15 août 1969 : Woodstock, rassemblement symbolique des années hippies, plus grand festival de l’histoire de la musique

mercredi 13 décembre 2017.
 

- 1) Août 1969 : C’était au temps où la Révolution fleurissait même sur les chemises (Jacques Serieys)
- 2) Woodstock en 9 vidéos
- 3) 15 août 1969 : Woodstock, rassemblement symbolique des années hippies. Entretien avec Pierre Delannoy et Jean-Yves Reuzeau

1) Août 1969 : C’était au temps où la Révolution fleurissait même sur les chemises (Jacques Serieys)

Août 1969 C’était au temps où la contre-culture s’épanouissait de New-York à Berkeley valorisant une philosophie du bonheur ici et maintenant, de la libération sexuelle sans autre limite que le respect d’autrui, du retour à la nature, d’une vraie liberté, du partage, d’une émergence de l’individu autre que la réussite personnelle écrasant les autres, d’un élargissement universaliste de la conscience prenant en compte l’Evangile et la philosophie zen, Confucius et Marcuse,

Août 1969 : C’était au temps où la jeunesse américaine, en chemise à fleurs, dénonçait l’impérialisme US et attaquait le Pentagone, où les slogans révolutionnaires prenaient un coup de jeune avec par exemple le flower power

21 octobre 1967 : La manifestation contre la guerre du Vietnam devant le Pentagone, un symbole de la radicalisation de la jeunesse entre 1966 et 1968

Août 1969 : C’était au temps où les jeunes Japonais crevaient les écrans lors de leurs manifestations

19 janvier 1968 : Les manifestants Zengakuren (Japon) marchent sur le porte-avions US Enterprise. Leur action a un impact mondial.

Août 1969 : C’était au temps où des millions de jeunes parcouraient le monde sur des véhicules psychédéliques arborant des slogans comme Peace and Love.

Août 1969 : c’était au temps de la presse underground, dont la forme seule marquait une ouverture colorée et rieuse sur une autre vision du monde mais dont le fond portait aussi les combats pour la libération des femmes, en solidarité avec le mouvement noir pour ses droits, contre la guerre du Vietnam...

Août 1969 C’était encore au temps du protest song (chant contestataire) :

- où les Doors vendaient 100 millions de disques sur des paroles qui résumaient la rupture massive de la jeunesse face au vieux monde :

" Les vieux deviennent vieux

Et les jeunes deviennent plus forts

Ils ont les flingues

Nous avons le nombre

On va gagner, ouais."

- où Scott McKenzie nous enivrait de poésie avec San Francisco,

http://www.youtube.com/watch?v=SB2t...

http://www.youtube.com/watch?v=VnCl...

repris en français par Jonhy Hallyday :

http://www.youtube.com/watch?v=rDbM...

Août 1969, c’était la grande époque du rock and roll et de la beat generation , des Beatles et des Rolling Stones, des Who et de Jimi Hendrix, de Bob Dylan et des Pink Floyd...

Imagine (Imaginez) par John Lennon (video, texte anglais, traduction française)

Août 1969, c’était au temps des grands festivals qui réunissaient des beatniks mystiques, des révolutionnaires sympathiques, des hippies allumés, des artistes psychédéliques et des masses de jeunes pacifistes : San Francisco en janvier 1967, Monterrey en juin 1967, l’été de l’amour 1967 à New York... Même mon bourg perdu d’Entraygues Pons à la limite du Cantal et de l’Aveyron voit s’assembler des milliers de jeunes dans un grand pré pour écouter des groupes et partager un moment convivial.

- Août 1969, c’était au temps où un jeune hippie nommé Michael Lang, organisait un petit festival pour monter son propre studio d’enregistrement et voyait accourir 500000 personnes qui décidèrent rapidement de rendre l’évènement gratuit.

Août 1969 : C’était au temps où nous vivions et militions à un rythme supersonique parce qu’entre révolution et réaction l’histoire n’était pas encore écrite.

Août 1969 : C’était au temps où Hervé Vilar appelait à la révolution

Hervé Vilard "Il faudrait une véritable révolution, un changement radical"

Août 1969 : C’était au temps où j’avais teint mes chemises blanches en vert pomme

Août 1969 : C’était au temps où nos idées de parti, de syndicat, de programme, de stratégie paraissaient bien vieillottes mais où nous avons eu raison de maintenir nos fondamentaux politiques puisque le mouvement beat s’est évaporé depuis longtemps alors que nous sommes toujours en première ligne bon pied, bon oeil.

Jacques Serieys

2) Woodstock en 9 vidéos

- L’histoire de Woodstock

http://www.youtube.com/watch?v=E6tp...

- Woodstock 1969 : Retrospective

http://www.youtube.com/watch?v=TJ4Q...

- The Who - My Generation [Woodstock 1969]

http://www.youtube.com/watch?v=tBMo...

- Janis Joplin

http://www.youtube.com/watch?v=Lz7x...

- Joe Cocker - A Little Help From My Friends - Woodstock 1969

http://www.youtube.com/watch?v=4602...

- Richie Havens 1969 Woodstock - Freedom

http://www.youtube.com/watch?v=tf1B...

- Evil Ways - Santana (live at Woodstock 1969)

http://www.youtube.com/watch?v=SiGS...

- Bert Sommer - "Jennifer", Woodstock 1969 (DVD)

http://www.youtube.com/watch?v=pB1p...

- Jimi Hendrix - Purple Haze (Live 1969)

http://www.youtube.com/watch?v=gJ74...

3) 15 août 1969 : Woodstock, rassemblement symbolique des années hippies. Entretien avec Pierre Delannoy et Jean-Yves Reuzeau

Le 15 août 1969, 450 000 personnes sont réunies pour le festival le plus marquant de l’histoire de la musique. Quarante plus tard, Woodstock est toujours aussi présent dans l’imaginaire collectif : il symbolise le mouvement hippie dans son entier, l’engagement de la jeunesse américaine et ses valeurs pacifistes. Dans un entretien croisé, Pierre Delannoy, auteur de L’Aventure hippie (Poche, 10/18), et Jean-Yves Reuzeau, auteur de biographies de Janis Joplin, des Rolling Stones et de Jim Morrison, qui a travaillé une dizaine d’années pour de grands labels, reviennent sur l’influence du mouvement hippie et celle de Woodstock.

Woodstock symbolise la contre-culture hippie. Pourtant le festival a lieu à un moment où le mouvement hippie commençait déjà à décliner ?

Pierre Delannoy : Woodstock, c’est le début de la fin : la récupération et la marchandisation de l’idéologie hippie. Les organisateurs du festival [Michael Lang et Artie Kornfeld] veulent profiter de la popularité de la contre-culture hippie pour faire un "bon coup", sur la côte Est des Etats-Unis. On est loin de San Francisco, berceau de la culture hippie, mais surtout loin des idéaux des premiers festivals hippies. Le festival est d’abord un fiasco financier. L’idée de ne pas payer fait partie de cette contre-culture. Face à près de 500 000 personnes, les organisateurs n’ont pas d’autre choix que de le rendre gratuit. Cependant, ils ont réussi a créer l’évènement et à s’assurer une importante médiatisation. Michael Wadleigh (le réalisateur du documentaire Woodstock, 1970) a eu la bonne idée de tout filmer. Il fait découvrir au monde ce "sommet de la contre-culture hippie". Woodstock devient un symbole, mais surtout une marque qui rapporte beaucoup d’argent par la suite.

Jean-Yves Reuzeau : Dans les premières heures du mouvement, la production musicale est complètement libre et spontanée, c’est d’ailleurs pourquoi elle est si riche. A mesure que le mouvement grandit, les maisons de disques commencent à s’intéresser aux musiciens qui émergent de la culture hippie. A Woodstock, la tendance s’est déjà affirmée : les grandes majors sont présentes sur le festival. A partir des années 1970, les maisons de disques gagnent en puissance. La musique devient un business comme un autre. Il faut générer du profit : sortir des hits et accumuler les disques de platine. On ne demande plus aux artistes d’innover, mais on les guide vers le grand public. On les pousse à produire ce qui se vend.

Quelles étaient en 1969 les "revendications" du mouvement hippie ?

Pierre Delannoy : Il faut bien comprendre que les hippies ne sont pas les "babas cool", les doux rêveurs, qui ne pensent qu’à fumer de l’herbe et à courir tout nus, qu’on voit au cinéma. Au contraire, le mouvement hippie est très politisé. Ils ont tous l’âge d’aller se battre au Vietnam. C’est un jeunesse éprise de liberté qui s’engage contre la guerre. Ce serait réducteur de ne parler que de révolution des mœurs et de révolution sexuelle. Le mouvement hippie porte en lui une véritable révolution politique. C’est toute la société qu’ils veulent changer : de l’organisation du travail à celle de la famille et des rapports humains. Ils militent pour une société plus juste, plus égalitaire et vont même jusqu’à poser les bases de l’écologie.

Jean-Yves Reuzeau : Le morceau Five To One (1968), des Doors résume un sentiment alors largement partagé : C’est "nous", la jeunesse, contre "eux", les forces réactionnaires. Le contexte de l’époque est très tendu (les Etats-Unis sont en guerre au Vietnam et les manifestations afro-américaines pour des droits civiques sont très violentes). Les hippies rejettent la société de leurs parents pour réinventer la leur.

Comment expliquer que l’idéologie hippie soit aujourd’hui encore si présente dans l’imaginaire collectif ?

Pierre Delannoy : Le mouvement hippie marque une rupture. Les années 1960, c’est l’avènement de la jeunesse. Ce n’est plus l’appartenance à une classe sociale qui compte, mais la classe d’âge et la volonté de changer la société. Le mouvement hippie naît au milieu des Trente Glorieuses. Les hippies sont les enfants du baby-boom, de l’explosion de la classe moyenne et des débuts la société de consommation. Ils grandissent dans un monde qui change, mais au sein d’une société qui reste complètement coincée, conservatrice. Le mouvement hippie naît de cette rupture entre une société figée et une partie de la jeunesse qui aspire à vivre autrement. Pendant les années 1960, les hippies fondent des communautés, vivent une nouvelle expérience sociale et bousculent leurs propres barrières.

Jean-Yves Reuzeau : C’est une révolution pour l’histoire de la musique. Les musiciens de l’époque éclatent le rock’n roll, le blues, la folk, pour créer de nouveaux genre musicaux. Les sons sont uniques, on n’a jamais entendu ça avant. En juin 1967, le Festival international de musique pop de Monterey est le premier vrai festival de rock. Une partie des grandes stars de l’époque se produisent gratuitement devant des dizaines de milliers de hippies rassemblés pour le début de ce qu’on appellera le "Summer of Love", à San Francisco. Les musiciens sont décomplexés. A l’époque, on expérimente. On cherche l’éveil des consciences, on essaye de voire de "l’autre côté", notamment par la consommation de drogues. La musique multiplie les influences et s’ouvre sur d’autres mondes.

Après le mouvement hippie, comment va s’exprimer la génération suivante ?

Pierre Delannoy : Le mouvement est rattrapé par la réalité. D’abord, il est peu à peu récupéré et vidé de sa substance. Ensuite, le choc pétrolier de 1973 réduit les marges de la société. Les communauté hippies virent à l’affect. On observe des dérives sectaires ou, plus simplement, le contexte économique rend plus difficile à accepter ce mode de vie fondé sur le partage du travail et les relations libres. Enfin, des drogues douces, les hippies passent aux drogues dures : le paradis artificiel qu’ils s’étaient créé devient un enfer. Les hippies sont les derniers porteurs de la grande illusion. La génération suivante est celle de la crise : les punks revendiquent le désespoir.

Jean-Yves Reuzeau : A partir des années 1970, les maisons de disques deviennent puissantes. Ce sont elles qui font les tubes, peu importe que l’album soit mauvais s’il se vend. Le mouvement punk naît en réaction à l’uniformisation de la musique. Ses valeurs sont complètement différentes de celle des hippies, mais on retrouve ce même fond contestataire. Là encore, c’est une contre-culture qui exprime un sentiment fort de révolte, comme plus récemment avec le hip-hop. Aujourd’hui avec l’éclatement du Net, on retrouve une certaine liberté. Les maisons de disques prennent moins de risques et perdent de leur influence sur le marché. On peut espérer quelque chose de ce nouveau regain de liberté.

Propos recueillis par Mael Inizan


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