Contre le CPE et la précarité : Quelle grande journée de manifestations (article du 4 avril 2006)

vendredi 12 avril 2019.
 

Nous nous sommes tous levés inquiets en ce 4 avril. Si la mobilisation retombait nettement, que dirions-nous ? que ferions-nous ? quels conseils donnerions-nous aux étudiants et lycéens ? Comment pourrions-nous nous endormir après avoir vu le masque triomphant de Villepin ?

Toute la matinée, nous avons reçu des appels de camarades subissant des pressions patronales pour empêcher ou limiter les arrêts de travail.

Les manifestations les plus matinales partaient dans l’Ouest. Or, la participation avait été telle le 28 mars, qu’elle ne pouvait que décroître. Une telle nouvelle colportée en boucle sur les radios puis télés n’allait-elle pas pousser les moins combatifs à ne pas prendre de risques, à ne pas perdre financièrement la journée, à se reposer ?

Puis, quelques réconforts en écoutant la radio : " Je travaille en 3 huit dans la métallurgie ; j’ai échangé mon poste pour travailler la nuit et venir à la manifestation". "A mon âge, c’est ma dernière manifestation ; j’espère qu’elle sera la plus belle de toutes et qu’il ne pleuvra pas". Un étudiant de Rennes :"Nous, de toute façon, on ne lâchera pas ; on n’a pas lutté pour rien depuis 2 mois".

Puis, grande nouvelle, époustouflante nouvelle : Les radios annoncent une participation aux manifestations du Grand Ouest au moins égales à celles du 28 mars. Challans à 9 h, Le Mans à 9h30 (35000), Lorient à 10 h (28000, Incroyable !)), Pontivy 10h (3000), Vannes 10h (12000), Evreux 10h, Cognac 10h, Angoulême 10 h, Confolens 10h, La Rochelle 10h, Nantes 10h (75000 Inimaginable), Saint Nazaire 10h, Chateaubriant 10h, Ancenis 10h, Tours 10h (20000)

Toujours dans le Grand Ouest, à 10h30 s’élancent : Saint Brieuc (30000), Brest (30000), Quimper (20000), Quimperlé, Morlaix, Saint Malo, Caen (30000), Lisieux, Cherbourg, Saint Lô, Granville, Coutances, Argentan, Saintes, Thouars, Blois (10000), puis Lannion, Alençon(4000) , Niort. Plus les nouvelles affluent, plus une autre information se confirme, les manifestations sont beaucoup plus combatives que celles du 28 mars.

Quand Marseille annonce au moins autant de participants et une ambiance de Stade vélodrôme en plein mois d’août, nous commençons à moins craindre la journée et à redoubler d’efforts pour celles de l’Aveyron. Effectivement, l’ambiance à Millau est au diapason du grand Ouest.

A 15h la manifestation ruthénoise se déploie à partir de Bourran. Des centaines de jeunes marchent en tête. La détermination des étudiants en STAPS et des lycéens de LEP fait plaisir à voir.

A l’entrée du viaduc, j’essaie de compter les manifestants. Aujourd’hui, c’est très difficile. Une manifestation de ce type vous redonne à voir une bonne partie de votre vie car tout le monde est là, de l’ex camarade de lycée des années 60 à l’ami condamné à terme par une grave maladie ; des ex-collègues de travail aux lycéens et étudiants rencontrés deux jours plus tôt ; de l’ex-militant révolutionnaire à l’écologiste, du socialiste de Millau au communiste de Decazeville. La qualité de mon décompte est de plus en plus aléatoire.

Arrivé à 5000, j’arrête et cours devant l’antenne universitaire pour avoir une vue plongeante sur la manifestation. Surprise ! La tête du cortège atteint l’antenne alors que la queue ne s’est pas encore engagée sur le viaduc. Et les lignes sont denses, serrées, combatives. Merci aux journalistes qui ont eu la bonne idée professionnelle de prendre des photos de cet endroit. Ce coup-ci , pas besoin de crier pour réchauffer la manifestation ; d’elle même elle scande, elle lance des pétards, elle s’époumonne, elle vit, elle avance.

Le soir à la télé, c’est la tête des Villepin et consorts qui vaut d’être téléchargée.

Une fois connus, les chiffres donnés par la police et les syndicats, nous constatons une baisse nette du nombre de manifestants dans quelques régions comme le Nord Pas de Calais (de 80000 à 45000) ou les Antilles. La progression la plus nette du 28 au 4 vient surtout des villes où la participation avait été moyenne le 28 comme Ajaccio qui passe de 2000 à 5500 ou Montauban (de 5500 à 8000). Dans plus de la moitié des départements ruraux, le nombre de manifestants progresse.

Dans la région notons Foix (8500), Auch (5000), Albi (18000), Nîmes (30000), Montpellier (45000), Aurillac (5000)...

Rodez vers 18 heures : Les banderoles sont repliées mais environ deux cents manifestants ont du mal à quitter la Place d’armes. Les estimations circulent : combien on était ? En avançant "entre 8000 et 10000", je sais donner la bonne réponse puisque j’avais décompté environ 5000 pour un peu plus de la moitié de la manifestation.

Je croise des amis de PRS, Robert, Jean-Louis, Guy, Man, Alfred, Maïté, Jacques, Eliane, Claude, Cécile, Pierre, Yvan, Graziella, Jean-Pierre, Gisèle, Annie... Notre accord sur l’essentiel et l’habitude de militer ensemble permet ces discussions politiques qui aident chacun à faire le point. Que va faire Villepin ? Continuer l’épreuve de force au risque d’une grève générale dans un contexte d’isolement politique du gouvernement ? C’est peu probable. Tenter de diviser le front syndical ? A coup sûr, mais le syndicat qui se prêterait à l’opération perdrait pour longtemps une bonne part de sa crédibilité.

Pour le moment, l’objectif c’est toujours de tenir bon...

Une telle mobilisation amènera probablement à nouveau la gauche à la présidence de la république et au gouvernement en 2007 ou en 2012. Si nous laissions démoraliser de telles aspirations, un tel enthousiasme, une telle envie de lutter, ce serait criminel. L’heure du combat sonne à nouveau camarade !

Hasta la victoria siempre !

Jacques Serieys


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