Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

mardi 21 novembre 2017.
 

Trois forces ont installé le nazisme en Allemagne :
- le patronat,
- l’armée, la police et la justice
- la droite, particulièrement la droite catholique

Nous allons étudier cela durant les années 1931 et 1932.

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

A) 1931 Les 4 conjurés (nazis, patronat, armée, droite) sont déjà en place pour l’ignoble

En 1931, l’Allemagne est profondément touchée par la crise financière et économique internationale. La Danatbank, le Creditanstalt font faillite ; les licenciements collectifs se succèdent, en particulier dans les Charbonnages ; la production industrielle tombe à 53 % de son niveau de 1929. Le pays compte 4 744 000 chômeurs en mars, plus de 6 millions à la fin de l’année.

Il serait inutile de détailler l’affection réciproque des quatre conjurés durant toute une année. Rappelons seulement quelques dates :

Patronat

Le 5 janvier 1931, Hitler est invité à discuter une possible présence des nazis au gouvernement par deux personnalités centrales du monde allemand des chefs d’entreprise et de la finance :

- Hjalmar Schacht ancien président de la Banque centrale du Reich,

- Fritz Thyssen, financier du parti nazi et patron de la Vereinigte Stahlwerke, cartel des aciéries de la Ruhr.

Armée

Le 18 janvier 1931, le chef d’état major de l’armée, Kurt Freiherr Von Hammerstein-Equord (1878-1943), reçoit Hitler pour envisager la possibilité d’une entente entre l’armée et le parti nazi.

La principale conséquence de ces affinités militaires-nazis sera l’annonce en février 1931 d’une "militarisation" des Sections d’Assaut hitlériennes.

Droite

Le 28 mars 1931, le président Hindenburg, candidat des droites élu en 1925, promulgue une série de décrets-lois suspendant les libertés constitutionnelles et les libertés de la presse.

Le Parti National du Peuple Allemand, membre des coalitions de droite en 1931, passe en même temps plusieurs accords avec le parti nazi et les paramilitaires du Stahlhelm pour le renversement de la République de Weimar.

Les milieux de droite hérités de la féodalité comme les junkers multiplient les marques de fraternité envers les nazis. Le 18 novembre 1931, Hermine Von Schönaich-Carolath, épouse de l’ex Kaiser Guillaume II, reçoit en grand apparat Adolf Hitler et s’entretient amicalement avec lui.

Fascistes et Eglise catholique

En avril 1931, les nazis défraient la chronique car les SA de Berlin veulent engager rapidement un coup d’état militaire. Leurs violences antisémites deviennent de plus en plus nombreuses et graves : magasins juifs pillés, individus battus dans la rue...

Le gouvernement de droite dirigé par le "Centre catholique", pour l’essentiel laisse faire. Pire, le président Hindenburg et le chancelier Brüning reçoivent officiellement Hitler et Goering pour leur proposer d’entrer au gouvernement. Ceux-ci refusent.

Le 10 mai 1931, Hermann Goering fait un déplacement officiel à Rome où il est reçu avec les honneurs par Mussolini et par le cardinal Pacelli, futur pape Pie XII.

Fascistes et patronat anglo-saxon

S’il y a un milieu particulièrement indifférent aux violences antisémites et anti-syndicales, c’est bien le patronat et les milieux de droite de Grande-Bretagne et des USA. Le financement des SS et SA vient surtout de là. Le 23 novembre, après une année marquée par d’innombrables méfaits nazis, l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin invite Goering à un déjeuner auquel participent des personnalités américaines.

A l’automne 1931, à un moment difficile pour le nazisme dix huit mois avant son accession au pouvoir, Alfred Rosenberg, ami personnel d’Hitler, est reçu par de nombreuses personnalités britanniques comme Lord Hailsham (secrétaire d’Etat à la guerre) et Lord Lloyd (qui professe des idées national-socialistes).

"Les grands intérêts pétroliers ont eu d’étroits contacts avec le parti nazi en Allemagne" (J and S Poole, Who financed Hitler ?). En 1933, après l’accession au pouvoir d’Hitler, Rosenberg fait un voyage "privé" en Angleterre ; il se rend directement d’Allemagne dans la demeure du "magnat de la politique pétrolière européenne", Sir Henry Deterding.

L’attitude favorable aux nazis de la Banque d’Angleterre pose encore plus de questions. En 1931, Rosenberg est reçu longuement par Montague Norman, gouverneur de celle-ci. "Il fit tout pour aider les nazis à s’emparer du pouvoir et à le conserver, en opérant sur le plan financier depuis Threadneedle Street" (Martin Allen).

Parti catholique et droite catholique

Le Parti catholique n’est pas homogène mais il va poser collectivement des actes très favorables à la montée du fascisme puis sa droite va installer le nazisme au pouvoir. Sa politique est suivie de près, parfois directement discutée avec le Vatican et son représentant à Berlin, le cardinal Pacelli, futur Pie XII.

Le gouvernement de droite dirigé par le catholique Brüning impose une politique libérale d’austérité qui va provoquer une crise sociale et économique, plus grave que dans les autres pays. Plusieurs mesures sont caractéristiques : l’allocation chômage est abaissée de 14 %, les femmes ainsi que les jeunes de 16 à 21 ans n’auront plus droit aux indemnités chômage, les allocations familiales sont diminuées, salaires et retraites de la fonction publique sont réduits, obligation du travail volontaire pour les chômeurs indemnisés...

En octobre 1931, ce parti catholique Zentrum, qui représente en fait les grands intérêts patronaux, constitue le socle du gouvernement. Pour maintenir le système de profit (banques, actionnariat, propriété privée des entreprises...) il réduit de façon drastique les dépenses budgétaires, baisse des salaires et place les banques en tutelle étatique ce qui lui donne un moyen d’intervention économique, (la prétendue baisse des prix de 10 % sert seulement à tromper les citoyens).

Brüning découvre que les demandes des grands patrons n’ont pas de limite lorsque leur organisation nationale lui lance un ultimatum pour qu’il baisse encore les salaires, réduise les charges sociales des entreprises et les exonère d’impôts.

B) 1932 : Les 4 conjurés (nazis, patronat, armée, droite) commencent à pratiquer l’ignoble

B1) Janvier à mai 1932 : SA et SS nazis sèment la terreur. Leur dissolution est nécessaire

Les groupes para-militaires nazis SA et SS font déjà preuve d’une brutalité qui préfigure leur rôle dans la Seconde guerre mondiale.

L’extrême droite ne se gêne pas pour affirmer publiquement son accord ( Front de Harzburg) sur un objectif fondamental : renverser rapidement la république de Weimar.

Prenons l’ exemple du 19 janvier 1932. Des nazis empêchent des étudiants juifs d’accéder aux salles de cours ; 4 d’entre eux sont blessés. 200 membres des SA (armés) empêchent la tenue d’une réunion du Parti communiste et tuent deux militants communistes.

L’attitude violente des SA et SS émeut de nombreux Allemands. Même des journaux régionaux de droite s’en font l’écho. Le parti nazi risque une marginalisation.

Le grand patronat donne à Hitler l’occasion de gagner une immense crédibilité nationale. Fritz Thyssen l’invite à prononcer une conférence devant le Club des industriels à Düsseldorf. Le minable Adolf accuse le système parlementaire d’être à l’origine de la crise économique. Il est ovationné par tous les chefs d’entreprise réunis. Pire, les grands entrepreneurs poursuivent dès le lendemain des discussions avec les chefs du parti nazi sur un projet pour l’Allemagne.

Le grand parti catholique au pouvoir (Zentrum) et l’armée apportent alors une seconde caution aux nazis. Le 29 janvier, un décret gouvernemental signé par le ministre de la guerre interdit l’entrée dans la Reichswehr pour les communistes mais la permet pour les nazis.

Le 2 février, les grands Etats capitalistes apportent une troisième caution au militarisme nationaliste dont les nazis constituent l’aile marchante. La « Conférence mondiale du désarmement » s’ouvre ce jour-là à Genève. La délégation allemande obtient la suspension de la clause du traité de Versailles concernant le désarmement ce qui permet à l’Allemagne de réarmer « modérément »…

Dans le même temps le grand patronat européen (en particulier pétrolier anglo-saxon) paie de sa poche l’énorme armée privée constituée par les SA et SS. Dès 1931, Sir Henry Deterding avait "prêté" 55 millions de livres sterling à Hitler.

Avec de tels soutiens, Adolf Hitler se sent des ailes. Il présente sa candidature aux élections présidentielles et se déplace en avion privé.

Dans le contexte d’une crise économique gravissime, Adolf Hitler obtient 36% des voix lors du vote le 13 mars 1932.

Le 17 mars 1932, le gouvernement social-démocrate de Prusse diligente des perquisitions qui prouvent l’armement et les objectifs totalitaires des SA.

Le second tour des présidentielles met aux prises le maréchal Hindenbourg, Hitler et le communiste Thäelman. Les violences des SA et SS redoublent.

Le 10 avril 1932, Hindenburg est élu avec 19.367.000 voix (52,93 %) contre 36,68% pour Hitler et 10,2% pour Thäelman.

Aussitôt (13 avril 1932), le nouveau président, proche de l’extrême droite mais effrayé par leur comportement, dissout par décret la SA et la SS pour éviter qu’ils ne mettent en pratique leur projet de coup d’état. Soudain illégale, la SA négocie en cachette d’Hitler son intégration dans l’armée.

En réalité, la dissolution des SA et SS n’a qu’une conséquence concrète : le parti social démocrate dissout nationalement ses services d’ordre puisque l’Etat prend en charge la sécurité publique face à l’extrême droite. Erreur énormissime !

La campagne des nazis pour les élections régionales peut dérouler son impressionnante machine terrorisante avec seulement des communistes comme opposants réels.

Le 1er mai 1932, les nazis se sentent assez forts pour attaquer avec une violence extrême les défilés syndicaux et communistes. La police souvent plutôt favorable aux nazis n’intervient pas.

Le vote pour des régionales est marqué par une victoire électorale importante des nazis.

Mi-mai, le général Groener, ministre allemand de l’Intérieur et de la Défense (Reichswehr), qui vient d’interdire les SA et les SS sur tout le territoire du Reich, se voit obligé de démissionner tant les pressions sont fortes pour qu’il ne réprime pas ces groupes meurtriers ; le patronat estime en avoir besoin face aux grèves qui risquent d’éclater en raison de la crise ; la droite catholique joue la carte d’une alliance avec les nazis et son chef Von Papen intrigue de concert avec son petit Adolf...

Le 30 mai 1932, le chancelier Brüning est obligé de démissionner. Il est remplacé par le chef de la droite catholique, l’ignoble Von Papen ami du cardinal Pacelli, futur Pie XII.

B2) Juin à septembre 1932 La droite catholique protège les nazis dont SA et SS

1er juin 1932 : Le nazillon de tradition catholique monarchiste Franz Von Papen est nommé chancelier.

Il forme aussitôt un gouvernement de barons extrêmement réactionnaire dont tous les membres sauf deux sont issus de la haute noblesse : Von Braun, Von Gayl, Von Krosigk aux Finances, Konstantin Von Neurath aux Affaires étrangères, Von Schleicher à la Reichswehr...

Dès le 4 juin 1932, il dissout le Parlement et annonce la mise en place d’un Etat autoritaire, débarrassé de toute contrainte parlementaire.

13 juin Von Papen reçoit officiellement Hitler, en grande pompe. Celui-ci exige la levée immédiate de l’interdiction de la SA et de la SS.

Le 15 juin 1932, le gouvernement Papen lève l’interdiction des SA et SS.

16 juin : Hitler prend publiquement l’engagement de ne pas s’opposer au gouvernement Papen.

Les résultats électoraux des nazis continuent à progresser lors des consultations régionales (Hesse).

Le 29 juin 1932, l’interdiction de réunion ainsi que du port des uniformes lors des réunions politiques est levée. Le parti nazi en profite immédiatement pour plastronner dans tout le pays.

20 juillet 1932 : Le premier coup d’état fasciste est réalisé par Von Papen avec l’accord tacite du président Hindenburg. Le gouvernement social-démocrate élu et légal du land de Prusse a eu l’audace de perquisitionner des locaux du Parti nazi pour prouver ses objectifs putschistes. A la veille d’élections dont il est prévu qu’ils donnent une majorité à gauche, Von Papen chasse la seule institution allemande vraiment opposante des nazis et se nomme commissaire du Reich pour la Prusse. Le déploiement de forces policier et nazis dissuade toute velléité de réaction des syndicats et de la social-démocratie.

En septembre, Franz Von Papen va encore plus loin et propose l’entrée des nazis au gouvernement central.

Après diverses manoeuvres politiciennes, le 30 janvier 1933, le président Hindenburg nomme Adolf Hitler chancelier et Von Papen vice-chancelier.

30 janvier 1933 : Hitler devient le chancelier allemand. Responsabilités de Von Papen, dirigeant du Centre catholique, proche du futur Pie XII

L’Allemagne peut devenir un immense camp de concentration dans l’allégresse de tous les conjurés.


Nazisme et grand capital

Hitler et le nazisme n’ont dû leur victoire qu’à l’appui politique et financier des représentants des firmes les plus puissantes du capitalisme allemand.

Soutenu seulement par certains cercles de l’armée, Hitler et le parti nazi ont longtemps été marginalisés. Au point que leur putsch de Munich en novembre 1923 tournera à la farce lamentable.

C’est que craignant une réaction trop vigoureuse de la classe ouvrière, la bourgeoisie souhaitait mettre fin à la République de Weimar et instaurer un pouvoir autoritaire, mais de manière constitutionnelle. A partir de 1924, Hitler, qui a retenu la leçon, décide de lancer son parti dans les compétitions électorales - toutefois sans succès jusqu’en 1929. C’est alors que, la conjoncture se dégradant après une période de relative stabilité, les milieux les plus réactionnaires du grand capital se tournent vers le parti nazi.

Parmi eux, Emil Kirdorf fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenberg, et Alfred Hugenberg, représentant la grande industrie de la Ruhr, qui deviendra le ministre de l’Economie du premier cabinet de Hitler. Grâce à ces nouveaux appuis financiers, le parti nazi peut diffuser plus largement et plus intensément sa démagogie sociale et ainsi devenir, aux élections fédérales de 1930, le deuxième parti du pays avec plus de 6 millions de voix et 109 députés.

Hitler et son parti avaient ainsi prouvé à la grande bourgeoisie qu’ils représentaient l’instrument dont elle avait besoin pour assurer une transition de la démocratie parlementaire à un régime ouvertement dictatorial. Pour parfaire sa respectabilité, le 25 septembre 1930, Hitler prête serment de fidélité à la légalité devant la Cour suprême du Reich et nomme à des fonctions importantes de son parti des hommes de confiance du capital financier parmi lesquels des représentants de la banque Schröder, de la Deutsche Bank, du groupe des aciéries Thyssen,...

Le 27 octobre 1931, devant un parterre de financiers américains, Carl Friedrich von Siemens, PDG de la firme Siemens, fait l’éloge des nazis et de leur volonté d’éradiquer le socialisme en Allemagne.

Toutefois, lors des élections fédérales de novembre 1932, le parti nazi perd 2 millions de voix et 40 sièges. Les grands industriels et des grands propriétaires terriens qui le soutiennent décident alors d’accélérer le mouvement. Le 19 novembre 1932, ils adressent une requête collective au maréchal Hindenburg, président de la République, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier.

Ce sera chose faite le 30 janvier 1933 après qu’une rencontre entre Hitler et l’ancien chancelier Franz von Papen, dans la villa du banquier Kurt von Schröder, ait permis de sceller les derniers arrangements.

Sitographie partielle :

Le Monde Economie 26 novembre 2012

http://www.lemonde.fr/economie/arti...

Le KPD face au nazisme

http://www.forum-unite-communiste.o...

Alfred Hugenberg et le DNVP : Parti passerelle entre droite et nazis


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