25 et 26 février 1941 Grève générale d’Amsterdam contre la persécution des Juifs

vendredi 24 novembre 2017.
 

Depuis 1918, l’antisémitisme sert de programme commun à l’extrême droite soutenue par la droite face à tout mouvement mettant en cause le capitalisme. Pourquoi ? Pour cacher les questions sociales derrière la désignation de boucs émissaires. Cette utilisation tactique de l’antisémitisme par la droite et l’extrême droite se rencontre en Autriche, en Hongrie, en Russie, en Pologne...

Depuis 1921, le parti nazi multiplie les déclarations, les gesticulations et les agressions antisémites. Mis à part l’URSS et les partis de gauche (communistes, socialistes, trotskystes...) les réactions sont inexistantes.

Depuis 1933, l’Allemagne nazie représente un immense camp de concentration dans lequel des brutes abruties s’amusent souvent jusqu’à la mort au détriment de Juifs. Non seulement les grands Etats capitalistes ne disent rien mais ils continuent à éviter toute confrontation avec Hitler à des moments où il aurait pu être facilement stoppé, déstabilisé et renversé.

Ainsi, le fascisme continue à prospérer jusqu’en 1941 où presque toute l’Europe subit sa loi.

Les Pays-Bas aussi, connaissent une poussée de l’extrême droite liée aux nazis.

Les Pays-Bas aussi, connaissent l’envahissement par les armées à la croix gammée, la capitulation (10 mai 1940), la "collaboration" de l’extrême droite et d’une grosse majorité de la droite avec les nazis puis les mesures antisémites.

En juillet 1940, les juifs doivent quitter la défense aérienne. Deux mois plus tard, les hauts fonctionnaires doivent consentir à ne plus nommer de juifs dans la Fonction publique. Peu après, les fonctionnaires doivent déclarer s’ils sont "aryens" ou non. Ensuite, les fonctionnaires juifs sont suspendus. Les entreprises juives sont obligées de se soumettre au contrôle allemand, tandis que les étudiants juifs sont écartés des universités. En décembre 1940, les cafés et les cinémas sont interdits aux juifs. Implacable machine, qui choque par sa barbarie. Quelques hauts fonctionnaires protestent par écrit et démissionnent. Dans les universités, les protestations sont plus courageuses : le mois de novembre 1940 verra des grèves des étudiants de Delft et de Leyde, en solidarité avec leurs camarades et les professeurs juifs. Mais les nazis font régner leur ordre de plomb.

En janvier et février 1941, l’agression antisémite se déchaîne. Des membres de la milice, les collaborateurs hollandais, en chemises noires, attaquent des magasins juifs et des cafés qui refusent de poser le panneau interdisant l’accès aux juifs. Il y a des blessés. La tension monte, les habitants d’Amsterdam se défendent. Un soir de bataille de rues, un collaborateur reste sur le pavé, et il meurt trois jours plus tard à l’hôpital. (…). La riposte est ferme : ce seront les premières grandes rafles à Amsterdam, les 22 et 23 février. Dans le quartier juif, des centaines d’hommes sont arrêtés par les Allemands, avec une rare violence. Ils partiront au camp de concentration de Mauthausen, où ils laisseront, tous, la vie. Cela, Amsterdam ne le sait pas encore, mais ce qu’ont vu ses habitants suffit.

L’organisation de la grève qui suit est, en grande partie, le fait des communistes. Il y avait déjà eu des grèves à Amsterdam : les ouvriers de la sidérurgie avaient refusé de travailler en Allemagne. L’occupant avait cédé. Les chômeurs embauchés temporairement par l’Etat avaient, avec succès, réclamé des primes d’hiver. Cette fois, l’enjeu n’est plus matériel. Pour les grévistes des 25 et 26 février, il s’agit de la vie de leurs concitoyens.

Ayant vu de leurs yeux la violence des nazis et de leurs collaborateurs d’extrême droite à l’encontre des Juifs, des travailleurs d’Amsterdam à la conscience de classe aiguisée et aux convictions politiques de gauche sûres (pour éviter que les occupants et leurs alliés néerlandais ne soient au courant) se retrouvent le 24 février 1941 au soir dans un rassemblement ouvrier sur la place de Noordermarkt. Très courageusement, la grève est décidée, portant :

- essentiellement sur le refus des déportations et persécutions de Juifs

- mais aussi contre le travail forcé en Allemagne

- pour la souveraineté des Pays-Bas occupés

"Cette grève a changé ma vie", dit calmement Harry Verhey. En 1941, conducteur de tramway, il avait vingt-trois ans. "Nous savions tous qu’il y avait eu des rafles les 22 et 23 février. Les passagers en parlaient dans le tramway, prudemment bien sûr. Ils étaient terriblement choqués. On avait tous le sentiment qu’il fallait réagir, que l’on ne pouvait pas les laisser faire comme ça. La population juive y était très bien intégrée, il y avait des adjoints au maire juifs. J’avais des copains juifs, nous avions grandi ensemble. A la remise des tramways, le groupe du Parti communiste se rassemblait et, là, on parlait d’une grève contre les rafles. Ce fut organisé très rapidement, les Allemands n’en ont pas eu vent par leurs indicateurs. On a donc discuté de l’organisation concrète de cette grève. Il fallait commencer par les tramways : s’ils ne sortaient pas, les gens comprendraient vite qu’il se passe quelque chose. Alors, très tôt le matin, à 4 heures, on est allé convaincre les collègues, déjà sur les rames qui emmenaient le personnel vers les remises.

Ce n’était pas facile, il fallait y aller doucement. D’abord, on disait : "Il faudrait faire quelque chose." Ensuite, après avoir tâté et préparé le terrain, on allait plus loin. On leur disait que toutes les usines feraient grève pendant une journée et qu’il fallait y participer. La direction des tramways nous menaçait et, une fois arrivés aux remises, il a parfois fallu se coucher sur les rails pour empêcher les rames de sortir. Après ces débuts, tout allait mieux. Les fonctionnaires, les dockers, les bureaux, les lycées, tout le monde sortait dans la rue. Les yeux brillaient, on était moins triste, car, au moins, on agissait. Je n’ai jamais eu peur. J’étais tellement pris par la colère..." "Après ces deux jours de grève, nous avons été punis. La direction a retenu une partie de notre salaire. Les passagers le savaient, ils nous donnaient tous un peu d’argent. Mais une deuxième grève n’a pas pu être organisée. Les Allemands avaient fusillé quelques grévistes. A l’époque, nous ne connaissions déjà plus la peine de mort chez nous. Ces exécutions ont fait peur.

Nous retrouvons lors de cette illustre grève de février 1941 le problème habituel des luttes ouvrières, étudiantes également. Ces deux milieux sociaux ont toujours représenté les points d’appui du combat démocratique dans la société capitaliste sous ses formes libérales, autoritaire ou fasciste. Mais l’absence d’armement conduit presque toujours à un écrasement sanglant dès que les puissants le décident. Par contre l’armée et la police, armés pour protéger l’état de droit, n’ont jamais joué ce rôle lorsqu’elles ont du choisir leur camp entre démocratie et fascisme (mis à part quelques cas discutables dont 1934 en France). Ainsi, la répression de la grève de février 1941 ne fait pas de détail. Rapidement, soldats et miliciens d’extrême droite tirent dans le tas : neuf morts et de nombreux blessés.

"Mais la grève de février a eu de l’effet. Elle a clarifié nos relations avec les occupants. Il n’y avait pas de compromis possible. On voyait où étaient le bien et le mal. Et, à partir de là, la résistance a commencé dans notre pays."

Le lendemain de la grève, Harry Verhey, qui était recherché, a pris le maquis. (…). Il a fait la Résistance jusqu’à la Libération, au sein du Parti [Communiste]. Plus tard, de 1968 à 1978, il a été premier adjoint au maire d’Amsterdam. Aujourd’hui, il a quatre-vingts ans.

Les Allemands furent complètement surpris par la grève. Le matin du 25 février 1940, quelques-uns d’entre eux se trouvent confrontés à une masse compacte de grévistes et rebroussent aussitôt chemin, affolés. Dans l’après-midi, la répression s’organise tant bien que mal, mais ne peut empêcher la poursuite de la grève, qui s’amplifie. Le lendemain, elle s’étend même dans les villes autour d’Amsterdam. Mais des SS, venus en hâte de La Haye, jettent des grenades et tirent sur la foule. Il y a des morts, des blessés graves. On décide de s’en tenir à ces deux journées d’action.

Pour l’occupant, le bilan de la grève est catastrophique. Elle signifie l’échec total de la tentative de gagner le peuple néerlandais au national-socialisme. Les Allemands décidèrent de suspendre les rafles provisoirement, afin de calmer les esprits. Mais, en mars 1941, dix-huit résistants et grévistes sont fusillés.

Aujourd’hui, une statue brave le vent et la pluie, sur une place en plein centre d’Amsterdam, là où, avant la Seconde Guerre mondiale, se trouvait le quartier juif de la ville. C’est un grand bronze d’un homme fort et musclé. Un docker qui se dresse, les mains nues prêtes à se battre poings fermés contre un ennemi qui se croirait invincible. Cette statue, du sculpteur néerlandais Mari Andriessen, représente l’ouvrier honnête et indomptable d’Amsterdam.

Depuis la guerre, chaque année, la population vient ici en un long cortège commémorer les événements du 25 et du 26 février 1941 : la grève générale contre les persécutions envers les juifs qui paralysa Amsterdam. Ce fut la seule grande grève en Europe contre l’antisémitisme des nazis. Cette "Februaristaking" est gravée dans la mémoire d’Amsterdam, qui lui doit sa devise : "héroïque, déterminée, généreuse".

La grève de février reste une formidable leçon de solidarité. Sa commémoration annuelle à Amsterdam s’est, depuis 1945, transformée en une manifestation contre le racisme et la discrimination.

Jacques Serieys

La partie en italique est extraite du site des supporters français du club de football Ajax Amsterdam :

http://www.ajaxfr.com


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message