24 mai 1920 Paul Deschanel, Président de la République, parcourt la voie ferrée seul, à pied, ensanglanté, en pyjama

jeudi 20 juillet 2017.
 

En France, la majorité de droite la plus libérale économiquement, la plus nationaliste et la plus répressive à l’encontre du mouvement ouvrier fut (à part sous Pétain) celle du Bloc national dans les années 1919 à 1924. En fait, les politiques n’étaient que les prête-noms d’un patronat extrêmement rétrograde et de courants fascisants en formation.

16 novembre 1919 Election de la Chambre bleu horizon (Bloc national : des royalistes au parti radical)

Dans la nuit du 23 au 24 mai 1920, Paul Deschanel, roule dans son train présidentiel de Paris vers Montbrison où il doit inaugurer un monument. Le temps est lourd. Vers minuit, le président de la république ouvre le haut d’une vitre de son wagon-lit et bascule sur la voie en pyjama.

En ce 24 mai, le poseur de voies André Radeau se trouve au passage à niveau de La Planquette "en face d’une ombre qui marchait péniblement entre les voies, le visage ensanglanté". L’ombre en question affirme "Je suis le président de la République ; je suis tombé du train..." Le travailleur croit avoir affaire à un ivrogne et le rabroue.

Gustave Dariot, autre cheminot en fin de service, survient alors. Les deux hommes conduisent le blessé dans la maisonnette de garde-barrière. Madame Dariot y nettoie les blessures de l’inconnu aux genoux, au visage et aux coudes. Pendant ce temps son mari part en bicyclette avertir les gendarmes, les autorités du chemin de fer et le Docteur Guillaumont qui aseptise les plaies mais ne reconnaît pas le président.

Un gendarme survient enfin et prend le témoignage du président.

A 5 heures du matin, le sous-préfet, Monsieur Lesueur, et son entourage sont réveillés et prévenus. Ils croient en une supercherie de mauvais goût.

A 5 heures et demie, le commissaire Oudaille responsable de la sécurité du train, réveille enfin le ministre de l’intérieur qui fait partie du déplacement présidentiel. Celui-ci se rend dans le wagon et découvre qu’il est vide.

En ce lundi de Pentecôte, le téléphone de Montargis ne répond pas et aucun taxi ne travaille. Le sous-préfet se rend à pied à la gare où il dispose enfin d’une information sûre émanant du témoignage de Madame Dariot " Il a les pieds propres, c’est certainement quelqu’un de très bien".

Grâce à la voiture du vétérinaire, le sous-préfet part enfin pour la maison du garde-barrière au passage à niveau n°78. Vers 7 heures du matin, il parvient à destination :

- " N’avez-vous pas été victime d’un attentat ?

- Non, répond le président toujours en pyjama mais j’ai un trou complet dans la mémoire."

Le sous-préfet téléphone à l’Elysée où il affronte l’incrédulité générale.

Enfin convaincus, le président du Conseil (Millerand) et Madame Deschanel arrivent à Montargis vers midi.

Monsieur le président part en voiture car il refuse de revenir sur Paris en train.

Alexandre Millerand donne aux journalistes une version officielle plausible " Se sentant indisposé par la chaleur, le président avait voulu aérer son compartiment et abaisser la vitre. Celle-ci résistant, il se suspendit de toutes ses forces aux poignées. La fenêtre céda brusquement et M. Deschanel fut projeté au-dehors..."

Plusieurs journaux évoquent déjà l’hypothèse de troubles mentaux du président.

Apprenant la nouvelle, Clémenceau, toujours aussi caustique, commente "C’est bien la première fois que chez Deschanel la tête entraîne le reste."

Le 10 septembre 1920, le président Deschanel est retrouvé vivant mais tout nu dans l’étang de Rambouillet. Il entre alors en clinique pour soins.

Le 21 septembre, députés et sénateurs sont convoqués pour ouïr le message de démission de Deschanel qui décédera 18 mois plus tard.

Ayons une pensée pour les dizaines de milliers de salariés grévistes licenciés qui auront ensuite bien souvent une vie très difficile, victime d’une répression ignoble signée par de tels pantins.

Au niveau international, ce personnel politique du Bloc national assumera l’intervention militaire contre l’URSS avec les conséquences catastrophiques que cela aura sur le devenir de cette révolution.

Oui, décidément, plus le grand patronat est influent sur une majorité politique et sur les gouvernants, plus le pire est à craindre.

Jacques Serieys


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