Dominique Strauss Kahn, Haïti, la faim, Marx et le FMI

dimanche 23 septembre 2018.
 

Honte à Dominique Strauss-Kahn. Le FMI a octroyé un prêt de 102 millions de dollars à Haïti, remboursable dans cinq ans en posant pour condition la baisse des salaires dans la fonction publique, l’augmentation du prix de l’électricité...

Après avoir englouti des centaines de milliards dans le soutien au capitalisme financier, sans condition, Monsieur l’expert ne trouve-t-il pas que l’ampleur de la catastrophe d’Haïti (200000 morts, 500000 blessés...) justifiait une aide gratuite, d’autant plus que le FMI et les banques avaient déjà prélevé des centaines de millions de dollars ces dernières années sur ce pays le plus pauvre du continent américain.

C’est le FMI et les banques qui ont de grosses dettes vis à vis d’Haïti et non l’inverse.

1) Dominique Strauss Kahn, serviteur du capitalisme financier

Dominique Strauss Kahn jouit d’une telle sympathie dans les milieux du capitalisme financier qu’il a été nommé le 28 septembre 2007 à la direction du Fonds Monétaire International avec le soutien :

* de Nicolas Sarkozy : "Dominique Strauss-Kahn et moi nous avons les mêmes idées du FMI, je ferai campagne pour qu’il soit retenu comme directeur général du FMI"

* de George Bush et son secrétaire au Trésor : "Les Etats-Unis soutiennent M. Strauss-Kahn parce que nous pensons qu’il s’attellera à effectuer les réformes nécessaires pour faire évoluer le FMI de façon forte et cohérente à l’avenir"

Une fois nommé à la tête du FMI, Dominique Strauss Kahn a effectivement prouvé sa compatibilité avec les intérêts du capitalisme financier transnational et la politique des USA.

2) Dominique Strauss Kahn, le FMI et la faim dans le monde

Exemple flagrant : dans de nombreux pays du monde, l’utilisation des terres agricoles pour l’exportation, au profit des multinationales et aux dépens des peuples, a déclenché des émeutes de la faim. De nombreuses voix ont appelé à prendre en compte la nécessité pour chaque pays de répondre prioritairement aux besoins en nourriture des habitants. Les Nations Unies, la FAO, l’UNESCO ont pris position pour une augmentation massive de l’aide au développement et, notamment, de sa part consacrée au rétablissement des productions agricoles.

Dominique Strauss-Kahn a-t-il conscience de l’urgence de la situation ? Oui, semble-t-il : " Si les prix de la nourriture continuent de monter ... des centaines de milliers de personnes seront affamées... conduisant à un déséquilibre de l’environnement économique... Comme nous l’avons vu par le passé, ces questions conduisent parfois à la guerre... Nous devons désormais consacrer 100% de notre temps à ces questions"

* Quelle stratégie propose Dominique Strauss Kahn pour mieux prendre en compte l’intérêt public dans les pays atteints par la famine ? Une politique de développement des productions agricoles vivrières permettant la souveraineté alimentaire de ces pays ? Un renforcement des Etats et des politiques publiques ? Non, une nouvelle vague de libéralisation des échanges internationaux.

* Qui a lancé la bataille pour maintenir la priorité du commerce international aux dépens de la souveraineté alimentaire ? le même directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn :

« Préconisant une augmentation de la production agricole mondiale pour faire face aux besoins grandissants notamment de la Chine et de l’Inde, le patron du FMI a mis en garde contre la "tentation du protectionnisme" pour les pays producteurs de denrées alimentaires. "Une des manières de résoudre les questions de famine, c’est au contraire d’augmenter le commerce international, d’augmenter les flux", a-t-il assuré. » Source La tribune.fr

Une telle position va également à l’encontre de tout souci écologique en augmentant les transports de vivres par bateau, par avion, par camion, c’est-à-dire en déréglant encore plus le climat.

* Face à la crise financière internationale, il a bien évidemment appelé à tout faire pour sauver le système financier actuel, ses bourses de placement, ses fonds spéculatifs et ses banques usurières en investissant massivement l’argent public. Par ailleurs, il me semble avoir flotté en permanence sur la façon de répondre à la crise : dans un premier temps, il considérait qu’il s’agissait seulement d’un problème de liquidités et non de taux de change. Aujourd’hui il explique l’inverse :" "Nous avons clairement une situation dans laquelle sur l’ensemble des marchés des changes nous avons des monnaies qui sont faibles, comme le renminbi chinois, des monnaies qui sont fortes, comme l’euro, et des monnaies entre les deux comme le dollar" (17 mars 2008)

Quelle compétence !!!

Lors de l’Université d’été socialiste de La Rochelle, DSK nous avait déjà gratifié de sa culture, de son sérieux, de son intelligence et de cette fameuse compétence.

3) Dominique Strauss Kahn à La Rochelle

" Je vous raconte juste une anecdote pour finir là-dessus.

En 1889, il y a eu un congrès de la Seconde Internationale à Marseille. Il y avait évidemment un texte, rédigé pour la partie théorique par Kautsky.

Dans la partie programmatique d’Edouard Bernstein, le "social-traître", il y avait une sorte de SMIC.

Dans la salle, il y a un gars qui se lève, un grand barbu avec une barbe carrée : "Non, il faut pas ça. On ne peut pas mettre ça. Si on fait ça, on améliore la situation de la classe ouvrière et ça repousse trop la révolution"

Ce gars-là, vous l’avez deviné : c’était Marx.

Et bien moi, il y a bien longtemps que je ne suis plus marxiste et que je suis réformiste"

Le manque de sérieux de Dominique Strauss Kahn

Sur un sujet trempé de sang et de larmes comme la stratégie à développer pour améliorer le sort des ouvriers, il n’y a pas place pour l’à-peu- près ou pour la blague (surtout lorsque l’on ne dit pas être dans ce registre et que l’on garde son ton doctoral). C’est pourtant ce que fait DSK.

La Deuxième Internationale n’a pu se réunir en congrès à Marseille en 1889 puisqu’elle a été fondée en 1891.

Marx ne pouvait intervenir lors d’une réunion en 1889 puisqu’il est mort en 1883.

Sur le rôle des revendications visant à améliorer concrètement le sort des salariés

De toute évidence, le but de Dominique Strauss Kahn, en racontant cette anecdote était de marquer la différence entre :

- d’une part des révolutionnaires qui mépriseraient et même refuseraient les revendications et améliorations concrètes.

- d’autre part des réformistes comme lui, sérieux et attentif au sort concret d’autrui.

Puisque son "anecdote" ne peut concerner Marx, elle vise donc des "révolutionnaires" actuels.

Parmi les forces syndicales et politiques du mouvement ouvrier actuel, qui se bat contre le salaire minimum pour ne pas retarder la révolution ? A ma connaissance, personne.

Dominique Strauss Kahn est un farceur.

En fait, il veut utiliser la direction du FMI pour imposer un salaire minimum mondial égal à celui qu’il touche au FMI : 400 fois le SMIC français ; ça, c’est du réformisme radical.

Mais ... une utilisation socialiste du FMI est-elle possible ?

Le Fonds Monétaire International a-t-il un jour été autre chose qu’un gendarme borné au service du grand capital et de l’idéologie libérale ? Non. Sa politique a déjà conduit à des catastrophes sociales et économiques dans tous les pays du monde, en particulier en Afrique et en Amérique latine.

Quel bilan Dominique Strauss Kahn fait-il des fameuses « politiques d’ajustement structurel » imposées aux pays pauvres ou en voie de développement : réduction des dépenses sociales, licenciements massifs de fonctionnaires, privatisation des services publics et des ressources naturelles au profit des multinationales occidentales, dislocation des systèmes de retraites, attaques massives contre les salaires et les acquis sociaux des couches populaires, etc. La direction nationale du Parti Socialiste aurait été bien inspirée de le lui demander avant de chanter cocorico à l’annonce de sa nomination.

Ces recettes miracles ont déjà conduit de nombreux pays dans des crises colossales : destruction des économies locales, augmentation de la précarité, ruine des populations, misère et famine, banqueroutes bancaires, affaiblissement des collectivités publiques.

Bon vent, Monsieur Dominique Strauss Kahn, mais ne mêlez pas le socialisme à une telle potion.

Jacques Serieys

Article du 14 septembre 2006 complété

Strauss Kahn est allé se faire voir chez les Grecs pour imposer plus de privatisations

Pour DSK, c’est la réduction du temps de travail qui est la cause du chômage (par JL Mélenchon)

DSK enterre sans hésitation la souveraineté budgétaire des peuples (par JL Mélenchon)

Dominique Strauss Kahn, le FMI et les retraites (par JL Mélenchon)

Pour DSK, le smic ukrainien à 66 euros (18 fois moins que le smic français), c’est trop !


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