18 au 24 avril 1955 Conférence de Bandung

mardi 27 juin 2017.
 

1) Causes et contexte

Les deux guerres mondiales ont affaibli les puissances coloniales ; en 1954, la France subit deux échecs majeurs (défaite militaire et politique en Indochine puis insurrection algérienne).

Les Etats-Unis s’imposent de plus en plus comme gendarmes du monde sous la forme d’une domination économique et financière complétée par l’instauration de dictatures chaque fois que nécessaire :

- En 1953, la CIA renverse le pouvoir élu de Mossadegh en Iran

- En 1954, c’est au tour du Guatemala.

- Des alliances militaires sont également mises en place dans différentes régions du monde pour relayer la politique états-unienne : OTAN, OTASE dans le Sud-Est asiatique en 1954, pacte de Bagdad en février1955 (USA, Turquie, Pakistan, Irak, Iran, Royaume-Uni)...

L’Union soviétique fait de même dans sa zone géographique d’hégémonie avec l’écrasement du mouvement insurrectionnel en Allemagne de l’Est (juin 1953).

Plusieurs Etats importants comme l’Inde, l’Indonésie, l’Egypte, l’Ethiopie poussent alors à l’affirmation d’un mouvement :

- non-aligné par rapport aux deux blocs de la guerre froide (USA et URSS)

- accélérateur de la décolonisation là où elle n’est pas encore réalisée.

2) La conférence de Bandung

Elle rassemble plus de mille délégués dont les premiers ministres Nehru (Inde), Zhou en Lai (Chine), Sukarno (Indonésie), Nasser (Egypte)... Ils représentent plus de la moitié des habitants de la planète à l’époque : 23 Etats d’Asie (Afghanistan, Arabie Saoudite, Birmanie, Cambodge, Ceylan, Chine, Indonésie, Inde, Iran, Irak, Japon, Jordanie, Laos, Nord-Vietnam, Népal, Pakistan, Philippines, Sud-Vietnam, Syrie, Liban, Thaïlande, Turquie) 6 d’Afrique (Egypte, Ethiopie, Ghana, Libéria, Lybie, Soudan, Yémen) et 30 mouvements de libération nationale (dont le FLN algérien, le Néo-Destour tunisien et l’Istiqlal marocain).

Elle s’ouvre sur les fortes paroles du président indonésien Ahmed Sukarno « Nous sommes unis par la haine du colonialisme, sous quelque forme qu’il apparaisse ; nous sommes unis par la haine du racisme et par la détermination commune de préserver et de stabiliser la paix dans le monde. »

La conférence s’organise en trois commissions : politique, culture, économie. Des accrocs surviennent à plusieurs moments liés au jeu des grandes puissances et de leurs alliés sur place ; La possibilité d’une fédération s’en trouve annihilée. Ceci dit, la conférence s’accorde sur quelques points comme la souveraineté des nations, la destruction des armes nucléaires, l’égalité entre tous les peuples et tous les Etats, le règlement pacifique des conflits, la recherche d’un ordre plus juste, la valorisation des cultures auparavant dominées par le colonialisme.

3) Le discours de clôture de Nehru résume l’orientation générale de Bandung

Nous sommes résolus à n’être d’aucune façon dominés par aucun pays, par aucun continent...

Nous sommes des grands pays du monde et voulons vivre libres sans recevoir d’ordres de personne. Nous attachons de l’importance à l’amitié des grandes puissances, mais... à l’avenir, nous ne coopèrerons avec elles que sur un pied d’égalité...

Nous devons veiller à ce qu’aucune autre forme de domination ne nous menace. Nous voulons être amis avec l’Ouest, avec l’Est, avec tout le monde. Le seul chemin qui mène droit au coeur de l’âme de l’Asie est celui de la tolérance, de l’amitié et de la coopération...

Je pense qu’il n’y a rien de plus terrible que l’immense tragédie qu’a vécue l’Afrique depuis plusieurs siècles... Aujourd’hui, le drame de l’Afrique est plus grand que celui d’aucun autre continent, tant au point de vue racial que politique. Il appartient à l’Asie au mieux de ses possibilités d’aider l’Afrique car nous sommes des continents frères.

4) Conséquences de la Conférence de Bandung

Le mouvement des non-alignés prend peu à peu forme, en particulier à partir de la conférence de Brioni en 1956 entre Nasser, Nehru et le président yougoslave Tito qui s’affirme rapidement.

Le nombre d’états membres passe rapidement de 25 à plus de 100, s’étendant en particulier en Amérique latine.

La décolonisation devient inéluctable pour la France qui tarde à accorder l’indépendance aux pays africains : Tunisie et Maroc en 1956, Guinée en 1958, Togo, Mali, Sénégal, Madagascar, bénin, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Tchad, République centrafricaine, Gabon, Congo, Mauritanie en 1960, Algérie en 1961.

Après leur victoire à Cuba, Castro et Guevara s’intègrent activement dans ce mouvement du Tiers Monde.

Nasser s’affirme comme leader du monde arabe et fait avancer la cause palestinienne, globalement assumée par le mouvement des états non-alignés. En Egypte même, la conférence de Bandung et suivie en 1956 de la décolonisation et de la nationalisation du canal de Suez.

Conclusion

Je ne peux terminer sans insister sur la candeur (ou la duplicité) de plusieurs dirigeants de ce mouvement qui parlent, écrivent mais ne lèvent pas le petit doigt lorsque Washington impose sa botte totalitaire sur de nombreux pays, en particulier en Amérique latine.

Jacques Serieys


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