A l’ombre des dividendes, ni les salaires ni les emplois ne poussent

jeudi 7 novembre 2019.
 

La France connaît une crise, c’est vrai. Il s’agit d’une crise de la répartition des richesses.

Face à cette crise, le gouvernement n’agit pas dans le sens de plus de justice sociale synonyme de relance économique mais

- en paraissant gober toutes les sornettes des patrons du CAC 40

- en accentuant la richesse des plus riches au nom d’une prétendue compétitivité

Dans le même temps, l’actualité retentit d’échos insupportables : une entreprise licencie des centaines de salariés tout en réalisant des bénéfices considérables dans l’objectif de verser toujours plus de dividendes aux actionnaires. Et les gouvernements, Ayrault puis Valls, non seulement laissent faire mais poussent en faveur des intérêts de la finance.

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Dans un récent article sur notre site LA CRISE ? QUELLE CRISE ?, Robert Mascarell, adhérent du PG en Aveyron, pointait l’enrichissement considérable de la France depuis la fin des Trente glorieuses. « De 1980 à 2011, le PIB par tête d’habitant a réellement augmenté de 78,4 %. Loin d’être en crise, notre pays a vu sa richesse croître de 78,4 % en 31 ans. Le malheur, c’est que seule la minorité des plus fortunés a profité, et même très au-delà, de l’accroissement de notre richesse. Dorénavant, je préconise que plutôt que de parler de crise, nous parlions de crise de la répartition. »

Le groupe pharmaceutique SANOFI a déjà éliminé 4000 emplois en 4 ans. 1ère entreprise européenne du secteur et 3ième mondiale, elle réalise 8,8 milliards de bénéfices annuels ; pourtant, elle vient d’annoncer une nouvelle charrette de 900 emplois supprimés.

Il est vrai que pour Sanofric, seul compte l’intérêt des actionnaires. Pourtant l’État a les moyens d’agir ; ce groupe bénéficie d’argent public tant dans la recherche que dans le remboursement des médicaments par la sécurité sociale.

La présidente du MEDEF Laurence Parisot est-elle d’accord sur notre diagnostic d’une part trop importante de la marge de profit versée aux actionnaires. Que non ! Elle constate que le taux de marge brute des entreprises a été de 28,6% en 2011 contre plus de 40% en Allemagne. Il est vrai que ce taux baisse en France : 31,7% en 2007, 30,1% en 2010, 28,6% en 2011.

En conséquence :

- elle justifie licenciements, flexibilité et précarisation par la nécessité de "baisser le coût du travail en France".

Son raisonnement est archi-faux ! Le coût horaire du travail (salaires, cotisations sociales, impôts) est plus faible en France (33,16 euros) qu’en Allemagne (33,37 euros).

- Le fait que les marges brutes de profit des entreprises françaises soient plus faibles qu’en Allemagne provient du fait que les entreprises françaises ont consacré une part très importante de leurs marges aux dividendes des actionnaires (7% de la marge brute en 1973, 16% en 2007). En valeur absolue, les versements de dividendes sont passés dans notre pays de 55 milliards d’euros en 1990 à 120 milliards en 2000 puis 230 milliards annuels en 2007, 2008, 2009 malgré la crise. La part des dividendes dans l’Excédent brut d’Exploitation en france est passé de 17% en 2001 à près de 26% en 2007.

- En 2011, l’investissement des entreprises françaises a été de 202,3 milliards d’euros, total effectivement plus faible qu’en Allemagne. Cependant, ces mêmes entreprises ont battu la même année le record de tous les temps en France quant au montant des dividendes et intérêts : 318,2 milliards d’euros. Ce total est en progression de 5,7%, soit plus que la masse salariale ; pourtant la crise française de la répartition des richesses ne provient pas d’un trop haut niveau des salaires, au contraire, et tous les économistes sont d’accord sur ce point.

- Laurence Parisot insiste parfois sur la hausse des matières premières pour expliquer les difficultés des entreprises européennes. Bigre ! mais, encore une fois, c’est la spéculation qui vole une part très importante de cette hausse des matières premières.

- Laurence Parisot fait semblant d’ignorer les conséquences catastrophiques du choix prioritaires des actionnaires quant à l’avenir des entreprises. En investissant dans la recherche et la qualité des outils de production plus qu’en France, les entreprises allemandes sont de mieux en mieux positionnées sur les produits haut de gamme aux prix plus élevés et aux marges plus importantes.

- Laurence Parisot se bat contre tout prélèvement fiscal supplémentaire qui "tuerait l’activité économique" et estime "désastreux" les petits prélèvements supplémentaires décidés par le gouvernement Ayrault. Pourtant, c’est au moment où l’imposition des sociétés a été la plus forte (1998-2003) que les entreprises ont disposé des meilleures marges brutes.

Nous pouvons conclure en félicitant Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, pour sa caractérisation de la crise comme « UNE CRISE DE CUPIDITE ». Pouvons-nous attendre d’un gouvernement de socialistes une telle clarté ? IL semble que non.

Jacques Serieys

B) « En guerre » : le capitalisme « compétitif », « concurrentiel », c’est la guerre sociale incarnée (Gérard Filoche)

Oui le capitalisme « compétitif », « concurrentiel », c’est la guerre sociale. C’est un système totalement fait pour cela.

Quand le salarié Vincent Lindon, dans l’excellent film de Stéphane Brizé, fait remarquer que ses patrons ont exigé un accord de baisse des salaires, d’allongement des horaires, que les syndicats et élus du personnel, 1100 salariés, l’ont signé, et que les patrons ne tiennent pas leur promesses, mais les licencient quand même au bout de deux ans, il met à jour, ce système.

Le capitalisme ce n’est pas une économie de recherche d’un simple profit, c’est l’obligation de la recherche du profit maximum.

« Nous, salariés, vous avons fait cadeau de 14 millions d’euros, par notre accord, vos actionnaires ont gagné 17 millions de plus ». Le comptable lui répond : « Nous n’avons eu que 3,7 % de marges bénéficiaires, or le groupe perçoit 7 % de marges, ça ne peut pas durer ici comme ça ».

Et le grand patron du groupe le dit : « J’ai 140 000 salariés, si, ici, il n’y a que si peu de marges, si je n’y gagne pas 7 %, c’est tout le groupe qui est menacé ». « Oui, mais dit l’avocate des salariés, vous fermez des entreprises et le cours de vos actions augmente ». « Justement répond le grand PDG, c’est parce que nous fermons tout ce qui ne rapporte que 3,7 % que nos marges passent à 7 % et plus et que nous survivons ».

Sinon le groupe se fait dévorer tout entier dans la guerre industrielle et commerciale. C’est alors que l’émissaire de Hollande, à l’Elysée, Jean Grosset jouant parfaitement dans le film son propre et mauvais rôle, accepte : « C’est l’entreprise qui décide et la justice a tranché en sa faveur ». En gros, il truque les cartes et se fait Ponce Pilate.

Car qu’y connaît un juge entre 3,7 % et 7 % de marges ? C’est au législateur, à la République de faire respecter sa loi à l’entreprise vorace : de s’en donner les moyens politiques en contrôlant les licenciements contre les patrons. C’est ainsi que peut s’imposer la régulation aux entreprises et que se peut se limiter la guerre des groupes par la force des lois.

Complément

On arrive donc à une situation aberrante où les entreprises, depuis 2003, payent plus de dividendes que leur résultat net : en clair, elles s’endettent pour payer leurs actionnaires.

http://resultat-exploitations.blogs...

http://www.bastamag.net/article1309.html


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