Hobbes, Locke : capitalisme et libéralisme en Angleterre

lundi 19 juin 2017.
 

Bonne initiative de la chaîne Arte : L’intérêt personnel au centre de l’activité économique : une invention du 16ème siècle avec l’émergence du capitalisme

Du 14 octobre au 28 octobre 2014, Arte diffuse un documentaire intéressant sur l’histoire du capitalisme. Cliquez ici pour plus d’informations

Pour compléter utilement les informations contenues dans le premier documentaire je reproduis ici un article que j’ai publié sur le blog de Jacques Généreux en 2010.

On peut retrouver dans mon texte un certain nombre d’événements mentionnés dans le documentaire.

En examinant son histoire, rappelons que l’origine du capitalisme ne date pas de la révolution industrielle du XVIIIème et XIXème siècle mais d’une période bien antérieure pour les activités commerciales ou marchandes. (XIVème au XVIème siècle).

Mais le capitalisme prend surtout son essor au seizième siècle

Si l’on considère l’industrie, dans sa Grammaire des civilisations, Fernand Braudel indique même que les prémices de l’industrialisation remontent au treizième siècle en Italie où existaient déjà des ateliers textiles artisanaux. (P 404 et suiv.)

A) Hobbes et l’émergence du libéralisme

Source : http://neomoderne.fr/news/le-social... Blog de Jacques Généreux

Contribution numéro 26. Au sujet du livre de Jacques Généreux : Le socialisme néomoderne (devenu L’autre société), contribution écrite en janvier 2010. Réponse de Debonrivage à contribution 25.

Parlons de Hobbes qui n’est pas obsolète pour les libéraux dans sa conception de la nature humaine.

En prenant avec quelque espièglerie le contre-pied de l’idée de "cercles concentriques d’une communauté humaine" (L dissociété p.438 et suiv. ; Le socialisme néomoderne p.111 et suiv.) vous invoquez l’idée de "cercles égocentriques" où l’affrontement serait la règle selon Hobbes. Bien que cette expression ne figure pas dans le Léviathan, il est vrai en effet que pour ce philosophe (1588-1679), à l’état de nature "l’homme à est un loup pour l’homme".

Dans cet état, il avance cette bonne idée que tous les hommes sont égaux mais, selon sa conception cette égalité conduit à l’état de guerre. Référons nous aux chapitres XIII et XIV du Léviathan. "De cette égalité de capacité résulte une égalité d’espoir d’atteindre nos fins. Et c’est pourquoi si deux hommes désirent la même chose, dont ils ne peuvent cepen­dant jouir tous les deux, ils deviennent ennemis ; et, pour atteindre leur but (principa­lement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu’ils savourent), ils s’efforcent de se détruire ou de subjuguer l’un l’autre"

Cala engendre donc la défiance … " Et de cette défiance de l’un envers l’autre, [il résulte qu’] il n’existe aucun moyen pour un homme de se mettre en sécurité aussi raisonnable que d’anticiper, c’est-à-dire de se rendre maître, par la force ou la ruse de la personne du plus grand nombre possible d’hommes, jusqu’à ce qu’il ne voit plus une autre puissance assez importante pour le mettre en danger ; et ce n’est là rien de plus que ce que sa conservation exige, et ce qu’on permet généralement."   Mais existe-t-il quelques moments de trêves, de plaisir d’être ensemble ? …" De plus, les hommes n’ont aucun plaisir (mais au contraire, beaucoup de déplaisir) à être ensemble là où n’existe pas de pouvoir capable de les dominer tous par la peur"   Pour Hobbes, qui a une conception très mécaniste du comportement humain, les actes sont animés implacablement par le déterminisme de leurs passions :

" De sorte que nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la défiance ; et troisièmement la fierté…..La première fait que les hommes attaquent pour le gain, la seconde pour la sécurité, et la troisième pour la réputation.". Tout ceci coiffé par le volonté de puissance.   On remarque la logique déductive utilisée par Hobbes qui a étudié la logique mathématique et fréquenté Descartes, Mersenne, Gassendi…

Il poursuit ;" Par là, il est manifeste que pendant le temps où les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les maintienne tous dans la peur, ils sont dans cette condition qu’on appelle guerre, et cette *guerre est telle qu’elle est celle de tout homme contre homme."

Ainsi, selon cette conception, l’Homme est un prédateur par nature et qui met donc sa vie perpétuellement en danger.   Mais une telle situation permanente d’insécurité est difficilement supportable, et par instinct de conservation (appelé conatus), l’homme aspire à la paix. Et Hobbes a alors recours comme philosophe rationaliste a la puissance de la raison :

D’où, conséquemment les deux lois fondamentales de la nature exposées dans le chapitre XIV suivant du livre 1er du Léviathan :: " Et par conséquent, c’est un précepte, une règle générale de la raison, que tout homme doit s’efforcer à la paix, aussi longtemps qu’il a l’espoir de l’obtenir, et, que, quand il ne parvient pas à l’obtenir, il peut rechercher et utiliser tous les secours et les avantages de la guerre. La première partie de cette règle contient la première et fondamentale loi de nature, qui est de rechercher la paix et de s’y conformer."

Et comment réaliser cette paix ? C’est la seconde Loi :

" De cette fondamentale loi de nature qui ordonne aux hommes de s’efforcer à la paix, dérive la seconde loi : qu’un homme consente, quand les autres consentent aussi, à se démettre de ce droit sur toutes choses, aussi longtemps qu’il le jugera nécessaire pour la paix et sa propre défense ; et qu’il se contente d’autant de liberté à l’égard des autres hommes qu’il en accorderait aux hommes à son propre égard. Car aussi longtemps que chaque homme détient ce droit de faire tout ce qui lui plaît, tous les hommes sont dans l’état de guerre".   J’arrête ici les citations. Je résume la suite : les hommes doivent donc s’entendre, établir un contrat politique pour éviter la guerre permanente : accepter de se soumettre à un souverain tout puissant, de pouvoir absolu. Hobbes est considéré par ce fait comme un théoricien de l’absolutisme. Hobbes n’était pas athée (une partie du Léviathan est un traité de théologie) mais, protestant, critique du pouvoir ecclésiastique.

Bien que défendant ainsi l’absolutisme des rois européens de son époque, il fut l’objet de menaces en raison du caractère révolutionnaire (pour l’époque) de cette idée : le pouvoir politique naît du consentement du peuple. Hobbes fait partie des théoriciens du droit naturel, opposés à la théorie de droit divin. Hobbes considère que l’entrée en société est un choix volontaire et non le produit d’une providence divine.

Il s’oppose ainsi radicalement aux théoriciens du droit divin de son époque : Suarez (De legibus 1612) et Bossuet (Politique tirée des propres paroles de l’Écriture Sainte 1670).

Cette manière de placer l’origine du pouvoir royal dans l’espace civil et son non conformisme religieux expliquent pourquoi Le Léviathan fut brûlé à Oxford 4 ans après sa mort.

Pour Hobbes, les individus sont des particules élémentaires en mouvement, guidés par la force mécanique de leur volonté, de leurs passions, mais aussi par la recherche, parfois raisonnée, de leurs intérêts égoïstes.

Nous nous intéresserons pas ici à la critique de la conception du contrat développée par Hobbes car J.Généreux la développe dans son livre La Dissociété p.295 et suiv. (Ed. Points Essais Seuil).

La conception de Hobbes conduit à écraser la liberté par la sécurité.

B) John Locke, un fondateur de la philosophie politique libérale

Le "successeur" de habbes, nommé John Locke (1632-1704), considéré aussi comme l’un des fondateurs de la philosophie politique libérale contestera son absolutisme et développera plutôt la notion de liberté et de propriété. Comme Hobbes, il partage l’idée qu’il faut un Etat régalien mais sa conception de l’état de nature est pour lui une période heureuse de "communisme primitif". Les hommes sont libres, égaux, raisonnables par nature et la propriété est un droit naturel.

Il conçoit le pouvoir politique comme fondé sur la représentation et il est l’auteur de la séparation de pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, séparation qui sera complétée plus tard par Montesquieu (pouvoir judiciaire).

Ceci pour rappeler, sur cet exemple, que les sources philosophiques du libéralisme sont multiples. Ceci implique que pour un libéral, il est possible d’accepter une société sécuritaire, un pouvoir autoritaire et en même temps une certaine liberté (d’opinion, d’expression notamment). Mais cette conception d’un Etat fort n’a pas leur préférence, sauf quand les circonstances l’exigent !

En revanche sa conception de l’homme individualiste et prédateur constitue une ligne de force idéologique constante pour le libéralisme, qui traverse les siècles, et c’est la raison pour laquelle je vais m’attarder sur ce point.   Mais l’état de nature ainsi écrit, comme tous les autres décrits ultérieurement par les philosophes du 18ème siècle ne sont que des fictions métaphysiques ou des suppositions –types axiomes (donc indémontrables) – qui seraient validées par leurs conséquences observables. Or, pour Hobbes, il semble bien qu’il s’agit de cela : il est conscient de la fragilité de sa conception :

" Peut-être peut-on penser qu’il n’y a jamais eu une telle période, un état de guerre tel que celui-ci ; et je crois aussi que, de manière générale, il n’en a jamais été ainsi dans le monde entier. Mais il y a beaucoup d’endroits où les hommes vivent aujourd’hui ainsi…."

C’est à dire que, même Hobbes n’est pas totalement convaincu que la conception de la nature humaine qu’il énonce soit une donnée anthropologique fondamentale. La démarche de Hobbes est en réalité inducto-déductive. C’est à dire : il observe le monde, se réfère à des faits observables fréquents de son époque, en déduit des principes sur la nature humaine, puis, ensuite, essaie de déduire de ces principes supposés vrais, les faits historiques observés.

C) Impact d’un contexte historique dans le cerveau d’un philosophe

  L’histoire tourmentée de l’époque de Hobbes et la naissance du capitalisme.

C’est la raison pour laquelle, il est absolument nécessaire d’analyser le contexte historique de la période où vit Hobbes, Locke ou d’autres pour comprendre leur philosophie.

Si l’on adopte cette démarche, on comprend non seulement la vision de Hobbes mais les fondements historiques de la philosophie libérale, notamment les fondements de sa conception "prédatriste" de l’Homme. Peut-on trouver dans le texte de Hobbes (toujours chapitres XIII et XIV) quelque chose qui confirme mon propos ? Oui, voici ce que dit cet auteur :

"Mais, bien qu’il n’y ait jamais eu un temps où les particuliers fussent en un état de guerre de chacun contre chacun, cependant, à tout moment, les rois et les personnes qui possèdent l’autorité souveraine, à cause de leur indépendance, se jalousent de façon permanente, et sont dans l’état et la position des gladiateurs, ayant leurs armes pointées, les yeux de chacun fixés sur l’autre, c’est-à-dire avec leurs forts, leurs garnisons, leurs canons aux frontières de leurs royaumes et leurs espions à demeure chez les voisins, ce qui est [là] une attitude de guerre. Mais, parce que, par là, ils protègent l’activité laborieuse de leurs sujets, il n’en découle pas cette misère qui accompagne la liberté des particuliers."

  Si l’on se penche sur l’histoire de l’Angleterre et de l’Europe de l’époque contemporaine de Hobbes (mi-16ème siècle-1er quart du -17ème sicle) qui correspond aux débuts du capitalisme marchand et du capitalisme commercial, ce qui rend cette période particulièrement intéressante, tous les propos de Hobbes s’éclairent à la lumière de la cascade des événements sanglants de cette période. Sans vouloir être exhaustif, en voici quelques uns.

Espagne :

Les voyages des grands navigateurs ouvrirent la porte aux conquistadors (règnes des Hadsbourg : Charles Quint, Philippe 1er Philippe 3). Qui étaient ces conquistadors  ?

" De nombreux conquistadores étaient des hobereaux (nobles peu fortunés) hidalgos, dont beaucoup venaient d’Estrémadure « extrême et dure », authentiques, durs à cuire, individualistes, mercenaires dans l’âme, amants des défis qui voulaient s’enrichir dans les « Indes » car ils ne pouvaient pas le faire en Europe" (wikipédia). Ceux-ci permirent au royaume d’Espagne de s’enrichir par le pillage d’or et d’argent des pays indigènes d’Amérique du sud

" On connaît l’épouvantable barbarie des conquistadores espagnoles aux Amériques. En l’espace de cinquante ans, ils exterminèrent 15 mil­lions d’Indiens s’il faut en croire Bartholomeo de Las Casas, et 12 millions selon des critiques plus « conserva­teurs ». Des régions à population dense comme Haïti, Cuba, le Nicaragua, la côte du Venezuela furent entiè­rement dépeuplées .

L’accumulation primitive du capital commercial portugais aux Indes fut caractérisée par des missions « civilisatrices » du même aloi…" (Traité d’économie marxiste tome E.Mandel p132).

La puissance de l’Espagne était redoutée et explique l’instauration de monarchies absolues en Angleterre et en France, prétextant du péril extérieur (c.f. Du Pouvoir de Bertrand De Jouvenel p.242).

En même temps, compte tenu de la dispersion du pouvoir royal espagnol à la fin du 16ème siècle (non absolutiste) et du coût exorbitant des armées dispersées dans de multiples territoires, l’Espagne s’enfonce dans des conflits internes et des difficultés financières : manque de force de cohésion du pouvoir central. (banqueroute en 1627). Nous nous attarderons pas sur la guerre de 30 ans qui est une suite de conflits armés qui ont déchiré l’Europe de 1618 à 1648 qui impliqua, entre autres, les Pays Bas espagnols.

En France, les guerres de religion commencent en 1562 et se poursuivent entrecoupées de périodes de paix jusqu’en 1598, avec la mise en place de l’Édit de Nantes Ces troubles coïncident avec un affaiblissement de l’autorité royale. Les rois François Ier et Henri II n’ont permis aucune contestation de leur pouvoir. Lorsque Henri II meurt accidentellement en 1559, ses successeurs François II et Charles IX sont trop jeunes pour pouvoir imposer leur autorité. Ils ne peuvent pas empêcher les Français de s’entredéchirer. Entre les deux camps belligérants, la reine mère Catherine de Médicis hésite entre tolérance religieuse et répression, ce qui ne fait qu’accentuer les tensions. Les monarchies qui vont suivre seront absolutistes.  

La vie en Angleterre n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Le règne de Elisabeth 1er (1558-1603) fut caractérisé par une période d’expansion économique, artistique et par la suprématie de l’Angleterre sur les mers.

Elisabeth, désavouée par Pie V, fonde une église anglicane d’etat : de nombreuses tensions avec les catholiques accompagnés de violences meurtrières. Par ailleurs, Elisabeth suspectant de complot la reine d’Ecosse Marie Stuart, la fait décapiter en 1587.

Le roi d’Espagne, allié de l’Ecosse et de l’Irlande envoie son "invincible armada" de 130 navires pourvus de 29300 marins et soldats en Angleterre : celle-ci est mis en déroute par la flotte anglaise qui réussit alors à détruire environ la moitié de l’armada.  : c’est l’année de naissance de Tomas Hobbes.

La reine d’Angleterre utilisa la technicité des pirates dans l’art du pillage pour s’emparer des butins des pillards espagnols et s’attaquer aussi aux colonies espagnoles.

La figure emblématique de l’époque est Francis Drake, corsaire expert dans la prédation qui fut nommé vis-amiral et chevalier par Elisabeth 1er. On comprend ainsi mieux ma dernière citation de Hobbes.

Autre figure emblématique du même règne :le commerçant et financier Gresham qui, en 1565, fit une proposition au conseil municipal de Londres de construction sur ses propres deniers d’une Bourse - qui devint la Bourse royale, sur le modèle de celle d’Anvers. Ce financier, aussi honnête qu’Arsène Lupin, aida à nombreuses reprises la couronne d’Angleterre à résoudre ses problèmes financiers : il devint l’homme le plus riche du royaume.

Le lecteur intéressé trouvera dans Wikipédia, par exemple, une histoire de ces deux figures qui montrent combien la prédation est payante.

D) Du libéralisme à l’expansion coloniale anglaise

La fin du 16ème siècle et le début du 17ème sont marqués par l’expansion coloniale anglaise.

En 1584 Walter Raleigh établit la première colonie sur le sol de l’Amérique du Nord. Cette colonie, appelée Virginia, est établie dans les Outer Banks, sur le territoire actuel de la Caroline du Nord.

La Compagnie des Indes (à charte) fut fondée en 1600 par des hommes d’affaires. La reine lui octroya le monopole du commerce avec les pays de l’océan Indien. Cette compagnie établit ultérieurement des comptoirs, dont les principaux furent Madras (1639), Bombay (1668) et Calcutta (1690). La compagnie hollandaise des Indes Orientales fut fondée en 1602 et fut la 1ère société par actions.

 Le successeur de Elisabeth, Jacques 1er (1603-1625) fonde la compagnie de Virginie afin de coloniser les territoires réclamés de la colonie de Virginie, entre le 34e et le 45e degré de latitude nord L’implantation des colons s’accompagnera de bains de sang. Examinons le premier, en Virginie

" Le plus ancien établissement fixe des Anglais ayant perduré jusqu’à nos jours est la ville de Jamestown, en juin 1607, fondée par les envoyés de la compagnie, sur les terres d’un chef Potomac Powathan : elle compte une centaine d’habitants. L’agriculture et les conditions de vie sont mauvaises pour les colons car les terres sont insalubres.

Pour ne pas mourir de faim, ils se réfugient dans le village de Potomac Powathan, nouant d’abord des relations avec les indiens (Histoire des Pocahontas). Au cours de l’été 1608, le conseil de la colonie réclame leur retour, le chef Powathan refuse. Le 30 août 1608, le capitaine John Smith envoie ses troupes « libérer les nôtres, esclaves du sauvage ». Il attaque un village amérindien, tue 23 hommes, et repart avec les réserves et une vingtaine de femmes et d’enfants qui servent d’otages et d’esclaves. Les enfants sont ensuite noyés et les femmes égorgées. Cette colonie développe rapidement la plantation du tabac….Le premier débarquement d’esclaves noirs s’effectuera en 1619 sur le site de Jamestown par des bateaux néerlandais." (wikipédia).

Jacques 1er, se veut monarque absolu de droit divin, d’assise anglicane. Il persécute puritains et catholiques dont certains émigreront vers le Nouveau Monde.

Il provoque une opposition de plus en plus marquée de la bourgeoisie et de la chambre des commune (chambre qui existe, rappelons le depuis le Moyen age en Angleterre) qui apprécient peu son despotisme. Il dissout plusieurs fois le parlement réélu.   En 1625, Charles 1er lui succède, encore plus absolutiste et toujours de droit divin.

Il tente contre l’Espagne et la France des expéditions qui sont un échec : il échoue dans l’expédition sur Cadix, puis au siège de La Rochelle en 1627-1628 Cet échec joue un rôle important dans la dégradation de l’image du souverain dans l’opinion anglaise. Le Parlement aurait préféré une attaque navale sur les colonies espagnoles du Nouveau Monde, espérant que la capture de la flotte espagnole aurait fourni un butin pour financer la guerre. (on remarque ici la remarquable finesse de l’esprit de prédation des parlementaires).

Il prélève taxes et impôts en passant outre l’avis du parlement.

L’augmentation de la pression fiscale provoque des révoltes dont celle des calvinistes écossais en 1639. Nombreux puritains s’exilent. De 1629 à 1640, le parlement assimile le roi à un tyran.

Après plusieurs arrestations et exécution d’opposants, la guerre civile éclate et la révolution se poursuit de 1642 à 1649 dont nous ne détaillons pas ici les 3 phases. Charles 1er est décapité en 1649. Cette alliance de la bourgeoisie et de la plèbe contre le pouvoir royal est une sorte de préfiguration de ce qui se passera en France 140 ans plus tard.

Cromwel proclame la république (ou Commonwealth) en 1649 mais il s’avère être lui aussi un despote avec des visées expansionnistes. Il renforce la flotte (154 navires) et crée ainsi la Royal Navy. Cromwell espère ainsi prolonger la guerre des Hollandais contre l’Espagne qui s’est achevée en 1648.

De 1652 à 1654 , l’Angleterre entre en guerre contre les provinces unies des Pays Bas pour détruire son hégémonie sur la mer du Nord..

En 1655, l’amiral William Penn échoue dans sa tentative de prise de contrôle de la colonie espagnole d’Hispaniola mais parvient à s’emparer de la Jamaïque, dont il fait une importante base pour les corsaires de toute nationalité et l’attaque des navires espagnols. (pas franchement touristique, donc)

Cromwell meurt en 1658 et la royauté sera vite restaurée : Charles II avec l’aide armée de George Monck prend le pouvoir en 1661.

Un deuxième conflit avec la Hollande a lieu (1665-1667). Celui-ci commence bien pour l’Angleterre, par la capture de la Nouvelle-Amsterdam (plus tard rebaptisée New York en l’honneur du frère Jacques, duc d’York futur Jacques II d’Angleterre), mais en 1667, les Néerlandais lancent une attaque surprise en remontant la Tamise. Presque toute la flotte britannique alors à quai est coulée à l’exception du navire amiral, Charles royal, ramené en trophée aux Pays-Bas[3].

La deuxième guerre hollandaise prend fin avec la signature du traité de Breda.

En 1668, l’Angleterre s’allie avec la Suède et son ancien ennemi la Hollande, afin de s’opposer à Louis XIV dans la guerre de Dévolution. Louis XIV, forcé de faire la paix avec la triple alliance, continue à maintenir ses intentions agressives. En 1670, Charles, cherchant à résoudre ses ennuis financiers, accepte le Traité de Douvres selon lequel Louis XIV doit lui verser £200 000 tous les ans.

Charles II meurt en 1685 et est remplacé par son frère Jacques II. Avant même de monter sur le trône, Jacques II devient la grande figure du lobby esclavagiste du XVIIe siècle aux Antilles, en créant en 1672 la Compagnie royale d’Afrique, qui approvisionne en esclaves la Barbade et la colonie de Caroline, fondée par son frère Charles II en 1664 avec des Irlandais de la Barbade. Leurs esclaves vont aussi en Virginie, rachetée par son père Charles Ier en 1624 pour en faire une compagnie royale et au Maryland.   Jacques II (dit aussi Jacques Stuart) favorise les Églises dissidentes et les catholiques (Déclaration d’indulgence) et se rapproche de la papauté et de Louis XIV. Ceci barre la route à sa fille Mary et Guillaume III d’Orange, son époux, pour accéder ultérieurement au trône.. Ces derniers, en s’appuyant sur des notables et le parlement obtiennent le départ de Jacques II en 1688 qui se réfugie en France.

Cette révolution pacifique aboutit à l’instauration d’une monarchie constitutionnelle et parlementaire à la place du gouvernement autocratique des Stuarts, en 1689, événement de grande portée, qui sera notamment célébré par …John Locke.

E) L’émergence du capitalisme par les pires barbaries

  Pillages, guerres, razzias, esclavagisme, exterminations, conditionnent ainsi la formation et l’extension d’un capitalisme marchand et commercial dans un 1er temps assujetti au pouvoir royal mais qui va de plus en plus s’autonomiser, le pouvoir des rois et des nobles étant de plus en plus dépendants des ressources financières que lui apporte la bourgeoisie. Celle-ci favorisera le parlementarisme dont Locke fut un théoricien.

Mais un autre facteur de l’accumulation croissante du Capital est l’appropriation des terres communes par des lords et certains bourgeois. Le long processus des enclosures et l’imposition des droits de propriété sur les champs vont créer une distinction nette entre le propriétaire et le salarié (les anciens petits exploitants devenant les salariés des landlords). Ceci conduira en 1727, à l’Enclosure Act qui permet aux lords britanniques de s’approprier et de clôturer les champs.

En pleine transition démographique ; cette appropriation est le fait d’un intérêt nouveau pour le monde agraire de la part des élites britanniques, qui souhaitent développer une agriculture à haut rendement, et donc lucrative, sur le modèle de la Hollande et des Flandres. Cette appropriation entraînera immédiatement une activité et des investissements importants, du fait même de l’installation des clôtures. Sur le modèle des îles britanniques, la propriété privée des terres s’étend à travers l’Europe et les Amériques, non sans rencontrer des oppositions. (Wikipédia) Pour avoir une idée concrète de cette pratique dans les premières colonies de l’Amérique du nord, , on peut se référer à l’excellent film de King Vidor : l’homme qui n’avait pas d’étoile, avec Kirk Douglas (1955)

Il s’agit ici d’une appropriation privée de biens collectifs : on appelle cela aujourd’hui : privatisation.

Tel est, rapidement brossé le contexte historique (surtout en Angleterre) extrêmement agité dans lequel s’élaborent la philosophie politique de Hobbes et aussi de Locke.

Rappelons aussi que Hobbes s’était exile d’Angleterre en raison de la guerre civile qui frappait son pays.

Constatant que la cohésion et la puissance du royaume d’Espagne s’affaiblissent faute d’un pouvoir fort et absolu, que, pour la même raison, des guerres de religion vont se développer, Hobbes justifie, rationalise, théorise sur l’absolutisme, nécessaire à la paix.

En même temps, il constate que ceci ne suffit pas car une monarchie absolue de droit divin est aussi génératrice de guerres, de répressions incessantes : il développe alors la notion de pouvoir à partir de la société civile : l’Etat, incarné par le roi, doit s’affranchir de sa nature religieuse et devenir rationnel. Poursuivant ainsi la réflexion de Machiavel, on le considère pour cette raison comme l’un des fondateurs des "sciences politiques".

Une telle période, aussi riche en violence, où l’avidité, la prédation conduisent à la réussite sociale et aux victoires ne peut que donner à Hobbes qu’une vision sombre de la Nature humaine dont il veut déduire ce qu’il observe.

F) Conceptualisation des constats sur l’émergence du capitalisme et du libéralisme

F1 Des faits observés à la nature profonde des choses et des phénomènes.

Mais l’histoire des sciences nous apprend qu’entre ce que l’on peut observer d’une chose, d’un phénomène et sa nature profonde, il il y a un abîme. Pour accéder à la nature profonde des phénomènes du monde, il faut disposer d’instruments et de concepts scientifiques. Ainsi, si chacun peut observer que le soleil tourne autour de la Terre, on sait depuis Copernic que c’est l’inverse : lunette astronomique et calculs de la mécanique céleste sont nécessaires pour le savoir.

De même, sans microscope ou mécanique quantique, il est impossible de savoir que tout être vivant est constitué de cellules et que toute matière est constituée d’atomes.

De même, le caractère fréquent du comportement égoïste, violent, cupide ,etc ne permet de conclure que l’être humain est par nature égoïste, violent etc, d’autant qu’il existe des êtres humains qui ne le sont pas. Pour appréhender la nature profonde et multidimensionnelle de l’être humain, il faut disposer d’outils scientifiques multidisciplinaires : neurobiologie, psychologie du développement, psychologie sociale, sociologie, anthropologie, ethnologie, etc, autant d’outils que ne possèdent ni Hobbes, ni les philosophes de son époque, ni les philosophes du 18ème et des 2 premiers tiers du 19ème siècle.

Mais ceci ne suffit pas : il faut disposer de méthodes d’analyse en histoire et en économie qui soient fiables

Or, le grand intérêt des ouvrages de J.Généreux est d’utiliser ces outils modernes pour redéfinir scientifiquement la nature humaine : et en effet, même si certaines "constantes anthropologiques" qu’il invoque peuvent paraître de "bon sens" (par exemple la nature coopérante de l’homo sapiens), en réalité, elles n’ont rien d’évidente, et ce, pour deux raisons :

-  comme résultat d’une démarche scientifique

- parce que, vivant dans des dissociétés ou des hypersociétés, le comportement des hommes peut être contraire à leur nature sociale profonde. Comment cela est possible ? JG répond, en bonne partie à cette question dans le chapitre 10 de la dissociété : l’Homme dissocié et la servitude volontaire.

Je complète brièvement son analyse par le point suivant.

F2 La reproduction idéologie de la notion de l’Homme égoïste et prédateur par nature.

Comment cette idéologie de l’homme égoïste et prédateur reste répandue et dominante ? Parce que depuis quatre siècles nous vivons dans un système capitaliste, qui a certes évolué du point de vue technique, qui s’est muni d’appareils politiques (régimes) variés mais qui reste toujours composée fondamentalement de 2 classes sociales : les dominants et les dominés.

Ces 2 grands groupes peuvent être composés de sous-groupes ayant des fonctions différentes ou défendant des intérêts différents, mais le schéma de base reste le même. On peut utiliser d’autres catégorisations qui brouille cette réalité simple : stratifications sociales, notion de "multitude" (T.Négri), on peut invoquer la diffusion de la propriété et des responsabilités sur une myriade d’actionnaires, etc, mais, à moins d’être sourd et aveugle, chacun sait qu’une poignée de capitalistes (quelques milliers) possèdent la majorité du patrimoine d’un pays et contrôlent toute l’économie, et par leurs amis politiques contrôlent la quasi totalité du champ politique.

D’un point de vue économique les dominés se partagent à notre époque en 3 groupes : salariés du privé, salariés du public, travailleurs indépendants. Or, le groupe dominant conçoit l’homme à son image de prédateur victorieux, la prédation étant en outre conçue comme moyen de construction (les USA se sont bâtis sur un génocide, pour ne citer qu’un seul exemple massif).

Le groupe dominant fait partager, par toutes sortes de moyens, son système de représentation du monde aux dominés, et ce, de génération en génération, avec les ajustements nécessaires. Les gens dit de culture, dont les philosophes, n’échappent pas complètement au système de valeurs du groupe dominant prédateur. Parfois même, ils le légitiment par des "théories" qui se veulent rationnelles. Dans la Dissociétés, JG montre combien la quasi-totalité des théories libérales n’ont aucune assise scientifique.

Dans un système de domination, notamment sur le lieu de travail où les salariés sont sous pression, à tous les échelons, culpabilisés en permanence, et qui plus est, dans un système où des besoins fondamentaux comme se nourrir, se loger restent problématiques, quelque soit le niveau technique atteint, il ne faut pas être étonné que nombreuses personnes restent ou deviennent agressives et violentes et qu’ainsi, l’image véhiculée par le groupe dominant de l’homme égoïste et violent, trouve un terrain favorable.

Voilà donc pourquoi, cette image de l’homme égoïste et prédateur, reste actuelle, et bien présente dans de nombreux films notamment. Il est alors plus facile au groupe dominant de s’attaquer aux liens de solidarité sociale (dont les services publics).

Cette image de l’Homme, par nature égoïste est prédateur est l’un des plus puissants moyens idéologiques d’assujettissement inventé par le libéralisme : c’est la raison de la longueur de mon développement.

C’est la raison pour laquelle, les conceptions défendues par JG n’ont pu s’imposer jusqu’à maintenant. Le défi de JG est donc celui-ci, imaginer et construire une société qui ne soit ni une hypersociété, ni une dissociété qui reproduisent ces dominations, mais qui soit une société de développement humain et il n’a jamais prétendu que cela était évident.   Pour être plus complet, on pourrait étudier des périodes antérieurs au capitalisme ou le cas des sociétés étatiques-socialistes (appelées improprement communistes), en étudiant pour chaque type de société, la nature des classes sociales, les formes de domination et ce, en relation avec le type de formation économique.

Ce travail a été fait par Robert Fossaert mais son travail de titan en 6 volumes (La société Ed. Seuil) n’a jamais été ré-édité. Néanmoins ils sont mis gratuitement à disposition en ligne par l’université du Québec. Pour avoir un inventaire de ces modes de domination (14 modes de domination pour 18 types de formations économiques), on se reporte à la p.43 du tome 5 format pdf. http://classiques.uqac.ca/contempor...

Pour accéder aux 6 tomes : http://classiques.uqac.ca/contempor...

Mais là, on passe de l’histoire événementielle à la sociologie historique, ce qui permet de comprendre, en utilisant des outils homogènes puissants, comment se créent les événements et d’en comprendre le sens profond.

  Hervé Debonrivage


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