de 1788-89 fut terminé, dès que le soleil revint (…) les émeutes recommencèrent ». De fait, la prise de la Bastille n’est pas loin. La chute de la monarchie non plus.

Arno Lafaye-Moses


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