17 mars 1915 : Girard, Lechat, Lefoulon, Maupas exécutés pour l’exemple

lundi 20 mars 2017.
 

Tout commence au matin du 10 mars, quand on donne aux soldats du 336ème régiment d’infanterie l’ordre d’attaquer l’ennemi, au nord de Souain, un village de la Marne. Face à eux, les cadavres de leurs camarades embrochés aux barbelés. Un peu plus loin, les batteries allemandes. Et le souvenir de tous ces assauts inutiles, tout au long des jours passés. Ce matin-là, les soldats refusent « de bondir hors des tranchées ». Dans l’heure, 24 hommes sont choisis parmi les plus jeunes, deux par escouade, et convaincus de rébellion. 20 soldats et 4 caporaux. 4 Normands : Girard, Lechat, Lefoulon, Maupas. Le 16 mars, le conseil de guerre acquitte les hommes… et condamne à mort les caporaux. Le général Réveilhac, faisant fi du recours en grâce, fait hâter l’exécution. Ils vont être fusillés dès le lendemain. La justice militaire doit faire des exemples.

Le 17 mars, dans l’après-midi, les quatre condamnés sont amenés devant le peloton.

Quel chemin les mène au sinistre poteau ! Chemin de boue, de sang, de fureur, de peur et d’absurdité, chemin tissé de pluie, de cette pluie qui noie les plus grands principes humains, jugements hâtifs, sans appel ni recours, jugements arbitraires pour une cérémonie barbare à la mise en scène immuable : attacher le condamné au piquet, lire le jugement, faire rouler les tambours, claquer les fusils, et, abominable mascarade, faire défiler la troupe devant les cadavres. En un mot : faire un exemple. Pour décourager ceux qui, peut-on jamais savoir, pourraient avoir envie de désobéir. Deux heures plus tard à peine, arrive l’avis de recours en grâce… Aberration terrible de la guerre et des hommes qui la dirigent, qui la décident.

Ce n’est qu’en 1934, 19 années plus tard, que les 4 caporaux furent réhabilités. 19 longues années d’obstiné travail de leurs familles. Les épouses reçurent un franc symbolique. À titre de dédommagement… 3 ans plus tard, le général Réveilhac, dûment décoré, mourait dans son lit. On suppose sans remords, ni regrets. Oui, c’est bien « Ainsi que les hommes vivent »…

L’incessant travail de mémoire se poursuit aujourd’hui. Il reste à rendre leur honneur à plusieurs centaines de ces victimes de l’injustice militaire. Ceux que Jacques Tardi célèbre dans son sublime Putain de guerre !

Brigitte Blang

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