Martin Luther King assassiné (4 avril 1968)

lundi 26 décembre 2016.
 

Les mouvements jeunes des années 1960 scandaient très souvent durant leurs manifestations des slogans hostiles au pouvoir américain. Cette génération morale avait d’innombrables et justifiées raisons de vomir la terreur pratiquée par les Etats Unis du Vietnam à l’Amérique latine. Elle était également très sensible à la ségrégation raciale pratiquée dans ce pays donneur de leçons démocratiques. Un meurtre comme celui d’Emmett Till symbolisait le racisme institutionnel du pays.

Martin Luther King représente alors une figure symbolique du mouvement noir. Son action a commencé en 1955 à Birmingham dans l’Etat d’Alabama. Le 1er décembre de cette année-là, Rosa Parks vient de finir sa journée de travail ; fatiguée, elle prend le bus et s’assoit. Rosa a déjà beaucoup souffert du racisme ; son grand-père montait la garde de nuit par crainte du Ku Klux Khan ; pour se rendre à son école les enfants blancs prenaient le bus, les noirs marchaient matin et soir ; par deux fois le KKK avait incendié son établissement... Elle avait également subi de graves humiliations sur les bus, ainsi en 1943, lorsqu’elle fut obligée de parcourir 8 kilomètres sous la pluie. Or, ce 1er décembre, elle retrouve le même chauffeur qui lui ordonne de laisser son siège à un passager blanc ; elle refuse, se voit extirpée du bus, arrêtée par la police puis condamnée à une amende (4 dollars plus les frais de justice).

Sous l’impulsion de Martin Luther King, pasteur baptiste local, la communauté noire décide un boycott de la compagnie d’autobus concernée. Le boycott sera total durant 381 jours, la plupart des salariés de couleur marchant longtemps, jusqu’à 30 kilomètres, marchant chaque jour pour rejoindre leur poste. Les ségrégationnistes réagissent apr le terrorisme attaquant la maison de Martin Luther King à la bombe incendiaire ainsi que quatre églises. Finalement, la Cour suprême des États-Unis déclare illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics. Au bord de la faillite, les compagnies privées cèdent.

A partir de cette lutte, Martin Luther King soutient de très nombreuses luttes non violentes de noirs américains sur des questions semblables à la lutte de Birmingham. Il est emprisonné, poignardé, battu par des ségrégationnistes mais continue. Il prend position contre l’intervention américaine au Vietnam, pour une paix négociée...

1) L’assassinat de Martin Luther King

En ce jeudi 4 avril 1968, Martin Luther King a loué la chambre 306 du Lorraine Motel à Atlanta. Il est installé là depuis la veille pour soutenir la grève des éboueurs de la ville, commencée le 12 février, qui mêle des revendications démocratiques (droit à se syndiquer), antiracistes et salariales.

En ce 4 avril 1968, l’homme incarnant la non-violence a travaillé toute la journée au premier étage du motel avec son équipe. En fin d’après-midi, il sort sur le balcon pour saluer quelques personnes venues sur le parking pour le soutenir. Soudain, un coup de feu éclate. La balle d’un fusil Remington 760 atteint le pasteur qui s’effondre. A 19h05, il décède.

En ce 4 avril 1968, pour des millions d’assoiffés de justice dans le monde, les Etats-Unis scellent leur bilan politique et moral : le régime responsable du plus grand nombre d’actes contraires aux droits de l’homme sur la Planète Terre durant la 2ème moitié du 20ème siècle.

Les institutions des USA en tant que telles portent en effet la responsabilité du meurtre de Martin Luther King :

- premièrement en n’ayant pas respecté les droits de l’homme et du citoyen les plus élémentaires vis-à-vis des Noirs, obligeant ceux-ci à engager des luttes de masse pour sortir de l’oppression née de l’esclavagisme.

- deuxièmement en ne protégeant pas suffisamment cet homme dont l’action contredisait tant les principes débiles de beaucoup d’Etats-uniens (business et réussite individuelle des fils de riches avant tout) que sa vie était sans cesse en sursis.

Durant les premiers mois de 1968, je poursuivais ma scolarité de lycéen. Malgré ce que je savais du rôle du capitalisme américain dans l’ascension d’Hitler, malgré les responsabilités considérables des USA dans les horreurs commises en Amérique latine, en Asie et même en Afrique, j’étais jusqu’alors resté prudent dans mes critiques, peut-être par atavisme de lecteur assidu du quotidien pro-américain La Dépêche du Midi. La politique des USA au Vietnam et leur attitude face au mouvement Noir m’amenèrent à scander US / SS sans état d’âme.

En 1967, j’étais sensible à certains arguments des associations non-violentes. Le meurtre de Luther King le 4 avril, l’attentat contre Rudi Dutschke le 11 avril… ne me laissèrent aucune illusion sur la nature de la « démocratie » de la société capitaliste si elle se considère en danger.

2) L’engagement précoce et difficile de Martin Luther King

La volonté de cet homme d’améliorer le sort des Noirs américains, son aspiration à un idéal moral fort, sa non-violence spontanée s’enracinent à coup sûr dans une histoire familiale marquée par un christianisme protestant vécu comme antidote à l’oppression : arrière grand-père esclave et prédicateur, grand père pasteur, père souvent engagé contre le racisme haineux et violent d’une grosse partie de la communauté blanche, surtout dans le Sud.

Durant ses études, en particulier philosophiques et théologiques, deux démarches intellectuelles attirent le jeune King : la non-violence (Gandhi) et le personnalisme chrétien. Après avoir terminé sa scolarité et épousé Coretta Scott, il devient pasteur d’une église baptiste à Montgomery dans l’Alabama.

Il soutient aussitôt la couturière Rosa Parks contre le racisme d’Etat.

1er décembre 1955 Arrestation de Rosa Parks pour ne pas avoir cédé sa place à un Blanc dans un bus

Voilà Martin Luther king élu président du mouvement qui anime la lutte. Le voilà aussitôt aux prises avec la trilogie habituelle de la réaction : notables locaux (riches et élus), ordre légal (justice, police, armée) et droite dans sa version nationale. Son mouvement est déclaré illégal par les élus municipaux ; il se voit lui-même arrêté pour un prétexte mineur ; il reçoit sans cesse des insultes et menaces de mort. Dans un contexte aussi hostile le jeune pasteur baptiste dit avoir trouvé de la force dans la prière et le rapport direct à Dieu ; nous n’avons aucune raison d’en douter.

Le 30 janvier 1956, une bombe explose dans son domicile. Confrontés à la morgue des policiers blancs, des Noirs s’arment. King, rassuré par le fait que son épouse et leur bébé sont indemnes plaide à nouveau pour la non-violence, afin de "répondre à la haine par l’amour".

Quelle drôle de "démocratie" tout de même que ces Etats-Unis :

- où des Noirs sont battus dans les rues,
- où des bombes explosent régulièrement dans les lieux favorables à leur lutte
- où la police ne cherche pas les coupables mais opère des contrôles permanents et tatillons sur les véhicules des Noirs
- où la Justice n’inculpe pas les coupables mais une centaine de Noirs non-violents au nom d’une vieille loi interdisant le syndicalisme

Le 22 mars 1956, Martin Luther King est condamné par une institution judiciaire aussi réactionnaire qu’indigne, aussi illégitime qu’ignoble, aussi pédante dans ses attendus que vide dans son contenu. En sortant du procès, l’inculpé King tire publiquement la conclusion judicieuse de ce qui lui arrive « D’ordinaire, une personne quittant la Cour après avoir été condamnée, montre un visage sombre. Mais j’ai quitté la Cour avec le sourire. Je savais que j’étais condamné mais j’étais fier de mon crime. »

Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis donne enfin raison au mouvement de Montgomery qui demande surtout que les Blancs et les Noirs puissent s’asseoir où ils veulent dans l’autobus, en déclarant anticonstitutionnelle la ségrégation dans ce véhicule. La droite locale ne s’estime pas vaincue et des tirs d’armes à feu continuent à frapper des bus, des logements (dont à nouveau le domicile de Luther King), des églises fréquentées par des Noirs ; pire, plusieurs de ses membres liés au Ku Klux Klan arrêtent un car, battent ses passagers noirs, incendient le véhicule.

Jacques Serieys


Sitographie :

http://ugtg.org/article_631.html


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