Seattle 30 novembre 1999 : Une grande mobilisation altermondialiste perturbe la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce

mercredi 15 novembre 2017.
 

1) Ces manifestations de Seattle présentent une grande importance pour plusieurs raisons :

* Avant la conférence, les médias font un grand tapage sur l’importance de cette Conférence de 133 pays (dont Russie et Chine pour la première fois) qui doit lancer le Millenium Round. Ce Cycle du Millénaire a pour but de développer encore plus le libre-échange dans les marchés des biens, des services et des produits agricoles. Le troisième millénaire doit être celui du libéralisme, des multinationales et des actionnaires

* Pourtant, ces mêmes médias vont surtout retransmettre de Seattle, les chaînes de manifestants qui empêchent la réunion le premier jour, les violentes charges de police, les nuages de gaz lacrymogène qui asphyxient la ville, le cortège présidentiel parcourant des rues désertes quadrillées par la garde nationale, les marionnettes géantes des manifestants, l’échec final de la conférence profondément perturbée par cette agitation.

* Sachant que des contestataires allaient affluer, le F B I et le Département de la Police de Seattle, avaient mis en place un impressionnant dispositif pour que la Conférence Ministérielle ne soit pas perturbée : forces spéciales du F B I, de la C I A et d’autres agences fédérales, brigades Anti-Emeutes spécialement bien èquipées, brigade anti-Gang, sections " SWAT " de la Division des Opérations Tactiques qui constituent l’élément le plus " militarisé " de la police. La présence de cette armada va déservir la réunion puisque sa légitimité se jouait beaucoup sur le terrain médiatique.

* L’OMC avait essayé de jouer le dialogue dans la préparation de Seattle pour diviser le mouvement de protestation en intégrant par exemple l’AFL CIO. Leon Brittan s’en était fait le chantre " La Table ronde sur le Commerce ne devrait pas seulement etre bénéfique pour les affaires ,nous pouvons et nous devons nous assurer que les consommateurs et l’environnement en profittent également . La Commission a ouvert aujourdhui un dialogue avec un grand nombre d’ O N G car elle pense que la transparence et l’ouverture sont essentielles au succés de cette réunion . Les O N G sont des partenaires indispensables dans la préparation des négociations qui vont avoir lieu". En fait, la force de la mobilisation va balayer ces manoeuvres.

* Les mobilisations multiformes de Seattle sont les premières depuis les années 1968 à renouer avec l’action directe lorsque le but est juste, est compréhensible par une majorité de citoyens. D’ailleurs, les journaux et télés vont assez souvent faire référence en cette fin 1999 aux grandes manifestations et grands rassemblements des années 68

* Ces actions de Seattle relaient plusieurs évènements marquant depuis 1994 (insurrection zapatiste) et 1995 (grèves massives en France) le début d’une nouvelle période de montée de la combativité au niveau mondial.

* Elles confirment d’autant plus ce phénomène qu’à Seattle ce sont surtout des Etatsuniens (avec la grande centrale syndicale AFL-CIO, Ralph Nader et son ONG Public Citizen, la National Family Coalition...) et des Canadiens (41 bus de Colombie britannique dont le syndicat des employés hospitaliers et la Fédération des enseignants) qui sont présents .

* Des syndicats ouvriers du monde entier sont là aussi, des délégations de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération mondiale du travail (CMT) mais surtout des contingents actifs venus de Corée du Sud, d’Afrique du Sud, de France...

* Parmi le millier d’ONG et réseaux mondiaux présents notons la Third World Network, des associations opposées à l’AMI, Terre des hommes international et particulièrement le syndicat paysan Via Campesina qui comprend par exemple le Mouvement des paysans sans terre brésilien, la Condération paysanne française avec Bové qui vient de participer au démontage du Mac Do de Millau, les paysans indonésiens ruinés par les multinationales...

* L’hésitation des autorités américaines à engager violemment la police dès le début, s’explique par cette présence de citoyens nord-américains et de paysans mais aussi par l’importance des mobilisations impulsées par des catholiques aux Etats Unis, en Italie, en Angleterre, en France... pour l’annulation de la dette avec des représentants à Seattle

* La mobilisation de Seattle a été préparée par une campagne contre le libre-échange et pour un commerce équitable qui a sonné le réveil de la société civile américaine. Cette dénonciation du rôle de l’OMC, du libre-échange et de la dette s’est attaquée nécessairement au nouvel ordre libéral, au capitalisme financier transnational.

* Contrairement aux noires années 1984 1994 où les souverainismes nationaux et les intégrismes réligieux communautaristes apparaissaient comme les seules oppositions au capitalisme transnational, ces mobilisations de Seattle se battent "pour une autre mondialisation", "un autre monde est possible".

* Ces manifestations de Seattle représentent donc une nouvelle forme d’internationalisme. Elles ont d’autant plus de poids qu’elles sont portées par des courants très divers. De plus, l’effondrement de l’URSS en 1989 ne permet plus aux médias au service du capitalisme de présenter toute opposition comme noyautée par Moscou.

* De façon assez surprenante, ce sont les manifestants qui gagnent la bataille de la communication pendant cette "bataille de Seattle". Cette victoire a en grande partie été permise par la création, à Seattle, à l’occasion de ce sommet, du Centre de médias indépendants ou Indymedia. "Tout au long des évènements de Seattle qui ont été marqués par la plus grande confusion, le Centre Médias a permis à des journalistes d’échanger et d’envoyer au dernier moment des renseignements, articles, photos, bandes audio et vidéo, via son site Internet" (source http://agora.qc.ca)

* ce sont les premières démonstrations de force du mouvement altermondialiste. ATTAC s’est installée dès la campagne préalable à la Conférence de Seattle comme porteuse d’une analyse globale, d’une critique radicale du capitalisme de notre temps, du libéralisme et de l’ultralibéralisme. En dénonçant l’illégalité de l’OMC au regard de nombreuses législations nationales et au regard de la Déclaration universelle des droits de l’homme, elle campe un altermondialisme non intégrable par l’OMC. C’est là, à mon avis, un positionnement politique justifié car l’OMC ne pourrait intégrer aucune proposition sociale, écologique, progressiste ou démocratique sérieuse.

2) Remarques sur les positions de la Gauche Socialiste

Les élus de la Gauche socialiste font un travail utile au sein de ce mouvement altermondialiste, par exemple en développant un réseau de parlementaires pour la taxe Tobin ; que cette taxe puisse voir le jour peut être débattu ; ceci dit ce qui compte dès à présent ce sont les explications qui peuvent être données en sa faveur, les batailles qu’elle permet d’engager. Comme le dit Yann Galut "cette taxe ne résout pas l’entièreté du problème, loin de là, mais elle représente une clef de compréhension et de contestation du système".

Sur deux points, cependant, je tiens à me différencier de l’orientation développée par Harlem Désir.

Lors du dernier Conseil National de la GS, il a posé la question suivante "La social-démocratie peut-elle être autre chose au niveau international que la force en capacité de donner un débouché politique au mouvement pour une autre mondialisation ?" Il a évidemment répondu OUI, d’où sa seconde question "Du sein de la social-démocratie internationale peut-il naître une force faisant le lien entre celle-ci et le mouvement mondial anti-mondialisation ?" J’ai beaucoup de doutes quant à la possibilité de développer du sein de la social-démocratie internationale une force politique apte à donner un débouché institutionnel, juridique au mouvement altermondialiste. Plusieurs organisations importantes de l’Internationale Socialiste (par exemple les travaillistes britanniques ou en Amérique latine) sont très liées au Parti démocrate américain qui se situe lui-même au coeur des profiteurs du capitalisme financier transnational.

Dans le mouvement altermondialiste, les élus de la GS prennent position différente d’ATTAC vis à vis de l’OMC. Plutôt que dénoncer son illégitimité et son illégalité, ils préfèrent demander :

- une OMC soumise à une autre hiérarchie de normes

- une OMC plus transparente dans son fonctionnement

- la possibilité de faire appel des décisions de l’OMC devant le BIT ou d’autres structures internationales.

A mon avis, une telle position n’aurait pas permis la mobilisation de Seattle et l’écho du mouvement altermondialiste si ATTAC l’avait reprise. Or, sans mobilisation internationale, sans conscientisation permise par une critique radicale, je ne vois pas comment on pourrait obtenir une évolution démocratique de l’OMC.

Jacques Serieys le 21 septembre 2006

Rapport devant le groupe PRS 12

Complément : Le rôle de l’association ATTAC

Son texte dénonçant le modèle économique "libéral" porté par les USA et l’OMC donnait une cohérence à l’ensemble des oppositions sociales, culturelles... Il était tellement clair qu’il reste aujourd’hui parfaitement d’actualité

" Des économies nationales s’écroulent, le chomage se répand ; les banques de Wall Street " s’emparent de pays " les uns aprés les autres , des guerres régionales éclatent le long de pipe-lines stratégiques et souvent derrière des "insurrections " se cachent de puissants intéréts qui par le plus grand des hasards font également du lobbying en faveur des rèformes commerciales .....

Dans la plupart des pays le standard de vie s’est écroulé .

Cette crise mondiale de la fin du 20ème siècle est plus destructrice que la grande dépression de 1930. Elle a des implications geo-politiques bien plus profondes. Les bouleversements économiques se sont accompagnés de conflits régionaux, de l’éclatement de sociétés nationales et dans certains cas de la destruction de pays entiers. Cette crise ne s’est en aucune façon limitèe aux pays en développement, en Europe et aux Etats Unis, " l’ Etat-Providence " est en cours de destruction , des écoles et des hôpitaux sont fermés créant toutes les conditions nécesaires pour la privatisation totale des services sociaux. Il s’agit là et de loin de la crise économique la plus sérieuse dans l’histoire moderne .

Dans un grand nombre de pays en développement, les services publics et les banques sont déja entre les mains des capitaux étrangers, les économies paysannes ont été détruites par le dumping de l’Europe et des Etats Unis qui bradent leurs surplus de céréales .

Des semences génétiquement modifiées produites entre-autres par Cargill et Monsanto ( en mème temps que d’autres produits chimiques destinés à l’agriculture ) ont été introduites de force chez les cultivateurs du monde entier amenant souvent comme corollaire l’appauvrissement et la fracture des économies rurales sans parler de la contamination de la chaine alimentaire en dérogation des droits des consommateurs dans le monde entier .

Les agribusiness internationaux s’acharnent à conduire les fermes familiales à la faillite ...

Ce phénomène n’est en aucune façon limité aux pays en développement : 30 % des cultivateurs de cèrèales de l’ouest du Canada sont sur le point de faire faillite et cela spécialement du fait de l’application des réglements de l’ O M C concernant les subventions aux cultivateurs par le gouvernement canadien .

Et si cela arrive dans l’ouest du canada qui est considéré comme l’un des greniers du monde quel sera le sort des cultivaturs d’autres régions ?"


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