19 septembre 1898 à Fachoda (Soudan) Armées anglaise et française face à face

lundi 15 octobre 2018.
 

- 1) Le contexte et l’enjeu

- 2) L’incident de Fachoda vu par ses témoins (Marc Michel, La mission Marchand, 1895-1899, Paris, La Haye, Mouton, 1972, pp. 216-218.)

1) Le contexte

Les gouvernements anglais et français lancent des troupes à la conquête du monde, particulièrement en Afrique.

Le 10 juillet 1898, une petite mission militaire française commandée par le capitaine Marchand, comprenant surtout 250 tirailleurs sénagalais, prend possession du poste militaire déserté de Fachoda sur le Nil, à 650 kilomètres au sud de Khartoum, la capitale du Soudan, alors aux mains des Mahdistes (du nom de Muhammad Ahmad ibn Abd Allah Al-Mahdi, fondateur de l’état théocratique du Soudan).

Les mahdistes envoient 2000 à 3000 combattants reprendre Fachoda. Mal commandés et manquant de chance (un des deux bateaux tombe en panne durant le combat), ils sont défaits par les Français qui restent maîtres du terrain et se fortifient.

Marchand s’attend au retour de troupes mahdistes. En fait, celles-ci ont été vaincues à Omdourman par une forte armée anglaise de 20.000 hommes sous les ordres de Lord Kitchener. Celle-ci remonte le Nil vers Fachoda pour unifier les territoires coloniaux britanniques d’Afrique de l’Est.

Les 18 et 19 août, les forces de Kitchener se trouvent en présence du poste fortifié de Fachoda. Anglais et Français vont-ils s’affronter par les armes ?

- Sur place, le rapport des forces très favorable aux Anglais incitent Marchand à accepter un compromis en attendant une décision politique du gouvernement français.

- A Paris, la République est présidée par Félix Faure avec Théophile Delcassé comme ministre des Affaires étrangères. Celui-ci a pour but essentiel de construire une alliance franco-anglaise contre le 2ème Reich allemand considéré comme le danger principal, d’autant plus que l’Alsace-Lorraine vient d’être perdue à son profit à l’issue de la guerre de 1870 1871. Le gouvernement français donne l’ordre à la colonne Marchand de se retirer.

Les Français et les Anglais signeront peu après, le 8 avril 1904, l’ Entente cordiale.

2) L’incident de Fachoda vu par ses témoins

La rencontre fut d’abord une surprise pour les Français. Le 18 septembre, en effet, les Chillouk (indigènes du Soudan Sud) confirmaient le retour en force des Mahdistes vers Fachoda : des coureurs du Mek, « couverts de sueur », annoncèrent la nouvelle « tandis que d’énormes colonnes de fumée s’élevaient sur la rive droite, signaux des Dinka à l’approche d’un grand danger ».

Ignorant l’écrasement des Derviches à Omdurman, Marchand et ses compagnons crurent à l’arrivée, dans le sud, des forces du Khalife en retraite. Ces forces paraissaient très considérables : dans la soirée du 18, les informateurs Chillouk les évaluaient « à cinq vapeurs et 20 dabiehs pleines de soldats » et affirmaient qu’ils les avaient vus, « douze kilomètres en aval ». Marchand avoua alors qu’une bataille lui paraissait cette fois aléatoire. Ce n’était pas l’avis de Mangin, nous le verrons.

Les Français s’installèrent une nouvelle fois aux postes de combat et attendirent l’attaque des Derviches à l’aube. Cependant Marchand aurait pu soupçonner l’arrivée des Anglo-Égyptiens car durant la nuit on annonça chez les Chillouk le retour de deux des leurs, « disparus depuis plus de quinze ans », et porteurs de lettres. Les deux Chillouk se présentèrent au bastion nord, à 6 heures du matin et les Français reconnurent alors les plumets rouges des tirailleurs soudanais britanniques. Les deux tirailleurs remirent à Marchand la lettre adressée par Kitchener « au chef de l’expédition européenne de Fachoda » : le Sirdar informait ces « Européens quelconques » installés à Fachoda, de la victoire d’Omdurman et de son intention de venir au fort. Marchand répondit immédiatement au Sirdar qu’il serait heureux de le recevoir à Fachoda au nom de la France » et fit expédier sa réponse par une baleinière montée par les piroguiers Yakoma ; Marchand s’intitulait « Commissaire du Gouvernement français sur le Haut-Nil et le Bahr el Ghazal ».

La rencontre eut lieu à 10 heures du matin. La flottille, « battant pavillon turc », apparut dans le chenal du fort, le Sultan en tête, « canons en batterie, tous les équipages aux postes de combat ». Ce déploiement de forces était impressionnant : 5 canonnières remorquaient une douzaine d’énormes chalands (dabiehs) portant environ 2 000 hommes : tout l’État-Major, 60 officiers anglais ou égyptiens, un bataillon de Highlanders, et les 10e et 11e bataillons « Sudanese ». Le major Cecil, aide de camp de Kitchener et neveu de Salisbury, accompagné du commandant de la flottille, le commodore Keppel, descendirent à terre pour inviter Marchand à rendre visite au général en chef à bord du Sultan. Quelques minutes plus tard, Marchand et Germain rencontrèrent Kitchener qui était assisté du colonel Wingate chef des services de renseignements égyptiens.

Le récit de la célèbre entrevue, que donne Marchand dans son rapport, confirme les autres relations. Bien que l’un et l’autre des deux adversaires aient été fort irrités par le premier contact, il n’y eut pas d’éclat. Kitchener parla en français et demanda seulement que le drapeau égyptien fût planté à Fachoda à côté du drapeau français jusqu’à la décision des gouvernements. Cette proposition était le fruit des conseils de Wingate. Elle ne correspondait pas au choix politique fait à Londres le 25 juillet 1898 lorsque le cabinet anglais décida de recommander à Cromer et Kitchener « the two flags policy » [égyptien et britannique]. Mais elle permit à Marchand de garder son calme en même temps qu’elle l’embarrassa car il lui était difficile d’y opposer un refus. Par ailleurs, Kitchener fit apprécier sa puissance à Marchand en lui rappelant la présence de ses 2 000 bommes et de ses canons : Marchand se rendit compte de la vanité et du danger d’une épreuve de force.

Le drapeau du Khédive fut donc planté à Fachoda. Wingate aurait voulu qu’il flottât dans l’enceinte ou sur le bastion sud ; Germain lui fit accepter les ruines en contrebas de ce bastion. Un bataillon soudanais commandé par le major Jackson s’installa non loin pour assurer la garde du pavillon. Il conservait aussi l’appui de l’Abu-Kléa, amarré près du fort. Les deux camps étaient établis à 500 mètres l’un de l’autre : la coexistence commença.


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