1945 2016 : Dénazification ratée du Capital… 70 ans après la mort d’Hitler

lundi 6 mars 2017.
 

Voici quelques jours, je me prélassais devant la télé lorsque deux noms m’ont fait sursauter :

- celui de la banque JP Morgan, ex-amie de l’Allemagne nazie, aujourd’hui fer de lance du Grand capital pour imposer le maximum d’austérité aux peuples européens et ainsi remplir les poches des banquiers et rentiers

- celui du PDG de Total Christophe de Margerie qui vantait les immenses qualités de son grand-père, fameux fondateur et mécène des Jeunesses Patriotes qui défilaient en faisant le salut nazi.

J’en profite pour aborder une question dangereuse : que sont devenus les grands patrons et grandes entreprises finançant le fascisme dans les années 1930 ?
- A) L’exemple du grand capital allemand
- B) L’exemple du grand capital français
- C) L’exemple du grand capital US

A) L’exemple du grand capital allemand

Saviez-vous que tous les SS étaient habillés en Hugo Boss ? Que le fabricant de votre bombe anti-moustiques a également fabriqué du "gaz anti-juifs" ?

Votre BMW ne pollue pas que l’atmosphère, et Henri Ford a joué sur tous les tableaux, fabriquant aux USA des chars pour les alliés et en Europe des véhicules pour les nazis.

Petits exemples d’entreprises passées au travers et continuant de prospérer aujourd’hui...

Multinationale BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi

A1) BMW / Piles VARTA

Bayerische Motoren Werke AG a été fondée en 1916 par Gustav Otto et Karl Friedrich Rapp...

Durant la seconde guerre mondiale, BMW a eu amplement recours au travail forcé. L’entreprise admet avoir utilisé entre 25 000 et 30 000 prisonniers dont le salaire était reversé au trésor SS.

Liée à BMW, la famille Quandt, l’une des plus riches d’Allemagne, a bien profité de l’arrivée des nazis au pouvoir. Actionnaires majoritaires de BMW, ils étaient déjà richissimes avant la seconde guerre mondiale. En profitant du conflit, ils se sont enrichis davantage et passèrent sans encombre au travers de la vague de dénazification d’après-guerre.

Avec la guerre de 1870, Emil Quandt était déjà un riche industriel du textile et fabriquait les uniformes de l’armée Allemande. Son fils Günther a également profité de la Première Guerre Mondiale. Opportunisme financier, disons.

Mais en s’inscrivant au parti Nazi fraîchement arrivé au pouvoir, Günther accéléra la démarche et put mettre la main sur les biens des familles juives en fuite. Son ex femme Magda se maria même avec Goebbels, Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, lequel ne refusera jamais aucune aide à Günther et surtout à son fils qu’il adopta. Günther fut promu au rang de conseiller économique du Führer et sa principale usine d’armement eut même son propre camp de concentration.

Lors de l’effondrement de l’Allemagne Nazie, les Quandt se firent passer pour des victimes ruinées par le nazisme et obtinrent l’immunité, échappant ainsi à Nuremberg.

Ils reprirent BMW juste après la guerre au travers de Herbert Quandt, étant déjà actionnaires majoritaires. La famille possède encore la marque aujourd’hui.

Jusqu’en 2000, ils étaient également propriétaires des piles VARTA.

A2) Hugo Boss

Fondée en 1923 par Hugo Ferdinand Boss, la marque de prêt à porter est devenue l’une des plus célèbres à travers le monde.

En janvier 1924, Boss possède un petit atelier de confection à Wurtemberg. L’atelier compte 33 employés en 1925, mais traverse deux crises économiques (dont celle de 1929), qui font tomber les effectifs à 25 personnes.

En 1931, Hugo Boss adhère au parti NSDAP (ancien parti nazi), ce qui lui permet de travailler avec l’armée nazie de 1933 à 1945 : fabrication des uniformes militaires, notamment ceux des SS, des Jeunesses Hitlériennes et de la Wehrmacht.

Pour assurer sa production, il a recours à de la main d’œuvre de travailleurs forcés, français et polonais pour la plupart, ainsi qu’à des déportés en camps de concentration. L’entreprise de Hugo F. Boss compte 324 ouvriers en 1944.

Après la guerre, Boss est condamné à 80 000 marks d’amende et privé de ses droits civiques. A sa mort en 1948, la société passe aux mains de son gendre, Eugen Holy.

Elle appartient toujours à la famille Holy.

A3) IG FARBEN (Bayer, Agfa, BASF, etc...)

Créée en 1925, IG Farben a plus que collaboré avec le régime nazi : elle en a été l’un des piliers économiques. Cette entreprise tentaculaire base son industrie entière sur le chimique : essences synthétiques, médicaments, colorants, plastiques, caoutchouc, etc...

En 1939, l’entreprise profite de l’annexion de l’Autriche pour acquérir la totalité de son industrie chimique. Elle fera ainsi à chaque annexion de pays par l’Allemagne nazie : l’exemple pour la France est la création de la société Francolor. A Auschwitz, elle construit une usine et emploie du personnel déporté.

Au travers de sa société Desgesh, elle va être amenée à fabriquer le Zyklon B, le fameux gaz utilisé dans les camps de concentration pour accomplir la Solution Finale décidée par le régime nazi.

En 1947, à Nuremberg, certains de ses dirigeants sont reconnus coupables de crimes de guerre. L’entreprise est démantelée en 12 sociétés héritières, dont AGFA (voir ci-dessous), BASF, Bayer, etc...

Une controverse existe, relative à l’implication de Wall Street dans la direction de l’entreprise : plusieurs hommes d’affaires américains, dont Edsel Ford, Henry Ford, Walter Teagle, C.E. Mitchell, Paul Warburg et W.E. Weiss, ont joué un rôle essentiel dans le développement d’IG Farben.

Aujourd’hui, Bayer se porte merveilleusement bien et outre les produits chimiques (insecticides, etc...), le pharmaceutique, l’entreprise est devenue également le premier producteur d’OGM en Europe. Son slogan est même ironiquement "Maîtriser la vie, vivre pleinement l’amour" pour sa partie pharmaceutique.

A4) AGFA

Fondée en 1867, l’entreprise a damé le pion à son opposant américain, Kodak, en inventant dès 1936 la pellicule couleur.

Pour réaliser sa chimie, AGFA s’appuie sur les géants allemands, Bayer et IG Farben. Ces firmes très attachées au régime nazi en place fabriquent notamment le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz des camps de concentration allemands.

IG Farben va prendre, pendant près d’une dizaine d’années, le contrôle d’AGFA : recourt à la main d’œuvre gratuite et forcée à partir des déportés du camp de Dachau, pour produire appareils photos, pellicules, talonnettes de bottes (à partir des chutes de celluloïd).

Ce passage noir dans l’histoire de l’entreprise ne l’empêchera pas de reprendre une activité normale (et lucrative) après guerre, notamment en imagerie médicale et artistique.

En France, le grand patronat a soutenu tout autant l’extrême droite sans pouvoir renverser les institutions républicaines. Que sont devenus ses héritiers ?

B) L’exemple du grand capital français

B1) Liliane Bettencourt

Liliane Bettencourt, héritière, 45 millions d’euros par mois, femme la plus riche du monde

Qui est donc cette Liliane Bettencourt pour empocher de telles sommes ?

- la fille d’Eugène Schueller, chimiste astucieux et dirigeant fasciste durant la Seconde guerre mondiale,

- l’épouse d’André Bettencourt, dirigeant fasciste durant la Seconde guerre mondiale.

B2) Christophe de Margerie

L’actuel PDG de TOTAL est le petit fils du magnat du champagne Taittinger, grand combattant antifiscal, créateur en 1924 et sponsor dans les années 30, des bandes fascistes et pro- hitlériennes appelées "Jeunesses Patriotes". Cette ligue attaque l’Assemblée le 6 février 1934 ; durant la guerre son cadre politique Jean de Bassompierre, par exemple, combat parmi les WaffenSS.

Christophe de Margerie, petit-fils de ce Taittinger et PDG de la première entreprise du CAC 40, ne paie aucun impôt en France. Lors de son passage à la télé, dans une émission de Guillaume Durand diffusée tard dans la soirée, il s’est dit "fier" de l’action de son grand-père.

B3) Des De Wendel au baron Seillières

Cette dynastie patronale est tellement puissante que François de Wendel, fait refuser par la Banque de France (le Conseil de régence de celle-ci est composé de ses 200 plus gros actionnaires) une avance au gouvernement de Cartel des Gauches en 1925, provoquant sa chute. Parlementaire de droite lié à l’extrême droite et président du Comité des Forges, il pèse lourd politiquement dans les années 1930. N’oublions pas, par exemple, que grands patrons et groupes fascistes se sont entendus pour faire sauter à la bombe en septembre 1936 le local de la Confédération Générale du Patronat Français (Rue de Presbourg) et le siège de l’Union des Entreprises Métallurgiques (Rue Boissière) afin d’accuser la CGT et développer une stratégie politique de tension.

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

L’héritier des fameux Maîtres des Forges De Wendel se nomme aujourd’hui Baron Seillères, ex-président du MEDEF qui fut "promu" patron d’une organisation patronale équivalente au niveau européen. Financier hors pair, il a su investir dans un fonds de placement européen : PAI-PARTNERS. PAI PARTNERS a emprunté des millions d’euros aux banques à 3% d’intérêts pour les prêter à l’Etat Grec à ...8%. Aujourd’hui, il pousse à des mesures austéritaires pour être remboursé de ces prêts.

B4) Renault

Les héritiers du constructeur automobile, collaborateur de l’occupant nazi Louis RENAULT demandent réhabilitation de ce personnage et exigent "réparation" pour le préjudice causé par la saisie de l’entreprise et sa transformation en régie nationale...

Non à la réhabilitation de Louis Renault condamné pour collaboration en 1945 (11 articles)

C) L’exemple du grand capital US

JP Morgan

Cette banque US est actuellement en pointe pour dénoncer les "exécutifs faibles" et réclamer la mise en place de régimes autoritaires dans les pays européens afin qu’ils dégagent aux dépens des salariés (et retraités) les profits permettant de payer les intérêts des dettes bancaires. Les pays méditerranéens sont particulièrement dans la ligne de mire de ce fleuron du grand capital : Leurs « constitutions tendent à révéler une influence socialiste prononcée, reflétant la force politique que les partis de gauche gagnèrent après la défaite du nazisme. » Quelle est l’origine de cette banque qui paraît regretter la victoire des Résistances au fascisme ?

Les sociétés à l’origine de cette banque ont réussi leur décollage par la pratique du prêt gagé d’esclaves au 19ème siècle.

John Pierpont Morgan, vrai fondateur de l’entreprise n’a pas plus de scrupule ; pendant la guerre de Sécession, il achète des milliers de vieux fusils à l’armée, leur donne meilleure apparence puis les revend à l’ancien propriétaire. Ces armes à feu restant défectueuses, le scandale éclate. Disposant d’une fortune colossale, il s’entoure d’un univers de capitalistes blancs US et de nobles européens souvent antisémites. Le Monde du 15 mai 2012 précise « J. Pierpont Morgan est aussi un virulent antisémite. Ce fleuron du protestantisme dit haut et fort le malaise qu’il ressent en présence de ses confrères juifs. Morgan, mais aussi Kidder, Peabody & Co, First Boston ou George F. Baker, précurseur de Citigroup, refusent de traiter avec les compagnies juives ».

Durant les années 1930, la banque JP Morgan maintient un soutien discret à « l’Allemagne nazie, jugée utile dans le combat contre le communisme » et bien disposée pour le remboursement de dettes contractées.

Avec une telle généalogie, comment s’étonner de voir aujourd’hui JP Morgan :

- au coeur du scandale des subprimes. Poursuivie en justice par les ministères du Logement et de la Justice, pour avoir trompé ses clients, elle reconnaît et accepte de payer 9,6 milliards d’euros (le montant de ses actifs est de 1630 milliards d’euros)

- au coeur de très nombreux scandales (banque de Madoff durant 15 ans, manipulation des marchés de l’énergie, entente illégale sur l’aluminium). L’Humanité Dimanche du 5 décembre 2013 explique comment cette banque manipula de 2005 à 2010 le taux interbancaire LIBOR pour faire gagner un maximum d’argent à ses traders. Rebelote sur le marché des changes : avec d’autres JP Morgan est soupçonnée d’entente illicite depuis une quinzaine d’années pour truquer le cours des monnaies aux dépens des clients.

- afficher parmi les plus hauts revenus (16 millions d’euros pour son PDG Jamie Dimon en 2011) et licencier sans cesse (15000 suppressions d’emploi en 2013)

Ford

Avec le livre "The International Jew" (1920), Henri Ford a donné une formidable tribune à son antisémitisme le plus violent. Une phrase dans un texte dédié à la salutaire « réaction de l’Allemagne contre le Juif » illustre les idées de l’industriel, souhaitant une « hygiène politique », parce que « la principale source de la maladie du corps national allemand (...), c’est l’influence des Juifs ». Dans plusieurs autres passages, les juifs sont présentés comme un « germe » qui doit faire l’objet d’un « nettoyage ». Adolf Hitler et son gouvernement reprendront ces mêmes mots, cette même orientation. Ils appliqueront les fantasmes de Ford.

Etant avant tout industriel, donc commerçant, Ford se consacre à l’effort de guerre. Cela lui confère l’image d’un patriote modèle.

Sur le sol américain, il construit des bombardiers, des jeeps, des moteurs d’avions, des chars de combat pour le compte des alliés.

Les usines en Union Soviétique produisent un très grand nombre de camions et autres véhicules pour le compte de l’armée rouge.

Toujours à l’affut d’un contrat et d’une rentrée d’argent (qui n’a ni odeur ni couleur), Ford fait également construire dans son usine allemande (Fordwerke) et Française (à Poissy) un très grand nombre de véhicules militaires pour… l’armée Nazie !

Les GIs américains qui se battaient en Europe contre les troupes d’Hitler eurent la surprise de découvrir que les militaires allemands conduisaient des camions Ford. S’ils avaient porté leurs regards vers le ciel, ils auraient pu voir voler les avions nazis construits par Opel, une filiale de General Motors (GM). En 1939, les filières allemandes de General Motors et Ford approvisionnaient 70% du marché allemand de voitures.

Le passé nazi et antisémite de Henri Ford a été occulté dans beaucoup de ses biographies. Il est vrai qu’Henri Ford incarne un tel modèle de réussite industrielle que certains préfèrent masquer les aspérités les plus grossières d’un homme qui restera un des « inventeurs » de l’antisémitisme américain.

Walt Disney

Il fait partie du milieu intellectuel et artistique anglo-saxon conservateur à tendances ésotériques, hostiles à la démocratie libérale, qui fraye avec les fascistes européens dans les années 1920 et 1930 avant de rallier le nationalisme US durant la Seconde guerre mondiale puis le maccarthysme durant la guerre froide.

Mussolini le reçut deux fois en grande pompe ; Hitler et Goebbels organisaient des projections privées de ses films ; les auteurs, journalistes et critiques fascistes l’encensaient systématiquement (Brasillach par exemple).


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