En assiégeant Toulouse, la croisade contre les Albigeois connaît un échec (fin juin 1211)

mardi 24 janvier 2017.
 

Après avoir pris Lavaur, violé, égorgé, lapidé et brûlé hommes et femmes, les croisés papaux ont sillonné les environs de Toulouse, 100 kilomètres à la ronde : Rabastens, Montégut, Gaillac, Lagrave, Cahuzac, Saint Marcel, Laguépie, Saint Antonin, Bruniquel, Puycelci, Montgiscard.

Dans la zone proche de la cité rose d’environ 20 kilomètres, la meute des croisés s’est surpassé "Depuis leur départ de Montgiscard, leur marche s’était accompagnée de terribles exactions. Hommes, femmes et enfants qui s’affairaient à la fenaison avaient été massacrés sans merci, les champs dévastés, les vignes arrachées" (Michel Roquebert)

En ce 17 juin 1211, les mercenaires du pape et de Simon de Montfort arrivent au pied des remparts de Toulouse. Sur ce site, nous avons déjà mis en ligne six articles concernant la Croisade contre les Albigeois :

* Eté 1209 Cathares et civilisation occitane sont assassinés par les croisés SS assoiffés de sang assemblés par le pape

* 22 juillet 1209 Massacre de Béziers par la Croisade catholique : "Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens"

* 15 août 1209 : Carcassonne est prise par les croisés du pape et ses habitants chassés "nus" de la ville

* 22 novembre 1210 : Termes (Aude) se rend aux croisés catholiques acteurs d’une politique de terreur digne du nazisme (série croisade des Albigeois 5)

* 3 mai 1211 : Les croisés du pape prennent Lavaur, égorgent, lapident et brûlent hommes et femmes

* Génocide des cathares et crimes contre l’humanité perpétrés dans le Languedoc au 13ème siècle ? Pourquoi ? Qui en porte la responsabilité ? Quelques pistes

Durant deux ans, le sort des armes a été très favorable aux croisés. Il faut dire qu’ils disposent de plusieurs milliers de chevaliers mercenaires aventuriers, dont la guerre est le passetemps favori avec des barons d’Ile de France nombreux, des prélats pour les pousser aux massacres, des Allemands comme unité d’élite et un chef militaire sans peur et sans sentiment : Simon de Montfort. Ils s’appuient aussi sur plusieurs milliers de "piétons", essentiellement des "routiers", mercenaires aventuriers se payant par le pillage mais tout aussi entraînés à la guerre. Ils ont attaqué quelques villes dont la garnison essentiellement formé d’habitants ne pouvait rivaliser avec eux. La stratégie défensive ville par ville, bourg par bourg, château par château, laissait toute l’initiative aux croisés qui disposaient d’un matériel et d’un personnel de siège particulièrement performants.

Pour quelle raison la croisade attaque-t-elle Toulouse ? Nous le savons par une lettre précise des consuls de Toulouse au roi d’Aragon.

Les chefs de la croisade veulent prendre, tuer et déposséder le comte de Toulouse Raymond VI, qui pourtant n’a rien entrepris contre la croisade et y a même participé individuellement au début. Pauvre Raymond VI, toujours hésitant ; ses tentatives permanentes d’éviter la croisade sur ses terres puis pour trouver un compromis ne l’ont pas protégé mais ont considérablement affaibli la capacité de résistance du Languedoc. Convoqué par les légats du pape en ce printemps 2011, il a failli connaître le sort de Trencavel lorsque "Simon de Montfort et plusieurs autres chevaliers de l’armée firent irruption, en armes, à l’improviste, pour le prendre et le tuer, et ils le poursuivirent pendant plus d’une lieue".

Après deux nouveaux essais de compromis de la part de Raymond VI, ce sont les consuls de Toulouse qui essaie d’intercéder. "Ils exposèrent notre vif étonnement que l’armée veuille nous attaquer, puisque nous étions prêts à tenir toutes nos promesses envers eux et l’Eglise. Et puisque surtout, après, après notre serment, notre réconciliation et la livraison de nos otages, il n’y avait plus d’offense de notre part envers eux et envers l’Eglise." De plus, un fort contingent armé de Toulousains avait participé au siège de Lavaur au sein de la croisade papale.

Les croisés acceptent de ne pas attaquer Toulouse à une condition : que leur comte en soit expulsé, dépossédé et remplacé par un nouveau seigneur choisi par eux. "Sinon, ils nous combattraient de tout leur pouvoir, et nous traiteraient en hérétiques et recéleurs d’hérétiques". Nous voilà au coeur de l’attitude de la croisade contre les Albigeois : quiconque pense différemment de prélats cinglés aux ambitions théocratiques, différemment de féodaux cruels et ambitionnant de tout voler est caractérisé d’hérétique et traité comme tel. Les Toulousains avaient obtenus de tels acquis vis à vis de la féodalité (par exemple une justice communale, ni religieuse, ni seigneuriale) qu’ils pouvaient tout craindre d’un changement de comte. D’ailleurs lorsque Simon de Montfort remplacera Raymond VI, il commencera par vouloir supprimer le consulat.

Les légats du pape ont posé des conditions politiques inacceptables. Toulouse refuse. Les légats répondent par une sanction religieuse extrêmement grave : ils jettent l’interdit sur la ville, c’est à dire qu’ils l’excluent de la communauté des croyants, plus de messe, plus de sacrement, plus de cloches...

L’ignominie dictatoriale des légats du pape n’a fait que renforcer l’unité et la détermination des Toulousains. C’est ce qu’écrivent les consuls au roi d’Aragon "Nous mimes fin à toutes les discordes et dissensions qui nous avaient longtemps déchirés dans nos cités et nos faubourgs, et, avec l’aide de la grâce divine, nous ramenâmes notre ville à une union plus étroite que jamais."

Quelle va être l’attitude du clergé de Toulouse à l’approche de l’armada papale ? Suivant l’ordre des légats, ils quittent la ville en emportant le Saint Sacrement et rejoignent la croisade.

Le 17 juin, s’engage le premier combat (deux cents morts de chaque côté) entre d’une part les défenseurs de Toulouse, d’autre part les croisés qui réussissent à passer l’Hers pour atteindre les remparts de la ville rose et s’installer pour le siège.

Les comtes papistes de Chalon et de Bar font avancer leurs troupes jusqu’aux fossés de l’enceinte. Pour les combler, "les croisés coupèrent à foison vignes, blé, arbres, "et tout ce que portait la terre".

Mais, pour la première fois depuis le début de la croisade, des chefs (comte de Foix, Hugues d’Alfaro, comte de Comminges), et de véritables soldats affrontent les croisés. Les assiégés font des sorties fréquentes pour affaiblir l’ennemi. L’une d’elle va être décisive.

Malgré l’ordre contraire de Raymond VI, Hugues d’Alfaro et ses soldats font une sortie le 27 juin au moment où les croisés viennent de manger et font la sieste. Malgré la contrattaque victorieuse de Simon de Montfort, Alfaro a libéré des prisonniers occitans, a mis à sac le camp croisé emportant un butin important.

Le 29 juin, à l’aube, les croisés lèvent le siège de Toulouse.

Jacques Serieys


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