Mutins de 1914 1918... Réhabilitation !

lundi 13 novembre 2017.
 

75% des Français sont "plutôt favorables à ce que les soldats "fusillés pour l’exemple" soient officiellement réhabilités car face à l’horreur de ce qu’ils ont vécu dans les tranchées, on peut comprendre qu’ils aient refusé d’obéir ou se soient révoltés".

L’hypothèse d’une réhabilitation des mutins est soutenue par 84% des sondés se déclarant "de gauche" mais aussi par 75% "de droite", par 79% des jeunes et 73% des plus anciens, par 74% des hommes et 76% des femmes. Seulement 13% s’y déclarent opposés. (sondage IFOP novembre 2013)

Jérôme Fourquet donne une analyse de cette enquête que nous pouvons reprendre " Le temps a fait son office. Toutes les représentations associées à l’horreur absolue qu’a représentée cette boucherie généralisée font qu’aujourd’hui il existe une certaine bienveillance vis-à-vis de ces centaines de soldats. S’il y a une avancée sur ce dossier ce sera apprécié."

Ce sondage et ces analyses ont été produites pour les cérémonies du 11 novembre 2013. En les présidant, vous auriez pu montrer, Monsieur Hollande, que vous n’êtes pas un président élu par la droite, que vous n’appelez pas seulement au rassemblement derrière le drapeau comme Déroulède ou le Kaiser ! Pourtant, c’est ce que vous avez fait en appelant seulement à "renouveler le patriotisme qui unit au-delà des croyances, des origines ou des couleurs de peau."

Même aux moments où François Mitterrand paraissait le plus éloigné par sa politique des références de la gauche, il avait su ne pas lâcher sur des symboles importants. Vous ne paraissez pas en être capable ! Pourtant la réhabilitation des "fusillés pour l’exemple" reste juste et nécessaire !

A) DOCUMENTS

La première guerre mondiale fut terrible pour les combattants des tranchées. Je ne crois que des films pourront un jour décrire réellement ce que les "poilus" racontaient encore dans les années 1950, 1960 et 1970.

Les actes d’insoumission furent assez nombreux en 1917. Les historiens Guy Pedroncini et Jean-Pierre Azéma apportent sur ce sujet les précisions suivantes :

« De 30 à 40 000 mutins ou manifestants ont remué l’armée française. 10 % d’entre eux sont passés devant les Conseils de Guerre. De ces hommes, nous connaissons l’essentiel. Ils venaient de la France entière (...) Ils venaient de tous les âges de la vie puisqu’ils étaient nés entre 1869 et 1900. C’est dire que les soldats mutinés n’appartenaient ni à une région déterminée, ni à la jeunesse. (...) Quant à prétendre, comme de nombreux généraux, que les mutineries étaient le fait des mauvaises têtes, des récidivistes des Conseils de Guerre ou des tribunaux civils, il ne semble pas que cette explication résiste à l’examen du casier judiciaire des condamnés. Pour les condamnés à mort, 60 % n’avaient jamais été traduits en justice, civile ou militaire. » Guy PEDRONCINI, Les mutineries de 1917, Paris, P.U.F., 1967 (réed. 1999

Pourquoi ces actes d’insoumission et ces mutineries ? La lettre ci-dessous d’un soldat de la 5e Compagnie (3e RI, 5e DI) à sa femme (1917) permet sans difficulté de les comprendre

« Je vais vous dire que nous avons refusé de monter en ligne mardi soir, nous n’avons pas voulu marcher. nous nous sommes mis presque en grève, et beaucoup d’autres régiments ont fait comme nous Quand j’irai en " perm "je vous raconterai cela mieux Ils nous prennent pour des bêtes, nous font marcher comme cela et pas grand chose à manger, et encore se faire casser la figure pour rien, on aurait monté à l’attaque, il en serait resté moitié et on n’aurait pas avancé pour cela. Peut-être que vous ne recevrez pas ma lettre, ils vont peut-être les ouvrir et celles où l’on raconte ce qui se passe, ils vont les garder ou les brûler Moi je m’en moque, j’en ai assez de leur guerre... »

Pour qu’en pleine guerre, malgré le risque d’être immédiatement fusillé, des soldats aient signé, distribué quelques tracts appelant aux mutineries montre bien qu’ils en étaient arrivés à préférer le peloton d’exécution que les conditions de vie et de mort dans les tranchées.

Ci-dessous, un tract datant de 1917, signé par des soldats appartenant à 10 régiments différents.

« Camarades, souvenez-vous de Craonne, Verdun, Somme, où nos frères sont restés.

Camarades aux Armées ! Camarades ! Au nom de tous les camarades qui ont déjà signé pour obtenir la cessation des hostilités à la fin de juillet, nous venons vous prier de vous joindre à nous pour obtenir ce résultat et arrêter ce carnage, cette guerre qui a pour but premier d’enrichir le capitaliste et de détruire la classe ouvrière.

Nous tiendrons les tranchées jusqu’à cette époque pour empêcher l’ennemi d’avancer. Passée cette date, nous déposerons les armes. Transmettre aux RI dont vous avez l’adresse de leurs secteurs.

Camarades, unissons-nous tous pour aboutir à rétablir la classe ouvrière.

Debout ! L’heure est sonnée. Debout ! »

B) Les mutins de 1914 1918 doivent être réhabilités. Responsabilité de la gauche !

Les mutins de 1914 1918 permettent de renouer les fils de la vraie identité nationale de la France, soucieuse de préserver sa souveraineté mais sensible aussi aux valeurs universalistes nées des Lumières, de la Révolution française, du courant républicain et socialiste. La France de 1914 comprenait des nationalistes pré-fascistes (Maurras...) et des nationalistes militaristes impérialistes comme le président Poincaré qui appelaient sans cesse au "rassemblement national" pour casser du "boche" mais aussi une gauche qui a essayé d’empêcher la guerre parce que celle-ci signerait la plus grande catastrophe humaine du continent comme l’a bien vu Jean Jaurès.

Les vrais irresponsables, c’étaient tous les patrons de l’UIE (ancêtre du MEDEF), tous les députés de droite... qui avaient empêché la mise en place d’un impôt sur le revenu tout en poussant à la guerre contre l’Allemagne (qui, elle, avait depuis longtemps instauré un impôt sur le revenu et avait ainsi pu équiper son armée, en artillerie lourde, par exemple). Les vrais traîtres se sont tous les embusqués de bonne famille qui avaient bénéficié d’affectations sans risque de 1914 à 1918 puis qui ont recommencé à boursicoter après guerre alors que par l’Europe entière des veuves et des orphelins pleuraient de peine et de faim et des blessés crachaient leurs poumons sur les petits lopins qu’ils recommençaient à travailler.

11 juin 1916 Les lieutenants Herduin et Millant sont fusillés sur ordre de généraux criminels

Chanson de Craonne

Les mutins de 1914 1918 font partie de l’histoire de la gauche comme les insurgés de 1789, 1830, 1832, 1848 et 1871, comme les dreyfusards, comme les Résistants antifascistes, comme les mineurs de Decazeville et d’Anzin. Pourquoi ?

- parce que dès les années 1920, leurs compagnons de tranchée ont lutté pour faire condamner les "crimes des conseils de guerre".

- parce que dès les années 1920, le slogan d’une partie des Anciens combattants de gauche lors de chaque 11 novembre "Mort par force", avait en particulier pour objectif de poser les "fusillés pour l’exemple" en exemple des neuf millions de victimes de la guerre, "par force", bien sûr.

- parce que dès les années 1920, la gauche (y compris une partie importante des radicaux) a donné une grille de compréhension de la Première guerre mondiale comme une guerre inter-impérialiste "On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels" (Anatole France le 18 juillet 1922)

- parce que dans le contexte d’une guerre totalement inhumaine, il ont fait valoir la priorité de l’humain

- parce que beaucoup d’entre eux étaient porteurs d’une éducation internationaliste de gauche opposée à l’impérialisme et à la guerre comme forme de résolution des conflits internationaux

En ce centenaire de la Première guerre mondiale, vous serez, Monsieur le Président, sans doute conseillé par des historiens spécialistes du sujet.

Pensez aussi à ne pas faire honte à ces mutins et à la gauche !

Jacques Serieys

C) Il y a un siècle, en 1917, la guerre n’en finissait pas !

par Jean-Yves Lalanne, maire de Billère, 64, 11 novembre 2017

Il y a un siècle, en 1917, la guerre n’en finissait pas.

Pourtant tous les soldats partis en 1914 étaient sûrs d’être revenus avant les vendanges de la même année. La guerre dite de 14-18 s’est illustrée par sa barbarie : Elle est responsable de 8 millions de morts et autant de blessés ou d’invalides.

En 1917, les soldats qui étaient dans les tranchées, étaient épuisés par la violence des combats, envoyés à la mort lors des offensives décidées par de vieux généraux peu soucieux de préserver la vie de ces jeunes soldats, … Des miliiers de poilus refusèrent l’offensive de trop. De l’aveu des historiens c’étaient des braves pas des lâches.

Les mutinés, fusillés pour l’exemple, doivent être réintégrés dans la mémoire collective. Le responsable de l’Office National des Anciens Combattants (l’ONAC) en a parlé hier dans la presse, tout comme les journaux télévisés de ce matin : Ces fusillés (parfois même pas mutinés, seulement choisi parce que c’étaient de fortes têtes) l’ont été « pour l’exemple », pour dissuader et empêcher l’extension. Cela s’est passé sur tous les fronts. En France en 1916, En Russie en 1917 les soldats refusèrent de monter au front. En 1918 ce sera au tour des soldats allemands.

Dans les deux cas (en Russie et en Allemagne), ces mouvements sont le résultat de l’exigence des populations civiles d’obtenir la paix immédiate, un armistice avant l’heure qui viendra enfin le 11 novembre 1918.

L’année 1917, fut marquée par l’entrée en guerre des Etats Unis, mais surtout par la révolution russe de février puis d’octobre. Cela débuta par une manifestation de femmes « pour la paix, le pain, … puis la terre ». Le renversement de la monarchie des Romanov et la volonté du nouveau gouvernement russe aboutira au premier traité de paix à Brest Litvosk. Sous la pression du peuple russe, puis du peuple allemand, la paix a été imposé avant même la victoire militaire totale de la France, de la Grande Bretagne et des Etats-Unis. C’est pour cela que l’on qualifie la paix de 1918 d’armistice pas non de capitulation comme en 1945.

Pourtant, les vainqueurs de 1918 ont imposé le traité de Versailles qui a humilié l’Allemagne et a ouvert la voie à la réaction nationaliste, exacerbée par la crise économique mondiale de 1929. Nous connaissons tous la suite dramatique. L’extrémisme nationaliste des nazis ou des fascistes a trouvé l’appui des puissances économiques de leur pays.

La première guerre mondiale pouvait évidemment être évitée, car elle n’était que le choc des empires vieillissants voulant survivre en étouffant, par la guerre et l’ultra nationalisme, les revendications d’indépendance des nations qui constituaient ces empires. Si la première guerre mondiale avait été évitée, la seconde n’aurait jamais eu lieu.

Il est plus facile de le dire aujourd’hui. Pourtant dans son discours à la jeunesse (Albi, 30 juillet 1903) Jean Jaurès disait « Apaisement des préjugés et des haines, alliances et fédérations toujours plus vastes, conventions internationales d’ordre économique et social, arbitrage international et désarmement simultané, union des hommes dans le travail et dans la lumière : ce sera, jeunes gens, le plus haut effort et la plus haute gloire de la génération qui se lève ». Cet homme là avait raison et ils l’ont tué parce qu’il s’opposait à cette guerre que l’on voyait venir.

Le 11 novembre est le moment de dire « plus jamais ça » et de répéter que nous devons construire une Europe politique égalitaire et respectueuse de tous les citoyens, de toutes nations. Et bien au-delà, nous devons exiger de tous les organes de régulation internationaux, ONU, OMC, OIT, qu’ils associent l’économique avec le social et la démocratie jusqu’au bout, avec l’ambition de créer les conditions d’une paix durable, une paix perpétuelle.


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