L’État sous l’emprise de la Finance : approche multilatérale.

dimanche 31 juillet 2022.
 

L’influence des financiers sur le fonctionnement des États ne date pas d’hier. Les empires maritimes français, anglais, espagnol, portugais, vénitien, hollandais du 16e au XVIIIe siècle avaient développé un commerce engendrant une masse financière importante qui a joué un rôle non négligeable sur le fonctionnement des États. Nous examinons ici différents aspects de la manière dont s’exerce le pouvoir de la finance sur les États.

Article 1 : les dirigeants politiques issus ou membres de la Finance

Le Monde diplomatique. Mai 2012

Les financiers ont un visage par Geoffrey Geuens

Source : Le Monde diplomatique. Mai 2012 https://www.monde-diplomatique.fr/2...

Les socialistes européens dénoncent souvent avec virulence la finance, qui règne sans partage sur le globe et qu’il conviendrait de mieux réguler. Encore faudrait-il savoir de quoi et de qui l’on parle ; car l’image désincarnée des « marchés » a pour effet de laisser dans l’ombre les bénéficiaires de la crise et des mesures d’austérité en cours.

Passé de la banque publique à la finance privée, et de François Mitterrand à M. François Bayrou, Jean Peyrelevade expliquait en 2005 : « Le capitaliste n’est plus directement saisissable. (…) Rompre avec le capitalisme, c’est rompre avec qui ? Mettre fin à la dictature du marché, fluide, mondial et anonyme, c’est s’attaquer à quelles institutions ? » Et cet ancien directeur adjoint du cabinet du premier ministre Pierre Mauroy de conclure : « Marx est impuissant faute d’ennemi identifié (1). »

Qu’un représentant de la haute finance — président de Banca Leonardo France (familles Albert Frère, Agnelli et David-Weill) et administrateur du groupe Bouygues — nie l’existence d’une oligarchie, cela doit-il vraiment étonner ? Plus étrange est le fait que les médias dominants relaient cette image désincarnée et dépolitisée des puissances d’argent. La couverture journalistique de la nomination de M. Mario Monti au poste de président du conseil italien pourrait bien, à cet égard, constituer le parfait exemple d’un discours-écran évoquant « technocrates » et « experts » là où se constitue un gouvernement de banquiers. On put même lire sur le site Web de certains quotidiens que des « personnalités de la société civile » venaient de prendre les commandes (2).

L’équipe Monti comptant également dans ses rangs des professeurs d’université, la scientificité de sa politique était par avance établie par les commentateurs. Sauf que, à y regarder de plus près, la plupart des ministres siégeaient dans les conseils d’administration des principaux trusts de la Péninsule.

M. Corrado Passera, ministre du développement économique, est président-directeur général (PDG) d’Intesa Sanpaolo ; Mme Elsa Fornero, ministre du travail et professeure d’économie à l’université de Turin, siège à la vice-présidence d’Intesa Sanpaolo ; M. Francesco Profumo, ministre de l’éducation et de la recherche, recteur de l’Université polytechnique de Turin, est administrateur d’UniCredit Private Bank et de Telecom Italia — contrôlée par Intesa Sanpaolo, Generali, Mediobanca et Telefónica — après être passé par Pirelli ; M. Piero Gnudi, ministre du tourisme et des sports, est administrateur d’UniCredit Group ; M. Piero Giarda, chargé des relations avec le Parlement, professeur de finances publiques à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, est vice-président de la Banco Popolare et administrateur de Pirelli. Quant à M. Monti, il avait conseillé Coca-Cola et Goldman Sachs, et siégé comme administrateur de Fiat et de Generali.

Porosité entre deux mondes

Si les dirigeants socialistes européens n’ont désormais pas de mots assez durs pour dénoncer la toute-puissance des « marchés financiers », la reconversion des ex-ténors du social-libéralisme s’opère sans que leurs anciens camarades manifestent trop bruyamment leur indignation. Ancien premier ministre des Pays-Bas, M. Wim Kok a rejoint les conseils d’administration des trusts néerlandais Internationale Nederlanden Groep (ING), Shell et KLM. Son homologue allemand, l’ex-chancelier Gerhard Schröder, s’est lui aussi reclassé dans le privé en tant que président de la société Nord Stream AG (joint-venture Gazprom - E.ON - BASF - GDF Suez - Gasunie), administrateur du groupe pétrolier TNK-BP et conseiller Europe de Rothschild Investment Bank. Cette trajectoire à première vue sinueuse n’a en réalité rien de singulier. Plusieurs anciens membres de son cabinet, membres du Parti social-démocrate allemand (SPD), ont également troqué le costume d’homme d’Etat pour celui d’homme d’affaires : l’ex-ministre de l’intérieur Otto Schily conseille à présent le trust financier Investcorp (Bahreïn), où il retrouve l’ex-chancelier autrichien conservateur Wolfgang Schüssel, le vice-président de la Convention européenne Giuliano Amato ou encore M. Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’ancien ministre allemand de l’économie et du travail, M. Wolfgang Clement, est associé de la société RiverRock Capital et administrateur de Citigroup Allemagne. Son collègue, M. Caio Koch-Weser, secrétaire d’Etat aux finances de 1999 à 2005, est vice-président de la Deutsche Bank. Enfin, le ministre des finances du premier gouvernement de Mme Angela Merkel, le SPD Peer Steinbrück, est administrateur de ThyssenKrupp. Quant aux « dignes héritiers (3) » de Mme Margaret Thatcher et anciens dirigeants du Parti travailliste, ils ont à leur tour fait allégeance à la haute finance : l’ex-ministre des affaires étrangères David Miliband conseille les sociétés VantagePoint Capital Partners (Etats-Unis) et Indus Basin Holdings (Pakistan) ; l’ancien commissaire européen au commerce, M. Peter Mandelson, travaille pour la banque d’affaires Lazard ; quant à M. Anthony Blair lui-même, il cumule les postes de conseiller de la société suisse Zurich Financial Services et de gestionnaire du fonds d’investissement Landsdowne Partners avec celui de président du comité consultatif international de JPMorgan Chase, aux côtés de M. Annan et de M. Henry Kissinger.

Cette énumération que l’on regrette d’infliger au lecteur se révèle néanmoins indispensable quand les médias omettent avec constance de décliner les intérêts privés des personnalités publiques. Au-delà de la porosité entre deux mondes qui se décrivent volontiers comme distincts — sinon opposés —, l’identification de leurs agents doubles est nécessaire à la bonne compréhension du fonctionnement des marchés financiers.

Ainsi, et contrairement à une idée en vogue, la finance a bien un, ou plutôt des visages (4). Non pas celui du retraité de Floride ou du petit porteur européen complaisamment dépeint par la presse, mais plutôt ceux d’une oligarchie de propriétaires et de gestionnaires de fortunes. M. Peyrelevade rappelait en 2005 que 0,2 % de la population mondiale contrôlait la moitié de la capitalisation boursière de la planète (5). Ces portefeuilles sont gérés par des banques (Goldman Sachs, Santander, BNP Paribas, Société générale, etc.), des sociétés d’assurances (American International Group [AIG], Axa, Scor, etc.), des fonds de pension ou d’investissement (Berkshire Hathaway, Blue Ridge Capital, Soros Fund Management, etc.) ; autant d’institutions qui placent également leurs propres capitaux.

Cette minorité spécule sur le cours des actions, de la dette souveraine ou des matières premières grâce à une gamme presque illimitée de produits dérivés révélant l’inépuisable inventivité des ingénieurs financiers. Loin de représenter l’aboutissement « naturel » de l’évolution d’économies matures, les « marchés » constituent le fer de lance d’un projet dont les économistes Gérard Duménil et Dominique Lévy observent qu’il fut « conçu de façon à accroître les revenus des classes supérieures (6) ». Un succès indéniable : le monde compte désormais près de 63 000 « centamillionnaires » (détenant au moins 100 millions de dollars), qui représentent une fortune combinée d’environ 40 000 milliards de dollars (soit un an de produit intérieur brut mondial).

Des irresponsables devenus « sages »

Cette incarnation des marchés peut se révéler embarrassante, tant il est parfois plus commode de défier des moulins à vent. « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire quel est mon véritable adversaire, avait tonné le candidat socialiste à l’élection présidentielle française, M. François Hollande, lors de son discours du Bourget (Seine-Saint-Denis), le 22 janvier dernier. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc jamais élu. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. » S’attaquer aux acteurs réels de la haute banque et de la grande industrie aurait tout aussi bien pu le conduire à nommer les dirigeants des fonds d’investissements qui décident, en pleine conscience, de lancer des attaques spéculatives sur la dette des pays du sud de l’Europe. Ou encore, à mettre en cause les doubles casquettes de certains de ses conseillers, sans oublier celles de ses (ex-) collègues socialistes européens passés d’une Internationale à l’autre.

En choisissant comme directeur de campagne M. Pierre Moscovici, vice-président du Cercle de l’industrie, un lobby réunissant les dirigeants des principaux groupes industriels français, le candidat socialiste signalait aux « marchés financiers » qu’alternance socialiste ne rimait décidément plus avec « grand soir ». M. Moscovici n’a-t-il pas estimé qu’il ne fallait « pas avoir peur de la rigueur », affirmant qu’en cas de victoire les déficits publics seraient « réduits dès 2013 en deçà de 3 % (…), quoi qu’il en coûte », ce qui impliquerait de « prendre les mesures nécessaires » (7) ?

Figure imposée de la communication politique, la dénonciation des « marchés financiers », aussi virulente qu’inoffensive, est jusqu’à présent demeurée lettre morte. A l’image de M. Barack Obama, qui accorda la grâce présidentielle aux responsables américains de la crise, les dirigeants du Vieux Continent auront mis bien peu de temps à pardonner les excès des spéculateurs « avides » qu’ils vouaient aux gémonies. Il ne restait plus alors qu’à redorer le blason injustement souillé des dignes représentants de l’oligarchie. Comment ? En les nommant à la tête de commissions chargées d’élaborer de nouvelles règles de conduite ! De M. Paul Volcker (JPMorgan Chase) à M. Mario Draghi (Goldman Sachs), en passant par M. Jacques de Larosière (AIG, BNP Paribas), lord Adair Turner (Standard Chartered Bank, Merrill Lynch Europe) ou encore le baron Alexandre Lamfalussy (CNP Assurances, Fortis), tous les coordinateurs chargés d’apporter une réponse à la crise financière entretenaient des liens étroits avec les plus importants opérateurs privés du secteur. Les « irresponsables » d’hier, comme touchés par la grâce, venaient de se métamorphoser en « sages » de l’économie, encouragés par des médias et des intellectuels qui, peu de temps auparavant, n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer la suffisance et l’aveuglement des banquiers.

Enfin, que des spéculateurs aient pu tirer profit des crises qui se sont succédé ces dernières années ne fait désormais plus de doute. Pour autant, l’opportunisme et le cynisme dont font preuve les prédateurs en question ne doit pas faire oublier qu’ils ont bénéficié, pour réaliser leurs objectifs, de relais aux plus hauts sommets de l’Etat. M. John Paulson n’a-t-il pas, après avoir gagné plus de 2 milliards de dollars dans la crise des subprime, dont il est le principal bénéficiaire, engagé l’ex-patron de la Réserve fédérale, M. Alan Greenspan — déjà conseiller de Pacific Investment Management Company (Pimco, contrôlé par Allianz), l’un des principaux créanciers privés de l’Etat américain ? Et que dire des principaux gestionnaires internationaux de hedge funds : l’ancien président du National Economic Council (sous M. Obama) et ex-secrétaire au Trésor de M. William Clinton, M. Lawrence Summers, a été directeur exécutif de la société D. E. Shaw (32 milliards de dollars d’actifs) ; le fondateur du groupe Citadel Investment, M. Kenneth Griffin, originaire de Chicago, a financé la campagne de l’actuel président des Etats-Unis ; quant à M. George Soros, il s’est payé les services du travailliste lord Mark Malloch-Brown, ancien administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)… La finance a des visages : on les croise depuis longtemps dans les allées du pouvoir. Oui oui mon

* Geoffrey Geuens Maître de conférences à l’université de Liège. Auteur de La Finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des « marchés financiers » à l’oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011. * Notes

(1) Jean Peyrelevade, Le Capitalisme total, Seuil - La République des idées, Paris, 2005, p. 37 et 91.

(2) Anne Le Nir, « En Italie, Mario Monti réunit un gouvernement d’experts », La Croix, 16 novembre 2011 ; Guillaume Delacroix, « Le gouvernement Monti prêt à prendre les rênes de l’Italie », Les Echos, 16 novembre 2011.

(3) Keith Dixon, Un digne héritier. Blair et le thatchérisme, Raisons d’agir, Paris, 2000.

(4) Lire « Où se cachent les pouvoirs ? », Manière de voir, n° 122, avril-mai 2012 (en kiosques).

(5) Jean Peyrelevade, Le Capitalisme total, op. cit. 1 % des Français possèdent 50 % des actions.

(6) Gérard Duménil et Dominique Lévy, The Crisis of Neoliberalism, Harvard University Press, Cambridge (Massachussets), 2011.

(7) « Pierre Moscovici : “Ne pas avoir peur de la rigueur” », L’Express, 8 novembre 2011.

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Article 2 : la haute fonction publique et la Finance.

Source : Basta mag . 3 juin 2021

Inspection générale des finances : quand l’élite de l’administration préfère servir les intérêts privés

PAR AGNÈS ROUSSEAUX 3 JUIN 2021

https://www.bastamag.net/IGF-ENA-in...

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Les inspecteurs généraux des finances représentent l’élite de la haute administration. Censés servir l’État et l’intérêt général, ils préfèrent souvent émarger dans la finance. Des allers-retours problématiques sur lesquels Basta ! s’est penché.

Emmanuel Macron, après moult revirements, a annoncé la suppression de l’École nationale d’administration (ENA) et celle des grands corps d’État. Serait-ce donc la fin de l’Inspection générale des finances (IGF) ? Ce corps d’État, dont est issu Macron lui-même, recrute les énarques les mieux classés à leur sortie de promotion. Le top du top, ceux qui partent travailler dans les hautes sphères du ministère des Finances, à la direction du Budget ou à celle du Trésor, d’où ils pilotent la politique économique de la France. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « élite » de la haute fonction publique n’a pas une bonne image dans l’opinion.

Allers-retours entre secteur bancaire et ministères

C’est peut-être parce qu’elle incarne encore plus que d’autres le manque d’étanchéité entre secteur public et intérêts privés. Car le plan de carrière préféré des IGF, ce sont des allers-retours entre le ministère des Finances et le secteur bancaire, en passant par les cabinets ministériels. Est-il possible de conseiller un ministre des Finances quand on a travaillé juste avant pour le secteur bancaire ? Pour les IGF, cela ne semble pas poser problème. Est-il possible de participer au sein de la direction du Budget ou du Trésor, à la rédaction des régulations du secteur financier, quand on sait que l’on ira ensuite travailler pour celui-ci ? Pas de souci !

À Basta !, on s’est dit que cette situation n’est pas sans poser problème. Nous avons donc voulu mieux cerner les parcours de ces inspecteurs des finances, pour mettre en lumière ces plans de carrière problématiques et les potentiels conflits d’intérêt. Mais l’administration ne communique pas facilement des informations sur ces hauts fonctionnaires. Pas de base de données publique sur les postes occupés par les IGF, actuellement ou par le passé. Pour pallier ce manque, nous avons retracé les parcours de plus de 370 inspecteurs des finances des 44 dernières promotions, de 1975 à 2019. Un travail de fourmi, commencé en 2017 et que nous venons de réactualiser (voir notre base interactive).

Le résultat est (toujours) édifiant : 59 % des IGF ont fait au moins un passage dans le privé. Plus d’un tiers (34,4 %) sont passés par le secteur bancaire à un moment donné de leur carrière. Seuls 62 sont actuellement en poste à l’IGF. Les autres sont « détachés » dans des administrations publiques, « en mobilité » dans d’autres secteurs professionnels, ou démissionnaires, quand ils ont choisi de couper les ponts avec leur corps d’origine. 59 d’entre eux travaillent dans le secteur de la banque et assurance.

Pour beaucoup, le départ vers le secteur privé n’est pas définitif, puisqu’ils reviennent dans le secteur public après avoir travaillé au service d’intérêts privés lucratifs. Sur 370, ils sont également plus de 130 à avoir fait un passage dans un cabinet ministériel ou à avoir exercé un mandat politique.

Lutter contre la fraude fiscale puis intégrer une banque qui la pratique Parmi les (nombreux) parcours emblématiques de ces « revolving doors » : celui de François Mongin, conseiller du Premier ministre Alain Juppé (1995-1997), puis responsable des Douanes, nommé secrétaire général de Tracfin – organisme de lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale – de 2002 à 2007, date à laquelle il devient membre du comité exécutif d’HSBC France, banque connue pour son exemplarité en matière d’évasion fiscale... On peut également citer François Villeroy de Galhau, ex-directeur général délégué de BNP Paribas, nommé en 2015 président de la Banque de France par François Hollande.

Ou encore Marie-Anne Barbat-Layani : après avoir travaillé à la direction du Trésor (2002-2007), elle devient directrice générale adjointe du Crédit agricole (2007-2010), puis directrice adjointe au cabinet du Premier ministre François Fillon (2010-2012), pour lequel elle coordonne notamment les dossiers financiers et fiscaux. Nommée inspectrice générale des finances, elle revient ensuite dans le secteur bancaire, comme directrice générale de la Fédération bancaire française, le lobby des banques, et membre du conseil exécutif du Medef, à partir de 2014. Il y a aussi Alain Cadiou. Ancien responsable de cellule fiscale du cabinet du ministre de l’Économie, il est devenu, après onze années passées à la banque Hervet, secrétaire général de Tracfin (2000-2002), avant de finir sa carrière deux ans plus tard à HSBC.

Autre parcours emblématique, où poste public et carrière privée se mélangent intimement : celui d’Anne-Gabrielle Heilbronner (52 ans). Après un passage à la direction du Trésor – avec le pilotage d’une petite privatisation, celle du Crédit foncier –, elle rejoint en 2003 le groupe Euris, la société d’investissement de Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino. Puis elle revient au ministère de l’Économie et des Finances – le ministre est alors Nicolas Sarkozy –, conseille Éric Woerth (réforme de l’État) puis Philippe Douste-Blazy (Quai d’Orsay), intègre la direction de la SNCF avant de revenir dans le privé au sein du groupe Publicis, poids lourd de la publicité et de la communication, après un rapide passage à la Société générale.

Un ancien banquier nommé gendarme de la Bourse François Pérol, associé-gérant de la banque Rothschild en 2005, est nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée, en 2007. Auprès de Nicolas Sarkozy, il est en charge des affaires économiques. Puis est promu en 2009 patron du groupe Banque populaire - Caisses d’épargne (BPCE). Quant à Jean-Pierre Jouyet, directeur du Trésor de 2000 à 2004, ministre de Nicolas Sarkozy en 2007 et 2008, il est ensuite nommé président de l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Secrétaire général du président François Hollande entre 2014 et 2017, puis ambassadeur au Royaume-Uni ou à l’OCDE, il a depuis rejoint le cabinet de lobbying Lysios ainsi que le conseil d’administration de l’assureur mutualiste Covéa.

L’État prévoit-il d’encadrer les pantouflages les plus problématiques, voire de les sanctionner ? La commission de déontologie de la fonction publique s’occupait des saisines concernant d’éventuels conflits d’intérêt et de prise illégale d’intérêt d’agents publics partant vers le secteur privé ou le « secteur public concurrentiel ». C’est donc elle qui surveillait, assez vainement, le pantouflage jusqu’à son dernier rapport, en 2018. Ses maigres moyens (six agents permanents) ont depuis été transférés à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Celle-ci a pour mission de « promouvoir la probité et l’exemplarité des responsables publics », en vérifiant notamment les déclarations de patrimoine des élus. Ses 53 agents ont désormais l’immense tâche de vérifier la probité non seulement des élus de la nation mais le contrôle déontologique des cinq millions de fonctionnaires « dans le cadre d’une mobilité public/privé ». Malgré la disparition éventuelle de l’ENA, la connivence entre l’État, la finance et de gros intérêts privés, risque donc d’avoir encore de beau jour devant elle.

Pour en savoir plus sur ces très hauts fonctionnaires qui émargent dans le secteur bancaire, n’hésitez pas à relire notre enquête, ou à consulter notre base de données actualisée. « Compléments d’enquête », le magazine télé d’investigation, s’en est inspiré pour produire l’émission diffusée ce jeudi 3 juin, à 22 h 55, sur France 2.

Agnès Rousseaux

* Série d’articles sur la Finance de Basta : https://www.bastamag.net/Finance

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Article 3 : L’État et la Finance. Le monde diplomatique juin 2012.

https://www.monde-diplomatique.fr/2...

Entre l’Etat et le marché, la finance et ses professionnels occupent une position singulière : là où les pouvoirs publics ont encore trop d’intérêts pour ne pas exercer un contrôle ; là où, déjà, des agents privés peuvent en obtenir la fructueuse exploitation.

Marie-Laure Legay propose une synthèse de l’histoire des finances publiques sous l’Ancien Régime (1). Leur fonctionnement sibyllin surprend, mais les enjeux nous sont familiers : le montant croissant de la dette publique ; les rendements déplorables de la fiscalité ; le pouvoir exorbitant des intermédiaires qui profitent de ces déficiences. Ce triptyque a précipité la perte de la monarchie. Au fondement de la comptabilité publique, on trouve l’œuvre pionnière de Colbert. Mais après sa mort, le système des offices va devenir toujours plus propice à l’affairisme. Technique de gouvernement qui avait permis au roi d’accroître indirectement ses ressources monétaires et de fidéliser des fractions de la population possédante, l’office conférait à des manieurs d’argent, contre apports en capitaux, des honneurs, mais aussi des pans de l’autorité royale, notamment en matière de prélèvements et d’administration des recettes et des dépenses. « Dès les années 1690, explique l’historienne, on laissa les trésoriers en mal de papiers négociables servir eux-mêmes de pourvoyeurs de fonds et s’associer étroitement au commerce international et à la banque. La finance prit le pas sur la maltôte [terme péjoratif désignant l’impôt]. L’ennui, c’est que les moyens traditionnels de contrôle ne s’adaptèrent pas à ces nouveaux modes de financement. »

Vincent Duchaussoy recourt lui aussi aux archives pour éclairer une autre période charnière de l’histoire financière de la France : les années 1978-1984. Il revient sur les relations mouvementées entre la banque centrale, bastion de l’orthodoxie monétaire, la direction du Trésor, qui est, malgré tout, au service de la politique gouvernementale, et le pouvoir exécutif, qui connaît avec l’élection de François Mitterrand en 1981 sa première alternance depuis l’instauration de la Ve République. Le discours sur la « nécessaire modernisation » de l’économie nationale pour se débarrasser de l’inflation est repris sans distance critique. En revanche, l’ouvrage détaille la concomitance de la « contrainte extérieure » — environnement international défavorable et arrimage du franc au système monétaire européen —, de l’hostilité (plus ou moins larvée) de la haute fonction publique et des milieux d’affaires à l’égard des dirigeants socialistes, ainsi que des ambiguïtés de M. Jacques Delors, alors ministre des finances. Il s’agissait d’une forme renouvelée du « mur de l’argent » contre lequel les gouvernements d’Edouard Herriot et de Léon Blum avaient buté dans l’entre-deux-guerres. Après leur reddition, au printemps 1983, Mitterrand et ses équipes ne chercheront plus à l’affronter. « Changer la vie ?, s’interrogeait Lionel Jospin en 1988. On a changé nous-mêmes, on a changé le rapport de la gauche avec l’économique (2). »

La Finance imaginaire (3) analyse les relations entre le petit monde des politiques et des financiers d’aujourd’hui, aux Etats-Unis et en Europe, et invalide de nombreux lieux communs. Contre l’idée d’une dispersion du pouvoir dans un « monde globalisé », contre les représentations en apesanteur du capital et, surtout, contre l’opposition supposée entre l’Etat et les marchés, Geoffrey Geuens circonscrit une oligarchie financière dont la force réside dans l’entrelacs des positions occupées par ses membres. Pouvoir financier, économique, administratif, politique et idéologique se confondent et se démultiplient, de conseils d’administration en comités d’expert et clubs, tandis que se répètent les allers-retours entre fonctions publiques et mandats privés. Un regret : malgré la masse d’information brassée, l’ouvrage ne parvient pas à expliciter les principes de hiérarchisation et de coordination de cette oligarchie.

* Paul Lagneau-Ymonet Chercheur, Centre de sociologie européenne. Angelo Riva, Economiste (European Business School, Paris). * Notes

(1) Marie-Laure Legay, La Banqueroute de l’Etat royal. La gestion des finances publiques de Colbert à la Révolution française, Editions de l’EHESS, Paris, 2011, 328 pages, 30 euros.

(2) Vincent Duchaussoy, La Banque de France et l’Etat. De Giscard à Mitterrand : enjeux de pouvoir ou résurgence du mur d’argent ? (1978-1984), L’Harmattan, Paris, 2011, 228 pages, 23 euros.

(3) Geoffrey Geuens, La Finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des « marchés financiers » à l’oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011, 368 pages, 25 euros. Lire « Les marchés financiers ont un visage », Le Monde diplomatique, mai 2012.

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Article 4 : L’État vache à lait de la grande bourgeoisie.

L’État, victime consentante du parasitisme de la bourgeoisie

Source Lutte de classe ( : Lutte ouvrière) février 2021

https://mensuel.lutte-ouvriere.org/...

Article de bon niveau, bien documenté avec une perspective historique. **

Article 5 : CONTROLE-T-ON LE POUVOIR PARCE QU’ON EST A LA TETE DES INSTITUTIONS ? (Juillet 2016)

Source : sur le site. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Articles 6 : la dette publique moyen d’assujettissement de l’État par la haute finance.

1) Dette publique : un instrument puissant de domination de l’oligarchie financière sur l’Etat. Source : sur le site http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2) 3 janvier 1973 Modification du statut de la Banque de France, pas décisif vers la financiarisation de l’économie Source : sur le site http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

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Article 7 : les origines de la domination financière. La domination de la finance : origines, mécanismes, alternatives

Rémy Herrera

Source : Cairn info. Matière à réflexion. Dans Marché et organisations 2013/3 (N° 19), p. 27 à 146 https://www.cairn.info/revue-marche...

Parallèlement à cet article : Interview de Valérie Bugault : l’État profond, c’est la haute finance mondialisée.

https://www.youtube.com/watch?v=AVZ...

Un regard d’une juriste de droite utilisant l’histoire du droit pour analyser l’influence croissante de la haute finance internationale sur les États et l’union européenne.

Intéressant malgré des insuffisances sur l’analyse de la nature des partis politiques et du système économique capitaliste.

À une analyse marxiste de classe du capitalisme on substitue ici la volonté hégémonique d’un groupe relativement restreint de grosses fortunes financières pour dominer et asservir le monde.

L’analyse systémique de classe contribuerait, selon elle, à obscurcir la responsabilité individuelle des dominants et aussi dissimulerait cette volonté hégémonique.

Pourtant, une analyse économique systémique n’exclut pas la prise en compte de la subjectivité des acteurs capitalistes. Le refus d’une analyse classiste, comme c’est souvent le cas dans les mouvances de droite et d’extrême droite, de ne pas remettre en cause les fondements des sociétés divisées en classes antagoniques.

Cela explique pourquoi cette approche subjectivliste d’une société dominée par « les Gros » n’inquiète pas beaucoup les gros capitalistes. Il suffit de chasser les « patrons voyous », de rendre « plus raisonnables » les gros financiers en limitant leur appétit par les bons préceptes de la politique sociale de l’ Église (dont nous ne critiquons pas ici les bons aspects) pour échapper à leur domination.

La démondialisation de cette haute finance voulue par les nationalistes et autres souverainistes n’empêcherait pas cette domination au niveau national avec l’exploitation de la force de travail qui va avec. Le « patriotisme économique » des « bons » patrons chers à Marine Le Pen serait la potion magique qui rendrait possible cette démondialisation. Il ne suffit Pas de dénoncer la haute finance pour avoir une vision idéologique et économique claire de sa domination qui reste ici éthérée.

Articles 8 : les 500 plus grosses fortunes de France : la finance a bien un visage.

Classement des 500 premières fortunes professionnelles de France

Deux. Challenges. https://www.challenges.fr/classemen... actu Île-de-France

* Source : actu Île-de-France Sur les 500 premières fortunes, 140 habitent à Paris dont 49 milliardaires les 109 milliardaires du total. https://actu.fr/ile-de-france/paris... * le patrimoine total des 500 premières fortunes a doublé en 10 ans est augmenté de 30 % en un an. En 2020, ce patrimoine total avoisine 1000 milliards d’euros. Le patrimoine de Bernard Arnault a augmenté de 57 % en un an et s’élève en 2021 à 157 milliards d’euros. Source : Challenges et LCI https://www.lci.fr/economie/richess...

Rappelons que ces patrimoines pris en compte ici ne comptabilisent pas le patrimoine immobilier, artistique seulement le patrimoine professionnel.

Hervé Debonrivage


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