Formation politique : objectif, contenu, démarche, plan ?

jeudi 1er novembre 2018.
 

1) Pourquoi une formation ?

De la gauche du Parti Socialiste aux groupes trotskistes en passant par le PCF, les militants capables d’utiliser leur formation politique pèsent naturellement sur les débats. Par contre, beaucoup d’adhérents se sentent dépassés dès que sont abordés des sujets nécessitant de tels savoirs.

Cette formation est difficile à acquérir. En effet, elle fait appel à des acquis scolaires importants (par exemple en histoire) ainsi qu’à des références non scolaires (concepts théoriques, bilan des grandes luttes...). Elle nécessite une certaine cohérence psychologique personnelle mais aussi une certaine stabilité sociale. Aucun postulant à une formation n’est jamais au top sur tous ces plans ; qu’il se rassure, aucun formateur non plus.

Cette formation est d’autant plus difficile à acquérir que nous vivons dans une période politique où tout le bilan des expériences passées, révolutionnaires, réformistes et centristes de gauche (type PSU) mérite un retour critique au crible du contexte de ce début de 21ème siècle.

Cependant, nous connaissons tous des camarades n’ayant pas de bagage scolaire et qui se sont construit une formation solide.

Aucun nouveau militant ne peut se former seulement en écoutant des cours de formation ou en lisant ; par contre quiconque essaie de comprendre le monde du 21ème siècle ou l’histoire humaine peut en trouver les éléments fondamentaux dans le corpus théorique du socialisme historique. Dans ce concept de socialisme historique, j’englobe toute l’histoire concrète et tout l’acquis théorique des mouvements socialiste, communiste, anarchiste, trotskyste, autogestionnaire, populiste de gauche latino-américain, féministe et écologiste anticapitaliste... mais aussi du mouvement ouvrier et syndical.

Quiconque se pose sincèrement la question d’un autre monde à construire, ne peut aller loin dans sa réflexion sans la confronter à l’expérience socialiste de millions d’autres militants qui ont eu le même projet.

En fait, une bonne école de formation est un lieu qui contribue à l’auto-construction de militants qui un jour seront eux aussi des formateurs politiquement actifs.

2) Quelle formation ?

Le but d’une formation dans un courant émancipateur se revendiquant globalement du socialisme historique et de l’anticapitalisme doit être essentiellement de donner aux participants les moyens (informations, méthode...) de se forger une conception du monde la plus indépendante possible de l’idéologie dominante mais aussi la plus autonome possible vis à vis de quiconque. Un tel trait de personnalité ne s’acquiert pas en quelques séances mais évolue et se construit tout au long de la vie. La formation ne s’avale pas comme une oie que l’on gave ; elle se bâtit individuellement et collectivement par l’étude mais aussi par l’action politique, par les débats...

Sans ce lien à l’action politique, la formation peut pousser à la croyance métaphysique d’une "théorie" ou d’un théoricien omniscient qu’il suffirait de bien connaître et bien appliquer pour réussir. Or, la réalité du combat face au capitalisme doit sans cesse intégrer de nouvelles données qui modifient le problème et obligent à ne pas confondre théorie et orientation politique même si les deux sont évidemment complémentaires.

Toute formation socialiste doit prendre en compte :

- d’une part les personnes en formation, leurs attentes, leur expérience, leur type de conscientisation

- d’autre part les objectifs et données techniques (horaires disponibles, cadre géographique...) de cette formation elle-même.

Pour ce qui me concerne, je différencie trois types de séquences ou parties de séquences :

* des discussions libres, en petit nombre, sans texte de préparation ni compte rendu qui permettent toujours de constater l’énorme hétérogénéité des présents

* des exposés de formation politique concernant l’ensemble des références historiques, idéologiques et politiques du mouvement ouvrier et socialiste

* enfin des séquences portant sur une question politique d’actualité face au capitalisme financiarisé et mondialisé d’aujourd’hui (impérialisme et rôle mondial des USA, institutions, sécurité sociale, services publics, paradis fiscaux...)

En raison du premier et du second points, je suis contre la mise en place d’un même groupe pour des personnes dont l’expérience politique et la formation sont très différents car le contenu, la forme, les débats des séances vont être nécessairement très différents aussi.

Par contre, le troisième point peut faire l’objet d’un plan détaillé auquel tout participant peut se référer.

3) Formation politique et aléas de la vie

Si l’on prend pour objectif principal de forger des militants efficaces et endurants par une conception personnelle du monde la plus indépendante possible de l’idéologie dominante, il faut bien reconnaître que la formation théorique n’est pas le seul élément entrant en ligne de compte.

En effet, qu’est-ce qui explique les fréquents départs de militants dans toutes les organisations de gauche et d’extrême gauche ?

* les difficultés de la vie

* mais aussi la rupture, à un moment donné, entre d’une part l’idéal pour lequel on a commencé à militer et d’autre part, la pratique de son parti, son efficacité réelle pour avancer vers cet idéal.

La formation politique peut en partie anticiper cela en faisant comprendre par exemple les cycles de combativité et leurs conséquences.

Si l’on prend pour objectif principal de forger des militants efficaces et endurants, il faut bien reconnaître que la formation théorique n’est pas le seul élément entrant en ligne de compte pour une autre raison : pour qu’un adhérent d’une force politique anticapitaliste ait envie de se former, de devenir "efficace et endurant", il est nécessaire que cette force politique soit organisée de telle façon que les adhérents soient informés, puissent réellement peser sur l’orientation théorique et politique, puissent se former au travers de responsabilités...

Le mouvement Pour la République Sociale présente deux avantages en ce sens : d’une part une grande autonomie des groupes départementaux, d’autre part un Conseil national, émanation de ces groupes départementaux, qui constitue un vrai lieu de débat, même si bien des choses demanderaient à être améliorées. La ville, le département et le pays représentent dans la France aujourd’hui le cadre géographique des principaux enjeux politiques.

Une fois précisée cette complémentarité entre réussite de l’activité dans le champ politique, type d’organisation et formation, il est temps d’aborder plus précisément ce dernier point qui constitue le but de mon texte.

4) Quel plan thématique de référence concernant le socialisme ?

Je ne connais pas de plan idéal. Lorsque je dois commencer une série d’exposés, je modifie sans cesse leur ordre de présentation. Le programme d’exposés et de débats varie nécessairement selon les personnes en formation, selon l’actualité, selon le formateur. De plus, il est toujours intéressant de faire appel à des intervenants différents.

Lorsqu’on me demande un coup de main pour de la formation, le plan le plus logique consiste à traiter séparément chaque élément entrant dans une définition du socialisme :

* une actualité,

* un mouvement réel,

* des racines,

* des constantes,

* un camp social,

* un anticapitalisme,

* un idéal (de justice, de citoyenneté et d’émancipation),

* une culture théorique,

* un collectif,

* une action politique,

* un bilan,

* les grands courants du mouvement socialiste ( anarchisme, social démocratie, trotskisme...)

* un mode de production pour le futur.

Cependant, comment développer une partie sur le mouvement réel du socialisme sans aborder en même temps son lien au mouvement ouvrier, ses formes d’organisation, ses débats théoriques, son action politique ?

De même, il n’est pas non plus possible de traiter du socialisme comme idéal, comme maillon de l’émancipation humaine sans aborder les prédécesseurs, les étapes, les théories, les expériences, les erreurs, le mouvement réel par lequel le socialisme a incarné ce projet d’émancipation.

Le socialisme, en tant que mouvement réel ne peut donc être séparé d’un contexte historique précis.

Il me paraît donc souhaitable de croiser :

* la réflexion sur les éléments cités plus haut entrant dans la réalité du socialisme

* un ordre chronologique suivant les grandes périodes vécues par l’humanité et le mouvement ouvrier socialiste tout en intégrant quelques parties transversales.

* le traitement spécifique des questions émergeant de l’actualité

5) Quel plan chronologique de référence concernant le socialisme ?

1ère partie : Le socialisme. Un mouvement divers, des constantes.

2ème partie : Racines anciennes et références antérieures du socialisme

3ème partie : de 1773 à 1815 Combativité internationale, Lumières, Révolution française, débuts du mouvement ouvrier

4ème partie : de 1815 à 1845

3ème partie : les années 1848 (1845 à 1852)

4ème partie : de 1852 à 1878. Marx. La 1ère internationale.

5ème partie : de 1878 à 1914. La 2ème internationale. Jaurès, Kautsky, austro-marxisme.

6ème partie : Les bolcheviks, la révolution russe et la naissance de l’URSS.

7ème partie : les années 1920 (de 1914 à 1927). Trotsky, Gramsci, Blum. Révolutions et 3ème Internationale.

8ème partie : de 1927 à 1943. Le stalinisme. Le fascisme. La 4ème internationale, le trotskisme.

9ème partie : de 1943 à 1961. La Libération, la Révolution chinoise, les luttes de libération nationale et le tiers-mondisme, la Révolution cubaine.

10ème partie : les années 1968 (de 1965 à 1975)

11ème partie : de 1975 à 1994

12ème partie : de 1994 à aujourd’hui

7) Quelques sujets de réflexion et rapports de formation qui me paraissent incontournables

* Racines, précurseurs et références antérieures du socialisme (remarques)

* Lutte de classes, mouvements sociaux et révolutions dans l’histoire

* Révolution française, république et socialisme

* Philosophie des Lumières et socialisme

* L’apport des sciences à la naissance du socialisme

* Les premiers socialistes

* Marx

* Comprendre l’évolution économique pour comprendre l’histoire des hommes

* Les classes sociales

* Matérialisme historique. Modes de production, transitions.

* Le mode de production capitaliste

* Classe ouvrière, salariat et socialisme

* Nation et internationalisme

* La Commune de 1871

* Quel parti contre les capitalistes, pour le socialisme ?

* Syndicat et parti

* Les problèmes de transition

* La Révolution russe

* L’Allemagne de 1917 à 1933

* L’Italie de 1917 à 1923

* Stalinisme et dégénérescence de l’URSS

* Les fascismes

* L’Espagne de 1936 à 1938

* La France du Front populaire

* La question du Front unique ouvrier

* Pétainisme, occupation et Résistance en France

* La Libération

* Le PCF

* La Hongrie de 1956

* La Tchécoslovaquie de 1968

* Le Vietnam héroïque

* La Yougoslavie, de l’autogestion à l’explosion

* Le Chili, d’Allende à Pinochet

* La Révolution portugaise de 1974

* L’Union de la gauche en France de 1971 à 1986

* Le capitalisme financier transnational des années 1980 à aujourd’hui

Jacques Serieys le 10 mars 2006

Ci-dessous, introduction de l’article d’origine

En ce mois de mars 2006, des animateurs de la grève lycéenne contre le CPE et des cadres du groupe PRS de l’Aveyron se sont adressés à moi pour commencer une petite école de formation.

Cela m’oblige préalablement à donner mon avis sur plusieurs points.


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