Eté 1792 Danton et le peuple sauvent la Révolution française

mercredi 10 octobre 2018.
 

Le texte ci-dessous ne constitue en rien une biographie de Danton, seulement quelques repères sur son rôle éminent durant l’été 1792.

- A) Danton jusqu’en 1792
- B) Danton en juillet 1792
- C) Danton à la tête de la Révolution après le 10 août 1792
- D) Danton appelle à l’audace, toujours de l’audace !
- E) 28 août DISCOURS SUR LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES
- F) Discours du 2 septembre 1792
- G) Conséquences des appels de Danton

A) Danton jusqu’en 1792

Comme beaucoup de personnalités de la révolution française, Georges Jacques Danton naît dans une famille de bourgeoisie de robe (institution judiciaire). Né le 26 octobre 1759, il fait ses études puis achète en 1787 une charge d’avocat aux Conseils du roi pour la somme élevée de 78 000 livres.

Habitant le quartier du Luxembourg, en plein Paris, Danton s’impose dès le début de la Révolution dans les assemblées de quartier, de district et de section.

Comme l’écrit l’historien Georges Lefebvre « Aimant l’existence, il était optimiste... et respirait ordinairement l’énergie ; ainsi devait-il s’imposer aisément comme un chef : c’était un entraineur d’hommes. »

Danton se rend également indispensable dans les clubs engagés. Un témoin oculaire, Thibaudeau, le décrit ainsi aux Cordeliers :

« Je fus frappé de sa haute stature, de ses formes athlétiques, de l’irrégularité de ses traits labourés de petite vérole, de sa parole âpre, brusque, retentissante, de son geste dramatique, de la mobilité de sa physionomie, de son regard assuré et pénétrant, de l’énergie et de l’audace dont son attitude et tous ses mouvements étaient empreints… Il présidait la séance avec la décision, la prestesse et l’autorité d’un homme qui sent sa puissance. »

Il ne se fait pas voir parmi les acteurs des grandes journées révolutionnaires mais contribue à les préparer :

- harangue aux Cordeliers le 13 juillet

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire

- affiche appelant les Parisiens aux armées début octobre 1789

5 octobre 1789 Quand la masse des femmes entre en révolution

Le 16 juillet 1791, il participe à la pétition des jacobins au Champ-de-Mars

17 juillet 1791 Fusillade du Champ de Mars

Lorsque la répression se développe, il part se faire oublier près de sa famille à Arcis sur Aube puis en Angleterre.

Revenu en France, il est élu en décembre 1791, second substitut adjoint du procureur de la Commune Manuel.

B) Danton en juillet 1792

La France est en guerre contre l’Autriche depuis le 20 avril 1792.

19 et 20 avril 1792 : Les députés de l’Assemblée législative déclarent la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie »

Le royaume de Prusse, sa redoutable armée et d’autres souverains s’allient à l’Autriche pour écraser la Révolution.

Le 6 juillet, le ministère "modéré" des Feuillants démissionne devant les difficultés, laissant le pouvoir vacant.

Le 11 juillet, l’Assemblée proclame la Patrie en danger.

11 et 12 juillet 1792 La patrie en danger ! Aux armes citoyens ! (article et film de 10 minutes)

Dans le contexte de guerre et d’invasion alors que Louis XVI comme le gouvernement ne prennent pas les mesures nécessaires, les sections parisiennes se réunissent en permanence et se coordonnent. Le 27 Juillet elles mettent en place un Bureau de Correspondance à l’intérieur de la Commune pour assurer une meilleure communication entre elles. Danton se fait encore mieux connaître dans ce cadre.

La section du Théâtre Français vote le 30 juillet l’égalité de tous les citoyens contre la Constitution qui réserve le droit de vote et de citoyenneté aux gens aisés.

« La patrie étant en danger, tous les hommes français sont, de fait, appelés à la défendre ; que les citoyens vulgairement et aristocratiquement connus sous le nom de citoyens passifs sont des hommes français, partant qu’ils doivent être et qu’ils sont appelés tant dans le service de la garde nationale pour y porter les armes que dans les sections et dans les Assemblées primaires pour y délibérer (...) »

« En conséquence, les citoyens qui ci-devant composaient exclusivement la Section du Théâtre Français déclarent hautement leur répugnance pour leur ancien privilège, appellent à eux tous les hommes français qui ont un domicile quelconque dans l’étendue de leur section, leur promettent de partager avec eux l’exercice de la portion de souveraineté qui appartient à la section, de les regarder comme des frères, concitoyens, co-intéressés à la même cause et comme défenseurs nécessaires à la déclaration des droits, de la liberté, de l’égalité et de tous les droits imprescriptibles du peuple et de chaque individu en particulier. »

Cette déclaration est affichée dès le lendemain sur les murs de Paris et pousse à l’armement général des citoyens. Le même jour, des colonnes de volontaires provinciaux arrivent dans la capitale, particulièrement les Marseillais.

C) Danton à la tête de la Révolution après le 10 août 1792

Le manifeste de Brunswick, par lequel le chef des Austro-Prussiens menace Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » s’il était fait « la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi et la reine », suscite la fureur populaire.

Le 4 Août, la Section du Théâtre Français joue à nouveau un rôle d’avant garde parisienne en prenant un arrêté qui supprime l’Etat Major de la Garde nationale composé « de courtisans plus empressés à complaire aux hommes puissants qu’à rendre des services à la Commune et à la Patrie.. »

Apprenant les trahisons qui ouvrent la route de Paris aux armées des rois étrangers, la mobilisation populaire se démultiplie. Au soir du 9 août, Danton appelle les parisiens aux armes de la tribune des Cordeliers :

« Hâtez-vous, car cette nuit même les satellites cachés dans le Château doivent faire une sortie sur le peuple et l’égorger avant de quitter Paris pour rejoindre Coblence. Sauvez-vous donc ! Aux armes ! »

A l’aube du 10 août, la majorité des sections parisiennes tient séance à l’Hôtel de Ville, s’institue commune insurrectionnelle en remplacement du Conseil général, assigne le maire Pétion à résidence et suit les évènements décisifs de la journée. Danton est présent jusque tard dans la soirée.

L’insurrection populaire et les volontaires fédérés marchent sur le Palais des Tuileries qui est pris après de durs combats.

10 août 1792 La prise des Tuileries engage la 2ème phase de la Révolution française, portée par le peuple

Le roi est à présent prisonnier. Les armées étrangères continuent à avancer vers Paris. La mise en place d’un pouvoir révolutionnaire d’urgence devient indispensable.

Le 11 août, l’Assemblée législative suspend la royauté et élit un Conseil exécutif de six ministres. C’est Danton qui obtient le plus grand nombre de suffrages. Sur les 282 votants, 222 voix se portent sur son nom.

Meilleur élu et bénéficiant de la reconnaissance populaire, il anime ce Conseil exécutif. C’est dans ce rôle qu’il va donner une impulsion décisive à la défense nationale. Dans son cabinet de Ministre de la justice, il choisit son ami Fabre d’Eglantine comme secrétaire général, mauvais choix qui contribuera à plusieurs erreurs.

Le 19 Août 1792, Danton adresse une proclamation à tous les fonctionnaires de son ministère.

« Le peuple français a nommé de nouveaux ministres par l’organe de ses représentants. Dans le danger de la patrie, je n’ai pu refuser de leurs mains les sceaux de la Nation et un ministère qui, auparavant offert par un roi parjure et profondément dissimulé, et confié par lui, une fois seulement, à des patriotes à qui il l’avait bientôt retiré, commençait à n’être plus, pour ceux qui l’acceptaient, qu’une note d’infamie et le signe le plus certain auquel la Nation put reconnaître un ennemi et un contre-révolutionnaire. »

« Dans une place où j’arrive par le suffrage glorieux de la Nation, où j’entre par la brèche du Château des Tuileries, et lorsque le canon est devenu aussi la dernière raison du peuple, vous me trouverez constamment et invariablement le même président de cette section du Théâtre Français qui a tant contribué à la Révolution du 14 Juillet 1789 sous le nom de District des Cordeliers, et à la Révolution du 10 Août 1792, sous le nom de section de Marseille. »

« Les tribunaux me trouveront le même homme, dont toutes les pensées n’ont eu pour objet que la liberté politique et individuelle, le maintien des lois, la tranquillité publique, l’unité des quatre-vingt-trois départements, la splendeur de l’Etat, la prospérité du peuple français, et non l’égalité impossible des biens, mais une égalité de droits et de bonheur (..) »

« Le ministre de la Justice ne saurait vous dissimuler qu’un trop grand nombre d’entre vous mérite les mêmes reproches que le ministre de l’Intérieur vient d’adresser à la plupart des corps administratifs (..) »

« Il demeure prouvé que le plus puissant levier de la Révolution, le plus ferme rempart de la liberté étaient les sociétés populaires et les écrivains courageux dont la correspondance et le fanal avertissaient, en un moment, la Nation entière des marches et des contre-marches nocturnes de ses ennemis...Vous n’attendez pas de moi de semblables circulaires, où je vous enjoigne de déployer le courage et la fermeté contre les meilleurs citoyens, où je tache de vous aguerrir contre les mouvements populaires et de trop justes murmures, et de verser dans l’oreille du peuple, par le canal de ses juges, ces fausses opinions que Louis XVI* aime la liberté et la Constitution. Quel sera l’organe de la vérité, chez une nation, si ce n’est le ministre de la Justice, dont les fonctions ont principalement pour objet l’éclaircissement de la vérité ? (..) »

« L’incivisme de beaucoup de juges a excité également de grandes préventions contre les tribunaux (..) Que la justice de tribunaux commence, et la justice du peuple cessera... » (5)

D) Danton appelle à l’audace, toujours de l’audace !

En ce même 19 août, le duc de Brunswick, chef des Austro-Prussiens, franchit la frontière. Le général français Dumouriez vient alors de remplacer à la tête de l’armée du Nord La Fayette passé à l’ennemi. C’est le début de l’offensive des armées austro-prussiennes appuyées par environ 20 000 émigrés. Les Prussiens s’emparent de Longwy le 23. La nouvelle est connue le 26 à Paris qui craint une arrivée des Prussiens. Puis Verdun tombe après avoir été assiégée pendant deux jours. Les armées de Dumouriez, à Sedan, et de Kellermann, à Metz, ne parviennent pas à établir une jonction. La peur monte à Paris et la Commune fait arrêter 600 suspects qui rejoignent les 2 000 détenus des prisons de Paris. On parle d’un complot des prisonniers prêts à massacrer les patriotes lors de l’arrivée des Austro-Prussiens que l’on croit imminente.

Le 25 Août, e Conseil exécutif, toujours animé par Danton, s’applique à définir les mesures exceptionnelles destinées à faire face à la situation. Sa proclamation ne manque pas de souffle « Citoyens, aucune nation sur la terre n’obtient la liberté sans combat. Vous avez des traîtres dans votre sein : eh ! Sans eux le combat serait bientôt fini ; mais votre active surveillance ne peut manquer de les déjouer. Soyez unis et calmes, délibérez sagement sur vos moyens de défense, développez-les avec courage et le triomphe est assuré.. Nous, les premiers ministres que la nation ait choisis, nous nous efforcerons de remplir les devoirs que sa confiance nous impose.. ».

Quand on apprend à Paris que l’armée ennemie est droit en marche vers Paris, il y a un moment de panique. Danton se précipite à l’Assemblée pour prononcer sa célèbre harangue du 28 août (voir ci-dessous en partie E) qui contribuera à l’emprisonnement de suspects en royalisme mais aussi à la mobilisation patriotique et révolutionnaire.

Le 30 août, Roland, ministre de l’Intérieur, propose que l’Assemblée et le pouvoir exécutif fuient pour s’installer à Blois ou à Tours. Danton lui rétorque violemment « J’ai fait venir ma mère qui a soixante-dix ans. J’ai fait venir mes deux enfants, ils sont arrivés hier. Avant que les Prussiens entrent dans Paris, je veux que ma famille périsse avec moi, je veux que 20.000 flambeaux en un instant fassent de Paris un monceau de cendres... Roland, gardes-toi de parler de fuite, crains que le peuple ne t’écoute ! »

Le 2 septembre, Paris apprend la chute de Verdun. Danton court à l’Assemblée pour galvaniser les énergies (voir ci-dessous en partie F).

Du 2 au 6 septembre, l’émotion populaire se défoule contre les prisonniers suspects de royalisme. Danton n’a pas de responsabilité dans ce défoulement mais n’a rien fait pour l’arrêter. Il sauve cependant plusieurs personnalités en intervenant personnellement de façon courageuse.

Sous son influence, la Commune appellera les citoyens aux armes, convoquera les volontaires au Champ de Mars, fera sonner le tocsin. Le 20 septembre Dumouriez remportera la bataille de Valmy mettant fin à l’invasion du territoire par les coalisés. Le 21 septembre la Convention nationale proclamera la République.

E) 28 août DISCOURS SUR LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES

Le pouvoir exécutif provisoire m’a chargé d’entretenir l’Assemblée nationale des mesures qu’il a prises pour le salut de l’empire. Je motiverai ces mesures en ministre du peuple, en ministre révolutionnaire. L’ennemi menace le royaume, mais l’ennemi n’a pris que Longwy. Si les commissaires de l’Assemblée n’avaient pas contrarié par erreur les opérations du pouvoir exécutif, déjà l’armée remise à Kellermann se serait concertée avec celle de Dumouriez. Vous voyez que nos dangers sont exagérés.

Il faut que l’armée se montre digne de la nation. C’est par une convulsion que nous avons renversé le despotisme  ; c’est par une grande convulsion nationale que nous ferons rétrograder les despotes. Jusqu’ici, nous n’avons fait que la guerre simulée de La Fayette, il faut faire une guerre plus terrible. Il est temps de dire au peuple qu’il doit se précipiter en masse sur les ennemis.

Telle est notre situation que tout ce qui peut matériellement servir à notre salut doit y concourir. Le pouvoir exécutif va nommer des commissaires pour aller exercer dans les départements l’influence de l’opinion. Il a pensé que vous deviez en nommer aussi pour les accompagner, afin que la réunion des représentants des deux pouvoirs produise un effet plus salutaire et plus prompt.

Nous vous proposons de déclarer que chaque municipalité sera autorisée à prendre l’élite des hommes bien équipés qu’elle possède. On a jusqu’à ce moment fermé les portes de la capitale et on a eu raison  ; il était important de se saisir des traîtres  ; mais, y en eût-il 30 000 à arrêter, il faut qu’ils soient arrêtés demain et que, demain, Paris communique avec la France entière. Nous demandons que vous nous autorisiez à faire faire des visites domiciliaires.

Il doit y avoir dans Paris 80 000 fusils en état. Eh bien  ! il faut que ceux qui sont armés volent aux frontières. Comment les peuples qui ont conquis la liberté l’ont-ils conservée  ? Ils ont volé à l’ennemi, ils ne l’ont point attendu. Que dirait la France si Paris, dans la stupeur, attendait l’arrivée des ennemis  ? Le peuple français a voulu être libre, il le sera. Bientôt, des forces nombreuses seront rendues ici. On mettra à la disposition des municipalités tout ce qui sera nécessaire, en prenant l’engagement d’indemniser les possesseurs. Tout appartient à la patrie, quand la patrie est en danger. 

F) Discours du 2 septembre 1792 : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée »

Il est bien satisfaisant, messieurs, pour les ministres du peuple libre, d’avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée.

Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre. Vous savez que Verdun n’est point encore au pouvoir de vos ennemis. Vous savez que la garnison a promis d’immoler le premier qui proposerait de se rendre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra l’intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts. Les commissaires de la Commune vont proclamer, d’une manière solennelle, l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la défense de la patrie.

C’est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérité de la France entière. C’est en ce moment que l’Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre.

Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger ce mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, soit puni de mort. Nous demandons qu’il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.

Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée.

G) Conséquences des appels de Danton

Le soulèvement du 10 août et les mesures d’urgence prises durant l’été 1792 donnent confiance au peuple qui fait preuve d’une détermination surprenante, avec par exemple les guerrillas paysannes qui harcèlent les armées étrangères en Lorraine.

11 et 12 juillet 1792 La patrie en danger ! Aux armes citoyens ! (article et film de 10 minutes)

Août 1792 La Commune de Paris, phare de la révolution

Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

L’abolition de la royauté par la Convention (21 septembre 1792)

Bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) remportée par l’armée révolutionnaire

19 novembre 1792 La Convention nationale "accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer la liberté"

15 et 17 décembre 1792 : La Révolution française proclame la guerre révolutionnaire aux privilégiés


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