Qu’est-ce que la Gauche ?

mardi 11 septembre 2018.
 

La France n’a pas connu une seule gauche, de Voltaire à Rousseau, de Roland de la Platière à Robespierre, de Lamartine à Blanqui, de Pelloutier à Waldeck Rousseau, de Jaurès à Thorez, de Mitterrand à Bensaïd, de Strauss Kahn à Mélenchon.

Nous ne pouvons dégager ni une seule gauche, ni deux gauches, ni trois gauches mais des partis, des personnalités, des courants en évolution permanente selon les conjonctures et périodes historiques. Lorsque nous employons ce terme de gauche, nous devons donc en préciser le contexte historique, l’orientation et la pratique.

Ceci dit, il serait ridicule de nier la réalité matérielle et l’utilité de ce concept jusqu’à présent puisque, à partir d’une modalité de vote parlementaire dans la France de 1789, son utilisation s’est répandue sur tous les continents et presque tous les pays. Je reprends ici le constat connu et judicieux : le classement en « droite » et « gauche » s’est révélé universel pour des raisons profondes et structurantes.

Pour l’essentiel, ce concept de "gauche" renvoie à trois faits :

- d’une part une histoire. La gauche a existé en France comme mouvance progressiste face à la droite royaliste, cléricale, fascisante, libérale...

- d’autre part une certaine cohérence de valeurs articulée autour des objectifs d’émancipation humaine.

- enfin le scrutin uninominal à deux tours pousse à la bipolarisation de la vie politique, d’où "gauche" et "droite"

A) La gauche comme réalité diverse et évolutive dans l’histoire du peuple français

La gauche française est une réalité évidente malgré sa complexité.

- La droite française s’est constituée en profondeur sous la Restauration (1815-1848) autour de nobliaux héritiers des Anti-Lumières, autour des dénonciateurs de la Révolution française, de ceux qui haïssent les droits de l’homme. Elle s’est soudée contre les aspirations populaires sociales et démocratiques derrière les massacreurs de 1831, 1832, 1848, 1851, 1871, ensuite autour de cléricaux pré-fascistes, antisémites et nationalistes avant 1914, puis de fascistes comme Xavier Vallat durant l’entre deux guerres. Pour conserver une audience politique, cette droite a eu sans cesse besoin de faire appel à des "hommes providentiels" censés se situer au dessus du clivage droite gauche dont Napoléon 3, Pétain et De Gaulle représentent les prototypes. Depuis le début des années 1980, des libéraux égoïstes et atlantistes liés à l’argent roi tiennent les rênes de la droite.

- La gauche française s’est constituée en profondeur sous la Restauration (1815-1848) autour de personnalités locales et nationales héritières des Lumières et de la Révolution française. Elle a rassemblé décennie après décennie, une mouvance plus humaine, plus démocrate, plus sociale, plus républicaine quant au rôle de l’Etat, plus attentive aux aspirations sociétales, majoritairement plus solidaire des exploités et opprimés, essentiellement unifiée par l’opposition à des droites généralement majoritaires. Dès la Convention de 1793 et encore plus depuis les années 1880, cette gauche a bénéficié d’une base sociale ouvrière et populaire ; elle a parfois donné un débouché institutionnel ou juridique à ses aspirations tout en restant nationalement liée à certains secteurs de la classe bourgeoise dominante.

Notons seulement quelques points :

A1) Tous les historiens ayant travaillé sur les origines de la gauche dans tel ou tel département ont noté l’importance de groupes préexistant à la Révolution française :

- groupes locaux défenseurs des droits démocratiques, des institutions d’intérêt général... Je pourrais écrire un livre sur ce sujet pour mon village d’Entraygues sur Truyère.

- minorités opprimées comme les Protestants et Juifs

- zones de petites propriétés paysannes ayant lutté contre l’accaparement féodal

- premiers embryons du mouvement ouvrier comme à Lyon

7 août 1786 Insurrection ouvrière de Lyon L’émeute des deux sous

- noyaux progressistes groupés autour des idées des Lumières...

A2) La division entre une gauche et une droite naît durant la Révolution française, au moment où se discutent à l’Assemblée des questions décisives :

28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

- la gauche pousse à une déclaration des droits de l’homme alors que la droite craint que de tels droits ne limitent les fortunes et privilèges des puissants

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789)

- la droite veut conserver au roi un rôle divin, supérieur au peuple et à ses élus alors que la gauche s’oppose au droit de veto royal sur toute loi

Robespierre : Les fondements de la souveraineté populaire face à l’absolutisme royal ( septembre 1789 )

A3) L’attachement de millions de citoyens français à la droite et à la gauche date surtout de la première moitié du 19ème siècle

De 1815 à 1848, la société française subit à nouveau la suprématie putride de nobles revanchards, d’évêques absolutistes, de maires et préfets choisis par le roi, de juges totalitaires, de réactionnaires plastronnant. La droite les rassemble, essayant de défendre la royauté et le monopole idéologique de la hiérarchie catholique, d’empêcher le suffrage universel, d’empêcher la proclamation de la république, d’empêcher l’école obligatoire, laïque et gratuite, d’empêcher le progrès des droits féminins.

Le chansonnier Béranger a parfaitement croqué ces débris moyenâgeux :

16 juillet 1857 : Décès de Béranger, le chansonnier terreur des aristocrates et des calotins

Durant le 19ème siècle déjà, la société connaît un glissement vers les positions politiques de la gauche, glissement nommé sinistrisme par les historiens. Ainsi, la majorité de la gauche de 1789 se retrouve à droite en 1793 ; ainsi, la gauche de 1823 comprend des républicains de toutes obédiences, des bonapartistes et même des libéraux que l’on retrouvera à droite plus tard.

Cependant, l’opposition sous la Restauration entre droite et gauche est fondatrice, la droite assumant de représenter un passé mythifié, celui de Clovis, des Croisades, de l’Inquisition, de Louis XIV, des chouans alors que la gauche essaie d’ouvrir les voies d’un avenir meilleur. La carte électorale de la France bouge peu des années 1830 à 1965.

A4) Malgré des répressions féroces une gauche progressiste trace encore son chemin durant tout le 19ème siècle

Ces répressions sont mises en oeuvre par la droite évidemment mais aussi par des personnalités positionnées à gauche peu de temps auparavant. La raison en est facile à comprendre.

En 1789, la droite défend la royauté absolue alors que la gauche porte la révolution libérale bourgeoise. Certains de ces députés de gauche s’effraient de la radicalisation populaire, particulièrement des mobilisations populaires contre la famine appuyées par certains élus comme Robespierre subissent la loi martiale ; aussi, ils votent la loi martiale pour autoriser l’armée à faire feu après sommation chaque fois que nécessaire.

En 1793 1794, la gauche porte les revendications et aspirations correspondant à une révolution populaire, démocratique et sociale (droits sociaux, suffrage universel...). Une partie importante de la gauche de 1789 passe à droite pour défendre les intérêts des milieux les plus aisés puis engage la répression de la gauche avec le soutien logique des royalistes ; ainsi se termine la Convention montagnarde.

Le même processus se retrouve ensuite en 1830 ; la bourgeoisie soutient la révolution réalisée par le peuple ; lorsque celui-ci met en avant ses propres intérêts, la bourgeoisie le fait massacrer.

27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée

Les canuts de Lyon, première grande insurrection ouvrière, du 21 novembre au 3 décembre 1831

Le même processus recommence en 1848 jusqu’au massacre de juin puis en 1870 1871.

Du 24 février au 26 juin 1848 : la Révolution et la république, du lyrisme à la répression sauvage du mouvement ouvrier

Du 21 au 28 mai 1871 : la Commune de Paris était écrasée dans un bain de sang

Cependant, la gauche continue à avancer, se massant lors des enterrements de personnalités symboliques :

- comme Lamarque, général républicain face aux armées coalisées de l’Europe royaliste :

5 juin 1832 : Funérailles du général Lamarque. Une insurrection républicaine et révolutionnaire

- comme Blanqui, le socialiste qui passa plus d’années dans les prisons que libre :

Auguste Blanqui, républicain socialiste, héritier des Jacobins de 1793 et des babouvistes

- comme Raspail, trait d’union entre combat républicain et socialisme

Raspail, passeur de la révolution française au socialisme, candidat à la présidence de la république le 11 décembre 1848

- comme Victor Hugo

Funérailles de Victor Hugo : Peuple, artistes et républicains... (31 mai et 1er juin 1885)

- sans oublier les défenseurs des droits des travailleurs comme Louis Blanc, Duval, Varlin, Louise Michel, Jules Vallès, Basly, Camélinat...

4 avril 1871 Le général communard Emile Victor Duval est fusillé par la vermine des Versaillais

- sans oublier non plus la gauche patriote et universaliste qui comprend des étrangers comme Dombrowski

23 mai 1871 Mort au combat de Jarosław Dombrowski, général en chef de la Commune, un vrai Juste

A5) Au début du 20ème siècle, la droite est profondément raciste, nationaliste et militariste. La gauche est diverse mais plus attachée à la république, au progrès et à la paix

22 juin 1899 Waldeck-Rousseau et la gauche républicaine au gouvernement

7 juin 1902 Gouvernement Combes de Bloc des gauches

3 juillet 1905 La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat

Jean Jaurès représente bien le coeur humaniste, progressiste, laïque, universaliste de la gauche fin 19ème et début 20ème siècles

Ecole laïque, nationale et participative (Jean Jaurès le 21 octobre 1886)

Jaurès Discours à la jeunesse "Il faut faire un large crédit à la nature humaine" (Albi 1903)

Jaurès Pour le droit de vote des femmes

6 novembre 1911 : Jaurès contre la répression coloniale en Tripolitaine

Jaurès : Contre la peine de mort, peine immonde

Jaurès : " Le parti socialiste international représente à cette heure, la seule promesse d’une possibilité de paix (juillet 1914)

31 juillet 1914 : Jean Jaurès est assassiné (annexe : discours de Jean Jaurès sur la nation, les socialistes et la guerre)

A6) De 1925 à 1943, une grosse majorité de la droite est fasciste ou alliée au fascisme

L’affirmation ci-dessus n’est pas valable seulement pour la France mais aussi l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie, la Lituanie, la Grèce...

Pour ce qui concerne la France, tenons-nous en ici à deux rappels :

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 installent légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain

A7) La gauche parlementaire a contribué à donner un débouché législatif aux mobilisations populaires de la gauche sociale, dans les premières années du 20ème siècle, en 1936, à la Libération, en 1968, en 1981, en 1995...

Les grandes périodes d’ancrage historique de la gauche en France

Gauches au gouvernement... avancées sociales et démocratiques

B) Clivage gauche droite et système de valeurs

Le clivage droite gauche a connu bien des aléas depuis 200 ans dans ses formes et dans son acuité. De 1980 à 2010, le plus surprenant, c’est son maintien malgré toutes les raisons qui poussaient à son atténuation.

Un institut de sondage a demandé en 2007 à un panel de Français comment ils se situaient sur un axe droite gauche ; 95 pour cent s’y sont positionnés.

A quoi correspond ce classement à droite et à gauche ? Plusieurs études ont montré le rôle de l’appartenance sociale, des traditions politiques locales et familiales, des expériences générationnelles, de la religion... Il serait trop long de détailler cela ici. Notons seulement les divergences idéologiques révélées par toutes les études, y compris les plus récentes.

Du point de vue des grands débats politiques, Colette Ysmal, directrice du CEVIPOF, constatait de grosses divergences entre droite et gauche sur quatre points :

- pour un rôle actif de l’Etat : 93% dans l’électorat communiste, 59% socialiste, 45% écologiste contre 40% UDF, 34% RPR

- acquis sociaux garantis par l’Etat : 89% de l’électorat communiste, 66% socialiste, 57% écologiste, contre 42% UDF, 34% RPR

- ouverture culturelle et sociétale : 56% communiste, 59% socialiste, 60% écologiste contre 43% UDF, 36% RPR

- attitude plus ou moins xénophobe : 48% communiste, 48% socialiste, 61% écologiste contre 68% UDF, 80% RPR, 98% Front national

Les divergences entre droite et gauche sont également très nettes quant au sens positif ou négatif de mots comme laïcité, grève, syndicat, nationalisation, militarisme, nationalisme, colonialisme...

Un autre point de clivage concerne la façon d’appréhender la question de la sécurité : attitude "tout sécuritaire" à droite ( 85% dénoncent les juges comme trop indulgents vis à vis des petits délinquants) ; lien entre résolution des difficultés sociales et sécurité à gauche. Ce désaccord s’est cristallisé par exemple sur la question de la police de proximité durant le quinquennat Sarkozy.

Depuis 1981, une évolution significative concerne le pourcentage de citoyens se réclamant du "centre" car il a sans cesse diminué : 14% en 1981, 13 en 1991, 10 en 1996, 9 en 2002.

Notons deux points de clivage entre électeurs de gauche et électeurs de droite :

- celui du libéralisme économique soutenu par 74% des sympathisants de droite alors que ceux de gauche se prononcent plus en faveur d’un rôle de l’Etat auprés des entreprises.

- celui du rapport à l’extrême droite, vécue comme un danger mortifère par une majorité de citoyens se réclamant de gauche alors que la majorité des électeurs de droite s’en sent proche sur de nombreux points.

S’il était besoin d’arguments pour ne pas abandonner notre ancrage identitaire "à gauche", ces deux points de clivage seuls serait des arguments suffisants.

C) La gauche a sans cesse été revivifiée par de nouvelles aspirations émanant de la société, de nouvelles luttes politiques qui évitent sa fossilisation

Depuis 40 ans, plusieurs sujets ont prouvé que la différence d’approche entre droite et gauche se maintenait. Je sais que les progrès portés par la gauche de gouvernement ont été insuffisants et au moins autant générés par les mouvements sociaux et l’action des anticapitalistes. Ceci dit, le bilan est très différent de celui de la droite qui a surtout détricoté les progrès réalisés par la gauche. Nous prenons ici seulement quelques exemples :

C1) Les droits des femmes

Personnellement, j’ai été frappé dans les années 1960 puis 1970 par la façon dont la droite n’a évolué sur la question des droits des femmes que poussée par la gauche et les mouvements féministes (encore plus marqués à gauche) :

- sur la place de la femme dans la famille (droit au chéquier...)

- sur le droit à la contraception

- sur le droit à l’avortement

- sur la responsabilité des enfants en cas de divorce

- sur la parité lors des élections

- sur les inégalités dans le cadre professionnel

Dans l’ensemble, la gauche au gouvernement a continué à faire progresser ces droits, par exemple le remboursement de l’IVG par la Sécu en 1982 puis l’assouplissement des conditions en 2001.

C2) Les droits des personnes aux ressources faibles

Reconnaissons à la gauche la création :

- en 1981, augmentation du SMIG de 10% et des prestations familiales de 50%

- du Revenu Minimum d’Insertion en 1988

- de la Couverture Maladie Universelle en 1999 et 2000...

C3 La défense de l’environnement

Loi littoral en 1985

Loi Montagne en 1986

Révision des procédures d’enquête publique pour permettre l’intervention d’associations de défense de la nature

Loi Voynet en 2000...

C4) Les droits des salariés

Malgré des efforts ( Lois Auroux de 1982, lois Aubry sur les 35 heures...), il est clair que la gauche s’est affrontée sur ce point, non à la droite seule mais surtout à la société capitaliste elle-même.

C’est là la limite la plus évidente de la gauche social-démocrate, justifiant l’action et l’organisation autonome de forces anticapitalistes.

C5) Gauche et mouvement ouvrier

En France, la gauche et le mouvement ouvrier ne représentent pas deux réalités identiques.

Au moins depuis juin 1848, il est évident que le mouvement ouvrier a besoin de forces politiques autonomes vis à vis de courants qui peuvent être caractérisés comme une gauche politicienne représentante des intérêts de la petite-bourgeoisie et parfois momentanément de branches de la bourgeoisie.

Cependant, je ne suis pas d’accord pour expliquer que la gauche sert aux hommes politiques qui s’en réclament à masquer les vrais conflits de classe. Les forces politiques qui ont voulu éduquer le mouvement ouvrier hors de la gauche ou même face à la gauche n’ont absolument pas fait leurs preuves. En France, le mouvement ouvrier s’est développé politiquement à gauche en lien conflictuel avec certaines formes de gauche.

C6) De nouveaux dirigeants pour la gauche intéressés par ses voix mais opposés à ses fondements ?

Je ne peux terminer ce petit article sans pointer une crainte. Il m’est arrivé d’entendre des dirigeants sociaux-démocrates européens, membres de l’Internationale Socialiste, qui n’ont plus rien à voir avec ce que j’appelle "la gauche". En France, les Dominique Strauss-Kahn, Valls, Kouchner, Bockel, Baylet, Moscovici, Sapin... n’ont plus guère à voir avec ce que nous appelons la gauche.

Raison de plus pour affirmer que nous sommes capables de les remplacer.

D) Que vive la gauche ! Que vive la vraie gauche !

Je ne néglige pas les bases de classe contradictoires de la gauche entre d’une part le mouvement ouvrier, ses partis et ses intérêts spécifiques, d’autre part la gauche bourgeoise de Lamartine, Jules Ferry, Clémenceau, Robert Fabre, Tapie et Baylet. Cependant, il me paraît préférable pour des militants anticapitalistes de prendre en charge l’épopée de la gauche plutôt que la dénoncer seulement comme un mythe.

Le bilan des gauches depuis 200 ans, c’est celui d’un élan civilisateur , concrétisant des progrès significatifs dans la possibilité pour chacun de vivre mieux, dans la connaissance, la vie politique, les droits individuels, la liberté et l’égalité.

J’ai appris par ma famille, par des voisins, par l’école publique, par des lectures, l’extraordinaire épopée qui se concrétisa ensuite dans la mouvance politique de gauche.

La gauche se revendique à juste titre de l’humanisme de la Renaissance plaçant l’humain au coeur de l’instruction, de la politique, de l’art, des sciences et de la religion.

La gauche se revendique à juste titre des Lumières, de Voltaire défendant le vieux Calas et le jeune chevalier de la Barre, de l’abbé Meslier et de Diderot...

La gauche se revendique à juste titre du puissant souffle littéraire de Rabelais à Aragon en passant par La Fontaine, Rousseau, Hugo et bien d’autres.

Certaines gauches ont caché les conflits de classe et le nécessaire combat contre le capitalisme derrière des discours politiciens de fin de banquet

Cette réalité est évidente, par exemple dans les années 1871 à 1914. Parmi les mouvements sociaux justifiés qui en ont fait les frais, je citerai :

26 janvier 1886 Grande grève des mineurs de Decazeville, Aubin, Firmi et percée du socialisme en France

1er mai 1891 à Fourmies ! L’armée tire sans raison et sans sommation sur les manifestants

Retenons de Fourmies, ce bilan tiré lors des obsèques des travailleurs massacrés par l’armée « Un fleuve de sang vient de séparer l’étendard tricolore de la République du drapeau rouge ouvrier »

Cette réalité est encore plus évidente lors des périodes de présence de la gauche au gouvernement

20 juin 1907 Béziers : Les soldats du 17ème se mutinent pour ne pas tirer sur leurs mères

La question se pose depuis 25 ans avec beaucoup plus d’acuité. Sur ce point, je reprends l’analyse de Jean-Luc Gonneau « Depuis le début des années 1990 (congrès de La Défense), le Parti Socialiste s’est rallié, de moins en moins discrètement, à l’acceptation du rôle dominant du marché, qu’il ne s’agit plus, alors, que de « contrôler » en évitant les « abus ». Cette position, qui va de pair avec une évolution du PS vers une sorte de parti démocrate à l’américaine, a été théorisée vers cette époque par celles et ceux que l’on appelait alors les « transcourants », où se retrouvaient entre autres, avec comme maître à penser Jacques Delors, François Hollande et Ségolène Royal. »

LA GAUCHE ET LE POUVOIR : ELEMENTS DE REFLEXION

Que vive la vraie gauche !

Je ne peux terminer ce petit article :

- en faisant semblant d’ignorer le rôle central des Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls et autres dans le Parti Socialiste.

- en faisant semblant d’ignorer comment certaines personnalités sont passées facilement des couloirs de Solférino au gouvernement Sarkozy, qu’il s’agisse de Bernard Kouchner, Éric Besson, Jean-Pierre Jouyet ou autres de même type.

Je pense même que la survie de la tradition de gauche risque de se poser. Dans ces conditions, trois questions me paraissent se poser :

- > quelle stratégie politique, quelles alliances pour sauvegarder une vraie gauche mettant en avant la défense des intérêts et aspirations populaires et prouvant son efficacité dans la défense de ces intérêts, particulièrement ceux de la classe ouvrière, du salariat ?

- > comment articuler cette stratégie avec notre solidarité envers les mouvements sociaux. Sur la question très importante par exemple des services publics, nous ne vaincrons pas indépendamment des personnels en lutte et de leurs syndicats ?

- > quelle conception du monde, quelle nouvelle cohérence théorique peut permettre d’intégrer les nouvelles questions apparues depuis 1968, en particulier celle concernant l’écologie ?

Si la France est un jour dirigée par des vendus social-libéraux style Tony Blair, l’avenir appartiendra à la force politique et aux dirigeants politiques qui prouveront leur capacité à prolonger l’histoire de la gauche en répondant toujours mieux à l’intérêt du peuple de notre pays et même à l’intérêt général humain.

Jacques Serieys le 5 septembre 2007

Qu’est-ce que la gauche ? (par le M’PEP)

La gauche, c’est quoi ? (par Olivier Doubre, Politis)

Le clivage droite/gauche ( Patrick Champagne)

Qu’est-ce que la gauche ? Pour une organisation politique en réseau (texte mis en ligne sur le site des Collectifs Unitaires AntiLibéraux)

«  Le projet de 
la gauche doit se situer là où sont les exigences populaires et pas ailleurs  !  » (Pierre Laurent, PCF)


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message