31 juillet 1914 : Jean Jaurès est assassiné

vendredi 21 avril 2017.
 

Le 31 juillet 1914, le leader socialiste Jean Jaurès est assassiné par un fanatique de la mouvance fasciste d’Action française. Pourquoi ? parce qu’il intervient sans cesse auprès du gouvernement français pour s’assurer que celui-ci, au-delà des déclarations de communication, prend en compte réellement les possibilités de négociation pour éviter la guerre.

1) L’assassinat de Jean Jaurès (Jacques Serieys)

31 juillet 1914 : Jean Jaurès vient de vivre une journée difficile, tentant de préserver la paix en Europe malgré les marchands d’acier intéressés au profit sur les armes à vendre, malgré les généraux bravaches, malgré une partie des populations manipulée par la presse de droite en faveur du nationalisme guerrier.

L’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 a provoqué l’ultimatum guerrier autrichien à la Serbie. La Russie et l’Autriche mobilisent. Le 31 juillet, l’Allemagne présente un ultimatum à la France lui enjoignant de ne pas se solidariser avec la Russie. Si les gouvernements anglais et allemands ne poussent pas vraiment à la guerre, tel n’est pas le cas de l’Autriche Hongrie et de la Russie, poussée en sous-main par la France. L’inexorable logique de la concurrence entre pays capitalistes, entre impérialismes européens paraît s’accélérer de façon inexorable. En fin de journée, Jaurès doit se rendre au siège de L’Humanité pour préparer un article de mobilisation anti-guerre pour l’édition du 1er août. Auparavant, il veut déjeuner avec ses collaborateurs.

31 juillet 1914 21h30 Ils entrent au Café du Croissant, rue Montmartre. Le groupe s’assoit, le dos à la fenêtre ouverte et séparé de la rue par un simple rideau. Jaurès déguste de la tarte aux fraises. Un autre homme, imbibé de bêtises nationalistes par l’Action française se dirige vers le café, passe sa main armée à travers la vitre, tire en pleine tête. Le dirigeant socialiste tombe, d’autres crient. Le pharmacien voisin refuse de donner un médicament pour « une crapule ». Jaurès est mort.

Son assassin, Raoul Villain, sera jugé en 1919 et acquitté. C’est même l’épouse de Jaurès qui sera condamnée aux dépens pour payer les frais du procès. Anatole France proteste : « Travailleurs ! Un verdict monstrueux proclame que l’assassinat de Jean Jaurès n’est pas un crime... ».

Raoul Villain s’exile en toute liberté à Santa Eulalia sur l’île d’Ibiza dans les Baléares. Peu après le début de la guerre d’Espagne, le 17 septembre 1936, les Républicains l’exécutent pour espionnage au profit de l’armée franquiste.

Jaurès jugeait pertinemment le risque de guerre depuis 20 ans et tentait de l’écarter

Dans un discours à la Chambre, le 7 mars 1895, il explique le refus des socialistes de voter le budget du Ministère de la Guerre :

« Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possèdera les grands moyens de production et d’échange [...] tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. C’est de la division profonde des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations. [...] Toujours votre société violente et chaotique [...] porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage ».

Le 23 janvier 1903, à la Chambre, il avertit :

« Dans les Balkans, les grandes puissances jouent avec les délires nationalistes et les rivalités ethniques ou religieuses les plus barbares. L’Allemagne ne supporte plus notre soif de revanche et le chauvinisme de nos nationalistes. L’allié russe risque de nous entraîner plus loin que nous le voudrions... ».

Ci-dessous (partie 4), discours prononcé par Jean Jaurès lors d’un meeting pour présenter le bilan du congrès de l’Internationale socialiste tenu à Stuttgart en 1907, essentiellement contre le risque de guerre européenne.

Lors de ce congrès, la motion finale, proposée par Bebel et soutenue par Jaurès, estime que « si une guerre menace d’éclater, c’est un devoir pour la classe ouvrière dans les pays concernés, c’est un devoir pour leurs représentants dans les Parlements, avec l’aide du Bureau socialiste international, force d’action et de coordination, de faire tous leurs efforts pour empêcher la guerre par tous les moyens qui leur paraissent les mieux appropriés et qui varient naturellement selon l’acuité de la lutte des classes et la situation politique générale. Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, ils ont le devoir d’intervenir pour la faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste ».

Jaurès était en sursis depuis vingt ans en raison de ses efforts pour la paix qui lui attiraient une haine incommensurable des conservateurs imbéciles et assassins

La presse bourgeoise se déchaîne contre lui, l’accuse de collusion avec l’Allemagne. On l’appelle « Herr Jaurès ». A la Chambre, il est hué par les députés de la droite et de l’extrême-droite.

L’écrivain Charles Péguy écrit : « Dès la déclaration de la guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. Nous ne laisserons pas derrière nous ces traîtres pour nous poignarder dans le dos ».

Paul Déroulède titre un de ses articles dans le journal L’Action française : « TUER JAURES ». Quant à Léon Daudet, le 23 juillet 1914, une semaine avant l’assassinat de Jaurès, il écrit : « Nous ne voudrions déterminer personne à l’assassinat politique, mais que Jean Jaurès soit pris de tremblements ! ».

2) Reportage télé des Actualités Françaises du 08 août 1946 sur l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet 1914

Pour visionner ce reportage intéressant et très court , cliquer sur l’adresse URL portée ci-dessous :

http://www.dailymotion.com/video/xa...

3) Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? (Jacques Brel)

Pour accéder aux paroles et à la vidéo de cette chanson de Jacques Brel, cliquer sur le titre 3 ci-dessus.

4) Le contexte de l’assassinat

28 juin 1914 : L’archiduc d’Autriche assassiné à Sarajevo

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats

Août 1914 : La trahison militariste et nationaliste de la 2ème Internationale

5) Discours de Stuttgart sur le devoir des socialistes : action parlementaire ou action révolutionnaire pour écraser dans leur germe les guerres funestes

« Citoyennes et citoyens,

Ce n’est pas toute l’œuvre du Congrès de Stuttgart que je veux, ce soir, analyser et commenter devant vous. Cette œuvre a été multiple et vaste ; elle a porté sur bien des objets importants ; je ne veux retenir ce soir que les débats, que les décisions relatifs à l’antimilitarisme, et encore, ce n’est pas tout le problème de l’antimilitarisme qui a été examiné à fond au Congrès de Stuttgart ; celui-ci a laissé de côté cette fois-ci l’aspect intérieur de la question et il s’est appliqué surtout à étudier les moyens de prévenir et de résoudre les conflits internationaux.

La décision qu’il a prise à cet effet, les indications qu’il a données dans ce but à l’ensemble du prolétariat constituent un événement historique de premier ordre ; mais jamais, citoyens, un grand événement de l’histoire n’a été aussi dénaturé que celui-ci, aussi obscurci et déformé par la calomnie, par la légèreté, par l’ignorance, par la mauvaise foi. Les uns ont dit que la résolution du Congrès de Stuttgart était un monument d’équivoque ; les autres ont prétendu que nous, socialistes français, nous avions reçu de l’Internationale et en particulier des socialistes allemands, une humiliante leçon de patriotisme.

Tout cela n’est pas vrai : d’une part, la résolution du Congrès de Stuttgart est admirablement précise, significative et claire, et d’autre part, elle est en conformité absolue, en harmonie parfaite avec la pensée du Parti socialiste français, avec la résolution que nous avions prise sur le même sujet dans notre Congrès national de Limoges, et que nous avions confirmée à la veille même du Congrès international, dans notre Congrès national de Nancy.

Le Congrès international a donc proclamé deux vérités indivisibles, deux vérités indissolubles : la première, c’est que les nations autonomes avaient le droit et le devoir de maintenir énergiquement leur autonomie ; la seconde, c’est que pour empêcher les chocs funestes, pour empêcher les rencontres sanglantes où saignerait, plus que les veines, la conscience du prolétariat, le devoir des travailleurs était d’empêcher les guerres, et non pas, vous m’entendez bien, par de simples malédictions de paroles, non pas par des gémissements stériles, non pas par des anathèmes impuissants : l’Internationale a dit aux prolétaires qu’ils n’avaient pas le droit, qu’ayant grandi, ils n’avaient plus le droit d’assister, gémissants et inertes au guet-apens des despotes et des capitalistes contre la paix, mais qu’ils devaient, par toute l’énergie de leur action : action parlementaire ou action révolutionnaire écraser dans leur germe les guerres funestes (applaudissements) »

6) Vingt textes de Jean Jaurès

Pour accéder à un choix parmi ces textes, cliquer sur l’adresse URL ci-dessous :

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7) Dix textes sur Jean Jaurès

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8) L’actualité de Jaurès au 21ème siècle : sept textes

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