La France a dit NON : à nous d’ouvrir la voie d’une autre gauche, d’une autre Europe, d’un autre monde

samedi 30 mai 2020.
 

Nous avons gagné ! Quelle joie ! Quelle responsabilité pour demain ! Je me sens un peu lyrique ; ce n’est pas le résultat de quelques verres mais le sentiment qu’un évènement politique important vient de se produire, évènement dont les conséquences se feront sentir sur plusieurs années, surtout si nous savons prendre le fil de l’eau au coeur de cette nouvelle période.

Avant la discussion collective qui nous permettra de prendre du recul, de mieux analyser ce résultat, de dégager des perspectives, voici mon ressenti personnel immédiat.

Texte du 29 mai 2005

Nous venons de passer un mois de militantisme actif et efficace. En Aveyron, nous avons distribué, essentiellement de la main à la main, 25000 brochures et 60000 tracts de toutes sortes. Nous avons sérieusement convaincu des centaines de personnes, qui, sans cela, n’aurait bien souvent pas voté.

Quel était le programme quotidien des militants de notre groupe PRS 12 dès que nous étions libres ? partir sur une grosse commune ou un canton rural et distribuer, discuter, essayer de convaincre.

Comment résumer ces journées et ces centaines de conversations souvent longues ? C’était enthousiasmant car 5%, pas plus, des gens rencontrés, marquaient leur hostilité. C’était motivant ; en ce printemps 2005, les milieux populaires étaient en adéquation, en soutien, en espérance contre le mépris des belles personnes, contre les compromis avec les riches sur le dos des pauvres

1) Les Français en ont marre de souffrir

Nous rencontrions sans cesse une personne ici, une personne là, une autre plus loin... qui crachait :

* son travail épuisant

* son chômage, sa précarité

* son manque d’argent pour aider son adolescent(e) qui, du coup, s’éloignait de la famille, se marginalisait

* son mépris absolu des politiques de droite, minables profiteurs et défenseurs du monde des milliardaires

* son mépris aussi absolu des politiques de gauche qui avaient promis avant 1981 puis qui avaient renié leurs promesses, surtout après 1983 1984, sans expliquer pourquoi, dans quel objectif... ?

Plusieurs images me reviennent :

* la plus pénible concerne une personne de Mur de Barrez avec qui j’avais discuté en avril 1981, convaincue et optimiste à l’époque et que je retrouvais en 2005 essentiellement vindicative, reniant tous les politiques comme des gens seulement intéressés par la sauvegarde de leurs mandats.

* autre journée difficile, celle passée à Villefranche de Rouergue. Le hasard a voulu que je rencontre d’affilée six personnes dont la situation sociale s’était complètement effondrée depuis 25 ans et survivant de CDD, de petits boulots, d’intérim dans un contexte quotidien de précarité.

Cette France ne correspond guère à celle présentée par les médias et encore moins à celle des résultats électoraux lors des législatives et présidentielles. Pourtant c’est la vraie France sociale. A nous d’en faire la France politique.

Par contre, les partisans du OUI se recrutaient essentiellement dans le milieu des nantis.

Les cinq endroits de France où le « oui » fait ses plus gros scores, ce sont les cinq endroits les plus riches de France !

Neuilly-sur-Seine : 82,51 % de oui !

Paris, 7ème arrondissement : 80,52 % de oui !

Paris, 16ème arrondissement : 80,03 % de oui !

Paris, 8ème arrondissement : 79,67 % de oui !

Paris, 6ème arrondissement : 79,41 % de oui !

2) Et demain ?

Sur le fond, la séquence politique ouverte par l’Union de la gauche de 1973 (législatives) à 2004 (régionales) est en phase terminale. Par quelle nouvelle période politique va-t-elle être remplacée ? Je souhaite en tout cas qu’émerge une gauche :

- capable de défendre la classe ouvrière, les milieux salariés, retraités et populaires,

- capable d’arrêter la dégradation du niveau de vie des jeunes,

- capable de recréer le lien social en particulier dans les banlieues,

- capable de reconstruire la place des services publics dans une république du 21ème siècle.

- capable d’aider à construire une Europe démocratique et sociale

Oui, mais quelle gauche, et quelle gauche antilibérale. Je suis persuadé que des questions centrales vont revenir :

* Faut-il repartir des quatre premiers congrès de l’Internationale communiste des années 1920 qui ont servi de point de départ à la 3ème et à la 4ème Internationale ? A mon avis, ils représentent une référence indispensable mais les mobilisations depuis 10 ans (par exemple en Amérique latine) postulent la nécessité d’une stratégie plus adaptée à un niveau de conscience et une base sociale plus complexes.

* Faut-il donc rester dans la trajectoire du mouvement social-démocrate représenté par l’IS et le PSE ? Encore moins.

* Le PCF et le PGE peuvent-ils contribuer à cette construction d’un nouveau type de parti et d’internationale ? Je l’espère. Il faut tout faire pour ; mais je ne m’aventurerai pas sur un pronostic

Dans les milieux militants de cette campagne du NON (politiques, syndicalistes, associatifs...) existe aujourd’hui une forte aspiration au rassemblement d’une gauche antilibérale, anticapitaliste, féministe, écologiste et internationaliste. Je sais par expérience que la clarté politique ne sert à rien sans les forces pour lui donner corps, que l’unité ne sert à rien sans la clarté. Redoutable contradiction que seuls des camarades bien organisés pourront contribuer à résoudre, non en découpant en chambre des bouts de théorie mais au grand vent des mobilisations et des espérances.

Entre d’une part la volonté de reconstruire une gauche à vocation majoritaire capable de répondre concrètement aux aspirations de notre peuple et d’autre part l’intérêt d’un rassemblement antilibéral (fer de lance d’une résistance efficace, capable d’ancrer la gauche sur un projet alternatif) il existe aujourd’hui un vide béant.

Ce vide, nous ne le comblerons pas seuls. Bien sûr, mais des centaines de milliers de personnes sont prêtes à aider ceux qui s’attelleront à cette tâche sans sectarisme et sans utilitarisme politicien. De l’autre côté de l’Océan atlantique, les peuples latino-américains marchent aussi dans cette voie. Notre responsabilité n’est pas négligeable dès demain, après-demain, le mois prochain, l’année prochaine. Il est peu probable que la gauche puisse se métamorphoser sur un coup du sort (grève générale...) ; ce sera plutôt un long et complexe processus de recomposition durant lequel la clarté des idées et la volonté unitaire seront cruciales.

S’il existe cinq repères pour tracer ce chemin, je pense que ce sont :

* la compréhension du capitalisme d’aujourd’hui, la nécessité d’une alternative concrète

* le rôle des milieux ouvriers et populaires, des peuples opprimés pour résister face à ce capitalisme

* le projet d’une république sociale, démocratique, porteuse de l’intérêt général et de l’émancipation humaine.

* la nécessité d’organiser les forces réellement socialistes dans sa ville, dans son pays, si possible dans une 5ème Internationale

* en France, une stratégie permettant de donner à court terme un débouché politique gouvernemental aux revendications et aspirations populaires

Des lecteurs me diront que ces phrases sont trop abstraites, trop vagues, pour être utiles. C’est vrai ; voici comment je crois possible de la concrétiser :

* construire le meilleur rapport de force social et syndical face au MEDEF, face au gouvernement, face au capitalisme financier transnational en renforçant les syndicats, en soutenant les luttes isolées, en contribuant à centraliser ces luttes et à leur donner un débouché. Les militants politiques qui évacuent ces questions-là évacuent en même temps la question du rapport de force social concret qui sous-tend la viabilité d’une alternative politique de gauche.

* construire le meilleur rapport de force de la gauche face à la droite dans le combat quotidien comme lors des élections. Nous savons tous que le rapport de forces électoral joue positivement sur le rapport de forces social. Une défaite de la gauche, par exemple lors des présidentielles de 2007 n’apporterait rien à notre projet, au contraire ; toute défaite favorise l’adversaire et fait naître chez nous du doute, des divisions, des démoralisations. Ceci dit, la nature des dirigeants socialistes nous impose un devoir de clarification politique.

* construire le meilleur rapport de forces possible des antilibéraux et anticapitalistes par des initiatives, des débats, des campagnes unitaires...

Tout cela m’amène à dire qu’il nous faudrait un parti en adéquation avec ce projet. Un parti, pas un syndicat, pas une association, pas un réseau d’internautes. Le Parti Socialiste peut-il être ce parti ? Tel qu’il est aujourd’hui, à coup sûr, non. Notre groupe PRS aveyronnais s’est prononcé en mars 2005 pour un engagement ferme dans le sens d’une unité des forces antilibérales issues de la campagne du NON ; il estime que le temps presse si nous ne voulons pas gâcher l’opportunité actuelle comme nous avons gâché les lendemains de 1968. La création de ce site fin mars 2005 essaie de porter cette aspiration.

27 mars 2005 Création de notre site Pour une République sociale en France, pour une Europe démocratique. Un autre monde est possible

L’action politique a besoin de finesse tactique. Je fais confiance à notre groupe national Pour la République Sociale pour mettre en pratique au jour le jour cette finesse tactique nécessaire pour démultiplier nos moyens d’action afin d’être utiles à notre magnifique peuple qui vient encore de renouer avec ses grandes heures sur le chemin de la république vers le socialisme.

CONCLUSION

Je ne voudrais pas finir sans saluer le travail extraordinaire réalisé depuis trois mois par tous nos camarades.

Hasta la victoria siempre !

Jacques Serieys

Liens avec des articles de notre site sur la campagne contre le Traité Constitutionnel Européen en avril mai 2005

Pour moi, c’est NON Communiqué de Guilhem Serieys, Conseiller régional socialiste (texte du 12 avril 2005)

Lisez et vous voterez NON ( PRS national)

1000 personnes mobilisées pour le NON à Rodez !

Constitution européenne : Les principes républicains en question (par JL Mélenchon)

Pour une Europe démocratique (appel PRS national)

Appel des 200 : DIRE « NON » AU TRAITE CONSTITUTIONNEL, POUR CONSTRUIRE L’EUROPE !

Traité constitutionnel européen : "Il s’agit, en fait, de constitutionnaliser un modèle économique : le principe de libre concurrence" (JL Mélenchon, octobre 2003)

Pour une Europe sociale (appel PRS national)

Le gouvernement Raffarin Fillon, la France d’"en bas" et la Constitution (par Maurice Frey

PS du Sud Aveyron : Appel pour le Non dans la presse

Lettre du Sénateur Jean-Luc Mélenchon : Numéro spécial "constitution européenne"

29 mai 2005 Référendum sur le Traité Constitutionnel Européen Résultats nationaux (David Coronat)

29 mai 2005 : Carte du vote non par département

La France a dit NON : à nous d’ouvrir la voie d’une autre gauche, d’une autre Europe, d’un autre monde (article de Jacques Serieys, 29 mai 2005)

Traité Constitutionnel Européen : La belle victoire du Non en Aveyron et ses lendemains

Nous n’avons pas le droit de décevoir les français qui ont voté NON (Alain Renaut, PRS12, le 3 juin 2005)

Réflexion d’après 29 mai : Il est temps pour nous de constituer ou reconstituer une vraie gauche (Maurice Frey)


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