Eté 1209 Cathares et civilisation occitane sont assassinés par les croisés SS assoiffés de sang assemblés par le pape

vendredi 25 novembre 2016.
 

La comparaison entre SS nazis et croisés chrétiens de 1209 1244 n’est pas de moi mais d’Alain Decaux, académicien, historien, ancien ministre.

(article n°2 de notre série sur la croisade contre les Albigeois)

1) Le Midi occitan connaît au début du 13ème siècle une civilisation brillante avec ses Communes, ses consulats élus, ses chartes protégeant les droits individuels, une certaine valorisation du statut de la femme, sa tolérance entre communautés. Les troubadours égrènent leurs notes de musique sur des vers d’amour courtois. Friedrich Engels note que la civilisation occitane "n’avait pas seulement atteint un développement éclatant, elle se situait à la pointe du développement de l’Europe". Il est vrai que les terres occitanes présentaient un aspect urbain avec forte circulation monétaire très différent des régions de seigneuries rurales autarciques totalitaires.

Depuis l’aube du second millénaire, aux portails sculptés d’innombrables sanctuaires, Jésus côtoie la fileuse sur la pierre et lui délivre une belle idée claire, choyée au fond des coeurs, venue du fond des âges :

"Dieu est juste ! Dieu est bon ! Dieu est lumière !

Quels que soient vos parents, vous êtes tous frères !

Bientôt viendra le jour d’un bonheur prospère !"

Une telle espérance, même dévoyée, élève des chapelles et des cathédrales, multiplie les pèlerinages, entre parfois en contradiction avec les puissants profiteurs du Haut clergé (évêques, abbés...). Ainsi, les Cathares s’attirent des sympathies par leur instruction, par leur vie, par leur refus de la violence et du luxe, par leur refus du serment féodal d’asservissement d’un homme par un autre, par leurs fondations (souvent à direction féminine) qui accueillent, soignent, instruisent. Quant aux Vaudois, chassés de leurs maisons, traqués et brûlés par l’Eglise, ils se replient sur les montagnes et la société ouverte du Midi.

Un véritable climat de réflexion touche les vaudois comme les Cathares, une partie de l’Eglise catholique comme les Juifs occitans parmi lesquels le phénomène de la Kabbale prend de l’importance. Dès 1150, l’Université de Montpellier enseigne la médecine (héritage grec, arabe, italien). Des étudiants se dirigent vers Barcelone pour les mathématiques (chiffres arabes) et les sciences. Les édifices d’art roman mêlent harmonieusement les traditions antique, bysantine, musulmane et lombarde. D’Espagne et du monde arabe arrivent des innovations artistiques, d’Italie le droit romain rénové.

A Toulouse, au début du 13ème siècle, tous les "chefs de famille" sont citoyens sans distinction de fortune ou de classe sociale. En 1204, le "comun" (classes populaires) détient une majorité contre les "meliores" (les plus riches). Dans toutes les villes, sont élus pour un an des Consuls dont le pouvoir est politique, économique, juridique, administratif, financier et parfois militaire (les milices communales lancent parfois des expéditions contre des châtelains ne respectant pas les "coutumes").

"La création en Rouergue (Aveyron actuel), de villes franches, libres de toute suzeraineté et dirigées par des collèges d’artisans, de commerçants, de juristes, équilibre la puissance féodale. Modèles de démocratie élective, elles souscrivent... des chartes d’affranchissement qui garantissent leurs privilèges et et consacrent une situation admise depuis plusieurs décennies" (Aveyron aux Editions Bonnefon).

La philosophe catholique Simone Weil vante cette société occitane de Foix à Marseille, de Périgueux à Carcassonne : "Une fois au cours de 22 siècles, une civilisation a surgi qui aurait pu avec le temps constituer un second miracle... aussi élevé que celui de la Grèce antique si on ne l’avait pas tuée".

2) Oui, la société occitane a été assassinée en pleine jeunesse par des armées d’incendiaires, voleurs, violeurs, égorgeurs assemblés par la papauté et par le clergé du royaume de France.

Dès le milieu du 12ème siècle, une alliance militaire pontificale, royale et seigneuriale écrase la commune de Montpellier, sans aucune raison religieuse.

En 1208, l’infâme pape Innocent III "expose en proie" le Midi, c’est à dire offre chaque terre, chaque maison à tout brigand s’en emparant. Durant plusieurs années, les hordes sauvages frappées du symbole de la Croix rançonnent, confisquent, pillent, ravagent, emprisonnent, incendient, mutilent, torturent, lapident, pendent, coupent les organes, violent, volent, assassinent, brûlent vifs, brûlent morts à grande échelle.

En Rouergue, les Croisés rançonnent, confisquent et brûlent à l’Ouest (Saint Antonin, Maleville, Morlhon, Villeneuve), ruinent Réquista au Sud, prennent Sévérac et brûlent Saint Laurent d’Olt à l’Est, écrasent toute opposition au Nord ; à Entraygues sur Truyère, les rivières pleurent encore des bûchers et des misères auxquelles elles ont assisté.

Une terreur totalitaire s’abat sur tout le Languedoc. Les 15000 habitants de Béziers sont massacrés sans exception (Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens), de même que ceux de Marmande. A Bram (Aude), les Croisés arrachent le nez, les lèvres et crèvent les yeux des habitants chassés du village. A Minerve en 1210, ils "brûlèrent beaucoup de ces fils de pute d’hérétiques et mainte folle hérétique qui regimbait à l’entrée du brasier". Même scène d’horreur à Quéribus, Puylaurens, Peyrepertuse... A Lavaur, "quatre cents hérétiques de putassière engeance brûlèrent en un énorme brasier. Dame Guiraude fut prise pleurant, criant, hurlant et fut précipitée dans un puits. On l’y enfouit sous des pierres." (chroniqueur catholique)

Face à cette violence, "le fils et le père, dames et demoiselles firent des barricades" (chanson de la Croisade) et menèrent une véritable guerre populaire durant 20 ans.

3) La poésie des troubadours devient plus engagée sur des sujets comme

* le droit des femmes à la coquetterie :

Les clercs disent que ce n’est pas pour les dames

Pourtant, je ne vois pas le drame.

Une dame sans vilénie

Ne perd pas Dieu à se faire embellie

* la création poétique

Nos chefs religieux disent que c’est péché...

* la sexualité

Il est faux quand on se conduit bien que l’amour soit péché

* la valorisation de l’humanité contre les Pères de l’Eglise

Dieu a fait l’homme grand et noble à son image

Terminons avec Sicard de Marvéjols :

Oui je m’encolère

Et m’encolère encor

La nuit ne fait taire

La peine qui me mord

4) La civilisation occitane meurt au 13ème siècle mais sa langue va continuer à être parlée couramment et massivement jusqu’au 20ème comme un sang qui continuerait à couler alors que le corps est mort depuis longtemps, pour mieux rappeler les conditions de l’assassinat.

Cette tragédie de la croisade a imprégné le Sud-ouest d’un fond de résistance qui va se revivifier ensuite dans les révoltes populaires, dans le protestantisme, la Révolution de 1789 puis un vote ancré à gauche.

Pour conclure, voici deux textes assez connus concernant la "Croisade contre les Albigeois" :

* Celui de Simone Weil, philosophe :

« Rien qu’en regardant cette terre et quand même on n’en connaîtrait pas le passé, on y voit la marque d’une blessure. On peut trouver dans l’Histoire, des faits d’une atrocité aussi grande, mais non plus grande que la conquête par les français, des territoires situés au Sud de la Loire, au début du XIIIème siècle. Ces territoires où existait un niveau élevé de culture, de tolérance, de liberté, de vie spirituelle, étaient animés d’un patriotisme intense pour ce qu’ils appelaient leur « langage », mot par lequel ils désignaient la Patrie. Les français étaient pour eux des étrangers et des barbares… »

* Celui d’Alain Decaux, historien :

« Pratiquement la guerre s’est faite aussi bien contre les Catholiques du Midi que contre les Cathares qui n’étaient qu’une minorité. En réalité, les Catholiques du Midi ont pris parti pour la liberté de leur province contre les envahisseurs Nordiques. Ce ne fut pas une guerre civile, le Comte de Toulouse n’était pas français. On apprendra, et cela pourra choquer, que les français se sont conduits comme des occupants. Ils ont massacré, tué, violé. En l’occurrence, les français ce sont les SS. C’est très désagréable d’entendre cela mais c’est la vérité ».

Pour éviter toute interprétation mal intentionnée sur cette citation d’Alain Decaux, il me paraît utile d’apporter trois éclaircissements personnels :

* le terme de Français désignait à l’époque les habitants de l’Ile de France. Beaucoup de croisés venaient de cette région, en particulier Simon de Montfort, leur chef.

* la croisade était plus papale que "française", au moins à ses débuts

* les "français" de l’époque sont des vassaux et sujets du roi de France ; c’est seulement la révolution de 1789 qui fonde la France comme nation. Je ne me considère pas de la même patrie historique que les assassins de la trempe de Clovis, Charles Martel, Simon de Montfort, duc de Guise et autres.

Jacques Serieys

Sur le même sujet, vous pouvez lire sur ce site un autre texte de Jacques Serieys en cliquant sur le titre ci-dessous :

22 juillet 1209 Massacre de Béziers par la Croisade catholique : "Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens"


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