1900 1914 L’impérialisme : facteur de paix ou source de guerres, de crises

vendredi 9 juin 2017.
 

Le début du 20ème siècle scelle la victoire du mode de production capitaliste à l’échelle de toute la planète : exploitation maximum des salariés dans les pays impérialistes, tyrannie maximum dans les colonies et territoires dominés.

Plusieurs intellectuels de valeur ont travaillé dès ce tournant des années 1900 sur la compréhension de la dynamique économique et politique qui conduit à faire de tous les humains, de tout l’environnement, de tout le vivant : une marchandise.

1) L’impérialisme d’après Hobson

Quel groupe social est à la source des conquêtes coloniales ?

- les intérêts financiers et la recherche du meilleur taux de profit, répond le social-libéral britannique John Atkinson Hobson. Il démontre que les capitalistes anglais paient trop peu leurs salariés pour que ceux-ci puissent apporter le niveau de consommation (demande) correspondant à la production (offre), pour que le maintien de hauts taux de profits se réalise au sein du pays ou du continent. La City, les industriels, les grands investisseurs ont donc besoin d’une politique d’expansion leur apportant les débouchés nécessaires.

- L’aristocratie et les propriétaires de journaux ayant les mêmes intérêts apportent à cette voracité conquérante (militairement puis plus économiquement) le soutien politique et médiatique nécessaire.

- Certaines couches sociales sont également intéressées à l’asservissement des populations d’autres continents, par exemple les militaires et les missionnaires.

Pour Hobson, la politique impériale de la Grande-Bretagne, notamment depuis les années 1870, s’explique par le seul intérêt économique d’un petit groupe d’investisseurs et d’aristocrates mais que cela ne correspond pas à l’intérêt collectif de la nation.

Hobson fait partie de la tradition libérale du 19ème siècle, ayant quelques convictions éthiques et démocratiques avant la collusion libéralisme fascisme du 20ème. Aussi, il critique l’expansion impérialiste comme anti-libérale et antidémocratique ; il craint en particulier que la tyrannie imposée dans les territoires dominés par des Britanniques (militaires, entrepreneurs, représentants de l’appareil d’état...) ne contamine la société anglaise elle-même et n’y menace un jour la démocratie. Il craint également que l’impérialisme ne détruise le pluralisme culturel des peuples de la planète.

Cependant, Hobson n’a rien d’un révolutionnaire ou même d’un anticapitaliste. D’une part, il pense qu’il peut exister un "bon impérialisme" contrôlé par une organisation de coopération internationale. D’autre part, il ne croit pas que la contradiction des intérêts impérialistes entre la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne... puisse conduire à une guerre ; il estime à 80% les personnes censées qui y sont opposées dans les pays "civilisés".

Ce capitalisme international sera-t-il un facteur de paix ou de guerre ?

Les profiteurs capitalistes, les entrepreneurs imbus de leur rôle, les élus de droite, les libéraux considèrent qu’il s’agit d’un facteur naturel de paix et de prospérité. La réalité historique va leur donner tort avec une brutalisation infinie des sociétés sur les cinq continents au moins jusqu’en 1945.

2) « Le Capital financier » de Rudolf Hilferding

Cet ouvrage fait partie des grands classiques du marxisme. Sa qualité s’explique par le niveau d’analyse et de débats au sein du Parti Socialiste Autrichien du début du 20ème siècle avec Max Adler, Karl Renner, Gustav Eckstein, Otto Bauer, Friedrich Adler et globalement dans les milieux socialistes germanophones de l’époque...

Né à Vienne dans une famille juive (père, salarié d’une compagnie d’assurances), Hilferding sera arrêté par la police française et livré à la gestapo (décès le 10 février 1941, par suicide ou suite à de mauvais traitements).

Dans son ouvrage célèbre sur Le capital financier (paru en 1910 alors qu’il est installé en Allemagne), Rudolf Hilferding considère que l’accaparement progressif du monde par le monde de la finance engendre de grandes entreprises sous forme de monopoles et cartels, que cela conduit à l’impérialisme économique et à la guerre.

Hilferding, soutenu par la gauche de la social-démocratie internationale analyse comme un danger cette expansion planétaire du capitalisme ; la réponse socialiste ne doit pas être un "vrai" libre-échange mais le socialisme. Dans son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine défendra le même point de vue « Ce n’est pas l’affaire du prolétariat. écrit Hilferding, d’opposer à la politique capitaliste plus progressive la politique dépassée de l’époque du libre-échange et de l’hostilité envers l’Etat. La réponse du prolétariat à la politique économique du capital financier, à l’impérialisme, ne peut être le libre-échange, mais seulement le socialisme. Ce n’est pas le rétablissement de la libre concurrence, devenu maintenant un idéal réactionnaire, qui peut être aujourd’hui le but de la politique prolétarienne. mais uniquement l’abolition complète de la concurrence par la suppression du capitalisme. »

3) Jaurès et l’impérialisme

Le principal dirigeant socialiste français s’appuie sur le travail de Hilferding pour décrire l’évolution économique internationale en cours « ... Par-dessus les frontières des douanes travaillent les grandes coopérations du capitalisme industriel et financier et les banques, les grandes banques s’installent derrière les entreprises, elles les commanditent, elles les subventionnent, et en les commanditant, en les subventionnant, elles les coordonnent ; et comme elles subventionnent en même temps les succursales lointaines dans tous les pays et par-delà les mers, voilà que la puissance des banques se dresse, coordonnant les capitaux, enchevêtrant les intérêts »

Dans ce même discours devant les députés en décembre 1911, Jaurès affirme cependant que ce processus impérialiste constitue un facteur de paix pour l’avenir « Se fait ainsi un commencement de solidarité capitaliste, redoutable quand elle est manœuvrée par des intérêts inférieurs, mais qui, sous l’inspiration de la volonté commune des peuples, peut devenir à certaines heures une garantie pour la paix... Il y a là une puissance nouvelle formidable qui, si elle n’est pas contrôlée par l’opinion, si elle n’est pas contrôlée par des gouvernements indépendants d’elle, si elle n’est pas contrôlée par des démocraties éclairées et autonomes, peut prostituer des prétextes de paix à des combinaisons misérables, mais qui, si elle est éclairée, contrôlée, surveillée par des grandes nations indépendantes et fières, peut ajouter à certaines heures, dans l’équilibre instable du monde, aux chances de la paix »

Au sein de la Seconde internationale, globalement, la droite (Bernstein) et le centre (Kautsky) se positionnent de la même façon que Jaurès ce qui leur permet d’en rester à une orientation politique essentiellement parlementariste.

Jaurès va ensuite comprendre son erreur et déclarer que " le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage" mais il sera trop tard pour s’opposer à l’évolution inexorable des antagonismes entre impérialismes.

4) Hannah Arendt et l’impérialisme comme origine du totalitarisme au 20ème siècle


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