Islam et guerre sainte (débat)

lundi 5 octobre 2015.
 

- A) Mise en garde de Jacques Serieys concernant le texte ci-dessous de Pascal Hilout

- B) Islam et guerre sainte : bonne question et réponses de mauvaise foi, par Pascal Hilout

A) Mise en garde de Jacques Serieys concernant le texte ci-dessous de Pascal Hilout

Cet été, lors d’une université d’été, j’ai rencontré Pascal Hilout qui m’a été présenté par mes amis toulousains comme un laïque, républicain, ancien cadre du Parti Communiste Algérien marqué par le terrorisme sanguinaire du FIS, du GIA...

Je lui ai donné mon accord pour mettre en ligne le texte ci-dessous sur notre site tout en le précédant d’une petite introduction.

Je suis d’accord :

- sur l’importance, malheureusement, de la guerre sainte, y compris des assassinats, dans les textes sacrés de l’islam (dont la vie de Mahomet). Ceci dit, cette religion s’est avérée, jusqu’à présent, moins dogmatique que le christianisme dans la présentation de tels textes comme des règles de vie. De plus, il me paraît très important aujourd’hui d’analyser séparément d’une part le phénomène du djihadisme, du fondamentalisme islamiste, d’autre part les évolutions de la religion musulmane.

- sur le fait que la mondialisation capitaliste peut générer dans les pays arabo-musulmans une réaction communautaire religieuse (voile islamique pour les femmes...) s’appuyant sur une défense conservatrice de Traditions sociétales réactionnaires (refus de scolarisation des filles, lapidation de "mauvais" musulmans ou femmes refusant des mariages imposés...)

- sur le fait que le conservatisme social des capitalistes nobles de certains Etats (Arabie saoudite, Qatar, Bahrein...) peut entrer en résonance avec des mouvements politiques islamistes comme cela s’est vu en Afghanistan.

Ceci dit, toute critique des aspects dangereux présents dans la tradition classique de l’islam doit s’accompagner :

- d’un constat sur le fait que d’une part les textes comme l’enseignement de cette religion ouvrent aussi d’autres perspectives, d’autre part que durant plusieurs siècles les conquêtes musulmanes de pays chrétiens ont été plus respectueuses de la liberté de croyance que les conquêtes chrétiennes sur des populations musulmanes.

- d’une critique identique des Traditions chrétienne (par exemple Pères de l’Eglise, Inquisition, Croisades), judaïque, bouddhiste... en ce qui concerne la guerre sainte et le monopole idéologique religieux.

- d’une analyse historique du fascisme clérical permettant d’intégrer le fanatisme dangereux du fondamentalisme islamiste dans un cadre plus général déjà posé pour le christianisme du 20ème siècle

- d’une intégration de cette critique dans le contexte mondial actuel avec d’une part un soutien inadmissible des Etats atlantistes aux pires crimes perpétrés au nom de la défense d’Israël, d’autre part le choix des USA en particulier de préférer des populations musulmanes organisées sur une base religieuse conservatrice plutôt que des mouvements à la dynamique imprévisible comme le furent par exemple le nassérisme, le baasisme initial ou la gauche afghane.

Afghanistan 1978 1992 Quand la gauche était au pouvoir

- d’une éducation républicaine laïque, universaliste et internationaliste pour offrir des perspectives émancipatrices par delà la seule critique religieuse qui pourrait être utilisée, par exemple, par l’extrême droite française, chrétienne ou sioniste.

A tout lecteur de ma mise en garde qui la trouverait trop conciliante ou trop critique, je conseille de jeter un coup d’oeil sur l’ensemble de notre sous-rubrique concernant le fait religieux (rubrique : Culture Regards critiques).

J’essaierai bientôt d’écrire un article dans cette démarche sur ce sujet de la guerre sainte pour toutes les religions.

Guerre sainte et judaïsme, christianisme, islam

Jacques Serieys

B) Islam et guerre sainte : bonne question et réponses de mauvaise foi, par Pascal Hilout

En ce mois de septembre 2006, le pape Benoît XVI a posé une bonne question théologique à la conscience des musulmans : peut-on raisonnablement concilier bonne foi et conversions avec usage de la coercition (Djihâd) ?

La majorité de ceux qui ont publiquement pris la parole au nom de l’islam, nous ont présenté de très mauvaises réponses. Je dirais même des réponses de mauvaise foi. C’est ce que je vais essayer de démontrer.

Il me semble que la seule bonne réponse, digne d’un musulman de bonne foi, est celle qui délivre un témoignage de notre temps : la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ! L’islam aussi, tel que mes parents me l’ont inculqué, exige droiture, sincérité et respect des autres. C’est dans la fidélité à ces principes de base de toute bonne foi, que je délivre ici mon témoignage et ma petite vérité.

Les historiens musulmans les plus anciens nous expliquent que les polythéistes de la Mecque n’ont pas porté la main sur le prophète Mahomet qui prêchait pourtant un monothéisme vouant leurs divinités aux enfers. Ils l’invitaient à se restreindre à prêcher sa nouvelle foi tout en s’abstenant de s’attaquer à leurs divinités diverses et variées. Tabari, un des premiers grands chroniqueurs de l’islam, nous raconte qu’avant d’émigrer de la Mecque à Médine, le prophète Mahomet avait envoyé un émissaire qui réussit à convertir bon nombre des deux tribus de Médine. Au bout d’une année, il était revenu avec « soixante et dix personnes des chefs principaux habitants de Médine ... afin de ramener avec eux le Prophète...

« ...Le prophète leur fit prêter le même serment qu’il avait reçu des douze [de l’année d’avant], en y introduisant seulement l’obligation pour eux de combattre ses ennemis, de le protéger comme eux-mêmes, et de sacrifier leur corps et leurs bien, jusqu’à ce que la religion soit répandue partout. Ils acceptèrent toutes les clauses de ce serment, qui est appelé serment de la guerre ou second serment »

Je ne sais pas si les musulmans sont offusqués par ce récit tiré du livre « Mohammed, sceau des prophètes. » Volume 3 de la Chronique de Tabari traduite par Hermann Zotnenberg et préfacée par Jacques Berque. Editions Sindbad. Paris 1980, pages 108-109.

Ibn Khaldûn, grand historien rationaliste arabe du XIVe siècle, nous a aussi légué des réflexions que beaucoup de musulmans d’aujourd’hui feignent d’ignorer. Voici ce qu’il écrit dans ses fameuses Prolégomènes au chapitre « XXXI - Les titres de pape et de patriarches, chez les chrétiens et le titre de kohen, chez les juifs » :

« ... Dans la communauté musulmane, la guerre sainte est un devoir religieux, parce que l’islam a une mission universelle, et que tous les hommes doivent s’y convertir de gré ou de force. Aussi le califat [succession au Prophète comme défenseur de la foi] et le pouvoir temporel y sont-ils unis, de sorte que la puissance du souverain puisse servir les deux à la fois.

« Les autres communautés n’ont pas de mission universelle et ne tiennent pas la guerre sainte pour un devoir religieux, sauf en vue de leur propre défense. Les responsables religieux n’y sont en rien concernés par les affaires du gouvernement. Ceux qui détiennent le pouvoir le font pour des raisons accidentelles, sans rapport avec la religion, comme simple résultat de l’esprit de corps, dont la nature est de rechercher le pouvoir, comme on l’a vu. Ils n’ont pas l’obligation de dominer les autres nations, comme dans l’islam. Tout ce qu’on leur demande, c’es d’établir leur religion chez eux. » (Extrait de « Le livre des Exemples, Autobiographie et Muqaddima », texte traduit, présenté et annoté par Abdesselam Cheddadi, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade. Paris 2002, pages 532-533)

Quand on est musulman, on a donc le choix entre :

s’assumer comme gendarme de la foi dans le monde et se doter, comme nos ancêtres, des moyens balistiques qui conviennent à ce rôle où on a vite fait de perdre son âme. préserver sa bonne foi en refusant clairement l’utilisation de la coercition comme moyen de conversion ; au passé, au présent et dans le futur. C’est pour cela que le nouvel islam en France, dont je suis l’initiateur, propose d’enterrer en grande pompe, le sabre du Djihad à côté de nos ancêtres et de refonder un nouvel islam sur la base de trois piliers : Liberté, Justice et Paix.

Pascal Hilout


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