Lettre ouverte à un ouvrier de ma connaissance qui a voté Sarkozy aux élections présidentielles.

dimanche 4 janvier 2009.
 

Toi qui luttais dans les années 68 pour des entreprises gérées par les travailleurs, pour un monde solidaire et juste. Toi qui croyais même dans le rôle historique du prolétariat. Toi qui as gardé un instinct de solidarité populaire face aux profiteurs. Comment as-tu pu voter pour Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ?

Je sais ; tu n’es pas le seul. Je sais qu’il est difficile de juger sans avoir vécu la même galère... Certains en ont tellement bavé qu’ils ont voté pour le borgne aux idées fascisantes et au porte feuille bien garni.

Je sais aussi que tu as été déçu par la gauche, déçu par sa tactique seulement électoraliste dans les années 1970 au moment où le rapport de force social et international pouvait permettre d’imposer concrètement un autre type de relations au sein des entreprises, un autre type de rapport entre les citoyens et le champ politique en articulant luttes et débouché politique.

Je sais que tu y as cru en 1981 puis que tu as beaucoup déchanté après 1983. Tu n’es pas le seul.

Je sais que le mouvement ouvrier a souffert des licenciements de délégués syndicaux, de la sous-traitance, des vagues de pré-retraites, de la casse des outils productifs dans des secteurs comme le textile ou la chaussure, de la liquidation de nombreuses entreprises, coeur du mouvement ouvrier, comme dans la sidérurgie, les mines, les chantiers navals...

Je sais le désarroi des régions ouvrières du Nord Pas de Calais, de la Lorraine, de Picardie, de Normandie... les familles qui croupissaient avec un RMI perdant peu à peu leurs repères de classe... le mouvement syndical sur la défensive avec certains de ses dirigeants passant au moins momentanément dans le camp des grands patrons.

Je sais ton dégoût pour l’Union européenne telle qu’elle s’est construite entre lobbies de rentiers et lobbies de grandes entreprises.

En 2007, tu ne considérais pas Ségolène Royal comme représentant le peuple et encore moins le peuple de gauche. Passe...

Cette réalité aide à comprendre mais n’explique pas que tu aies pu voter pour Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa.

Je reconnais qu’il s’est posé durant sa campagne en défenseur des ouvriers, du pouvoir d’achat et des retraites.

Mais, quand même...

Tu savais que c’était de la communication électorale, ses promesses n’engageant que ceux qui y croyaient. Tu savais qu’il passait sa vie dans le milieu des milliardaires. Tu connaissais ses convictions libéralo-capitalistes pro-américaines.

Donc, tu n’as pu être surpris par le dîner au Fouquet’s le soir de son élection, ni par ses vacances dans la jet set, ni par le blocage des salaires, ni par ses attaques contre les 35 heures, ni par ses cadeaux aux plus riches, ni par son plan de sauvetage des banquiers sans relance du pouvoir d’achat et de l’économie...

Cependant...

Regarde aujourd’hui comment se défendent les Molex, les Ford et bien d’autres.

Regarde ce qui se passe en Amérique latine.

Regarde la mobilisation des jeunes qui a déferlé cet automne de Madrid à Rome puis Athènes ; ça ne te rappelle rien ? Si, bien sûr puisque tu as connu cette émotion des manifs de l’adolescence.

Ce 29 janvier, les syndicats ouvriers appellent à une journée de mobilisation et de grève ; ce sera sans doute une mobilisation syndicale parmi les plus fortes depuis le début des années 1980.

Je participe aujourd’hui à la construction du Parti de gauche, justement pour contribuer à redonner confiance dans la reconstruction d’un rapport de force social, la réinvention de la gauche et la perspective d’un nouveau progrès humain.

Je ne pars pas à la légère. Moi aussi, j’ai tiré le bilan des désillusions, des difficultés et des erreurs. Je devrais dire "Nous aussi", tellement je sens la même conviction parmi mes amis.

Allez, camarade, nous nous retrouverons bientôt ensemble dans la rue. Et après, nous referons un bout de chemin politique...

TOUS ENSEMBLE

TOUS ENSEMBLE

Jacques Serieys


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