Alexandre Dumas, fils d’esclave devenu général de la Révolution française

mercredi 28 juin 2017.
 

Parmi les innombrables figures magnifiques de la Révolution française figure sans aucun doute ce géant, fils d’esclave noire de Saint Domingue, devenu chef d’armée durant la Révolution française, destitué en 1802 pour sa couleur de peau, mort malade et pauvre en 1806, père de l’écrivain Alexandre Dumas.

Le petit Thomas Alexandre naît donc à Saint Domingue le 25 mars 1762 des relations sexuelles entre le marquis Alexandre Antoine Davy de la Paillèterie et son esclave africaine Marie-Césette Dumas.

Douze ans plus tard, son père le vend a réméré comme esclave puis le rachète et le fait venir en France auprès de lui. Apprenti menuisier, il est décrit par les contemporains comme un géant par sa taille et par sa force herculéenne.

En 1786, son père se remarie avec une jeunette et se fâche rapidement avec son fils qui s’engage alors pour 8 ans dans l’armée sous le nom d’Alexandre Dumas. Cavalier dans le régiment des dragons de la reine, il s’y lie d’amitié avec Espagne, Beaumont et Piston, futurs officiers supérieurs puis généraux durant les guerres de la Révolution française et du Premier empire.

En 1789, il rencontre Marie Labouret, d’une famille d’aubergistes de Villers-Cotterêts franc-maçonne progressiste. En 1792, il l’épouse.

Les premiers combats de l’armée révolutionnaire se soldent par des échecs mais Thomas Alexandre Dumas s’y fait déjà remarquer par des exploits personnels qui commencent à forger sa légende de nouvel Hercule. Sa promotion est extrêmement rapide :

- lieutenant dans les Hussards de la Liberté et de l’Egalité en septembre 1792

- lieutenant-colonel de la Légion franche de cavalerie des Américains et du Midi sous les ordres du chevalier de Saint Georges.

- général de brigade (juillet 1793

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- général de division le 13 septembre 1793, premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française.

- nommé commandant en chef de l’armée des Pyrénées Occidentales, ne peut en assumer la fonction car les représentants du peuple sur place y ont déjà placé le général Müller

- commandant en chef de l’armée des Alpes, il est épaulé par Piston comme chef d’état-major, Espagne et Beaumont comme aides de camp. Il réussit alors deux exploits en s’emparant des redoutes du Petit Saint Bernard puis du Mont Cenis.

- le 1er juin 1794, la Convention nationale crée l’Ecole de Mars (camp des Sablons) qui doit accueillir six jeunes citoyens par district choisis parmi les familles de sans-culottes. La formation est à la fois militaire, civique et culturelle (avec de grands professeurs comme Monge, Hassenfratz et Berthollet). Les Robespierristes sont à l’origine de sa création et y jouent un rôle central avec en particulier l’excellent Philippe-François-Joseph Le Bas comme administrateur. En ce moment qui marque l’apogée progressiste de la Révolution française, qui le grand Comité de Salut public va-t-il choisir pour diriger les 3 468 élèves, future élite révolutionnaire du pays ? Il choisit Alexandre Dumas, né esclave noir de Saint Domingue.

- En juillet 1794, les Robespierristes sont éliminés de la direction du pays. Alexandre Dumas perd la direction de l’Ecole de Mars et se voit affecté comme commandant en chef à l’armée de l’Ouest le 17 août 1794 (puis de l’armée des Côtes de l’Océan). Il démissionne pour marquer publiquement son désaccord avec des massacres perpétrés en Vendée.

- combat avec Bonaparte l’insurrection royaliste de vendémiaire

- général à l’armée de Sambre et Meuse, commandant de Sedan puis de Landau.

- en août 1796, commandant en second de l’armée des Alpes, chargé des vallées de la Tarentaise et de la Maurienne

- le 13 octobre 1796, il est muté à l’armée d’Italie dans laquelle il va généralement commander des troupes de cavalerie sous Kilmaine, Masséna puis Joubert.

- dans le Tyrol, il ajoute quelques exploits à sa légende, exploits qui le font nommer le "diable noir" par l’armée autrichienne stupéfaite. L’évènement le plus connu se déroule au pont de Brixen. Un escadron autrichien lance une contre-attaque qui peut couper l’armée française en deux. Le général Alexandre Dumas s’y précipite seul pour protéger le pont en attendant que des renforts se groupent pour l’épauler. Ainsi, il défend seul le passage durant une dizaine de minutes, est blessé de deux coups de sabre, tue trois cavaliers ennemis, en met une dizaine hors combat. Bonaparte comme l’armée d’Italie lui donnent le surnom d’Horatius Coclès du Tyrol. Il commande alors environ 10000 hommes.

- En octobre 1797, le voilà nommé à l’armée d’Angleterre dont le but est d’envahir la Grande-Bretagne.

- Le 23 juin 1798, un nouvel horizon s’ouvre au bouillant Alexandre avec le commandement de la cavalerie de l’armée d’Orient (campagne d’Egypte). Il dirige parfaitement cette cavalerie à la bataille des Pyramides et combat sans cesse (Chebreiss, Manzaleh, Le Caire, Jaffa...). Cependant, il marque plusieurs fois son désaccord avec Bonaparte : contre la destruction de la Grande mosquée et surtout contre l’exécution de 4000 prisonniers après la prise de Jaffa. Bonaparte ne lui pardonnera jamais cela.

- autorisé à rentrer en France, Alexandre Dumas est fait prisonnier par le gouvernement de Naples allié à l’empire d’Autriche. Très maltraité en captivité durant deux ans, il est libéré suite à la victoire de Marengo.

- Dumas vient de payer en prison son panache au service des armées révolutionnaires : jambe droite estropiée, sourd de l’oreille droite, paralysé de la joue gauche, œil droit perdu, ulcère à l’estomac.

- Sera-t’il récompensé par Bonaparte ? Au contraire :

- il fait partie des cinq généraux noirs rayés de l’armée en raison de leur couleur de peau

- le 23 juillet 1802, le premier consul le destitue, le met à la retraite sans paiement d’arriéré depuis le début de sa captivité et sans aucune pension. Cette ingratitude va aggraver la maladie de Dumas, son ulcère évoluant en cancer.

- le 26 février 1806, Alexandre Dumas, géant noir de la Révolution française meurt pauvre et rejeté, n’ayant même pas obtenu une pension pour sa femme.

Il peut compter sur son ami Brune, parrain de son fils Alexandre, âgé de 4 ans pour s’occuper de lui. Mais ce maréchal sera assassiné par les royalistes.

Conclusion

Le général Alexandre Dumas méritait évidemment de mourir dans d’autres conditions. Il mériterait évidemment que les nombreux historiens du Premier empire le prennent en compte, ce qui n’est pas le cas.

Heureusement, la Révolution française n’est pas morte dans le coeur de personnes qui ont ensuite accepté Napoléon. C’est le cas de l’abbé Grégoire (homonyme du défenseur des Noirs) qui donnera une instruction à son fils ; c’est le cas du général Foy, chef de file de la gauche bonapartiste, qui lui trouvera un emploi à Paris durant la Restauration ; c’est le cas du grand acteur Talma qui l’orientera vers la littérature.

Ainsi, le général Alexandre Dumas pourra survivre par la littérature dans le personnage d’Edmond Dantès ; lui et ses amis Espagne, Beaumont et Piston ont fourni la personnalité des Quatre mousquetaires.

Jacques Serieys

1) Jean Louis Espagne, né à Auch en 1769, capitaine des hussards Défenseurs de la Liberté et de l’Egalité en 1792, armées de Champagne, du Nord puis des Pyrénées Orientales de 1792 à 1796, commande le 8ème régiment de cuirassiers aux armées de Sambre et Meuse, Mayence, du Rhin puis du Danube, général de brigade en juillet 1800, général de division à l’armée d’Italie en 1805 (chef de la cavalerie légère), commande la 3ème division de cuirassiers de 1807 à 1809, tué à la bataille d’Essling le 22 mai 1809.


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