Gauches au gouvernement... avancées sociales et démocratiques

mercredi 19 avril 2017.
 

Ce soir, nous devons discuter deux sujets complémentaires lors de notre réunion ouverte "Mardi pour la République Sociale" au FJT d’Onet :

- en premier "Les luttes sociales"

- en second "Aperçu historique rapide des gauches au gouvernement, progrès significatifs"

Afin de limiter le temps d’introduction orale en réunion et pour contribuer à la poursuite de la réflexion :

- j’ai mis en ligne sur notre site ces textes écrits, très insuffisants mais qui ont l’avantage d’exister.
- voici le lien vers un texte concernant la "gauche" sur lequel je ne reviens pas ci-dessous : Qu’est ce que la gauche en France ?
- comme cela m’avait été demandé, il s’agit plus d’un récit destiné à des lycéens en lutte sur ces périodes de présence de la gauche au gouvernement et les mesures progressistes prises que d’une analyse.

1) Cycles des luttes sociales et cycles de présence des gauches au gouvernement en France

L’idée de lier ces deux sujets vient des participants à la dernière "formation". Elle se comprend dans le contexte actuel de puissante lutte sociale contre le CPE alors que le dernier mouvement de masse (sur les retraites en 2003) a échoué et alors que se profile dans un an l’élection présidentielle 2007.

Nous n’allons pas épuiser ces sujets très importants en deux heures trente. Ils touchent nécessairement à des questions fondamentales, difficiles, aux implications politiques actuelles, comme les rapports historiques entre gauche et révolution française, entre gauche et révolutions de 1830, 1848, 1871, entre la gauche et la longue bataille pour la laïcité ? Comment définir la gauche dans son rapport au mouvement ouvrier, au socialisme, aux questions écologiques ? Quelles sont ses principales évolutions sur deux siècles ? ses principales ambiguïtés ? A quels autres exemples internationaux peut-on comparer la gauche française ? A quels enjeux est-elle confrontée dans le contexte du capitalisme financier transnational ?

Nous pouvons cependant pointer un premier constat dans cette introduction.

Des militants de groupes trotskistes présentent souvent l’arrivée de la gauche au gouvernement comme un moyen pour la bourgeoisie de dévoyer les luttes sociales dangereuses pour elle vers le terrain électoral et politicien qu’elle maîtrise plus facilement. Or, d’une part la fraction du patronat jouant ce jeu a toujours été limitée, d’autre part le cycle de développement des luttes sociales et celui de l’arrivée au pouvoir politique de la gauche sont différents en France mis à part 1848, 1936 et la Libération.

Les grandes luttes sociales correspondant à des périodes de haute combativité internationale ont généralement débouché dans notre pays sur des crises révolutionnaires (1789, 1830, 1848, 1870, 1944, 1968).

Par contre, la "gauche" est généralement devenue majoritaire électoralement lorsque la droite apparaissait comme un danger pour les acquis sociaux, démocratiques et républicains. Cela s’est produit plutôt dans des périodes difficiles pour le mouvement ouvrier et les forces anticapitalistes. C’est le cas :

- de 1881 à 1885 alors que le mouvement ouvrier et les socialistes restent laminés par le massacre des Communards. Face à des royalistes méprisants et revanchards, face à des militaires hautains, incapables et dangereux, une majorité de citoyens porte au gouvernement des "républicains" se réclamant de la révolution française.

- de 1899 à 1906, face à une droite liée à une extrême droite violente, face à la poussée du pré-fascisme, une majorité de citoyens porte à nouveau au gouvernement des "républicains" et "radicaux" soutenus par des socialistes

- en 1924, la période du début des années 1920 marquée par de grands mouvements sociaux et plusieurs révolutions se termine par une poussée du fascisme et d’une droite très droitisée lorsqu’une majorité de citoyens porte au gouvernement des "républicains" et "radicaux" soutenus par les socialistes : le "cartel des gauches".

- en 1936, une majorité de citoyens porte au gouvernement le Front populaire (alliance des radicaux et socialistes soutenus par le PCF) alors que la droite française est largement gangrénée par le fascisme et alors qu’une majorité de pays d’Europe sont tombés sous la férule du fascisme et de dictatures de droite.

- en 1981, la période révolutionnaire des années 1968 s’est achevée depuis longtemps et la droite française tente d’en liquider les acquis lorsqu’une majorité de citoyens porte au gouvernement l’Union de la gauche (alliance des radicaux de gauche, du PS et du PCF).

2) Combativité populaire et aspiration à l’unité de la gauche

En ce début mars 2006, dans chaque rue, dans chaque hameau de l’Aveyron, des dizaines de milliers de citoyens souhaitent virer la droite, avec deux mots pour alternative : Gauche et Union. Vous le savez tous aussi bien que moi. Même si cette espérance n’est pas dénuée de contradictions, elle demande nécessairement à être entendue. Pourquoi ces deux mots résonnent-ils comme des symboles, pourquoi ont-ils une telle importance ?

* La gauche est l’héritière en France de la lutte longue et difficile pour les droits démocratiques face à la féodalité et à l’Eglise jusqu’en 1878, puis pour la république, le suffrage universel, la laïcité, la résistance au fascisme... Dans un département comme l’Aveyron, fief du fascisme traditionaliste, l’attachement de nombreuses familles à "la gauche" comme identité culturelle collective présente une puissante force émotive.

* Dans l’espace mental particulier de notre peuple, la gauche apparaît comme le répondant politique de réalités institutionnelles qu’elle a fondée dans son histoire : l’école publique, les grands services publics, la sécurité sociale, de nombreuses réalisations municipales... Beaucoup de citoyens comprennent la nécessité de protéger cet acquis surtout si la droite les met en cause.

* Le lien émotif de beaucoup de citoyens "de gauche" au mythe de l’Union des gauches provient aussi de l’importance du clivage droite gauche sur l’histoire longue, la droite ayant été royaliste, cléricale xénophobe, nationaliste dangereuse, pré-fasciste, fasciste...

* Chaque arrivée de la gauche au pouvoir a correspondu depuis plus d’un siècle à des avancées sociales et démocratiques, plus ou moins importantes, auxquelles le mouvement social a largement aidé. Les aspects négatifs du bilan de la gauche au pouvoir depuis 1983 pèsent dans les têtes, en particulier dans les milieux populaires qui ont le plus souffert dans leur vie quotidienne ; cependant, majoritairement, les "gens de gauche" estiment qu’il n’y a pas d’autre stratégie possible que l’Union des gauches pour la protection des acquis sociaux et des services publics face à la mondialisation libérale. Beaucoup sont conscients de l’importance des luttes sociales mais aussi des limites de celles-ci sans le débouché d’une alternative électorale à la droite et au libéralisme.

3) La gauche au gouvernement en 1848

En 1848, le peuple de Paris se soulève contre le pouvoir politique de la grande bourgeoisie financière représentée par le roi Louis-Philippe et installe la république.

Révolution française de 1848 "C’était beau" (22, 23, 24 février)

En un peu plus de deux mois, les révolutionnaires au gouvernement prennent plusieurs décisions importantes qui resteront dans le légendaire historique de la gauche :

- le suffrage universel. Une semaine après la révolution de février, le Gouvernement provisoire de la deuxième République proclame le suffrage universel masculin. Le 23 avril 1848, la France est le 1er Etat à adopter le suffrage universel masculin. Tous les Français de plus de 21 ans sont appelés à élire une Assemblée constituante.

- l’abolition de l’esclavage Une semaine après la révolution de février, le Gouvernement provisoire nomme par décret Victor Schoelcher, Président de la Commission d’abolition de l’esclavage chargée de préparer l’émancipation. Le 27 avril 1848 l’abolition de l’esclavage est décrété.

- le droit au travail avec des décisions pour son application concrète (ateliers nationaux, ateliers sociaux, grands travaux...)

- l’abolition de la peine de mort en matière politique "considérant qu’il n’y a pas de plus sublime principe que l’inviolabilité de la vie humaine"...

- la proclamation de la liberté totale de la presse et de la librté d’association

- l’instauration des premiers éléments d’un droit du travail avec l’abolition du "marchandage", la limitation de la durée du travail à 10 heures sur Paris, 11 heures en province, la différence étant justifiée par la longueur des trajets.

4) La gauche des années 1879 à 1885 instaure la république pour la durée

Après la défaite de Napoléon 3 face à l’Allemagne en 1870, après l’écrasement de la Commune en 1871, le peuple français désorienté porte à l’Assemblée une majorité de royalistes pommadés et de riches aspirant seulement au régime politique le plus apte à ne pas partager les richesses. Les banques sont tenues par des royalistes orléanistes ; les campagnes, le Sénat, l’armée et l’administration sont politiquement monarchistes ; la presse est essentiellement cléricale donc plus à droite, plus réactionnaire et plus autoritaire que toutes les forces ci-dessus.

Dans un tel contexte, Gambetta, porte-parole de la gauche républicaine fait surtout preuve d’une grande habileté tactique. Il analyse bien l’évolution sociologique des villes avec en particulier l’émergence de couches nouvelles intellectuelles rétives au conservatisme moyenâgeux ranci de la droite française. La gauche emporte de nombreuses mairies qui permettent de gagner une majorité au Sénat. Le 30 janvier 1879, le royaliste Mac Mahon est remplacé comme président par le républicain très modéré Jules Grévy. En 1879, la Marseillaise devient l’hymne national français. En 1880, le 14 juillet devient fête nationale. De 1879 à 1883, les républicains limitent peu à peu le monopole des monarchistes d’ordre moral dans l’armée, la magistrature, la haute administration, le Conseil d’Etat, le corps préfectoral... Si ce travail n’avait pas été fait à ce moment-là, je crois que le fascisme se serait imposé en France dans les années 1930.

Lorsque la gauche républicaine gagne les élections législatives en 1881, elle n’est plus une étrangère dans l’Etat. Aussi, quelques grandes réformes peuvent être lancées. On connaît surtout :

- la loi de juin 1881 instituant la gratuité de l’enseignement primaire

- la loi sur les réunions publiques du 30 juin 1881 (Article 1 : Les réunions publiques sont libres. Elles peuvent avoir lieu sans autorisation préalable).

- la grande loi sur la liberté presse du 29 juillet 1881 (Article 1 : L’imprimerie et la librairie sont libres. Article 5 : Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement.

- la grande loi de mars 1882 rendant l’enseignement primaire obligatoire et laïque de 6 à 13 ans. En quelques années, le budget de l’instruction publique est multiplié par trois ; les instituteurs et institutrices sont formés dans les écoles normales départementales, pépinières de cadres républicains.

- la grande loi du 21 mars 1884 autorisant les syndicats ( Article 2 : Les syndicats ou associations professionnelles... pourront se constituer librement sans l’autorisation du Gouvernement)

- la loi du 27 juillet rétablissant le divorce (loi Naquet)

- la loi du 18 août 1884 supprimant les prières publiques lors de l’ouverture des sessions parlementaires.

Après 1885, la laïcisation de la société française se poursuit :

- 1886 : exclusion des enseignants religieux des écoles publiques.

- 1887 : liberté des funérailles

5) De 1899 à 1902, le gouvernement Waldeck-Rousseau de "défense républicaine"

Sur la fin du 19ème siècle et début du 20ème, les pays européens connaissent une poussée de courants très conservateurs et même fascistes ( en France l’Action française, en Autriche le Parti Social Chrétien de Karl Lueger...). L’affaire Dreyfus doit s’analyser dans ce cadre avec une droite militariste, nationaliste et antisémite de masse. En 1898, le gouvernement républicain de Henri Brisson ouvre l’instruction de la Cour de cassation sur le procès Dreyfus de 1894.

La détermination de la droite nationaliste a écraser "la gueuse" (ainsi nomment-ils la République) ne fait qu’augmenter. Le 23 février 1899, profitant des obsèques de Félix Faure, Déroulède tente un coup d’État en prenant l’Elysée grâce aux troupes de la brigade Roget qui défilent (il sera acquitté par la cour d’Assises de la Seine). Le 4 juin 1899, le président de la république est frappé à Auteuil.

Une gauche bourgeoise de "défense républicaine" (Alliance républicaine démocratique, radicaux, le socialiste Millerand) se rassemble au Parlement face à cette poussée de droite anti-républicaine. Le 26 juin 1899, le gouvernement Waldeck-Rousseau est investi par les députés « La Chambre en exprimant la résolution de ne soutenir qu’un Gouvernement décidé à défendre avec énergie les institutions républicaines et à assurer l’ordre public, a nettement défini la tâche qui s’impose au nouveau cabinet. » Le nom du nouveau président du conseil est largement connu depuis la loi Waldeck-Rousseau de 1884 votée le 21 mars 1884 qui a abrogé la Loi Le Chapelier et autorisé les syndicats.

Conscient de la nature dangereuse pour la démocratie des organisations de droite : Ligue des patriotes, Jeunesses royalistes et Ligue antisémite, Waldeck-Rousseau fait arrêter leurs dirigeants le 12 août 1899. Plusieurs de ceux-ci se retranchent dans le « Grand Occident de France » au 51, rue de Chabrol. Ils sont ravitaillés à partir d’un toit et protégés dans la rue par de nombreux amis. Lorsque l’extrême gauche manifeste contre ces fascistes, la police intervient durement ; des anarchistes se vengent par le sac de l’église Saint Joseph, proche (bilan : une centaine de blessés et une cinquantaine d’arrestations). Les activistes de droite se sentent pousser des ailes ; le 14 août 1899, l’avocat de Dreyfus reçoit une balle de pistolet tirée en public, en présence de nombreux policiers ( y compris le directeur de la sûreté générale, plusieurs commissaires spéciaux...) mais le tireur n’est et ne sera jamais ni connu ni retrouvé.

Conscient du fait que l’armée représente un danger immédiat pour les institutions républicaines, Waldeck-Rousseau prend des mesures efficaces pour stopper l’épidémie antirépublicaine et antisémite parmi les officiers supérieurs.

Conscient du fait que l’Eglise représente le terreau essentiel des plantes mortelles ayant nom cléricalisme, traditionalisme royaliste, antisémitisme (dont les Assomptionnistes sont les champions), le gouvernement Waldeck-Rousseau agit par :

- un système d’autorisation des congrégations et de contrôle (loi interdisant aux congrégations religieuses d’enseigner).
- des lois contraignant les séminaristes au service militaire
- la circulaire du 1er avril 1904 ordonnant l’enlèvement des crucifix dans les prétoires des tribunaux.

Dans le même temps, la grande loi sur les associations (1901) libère les potentialités d’une recomposition des formes d’organisation de la société autrement que par les seules associations paroissiales.

Sur le plan social, les progrès réalisés par ce gouvernement sont nettement plus limités :

- les décrets d’août 1899 fixent un certain nombre de normes sociales dans le cadre des marchés publics. Ils imposent ainsi aux entreprises amenées à travailler pour le compte de l’Etat, en particulier pour le secteur des travaux publics, le respect de conditions de travail minimales (durée du travail, salaires, repos dominical...)

- 1er septembre 1899 : entrée de représentants ouvriers au Conseil supérieur du travail

- Lois Millerand promulguées 30 septembre sur le travail des femmes et des enfants et sur la réduction de la durée du travail (onze heures par jour, délui de 4 ans vers une journée de 10 heures)

Confronté à une vague de grèves (dont celle, célèbre, du Creusot) le gouvernement cherche à se poser en intermédiaire de bonne volonté ; en tout cas, il évite toute intervention de l’armée ou des forces de l’ordre.

Durant les années de ce gouvernement de "défense républicaine", la colonisation présente un aspect totalitaire tout aussi marqué que précédemment et la majorité de "gauche républicaine " ne s’illustre pas par une volonté de faire respecter un minimum les droits de l’homme.

Colonisation française du Niger et du Tchad par la colonne Voulet Chanoine Joalland : un crime contre l’humanité

De 1898 à 1902, la gauche a connu en France une phase de militantisme actif, d’approfondissement, d’organisation, d’extension vers les zones rurales traditionnelles.

En juin 1901, un grand congrès des forces républicaines, radicales et radicales-socialistes lance la préparation des législatives de 1902 avec pour but une majorité de gauche passant de la "défense républicaine" à "l’action républicaine".

Cela suffira-t-il à bloquer une droite dans laquelle la composante fasciste pèse lourd ?

6) De 1902 à 1906, le Bloc des gauches mène une politique d’Action républicaine

Les élections législatives de 1902 (27 avril et 13 mai) actent la coupure de la France en deux camps à peu près égaux entre la gauche républicaine d’un côté (environ 51% des suffrages) et la droite (49%) de l’autre.

Cependant, la tension créée dans la population par la virulence de la droite et de l’Eglise entraîne une évolution vers la gauche au sein des républicains. Les modérés s’affaiblissent au profit des radicaux et les socialistes progressent. Le combat contre le cléricalisme a déjà entraîné une division des républicains modérés qui constituaient le principal groupe à la chambre des députés entre 1898 et 1902 (254 sur 585). Ils se divisent en deux groupes : l’aile droite du parti (127 Républicains progressistes) rejoint l’opposition conservatrice (avant d’osciller selon le votes) tandis que l’aile gauche (62 Républicains de gauche) soutient la gauche (129 radicaux, 104 radicaux socialistes, 43 socialistes).

Le Bloc des gauches choisit le radical Emile Combes comme président du conseil. Il s’agit d’un homme actif, convaincu, déterminé à mener jusqu’au bout la politique de défense républicaine face aux activistes de la droite, de l’armée et de l’Eglise.

Ce "Bloc" sera le seul parmi les gouvernements de gauche du 20ème siècle à miser sur la mobilisation populaire pour contrer les conservateurs. Des milliers de comités républicains se développent et agissent, généralement par commune. Les déplacements de Combes donnent l’occasion aux républicains de prouver leur grand nombre dans la rue. L’engagement des intellectuels est considérable (le philosophe Alain, les historiens Aulard et Seignobos, l’écrivain Anatole France, le scientifique Marcellin Berthelot...)

En politique expérimenté, Combes crée la Délégation des gauches comprenant le gouvernement et les dirigeants des partis de gauche (Union Démocratique, Radicaux, Radicaux-Socialistes et Socialistes) pour suivre en permanence les questions importantes à régler.

Comme président du Conseil, il prend également la responsabilité de l’Intérieur et des Cultes, marquant ainsi ses priorités :

- il s’attaque aux conservateurs activistes de l’armée, de la magistrature et de la fonction publique.

- il applique avec fermeté la loi sur les congrégations religieuses (toutes les congrégations féminines sont dissoutes, 2500 établissements sont fermés). l’enseignement catholique perd entre un quart et un tiers de ses élèves.

- il fait tout pour contourner le Sénat, bastion conservateur

b) Il réussit à sortir par le haut de l’affaire Dreyfus.

Une perquisition dans les locaux d’une section de l’état-major permet de mettre la main sur de nombreuses pièces trafiquées par celle-ci pour accuser le capitaine Dreyfus. Tous les jugements précédents vont être cassés, la justice militaire désaisie puis Dreyfus libéré, réhabilité.

c) La politique sociale du Bloc des gauches laisse à l’histoire quelques avancées significatives :

- le repos hebdomadaire,

- une forme de salaire minimum pour les entreprises travaillant avec les collectivités publiques,

- une loi sur l’hygiène et la sécurité dans les entreprises (11 juillet 1903) contre laquelle le patronat se mobilise puissamment. Beaucoup débauchent les ouvrières en atelier et réembauchent des ouvrières à domicile. En 1904 on compte 800 000 ouvriers à domicile dont 90 % de femmes.

- une première assurance chômage, étatisation de la compagnie de chemins de fer de l’Ouest... La droite et le "centre" empêchent une loi sur les retraites ouvrières.

- La journée de travail des mineurs passe à huit heures.

Le président du conseil Emile Combes tombe sur la fameuse "Affaire des fiches". Ne se faisant aucune illusion sur la nature républicaine de l’armée, bien plus prudent et concret qu’Azana en Espagne ou Allende au Chili, il a couvert le général André (ministre de la guerre des gouvernements Waldeck-Rousseau puis Combes) qui avait mis en place depuis les tentatives de coup d’état de la fin du 19ème, un système de fiches pour connaître les officiers dangereux.

Attaqué de façon extrêmement violente par la presse cléricale et conservatrice, voyant sa majorité parlementaire se réduire comme peu de chagrin, Combes et son ministère se retirent le 18 janvier 1905.

Une dernière initiative des parlementaires élus en 1902 avec le Bloc des gauches passera à la postérité : la grande loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

3 juillet 1905 : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, Séparation de l’Eglise et de l’Etat ( par André Laignel, PS)

3 juillet 1905 La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat

http://fr.wikisource.org/wiki/Histo...

http://www.vie-publique.fr/politiqu...

7) Le cartel des gauches 1924 1925

Dans les pays d’Europe, la poussée politique des masses vers la gauche pour plus de démocratie réelle, plus de droits sociaux, une vie meilleure paraît aussi inépuisable et aussi puissante que l’élévation inéluctable d’une montagne. La naissance d’organisations fascistes avant 1914 s’explique par le sentiment partagé à droite d’une impossibilité de stopper ce mouvement dans le cadre électoral. La campagne de presse développant un nationalisme outrancier et un premier antisémitisme s’explique de même par un choix assumé des classes dirigeantes de dévoyer la combativité sociale vers la phobie xénophobe ; le déclenchement de la première guerre mondiale en est une conséquence.

Les tueries ignobles de la première guerre mondiale cassent la poussée des peuples vers la gauche. De plus, les révolutions du début des années 1920 sont écrasées (Finlande, Hongrie, Allemagne, Italie).

En France, se met en place de 1919 à 1924 un gouvernement de Bloc National, le plus à droite depuis 40 ans. Dans le même temps, le fascisme se développe dans plusieurs grands pays voisins et s’impose en Italie.

Le Cartel des gauches de 1924 ne naît absolument pas d’une période d’aspirations progressistes du peuple français mais seulement d’une alliance électorale entre quatre groupes de parlementaires : Radicaux indépendants (frange de droite des radicaux), radicaux-socialistes, républicains-socialistes, SFIO. Ceci dit, quelques soutiens la confortent comme la fédération des fonctionnaires et les loges maçonniques. Le PCF ne participe absolument pas au Cartel.

Le cartel des gauches et battu en voix mais sort victorieux en sièges en raison des divisions adverses.

En quelques mois, le gouvernement du radical Edouard Herriot prend quelques mesures positives :

- amnistie des grévistes de 1920
- autorisation pour les fonctionnaires de se syndiquer
- amnistie des hommes politiques condamnés pendant la guerre (Joseph Caillaux et Louis Malvy)
- transfert des cendres de Jean Jaurès au Panthéon
- action en défense de la laïcité avec en particulier le rétablissement du principe de la gratuité du lycée.
- reconnaissance de l’URSS
- essai de créer un organisme international pour empêcher le déclenchement de guerres

Le "mur de l’argent" combat vigoureusement le Cartel des gauches qui tombe finalement sur ces questions financières.

8) Le Front populaire

En 1936, le Front populaire (socialistes, communistes et radicaux) obtient une majorité à l’Assemblée. La droite engage un affrontement violent contre toute réforme sociale. Les ligues d’extrême droite menacent. Une grande grève générale ouvrière s’étend.

Les réformes de 36 ont marqué la conscience populaire, même si le débat va se poursuivre pour savoir s’il était possible d’aller plus loin.

- hausse de 15% pour les salaires les plus faibles, 7% pour les plus élevés

- semaine de 40 heures sans diminution de salaire

- reconnaissance de la liberté syndicale - élection de délégués du personnel

- création des congés payés (minimum de 15 jours)

- abaissement de l’âge de la retraite

- création des conventions collectives

- prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans

- nationalisation des chemins de fer. Création de la SNCF

- premières femmes au gouvernement, création d’un ministère des loisirs et des sports ( billets de train gratuits pour les congés payés), d’un ministère de l’économie nationale...

- crétion d’un Office du blé (prix minimum payé au pysan), statut de la Banque de France pour contourner le "Mur de l’argent", nationalistion des industries de guerre, programme de grands travaux.

- "droit à la protection de la Nation contre les risques de la vie et du travail"(accident, maladie, chômage, vieillesse).

9) La Libération

La droite et le patronat se sont tellement déconsidérés durant la Seconde guerre mondiale que la gauche est majoritaire à la Libération. Plusieurs grandes réformes progressistes ont subsisté jusqu’à aujourd’hui :

- droit de vote et d’éligibilité pour les femmes

- création de la Sécurité sociale qui consacre le principe de gestion collective des risques sociaux en organisant la solidarité nationale ( entre actifs et inactifs, entre générations, entre professions...)et une certaine redistribution des fruits de la croissance

- généralisation des retraites

- création des comités d’entreprise

- lois sociales agricoles

- lois de protection de l’enfance

- mise en place d’institutions culturelles et de loisir ( mouvements d’éducation populaire, ciné-clubs, auberges de jeunesse...)

- création des grands services publics. Nationalisation des mines, électricité, gaz, transports maritimes et aériens, aéronautique, construction mécanique et automobile, banques et assurances.

- constitution de 1946 Reconnaissance du droit de grève, du droit du travail ( comme condition de dignité et d’existence sociale), du droit à la culture la plus large, du droit aux loisirs et au repos, du droit à l’existence ("tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique, de la situation économique se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’exister"). "L’organisation de l’enseignement public gratuit et laîque à tous les degrés est un devoir de l’Etat".

10) L’Union de la gauche de 1981 à 1983

Le 27 juin 1972, le Parti socialiste et le Parti communiste signent un Programme commun de gouvernement. Son but est de "satisfaire les besoins et aspirations des Français", de "changer leur vie", d’"instaurer une véritable démocratie politique et économique", d’"ouvrir la voie au socialisme". Ce livre contient des orientations et engagements sur tous les sujets : salaires, prestations sociales, durée du travail, conditions de travail, emploi, droit du travail, santé, sécurité sociale, environnement, logement, transports, éducation, recherche, sport, loisirs, promotion de la femme, jeunesse, démocratie dans l’entreprise, services publics, planification, aménagement du territoire, politique industrielle, agriculture, commerce, artisanat, PME, fiscalité, institutions, information, Europe, international.

Au printemps 1981, François Mitterand puis une Assemblée majoritairement à gauche sont élus. En quelques mois, un nombre importants d’engagements sont honorés :

- 38% d’augmentation du SMIC en plusieurs fois

- abolition de la peine de mort

- autorisation de créer des radios locales

- semaine de travail réduite de 40 à 39 heures

- 4ème semaine de congés payés

- abaissement de l’âge légal de la retraite à 60 ans

- régularisation de 130000 immigrés

- nationalistion des 5 grands groupes industriels (CGE, Péchiney, Rhône-Poulenc, Saint Gobain et Thomson- Brandt), deux compagnies financières (Suez et Paribas) et 36 banques

- lois Auroux sur les droits des travailleurs...

La conjoncture économique internationale pèse contre cette politique ; en l’absence de toute politique protectionniste provisoire, l’augmentation du pouvoir d’achat profite plus aux économies des pays partenaires qu’à la France. L’inflation flambe, le franc s’affaiblit, le chômage augmente. La conjoncture politique internationale pèse également contre l’Union de la Gauche ; en effet, les années 1981- 1986 marquent un creux profond dont profite le libéralisme, entre la phase haute des années 1960-1975 et le retour des luttes à partir de 1994.

Le franc est dévalué de 10%, une "pause" ou "parenthèse" est décrétée.

Un bilan sérieux de cette période n’a toujours pas été tiré.

Je vais me limiter à quelques remarques : Je suis persuadé que beaucoup, beaucoup de militants et de cadres du PS et du PC voulaient sincèrement, ardemment, y compris au plus haut niveau, réussir à ouvrir la voie au socialisme par l’expérience du programme commun, . Mais la gauche ne s’est pas appuyée sur la mobilisation citoyenne, par exemple sur des collectifs unitaires locaux, sur une démocratisation du fonctionnement des services publics. De même, l’impact réel des lois Auroux dans la démocratisation des entreprises a été très limité. Dans ces conditions, le gouvernement s’est peu à peu isolé. Le poids de l’économie internationale sur la France était prévisible et difficile à régler mais il a été, me semble-t-il, peu réfléchi dans le cadre préalable du programme commun, comme si celui-ci avait surtout été un programme électoral.

11) La gauche plurielle de 1997 à 2002

Compléments

13) Les fondements du clivage droite gauche

L’existence et la permanence de ce clivage ont été analysées avec soin dés 1913 par André Siegfried puis, après 1945, par François Goguel (directeur du CEVIPOF). Pour eux, cette opposition recoupe des "tempéraments politiques" fondés sur des traditions historiques, des réalités sociales et des valeurs différentes.

La stabilité de la répartition géographique des votes droite gauche se vérifie par exemple en constatant les nettes ressemblances entre les opposants au Front Populaire en 1936, le vote NON au référendum de 1946, les suffrages de Giscard d’Estaing aux présidentielles de 1974 et de Jacques Chirac en 1995.

La constitution de réseaux opposant droite et gauche, date surtout des années 1880-1914. Il s’agit d’une époque où les questions de la république, du droit à l’éducation, de la laïcité... constituent des enjeux politiques immédiats. L’Eglise aveyronnaise, par exemple, refuse encore la République, le droit à la scolarisation des filles, le droit aux vacances des élèves, le droit de citoyenneté pour les non catholiques... Les accoucheuses cléricales défendent leur monopole village par village. Aussi, le clivage droite gauche recoupe l’opposition entre réactionnaires arriérés et humanistes progressistes. Il reste de cette époque une géographie des votes où de vieux fiefs ruraux républicains (depuis la Révolution) comme l’Ariège, le Gers, l’Aude, la Creuse, l’Allier arrivent toujours dans le peloton des départements votant le plus à gauche.

C’est également durant la période 1880-1914 que le mouvement ouvrier se construit et s’interpénètre avec la gauche. Ainsi le Pas de Calais, le Nord, la région de Saint Etienne, Saint Nazaire ... deviennent des bastions rouges. La gauche correspond à une réalité sociale, ouvrière et populaire, alors que la droite s’appuie beaucoup plus sur le patronat et les professions indépendantes. Dans la Région parisienne, le 20ème populaire vote plus à gauche que le 16ème très bourgeois, Ivry plus que Neuilly, la Seine Saint Denis plus que les Yvelines. En Aveyron, Aubin, Decazeville et Onet votent plus à gauche que Laguiole et Rodez centre. Le même constat d’un vote à gauche, ouvrier et populaire, peut être relevé généralement, bureau par bureu, ville par ville. Ce clivage social joue aujourd’hui plus nettement que les traditions historiques répulicaines.

Comme nous l’avons vu dans la première partie sur les luttes sociales, la gauche renaît, se renforce, se revivifie lors de chaque grande lutte. La Résistance puis la Libération ont apporté à la gauche un ancrage dans les milieux populaires et intellectuels pour un demi-siècle à présent terminé. La nature du Mai 68 français et des luttes sociétales qui l’ont suivi (condition féminine, défense de l’environnement, universalisme, citoyenneté, recherche du bonheur, intégration des immigrés...) ont contribué à centrer la gauche sur la question des valeurs, d’une éthique de société. Ces valeurs n’éloignent pas obligatoirement la gauche du terrain social, au contraire, pour des forces réellement socialistes. Comme l’ont confirmé plusieurs enquêtes d’opinion, l’opposition droite gauche recoupe actuellement un clivage entre, d’une part les chantres du libéralisme économique, d’autre part les partisans d’une société régulée, respectant les droits sociaux et politiques ; ce désaccord sur le libéralisme économique met en question à la fois des antagonismes sociaux et des oppositions en terme de valeurs, de projet politique.

14) Constatons-nous une atténuation du clivage droite gauche ?

La droite et ses multiples relais idéologiques ont toujours tout fait pour nier, moquer, "dépasser" ce clivage historique gênant pour eux qui descendent des royalistes, des intégristes religieux, des nationalistes colonialistes et des pétainistes. De plus, le nombre de Français se reconnaissant comme "Français de droite" ne dépasse pas 28% (droite et extrême droite confondue).

Le milieu ouvrier et populaire, souvent écrasé sous le rouleau compresseur libéral ( licenciements, précarité, conditions de travail, prix excessifs du logement et du crédit...), n’a pas trouvé dans la gauche au pouvoir un soutien, une protection suffisante. De 1981 à 1991, ce milieu est resté majoritairement ancré à gauche. Le vote significatif pour l’extrême droite dans des quartiers péri-urbains montrait la profondeur de sa détresse. En 1993, le milieu ouvrier et populaire s’est largement abstenu. De 1994 à 1997, il est prudemment et progressivement revenu vers un vote de gauche. De 1997 à 2002, le balancier est peu à peu, à nouveau parti vers la détresse, l’abstention, la radicalité, ou pire la dénonciation "Tous pareils", le refus de se situer à droite ou à gauche.

En 2001 2002, 41% des ouvriers, 38% des employés, 40% des 25 34 ans, 38% des 18 24 ans, 37% des salariés du privé, 37% des femmes au foyer déclarent ne pas s’occuper de politique, ne pas voter, refuser de se situer sur un axe droite droite gauche. Un autre type d’enquête SOFRES a photographié l’explosion du camp social de la gauche de 1983 à 2002 : le sentiment d’appartenance de classe. Il s’est effondré à gauche de 69 % en 81 à 63% en 91 puis 58% en 2002 ; par contre, il a progressé spectaculairement à droite de 53% en 91 à 62% en 2002. Dans une telle situation où en grande partie la base sociale naturelle de la gauche ne se reconnaît pas dans sa représentation institutionnelle, peut gagner électoralement de façon momentanée mais sans la mobilisation de masse nécessaire pour "changer la vie", même partiellement. D’ailleurs les enquêtes d’opinion ci-dessus ont été confirmées par les résultats des municipales de 2001 puis présidentielles et législatives de 2002. Fondamentalement, je ne pense pas qu’il faille en chercher la raison dans la seule politique de la gauche plurielle, le divorce venait de loin. Quant à aller demander les solutions à des cabinets de com ! Quelle vaste blague ! Il est évident que la division a pesé dans l’échec du premier tour en 2002 mais le deuxième tour se présentait bien mal. Il est surprenant que Lionel Jospin, si cohérent et si intègre intellectuellement n’aborde pas ces questions dans son dernier livre.

Il serait totalement faux de faire du parti socialiste la seule cause de ces évolutions. C’est le contexte du capitalisme financier transnational qui permet d’en expliquer les formes. Depuis sa naissance, la grosse majorité du mouvement écologiste a expliqué que le nouveau clivage ne se situait plus entre droite et gauche mais entre productivistes et écologistes ; le résultat c’est que le 14 février 2002, 70% des électeurs Verts estiment que les notions de droite te gauche ne sont plus valables. Une grosse partie de l’électorat populaire communiste a également perdu ses repères politiques, ces 20 dernières années, en raison des difficultés économiques, mais aussi parce que le PC a énormément tardé avant de rompre avec "l’URSS, soleil du socialisme". Enfin, comment comprendre l’évolution de Jean Pierre Chevènement et de ses proches pendant la campagne des présidentielles autour du thème des "républicains des deux bords", y compris avec des compagnons de route de Charles Pasqua.

Pour toutes les enquêtes d’opinion, un autre fait contribue à l’atténuation du clivage droite gauche depuis 25 ans : le glissement insensible mais régulier d’une partie significative de l’électorat de droite vers les positions historiques de la gauche s’est renforcé. En 1991, 67% des électeurs de droite réclamaient le rétablissement de la peine de mort, en 2002 ils ne sont plus que 52%. En 1991, 62% s’affirmaient contre l’intégration des immigrés ; ce pourcentage est tombé à 41% en 2002. La même évolution se constate en ce qui concerne le travail des femmes, sujet sur lequel l’électorat de droite est resté longtemps très réticent ; en 2002, son attitude très majoritirement positive (78%) est identique à celle de l’électorat de gauche.

Une dernière explication de l’atténuation du clivage gauche droite mérite qu’on s’y attarde. D’après la SOFRES 69% des Français ne se sentent pas bien représentés par un parti politique ou leurs leaders. 84% estiment que notre pays connaît une "crise du politique", une "crise de la représentation par les élus". Le nombre de citoyens jugeant que les hommes politiques ne se préoccupent pas ou très peu d’eux est passé de 42% en 1977 à 59% en 1997. A la question de la SOFRES "En règle générale, les élus et les dirigeants politiques français sont-ils plutôt honnêtes ou plutôt corrompus ?" 38% répondaient plutôt corrompus en 1977 et 59% n 1997.

15) Le maintien très fort du clivage droite gauche

Le clivage droite gauche a connu bien des aléas depuis 200 ans dans ses formes et dans son acuité. Depuis 20 ans le plus surprenant, c’est son maintien malgré toutes les raisons qui poussaient à son atténuation.

Les essais de dépassement "moderniste", par delà la droite et la gauche ont explosé lors des élections malgré la popularité des candidats. Les exemples de Jean Jacques Servan Schreiber ou Bernard Kouchner l’attestent. Lorsque les instituts de sondage ont demandé à des français comment ils se situaient sur un axe droite gauche, de 69 à 95% s’y sont positionnés.

A quoi correspond ce classement à droite et à gauche ? Plusieurs études ont montré que l’appartenance sociale et la religion continuent à structurer des comportements politiques.

Du point de vue des grands débats politiques, Colette Ysmal, directrice du CEVIPOF, constatait de grosses divergences sur quatre points :

- pour un rôle actif de l’etat : 93% dans l’électorat communiste, 59% socialiste, 45% écologiste, 40% UDF, 34% RPR

- acquis sociaux garantis par l’Etat : 89% de l’électorat communiste, 66% socialiste, 57% écologiste, 42% UDF, 34% RPR

- ouverture culturelle et sociétale : 56% communiste, 59% socialiste, 60% écologiste, 43% UDF, 36% RPR

- attitude plus ou moins xénophobe : 48% communiste, 48% socialiste, 61% écologiste, 68% UDF, 80% RPR, 98% Front national

Les divergences entre droite et gauche sont également très nettes quant au sens positif ou négatif de mots comme laïcité, grève, nationalisation, militarisme, nationalisme, colonialisme...

Un autre point de clivage concerne la façon d’appréhender la question de la sécurité : attitude "tout sécuritaire" à droite ( 85% dénoncent les juges comme trop indulgents vis à vis des petits délinquants) ; lien entre résolution des difficultés sociales et sécurité à gauche. Ce désaccord se cristallise par exemple sur la question de la police de proximité.

Depuis 1981, une évolution significative concerne le pourcentage de citoyens se réclamant du "centre" car il a sans cesse diminué : 14% en 1981, 13 en 1991, 10 en 1996, 9 en 2002.

Le principal point de clivage entre électeurs de gauche et électeurs de droite, c’est celui du libéralisme vis à vis des entreprises et de l’argent soutenu par 74% des sympathisants de droite alors que ceux de gauche se prononcent plus en faveur d’un rôle de l’Etat sur ce terrain économique. S’il était besoin d’arguments pour ne pas abandonner notre ancrage identitaire "à gauche", ce point de clivage seul serait un argument suffisant.

8) Quelle gauche ? Quels rapports entre gauche et syndicats ? Quel intellectuel collectif construire pour peser sur les échéances politiques à venir ? L’hypothèse d’une recomposition anticapitaliste de la gauche avancée après le 29 mai est-elle abandonnée ?

Nous reprendrons ces points dans d’autres rapports et débats de formation car cela justifie d’y consacrer plusieurs soirées.

Jacques Serieys le 7 mai 2006, rapport pour une formation "de base" dans le cadre d’un Mardi de la République Sociale


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