La révolution brabançonne (1787 à 1790)

jeudi 14 septembre 2017.
 

- A) Les Pays Bas autrichiens

- B) Les réformes initiées par l’empereur d’Autriche Joseph II

- C) Les États belgiques unis (1790)

- D) La lutte entre vonckistes et statistes

- E) Contre-attaque autrichienne et fin de la révolution brabançonne

A) Les Pays Bas autrichiens

En 1787 1789, l’actuelle Belgique fait partie de l’empire autrichien. Aussi, ses onze Etats (Brabant, Flandre, West-Flandre, Hainaut, Namur, Luxembourg, Limbourg, Gueldre, Malines, Tournai et Tournaisis) sont nommés Pays Bas autrichiens pour les distinguer de la république des Pays Bas (actuelle Hollande).

Cette région vit vers 1780 une contradiction formidable :

- Les institutions politiques restent largement marquées par l’héritage féodal

- alors que le développement économique peut être considéré comme à la pointe du continent européen : production textile, extraction du charbon, industrie métallurgique, papier, tannage du cuir... L’influence des prémices de la révolution industrielle se fait même sentir dans l’agriculture. Une couche sociale d’entrepreneurs, de gros commerçants... occupe une place économique, sociale, idéologique de plus en plus importante.

Les conditions objectives d’une révolution bourgeoise sont donc réunies, d’autant plus qu’au même moment la poussée révolutionnaire des années 1773 à 1802 approche de son apogée, y compris dans les pays belgiques avec la révolution radicale liégeoise.

De 1773 à 1802, longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire

La révolution liégeoise de 1789

B) Les réformes initiées par l’empereur d’Autriche Joseph II

En 1780, Joseph II accède au trône d’Autriche. Il est présenté par certains historiens comme un « empereur révolutionnaire » influencé par la philosophie des Lumières. Limitons-nous à rapprocher son "despotisme éclairé" de celui du prussien Frédéric II, à affirmer qu’il mit effectivement en oeuvre des réformes pour moderniser les héritages politiques, économiques, idéologiques de la féodalité cléricale.

- > reconnaissance de la liberté de culte ; possibilité accordée aux protestants et aux juifs d’accéder aux fonctions publiques.

- > ordonnance supprimant des couvents ou hospices (Chartreux, religieux de l’ordre des Camaldules, Hermites, Carmélites, religieuses de Sainte-Claire, des Capucines et de Saint-François). Confiscation de leurs biens pour utiliser l’argent récolté à la construction d’hôpitaux et d’écoles. Obligation pour les curés de lire en chaire les édits impériaux

- > le mariage devient un acte civil, abolition du crime d’hérésie, affirmation de la liberté de conscience, autorisation des écoles de confession non catholique.

- > suppression des règlements des corporations concernant l’embauche, baisse des redevances féodales, suppression des corvées et droits banaux...

- > disparition de toutes les juridictions traditionnelles (seigneuriales, urbaines et ecclésiastiques) remplacées par des tribunaux de première instance, deux cours d’appel, l’une à Bruxelles et un Conseil souverain de justice...

C) Les États belgiques unis

La réforme systématique des institutions traditionnelles des pays belgiques, décidée de Vienne, sans aucune concertation... crée les conditions d’une mobilisation plus "nationale belge" que sociale ou démocratique. Elle commence en 1787 et ne parvient pas à déstabiliser le governorat autrichien.

Des insurgés passent en Hollande et se groupent à Breda. En 1789, ils repassent la frontière sous le commandement du colonel Van der Mersch ; ils avancent en attaquant les garnisons. Le 27 octobre 1789, ils sont victorieux de l’armée autrichienne à Turnhout.

Le 20 décembre 1789, les États du Pays de Brabant proposent de conclure un traité d’union. Le 7 janvier 1790, les 54 députés élus des Etats forment les États Généraux et commencent leur réunion à Bruxelles.

Le 11 janvier 1790, les provinces de Brabant, Flandre, West-Flandre, Hainaut, Namur, Luxembourg, Limbourg, Malines, Tournai , Tournaisis et Gueldre signent un Traité d’union par lequel elles« s’unissent et se confédèrent sous la dénomination d’États belgiques unis ».

Le 19 janvier 1790, la dernière garnison autrichienne (citadelle d’Anvers) capitule.

D) La lutte entre vonckistes et statistes

Parmi les vainqueurs des Autrichiens apparaissent deux courants :

- d’une part des démocrates comprenant le chef de l’armée libératrice, l’officier Vandermersch devenu général, animés par les avocats SI.Vonck et J.B. Verlooy. Ils sont partisans d’un droit de vote censitaire (à partir d’un seuil d’imposition), d’un parlement unique élu... Ils s’appuient sur les provinces économiquement développées comme les deux Flandres et le Hainaut.

- d’autre part des réactionnaires, appelés les statistes, dirigés par Heintje van der Noot. Ils veulent un maintien de la traditionnelle assemblée des états, dans laquelle chacun s’exprimerait séparément. Ils s’appuient principalement sur les provinces rurales comme le Brabant.

Les réactionnaires l’emportent après une lutte dure. Notons que la bourgeoisie capitaliste se tient largement en dehors de cet enjeu par peur d’une radicalisation de la révolution. Le milieu populaire ne se mobilise pas non plus car la restauration des Etats réactionnaires à Bruxelles, en opposition aux réformes progressistes autrichiennes ne présageait rien de bon pour eux. D’ailleurs, le soulèvement des paysans pauvres à Schorisse (près d’Audenaerde) se développe sous le mot d’ordre « Vive l’empereur ».

De même, les statistes au pouvoir à Bruxelles bloquent toute dynamique démocratique portée par des assemblées en Flandre et Hainaut.

E) Contre-attaque autrichienne et fin de la révolution brabançonne

Depuis 1987, les statistes sont réticents à l’idée d’un soulèvement militaire autonome des Pays Bas du Sud contrairement aux vonckistes. Ils misent plutôt sur un soutien militaire de la Hollande et de la Prusse.

L’armée autrichienne passe à la contre-attaque à l’automne 1790. Les statistes se trouvent seuls face à elle ayant démobilisé tout autre allié. La Hollande et la Prusse ne bougent pas.

Le 27 novembre 1790, la province de Namur capitule. Rapidement, le pouvoir tombe aux mains de l’empereur autrichien Léopold II. De nombreux animateurs de la révolution brabançonne fuient vers la France où il vont former des "légions belges" en 1792 combattant avec les volontaires.

Jacques Serieys, 11 avril 2008


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