Tocqueville, colonialiste, raciste, totalitaire et libéral, mort le 16 avril 1859

samedi 24 juin 2017.
 

Disposant de tout l’argent et tout l’arsenal médiatique nécessaire, les "libéraux" imposent de plus en plus certains auteurs comme références incontournables de la pensée.

C’est le cas, en particulier, pour Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, « ce noble rentier, héritier de la fortune familiale » qui n’en a pas foutu une de toute son existence de fils à papa.

1) Tocqueville, colonialiste totalitaire

En 1840, l’armée française poursuit une conquête de l’Algérie en appliquant des méthodes (destructions systématiques, enlèvement des femmes et enfants, déportations de masse, massacres...) caractéristiques d’un crime contre l’humanité (de 500000 à 1 million de victimes selon Pierre Montagnon).

Alexis Henri Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, apporte évidemment son soutien total aux pires méthodes militaires, au "ravage du pays" jusqu’à sa "domination totale" : " J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux arabes sera obligé de se soumettre... Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux".

Les Khmers rouges ont théorisé la destruction de toute ville et la déportation des urbains. Parmi les intellectuels réputés, seul Tocqueville l’avait fait avant eux : " Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd El Kader".

Pour Tocqueville comme pour d’autres théoriciens réactionnaires, la force crée le droit. Aussi, son colonialisme ne s’embarasse pas de sentiments : des tribunaux aux procédures "sommaires" pour exproprier massivement les autochtones, l’accaparement par des colons, la création de nouveaux villages coloniaux fortifiés, protégés par l’armée et des milices. Que deviendront les populations indigènes ? Elles décroîtront sans cesse, assène Tocqueville.

2) Tocqueville, raciste totalitaire

La société coloniale vantée par Tocqueville présente toutes les caractéristiques d’un apartheid raciste :" Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux".

En 1847, les crimes commis par l’armée française commandée par Bugeaud sont connus. Non seulement Tocqueville les soutient mais il les définit comme une "science nouvelle". "Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science... Un des plus grands services que M. le maréchal Bugeaud ait rendu à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et rendu sensible cette science nouvelle".

Source : Travail sur l’Algérie, 1841 et 1847

Cette question du rapport de Tocqueville au racisme pose sérieusement question puisque Joseph Arthur de Gobineau, père de la pensée racialiste, était un ami proche depuis 1843.

De juin à octobre 1849 Tocqueville assure la fonction de ministre des Affaires étrangères au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Or, qui prend-il comme chef de cabinet ? Gobineau évidemment.

Grâce à la protection de Tocqueville, Gobineau occupe divers postes diplomatiques de 1849 à 1855 ; il écrit alors son célèbre Essai sur l’inégalité des races.

3) Tocqueville n’est pas un démocrate mais un libéral comprenant l’utilité d’une validation électorale des puissants par des électeurs

Il naît dans une famille de légitimistes ultras ayant émigré durant la Révolution française puis le début du Premier Empire. Son père fait carrière sous Louis XVIII (Garde du roi, pair de France).

Durant sa vie, Alexis de Tocqueville gardera l’attitude élitiste des ultras vis à vis du peuple, y compris vis à vis de la moyenne bourgeoisie montante, facteur de "rapetissement universel".

Durant sa carrière politique, Alexis de Tocqueville restera un monarchiste économiquement libre-échangiste (donc libéral) et politiquement conservateur sinon totalitaire. Ainsi, il sera un combattant du Parti de l’Ordre, un soutien farouche de la répression des ouvriers parisiens en juin 1848.

Ses liens amicaux avec Arthur de Gobineau s’expliquent évidemment par un sentiment d’appartenance commun au monde des défenseurs d’un ordre social hiérarchique dans lequel la démocratie sert seulement à valider le pouvoir de l’élite qui profite du travail du peuple.

4) Les lois de droit divin contre le rôle social des Etats (lois, minimum salarial...)

« Tous les temps ont vu des travailleurs et des pauvres ; mais ce qui semble particulier au nôtre, c’est l’opinion répandue de nos jours qu’il existe quelque part un remède spécifique contre ce mal héréditaire et incurable de la pauvreté et du travail, et qu’avec un peu de bonne volonté les gouvernants parviendraient aisément à le découvrir. (...)

L’Académie, en posant cette question que je viens d’énoncer, a eu pour but de combattre cette idée fausse dont tant de maux découlent. Elle désire, à cet effet, que les concurrents s’attachent à répandre parmi les classes ouvrières auxquelles ils s’adressent quelques-unes des notions les plus élémentaires et les plus certaines de l’économie politique, qu’ils leur fassent bien comprendre, par exemple, ce qu’il y a de permanent et de nécessaire dans les lois économiques qui régissent le taux des salaires ; pourquoi ces lois, étant en quelque sorte de droit divin, puisqu’elles ressortent de la nature et de la structure même des sociétés, sont placées hors de la portée des révolutions, et comment le gouvernement ne peut pas plus faire que le salaire s’élève quand la demande de travail diminue, qu’on ne peut empêcher l’eau de se répandre du côté ou penche le verre. » (...)

« Mais ce que l’Académie désire surtout, c’est que les différents auteurs qu’elle provoque mettent en lumière cette vérité que le principal remède à la pauvreté se trouve dans le pauvre même, dans son activité, sa frugalité, sa prévoyance, dans le bon et intelligent emploi de ses facultés, bien plus qu’ailleurs, et que si, enfin, l’homme doit son bien-être un peu aux lois, il le doit beaucoup à lui-même : encore pourrait-on dire que c’est à lui seul qu’il en est redevable : car tant vaut le citoyen, tant vaut la loi. »

Source : Discours à l’Académie des sciences morales et politiques, 1832

5) Mémoire sur le paupérisme

« Le pauvre ayant un droit absolu aux secours de la société, et trouvant en tous lieux une administration publique organisée pour les lui fournir, on vit bientôt renaître et se généraliser dans une contrée protestante les abus que la Réforme avait reprochés avec raison à quelques-uns des pays catholiques. L’homme, comme tous les êtres organisés, a une passion naturelle pour l’oisiveté. Il y a pourtant deux motifs qui le portent au travail : le besoin de vivre, le désir d’améliorer les conditions de l’existence. L’expérience a prouvé que la plupart des hommes ne pouvaient être suffisamment excités au travail que par le premier de ces motifs, et que le second n’était puissant que sur un petit nombre. Or un établissement charitable, ouvert indistinctement à tous ceux qui sont dans le besoin, ou une loi qui donne à tous les pauvres, qu’elle que soit l’origine de la pauvreté, un droit au secours du public, affaiblit ou détruit le premier stimulant et ne laisse intact que le second. » « Toute mesure qui fonde la charité légale sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative crée donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travaillante. C’est là sinon son résultat immédiat, du moins sa conséquence inévitable. Elle reproduit tous les vices du système monacal, moins les hautes idées de moralité et de religion qui souvent venaient s’y joindre. Une pareille loi est un germe empoisonné déposé au sein de la législation. » Etc., etc.

6) Voyage en Angleterre

A propos du droit de cuissage des puissants qui engrossent leurs bonnes : « Les bonnes moeurs chez un peuple dépendent presque toujours des femmes et non des hommes. On ne pourra jamais empêcher les hommes d’attaquer. Le point est donc de faire qu’on leur résiste (...). Toutes les lois qui rendent la position de la femme qui faillit plus commode sont donc éminemment immorales : telles, par exemple, que nos lois actuelles sur les enfants trouvés. Or la loi qui permet la recherche de la paternité peut bien servir à arrêter les hommes, mais elle diminue chez les femmes la force de résistance, ce qu’il faut surtout éviter. »

7) La crainte d’une révolution en janvier 1848

Tocqueville déclarait à la Chambre, en janvier 1848 : « On dit qu’il n’y a point péril parce qu’il n’y a pas d’émeute ; on dit que, comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire que vous vous trompez. Sans doute le désordre n’est pas dans les faits, mais il est entré bien profond dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières... Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées qui ne visent point seulement à renverser telles lois, tels ministres, tel gouvernement même, mais la société, à ébranler les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui. »

Bibliographie :

Marc Viellard, Contre Tocqueville, Ed. Le temps des Cerises, novembre 2006, 10€.


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