Dimanche sanglant de Saint Petersbourg le 22 janvier 1905

mardi 11 juillet 2017.
 

Histoire de la Russie d’Ivan IV (16 janvier 1547) à 1905 : quelques remarques

La Russie tsariste de Nicolas 2 représente un pré-fascisme, un exemple type de système totalitaire

Depuis plusieurs années, la protestation se développe dans le milieu ouvrier qui subit des conditions de vie et de travail infâmes.

Dans le but de détourner ces salariés des idées socialistes, le chef de l’Okhrana (police politique) dans la capitale, le général Sergueï Vasilievitch Zoubatov, rencontre, fin 1902, un certain Gueorgui Gapon, pope (prêtre orthodoxe) et indicateur de police. En février 1904, le ministre de l’intérieur couvre la constitution par celui-ci d’une Assemblée des travailleurs des fabriques et usines de Saint Petersbourg dont le but officiel est de « défendre les droits des ouvriers et d’élever leur morale religieuse » ; pour la police, il s’agit évidemment de pouvoir surveiller l’organisation ouvrière.

Lorsque débute l’année 1905, la Russie, affaiblie par ses défaites militaires face au Japon, voit également se développer une agitation sociale forte.

Le 3 janvier 1905 (selon le calendrier Julien encore en vigueur en Russie, 16 janvier pour notre calendrier), les ouvriers de l’usine Poutilov (sidérurgie) arrêtent le travail pour protester contre le licenciement de quatre d’entre eux.

Cinq jours plus tard, le mouvement s’est généralisé sur la capitale qui compte à présent environ 150 000 grévistes. Le pope Gapone, aussi idéaliste que lié à la police, lance l’idée d’une supplique au tsar. Lors des assemblées générales convoquées pour sa rédaction, les sociaux démocrates (mencheviks, bolcheviks) sont marginalisés et fréquemment hués.

Pétition du dimanche rouge de Petrograd initiée par le pope Gapone (janvier 1905)

Au petit matin du 22 janvier (9 janvier pour le calendrier julien), deux rassemblements se constituent :

- une manifestation politique appelée par les bolcheviks sous leur propre banderole qui ne paraît pas avoir dépassé une quinzaine de personnes

- une sorte de procession, religieuse et révérencieuse vis à vis du tsar, qui atteint rapidement de 200 000 à 300 000 participants. Sur la photo ci-dessous, notez un enfant en short, deux autres pieds nus alors que la température est glaciale.

Cette marche pacifique organisée par le prêtre orthodoxe Gueorgui Gapon se dirige vers le Palais d’Hiver, lieu de résidence de l’empereur à Saint-Pétersbourg. Elle comprend un grand nombre d’ouvriers, souvent accompagnés de leur famille. Les oriflammes orthodoxes y côtoient les portraits du "Petit père", le tsar.

Gapone est assez tranquille ; la veille, il a fait parvenir à celui-ci une lettre pour présenter le déroulement de la journée et éviter un malentendu.

Lorsque la tête du défilé arrive sur la place devant le palais impérial, l’armée (environ 40000 soldats réunis dans la capitale) tire, foudroie les présents puis continue le massacre des gens qui refluent en désordre en avançant à partir de plusieurs points de la ville.

Les chiffres officiels font état de de 96 morts et 333 blessés. Cependant, d’après plusieurs témoins, policiers et soldats ont enterré eux-mêmes des centaines de cadavres ; les statistiques officieuses avancent le nombre de 4 000 décès.

Gapone et la manifestation du dimanche rouge (9 janvier 1905) par Trotsky

Après ce Dimanche rouge, les ouvriers de Saint-Pétersbourg se mettent en grève. Celle-ci atteint rapidement son apogée avec 200 000 grévistes. Dès lors, de multiples grèves tant politiques qu’économiques éclatent un peu partout en Russie. Cet élan

- connaît un épisode célèbre avec le grève d’Odessa et la mutinerie du Potemkine

27 juin au 8 juillet 1905 : Grève générale, massacre d’Odessa et mutinerie du cuirassé Potemkine

- culmine par la grève générale d’octobre, la constitution du Soviet de Petrograd, véritable organe de pouvoir de la classe ouvrière, et l’insurrection de Moscou en décembre. Mais surtout cette irruption des masses prenant conscience de leurs intérêts préfigure la révolution d’octobre 1917.

La Révolution russe de l’automne 1905 commence par le mouvement étudiant (30 septembre 1905) par Léon Trotsky

Révolution russe d’Octobre 1905 (2 La grève ouvrière relaie les étudiants. 3 octobre Formation du Soviet des ouvriers de Moscou)

Révolution russe d’Octobre 1905 (Grève générale des cheminots le 7 octobre) 3

Révolution russe d’Octobre 1905 (18 octobre Grève générale et première constitution du pays)

Décrivant la période Lénine explique : « La classe ouvrière a reçu en matière de guerre civile, une monumentale leçon. L’éducation révolutionnaire du prolétariat a fait plus de progrès en un jour que n’auraient pu lui apporter des mois, des années d’une vie grise, routinière et miséreuse ».

Il est vrai que le parti bolchevik avait commencé l’année en étant nettement marginalisé et qu’il a recruté durant l’année une grosse partie de la génération qui réussira la révolution de 1917.

Que devint le pope Gapon ? Il fut mis à l’abri sur Paris, par la police et y vécut aisément grâce aux aides d’un agent secret. En décembre 1905, en échange de son retour d’exil et de sa liberté, le prêtre offrit de donner à nouveau son aide à la police politique. En mai 1906, il fut démasqué comme agent de l’Okhrana et pendu dans la campagne finlandaise par Pinhas Rutenberg, le futur leader sioniste.


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