Camarade Samy Johsua ton texte "questions, ambiguïtés et certitudes" du Parti de Gauche, est un procès d’intention

samedi 4 février 2017.
 

Samy Johsua fait actuellement partie de la Gauche Anticapitaliste. Il apporte ses compétences nombreuses au Front de Gauche, par exemple lors des Rencontres d’été. Cela n’invalide pas les textes que j’avais écrits en 2008.

A) Introduction de Jacques Serieys lors de la mise en ligne sur notre site du texte de Samy Joshua : Ton texte est un procès d’intention (21 décembre 2008)

B) Le Parti de Gauche : questions, ambiguïtés, certitudes (Par Samy Johsua, dirigeant LCR puis NPA)

C) Sept mois après le texte de Samy Joshua, quel premier bilan tirer ? (30 juillet 2009)

A) Introduction de Jacques Serieys lors de la mise en ligne sur notre site du texte de Samy Joshua : Ton texte est un procès d’intention

Samy Johsua vient de produire un texte sur le site LCR NPA concernant le Parti de Gauche. Ayant toujours essayé d’apporter des informations utiles à notre petit groupe de lecteurs, nous le portons à leur connaissance précédé d’un avis sur les points abordés.

A1 : Trois remarques en guise d’introduction

* la logique de ce texte est regrettable. Samy Johsua se pose comme celui qui sait pour les siècles des siècles, avec son parti, ce qui est bon et ce qui est mauvais pour la cause du socialisme. Face à de tels puits de science, les élections européennes de juin 2009 ne sont logiquement pour lui qu’une "péripétie tactique". Je ne remets pas en cause l’importance de la clarté théorique et stratégique ; l’histoire du mouvement ouvrier et de la gauche l’a largement justifiée. La nécessité d’un parti, intellectuel collectif socialement implanté, est également indiscutable. Cependant une prise en compte insuffisante de la réalité du présent dans la théorie générale jointe à une certaine réification du parti, peut obscurcir l’analyse du conjoncturel et de la tactique politique, peut casser une dynamique, peut faire passer à côté d’une échéance importante, peut créer des crispations sectaires méséducatives et dommageables.

* cette logique du texte amène Samy Joshua à aborder l’analyse du Parti de Gauche, non pas dans le cadre d’une analyse de la période politique internationale (crise du capitalisme, crise de la social démocratie, poussée sociale) et de la conjoncture française (offensive de la réaction, crise du PS, forces disponibles pour le combat anticapitaliste issues de la campagne de 2005 et du mouvement social) mais en fonction seulement d’un texte conjoncturel auquel il donne l’importance du Programme de transition élaboré par Trotsky lors de la fondation de la Quatrième internationale. Ainsi, il dissèque abstraitement toutes les ambiguïtés possibles de ce texte conjoncturel : sur l’écologie, sur le dépassement du capitalisme, sur l’Europe, sur la place des élus, sur la république sociale, la puissance militaire de la France, sur l’alliance avec le Parti Socialiste. Cela me rappelle malheureusement l’attitude de groupes dogmatiques qui utilisaient dans les années avant 1968 telle phrase de tel article de la revue L’avant-garde pour prouver la nature petite bourgeoise des JCR.

* Je ne nie pas le droit pour un dirigeant du NPA de critiquer un texte du PG. Au contraire, j’étais favorable à engager des discussions politiques franches et approfondies entre forces de la gauche du non, après le référendum. Encore faut-il préciser la nature exacte de chaque texte. Le Parti de Gauche existe depuis un mois et sa réalité repose plus sur le processus en cours que sur un texte de 4 pages dont je ne connais pas l’auteur.

A2 : Depuis 2005, la question de l’unité de la gauche du non est posée : la LCR n’y a pas cru

Camarade Joshua, n’as-tu pas été impressionné par la puissance mobilisatrice de la gauche du non en 2005 après 30 ans de coupure importante entre d’une part les révolutionnaires, d’autre part les milieux ouvriers et populaires ? N’as-tu pas constaté la forte synergie possible et les évolutions unitaires possibles entre le PCF, la LCR, PRS (gauche du PS), des altermondialistes, des syndicalistes et de nombreux "inorganisés"...

Camarade Joshua, tu ne réponds pas à la question centrale posée à un niveau de masse depuis 2005 : comment établir en France, le meilleur rapport de force face au capitalisme financier transnational, face à l’Europe des marchands, face au gouvernement et au MEDEF, face à une direction social démocrate de plus en plus éloignée de la cause du socialisme ?

Dans un contexte d’offensive contre tous les acquis sociaux, dans un contexte d’intégration renforcée de la social-démocratie à l’ordre imposé par les puissants et d’effondrement définitif du mouvement communiste international lié à l’URSS, nous avons besoin d’une levier politique antilibéral unitaire, à défaut d’une organisation unie de lutte, de masse, anti-capitaliste, féministe, écologiste, internationaliste, porteuse d’un débouché politique répondant aux aspirations de notre peuple. (Nous aurions même besoin d’un nouveau type d’internationale).

Actuellement, en France, plusieurs organisations plus ou moins importantes postulent à constituer le pivot de cette recomposition. Aucune, j’en suis persuadé, n’y parviendra seule. La solution viendra d’une confrontation des pratiques et des idées, si possible en marchant dans la même direction. Les analyses produites et les choix effectués par le PCF, la LCR et le Parti de Gauche seront décisifs.

En ce qui concerne la LCR, je crois qu’elle est passée à côté d’un point central depuis 2005, l’intérêt d’une pratique à la fois unitaire et de clarification politique avec les forces organisées et non organisées ayant porté la campagne contre le TCE. Ce point peut être décliné d’une vingtaine de façons.

La LCR a considéré par exemple :

* que la campagne contre le Traité constitutionnel auropéen n’avait pas et n’aurait pas de conséquence majeure sur le champ politique. Du coup, l’évolution de la gauche du PS, l’évolution de la gauche des Verts, par exemple, depuis 2005 ont totalement été ignorés publiquement par la LCR avec souvent dans Rouge et sur le site LCR des propos à mille lieues de la réalité et même des affirmations totalement contraires à la vérité (par exemple de la part de Frédéric Borras durant les présidentielles de 2007), ce qui pose problème pour une organisation se réclamant du matérialisme. Du coup, la minorité autour de Picquet, Sitel est traitée comme une fraction de gêneurs avec laquelle les divergences s’accroissent. Du coup, les différents appels et rassemblements pour l’unité de la gauche antilibérale n’ont pas mérité l’effort que l’on pouvait attendre de la LCR.

* que l’aspiration "unitaire" allait s’épuiser d’elle-même comme dans les années 68 à 73. Or, l’échec politique d’une crise révolutionnaire avait alors entraîné une cartellisation du champ politique très différente de la situation présente. L’extrême gauche organisée était bien plus faible et bien moins implantée socialement qu’aujourd’hui. De plus, le PCF et le PS (presque disparu en 69), avaient trouvé un fil de l’eau apportant un projet électoral pour capter une partie de ces forces (le programme commun) alors que l’extrême gauche préparait un nouveau 68 qui réussirait ; projets contradictoires.

* qu’aucune force politique significative n’apparaissait qui puisse être considérée comme un partenaire possible pour construire ensemble un pôle "centriste de gauche" apte à combattre, à éduquer, à redonner confiance, à se décanter. Or, premièrement, aucune des forces actuelles ne serait crédible en s’autoproclamant seule comme "nouvelle force politique" ; deuxièmement divers appels, diverses réunions ont montré des forces importantes disponibles, à condition d’accepter de constater leur existence. En fait, en privilégiant seulement un rapprochement avec des petits groupes issus de LO, de l’OCI ou de l’anarchisme, la LCR a fait un choix particulier de partenaires qui risque de créer les mêmes conditions de délabrement des forces issues de 2005 que cela avait été le cas après 68. Sauf si d’autres forces ne contribuent à bousculer l’histoire.

A3) Sur l’importance du contexte social et politique immédiat

Cet automne 2008 a vu se développer de nombreuses luttes. Un front des forces qui avaient porté la campagne de 2005 aurait pu peser socialement en apportant un appui, une solidarité, un espoir de débouché politique. Un front des forces qui avaient porté la campagne de 2005 aurait pu contribuer à donner confiance aux cadres organisateurs de ces mouvements comme aux ouvriers en lutte. Je ne vois aucune raison pour que ce besoin ne soit pas aussi important cet hiver et ce printemps. Crois-tu, camarade Samy Joshua, que le NPA seul, pourra remplacer le poids qu’aurait vis à vis du mouvement syndical lui-même une alliance, ne serait-ce que du NPA, du PCF et du PG ? Je te sais suffisamment aguerri pour ne pas penser cela.

Daniel Bensaïd explique à juste titre que "l’on repart toujours du milieu", du point de vue de la conscience, en début de cycle politique. Crois-tu, camarade Joshua, que le NPA se crée sur les bases politiques "du milieu" permettant de capter les couches militantes en cours de radicalisation anticapitaliste. Si tel était le cas, je comprends l’utilité de créer le NPA mais je n’ai pas cette impression. Je crains plutôt que la LCR perde sa capacité à peser sur la clarification politique d’un front unitaire possible sans que le NPA ne fasse progresser durablement des milliers de militants ; et, en plus, en retardant ainsi la possibilité de l’unité anticapitaliste.

Autre point décisif : qu’on le veuille ou non, le champ électoral pèse de façon très importante sur les rapports de force politiques et même sur les rapports de force sociaux. J’ai le souvenir du poids des législatives de 1967 sur la montée des luttes jusqu’en mai 68. Début juin 2009, se dérouleront les élections européennes. Je suis persuadé qu’un front PCF NPA PG... attirerait de nombreuses forces autres et terminerait à au moins 15% des voix, peut-être même en tête de la gauche. Un tel résultat modifierait profondément la réalité politique de notre pays, à gauche comme face à Sarkozy. Cette élection est la meilleure pour un tel pari, bien plus favorable que les régionales, les municipales, les cantonales ou les législatives. Refuser une telle perspective, c’est passer à côté d’une chance qui ne nous sourira peut-être plus du tout.

A4) Sur les critiques "de fond" portées par Samy Joshua

- le positionnement écologique En caractérisant l’orientation du PG sur ce point comme "relevant désormais du tout venant de tous les discours des partis politiques, de gauche comme du centre et de la droite", tu confirmes l’impression d’ensemble de ton texte caractérisant le PG comme un produit temporaire de la social-démocratie plutôt qu’une forme d’organisation centriste. Concernant la taxe carbone, marchandisation de l’air et autres mécanismes capitalistes, nous étions déjà contre depuis longtemps au sein du PS. Concernant le nucléaire, tu doutes d’une position claire anti-nucléaire du PG car elle serait antagonique à un front unitaire avec le PCF ; je crois que, pour l’essentiel, tu te trompes sur les deux points.

- De l’Europe

Tu ergotes sur le fait que le PG rejette le traité de Lisbonne mais pas les précédents traités. En 1996 et 1997, la Gauche socialiste s’était déjà battue contre le Traité de Dublin et le Pacte d’Amsterdam. Quant au traité de Maastricht, je ne connais pas le point de vue aujourd’hui de Jean-Luc Mélenchon mais son analyse de la nature de l’Union euopéenne est suffisamment claire pour que je ne doute pas du fait qu’il considère le vote Non à ce traité comme justifié.

Tu constates l’absence de la sortie de l’OTAN dans le 4 pages qui te sers de référence. A la Gauche Socialiste puis à PRS, nous étions déjà pour la sortie de l’OTAN ; donc, je ne pense pas qu’il y ait problème sur le sujet.

Tu insistes sur l’absence d’objectif d’une constituante au niveau européen. Tu sais que la gauche socialiste et PRS en ont longtemps fait leur principal axe programmatique sur l’Europe. Personnellement, j’étais prudent sur le sujet car la force des anticapitalistes n’est pas suffisante actuellement pour éviter que cette constituante ne soit dévoyée et ne se retourne contre nous.

- la république sociale Je suis d’accord avec ce que tu écris dans cette partie. Il est vrai que ce n’est probablement pas le cas pour tous les adhérents du PG... Mais es-tu sûr que tous les adhérents du NPA seraient d’accord avec toi. Durant la campagne présidentielle, Olivier Besancenot ne m’a pas donné l’impression d’intégrer l’importance de la référence à la république. Personnelement, je considère le mot d’ordre de république sociale comme assurant un lien avec "l’histoire du pays", unifiant nos propositions "d’urgence", faisant le lien entre celles-ci et des objectifs transitoires.

- le dépassement du capitalisme

Tu poses plusieurs questions. Le PG est-il anticapitaliste au point d’en souhaiter le détruire ? je crois que oui. Est-il partisan d’une société socialiste ? Oui, évidemment, reste à en préciser les caractéristiques.

Tu écris "Il n’est pas certain du tout que le positionnement réel du PG ne soit un pâle keynésianisme visant à endiguer le capital". Premièrement, il ne me paraît pas juste de passer ainsi sous la jambe la question primordiale aujourd’hui d’endiguer la capital sur les terrains de la politique industrielle, de la santé, de l’éducation, des transports... en s’alliant à toutes les forces, y compris keynésiennes qui pourraient lutter avec nous. Deuxièmement, il est évident que la domination planétaire du capitalisme financier transnational ne peut permettre à une politique seulement keynésienne de réussir.

Tu avances une pointe d’humour en faisant remarquer que sur ce point du dépassement du capitalisme, le PG serait en retrait par rapport au congrès d’Epinay qui optait lui pour la "rupture avec le capitalisme" et la "nationalisation des grands moyens de production". Encore une fois, tu présentes le Pg comme un courant social-démocrate (peu radicalisé) et encore une fois je te contredis en disant que, de toute façon, dans la période politique actuelle et après être sorti du PS, cette orientation n’aurait pas de sens.

- l’abstention de J-L Mélenchon sur la déclaration de principes du PS en juin 2006 Tu conclus ton texte en en faisant la preuve indépassable de "sa volonté de gouverner à nouveau avec Aubry et Royal". Personnellement, je me suis abstenu sur cette nouvelle déclaration de principes en l’expliquant par un texte public sans prétention mais présentant un aspect tactique certain.

Petite analyse du projet socialiste pour 2007 Pourquoi je choisis l’abstention ? (article du 12 juin 2006)

Si le rassemblement antilibéral avait avancé, je n’aurais à coup sûr pas écrit le même texte. Quant à Jean-Luc Mélenchon et au groupe constitué au sein du PS, nous étions depuis au moins trois ans sur la pente d’une scission qui n’excluait pas aussi des attitudes tactiques afin de ne pas se marginaliser.

A5) Trois remarques pour conclure temporairement :

A qui s’adresse ce texte de Samy Joshua ?

Il semble que ce soit aux adhérents du Parti de Gauche : "Que les militant-e-s du PG veuillent bien ne pas en prendre ombrage, il leur suffira alors de lever les malentendus. D’une manière plus générale, c’est ce qui explique le titre de cette contribution".

En fait, j’ai l’impression que ce texte est surtout à usage interne pour le courant large LCR NPA. Il sert probablement à armer celui-ci contre le PG, plutôt que d’ouvrir une discussion. Une telle attitude doit être analysée comme un mauvais signe quant à la volonté de la LCR NPA de participer à une campagne unitaire pour les élections européennes.

Le PG ne peut être classé parmi les anticapitalistes

Telle est l’affirmation principale du texte de Samy Joshua.

Franchement, camarade, si tu me permets de t’appeler camarade, qui comptes-tu aujourd’hui parmi les anticapitalistes : le PG ? Non, le PCF ? NON, Morales ? Non, Chavez ? Non, ATTAC ? Non... Au plan international, la liste pourrait être bien plus longue de forces qui contribuent aujourd’hui au rapport de forces face aux USA et au capitalisme financier transnational. Elles ne portent pas toutes clairement "les intérêts historiques de la classe ouvrière et de l’humanité", d’accord, mais la construction d’un parti et d’une internationale ne se fera pas en les ignorant au profit d’une multiplication de petits NPA.

S’il est normal et utile qu’une organisation politique garde sa totale autonomie d’analyse et de critique, il est au moins aussi important de lutter ensemble, de réfléchir ensemble, sans procès d’intention inutile. Le Parti de Gauche comme Die Linke font partie de ces forces nouvelles produites par la période de montée de la combativité, de crise conjointe de la social-démocratie et du mouvement communiste.

Ce n’est pas quand cette combativité sera retombée qu’il faudra analyser pourquoi. C’est maintenant qu’il faut trouver les formes de lutte, les initiatives, les campagnes unitaires pour la renforcer, la soutenir, l’aider à affronter le capitalisme financier transnational sous ses diverses formes.

Puisque tu mets en cause le programme du PG, c’est seulement lorsque le congrès du PG précisant son programme aura eu lieu que je pourrai te répondre sur le détail de ton texte. Je n’y manquerai pas. Je suis certain, cependant, que tu te trompes en présentant, en gros, le PG, comme un à mi-chemin entre le PS et le MDC (Chevènement). La conjoncture politique fait sourdre des formes de radicalisation et de conscience qui se rapprochent plus des années 1960 que du début des années 1990.

Jacques Serieys le 21 décembre 2008

B) Le Parti de Gauche : questions, ambiguïtés, certitudes (Par Samy Johsua, dirigeant LCR puis NPA)

Avertissement : Le parti de Gauche a proposé « d’élargir » l’alliance en cours de construction avec le Parti Communiste en vue des élections européennes. Le texte qui suit n’aborde pas cette question qui est en discussion au sein du NPA, mais s’attache à la discussion de fond, dépassant les péripéties tactiques d’une élection précise.

Le Parti de Gauche (PG) lancé par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez tiendra son congrès au début de 2009. C’est à ce moment là que l’on pourra juger de son programme et de son profil dans le détail. On sait déjà que c’est une bonne nouvelle que cette rupture, même tardive, qui renforce le camp de ceux qui ne baissent pas l’échine face à Sarkozy. Mais restent les discussions sur le fond.

Dans l’immédiat, seul un « 4 pages » donne des indications (la plupart des citations ci-dessous en sont tirées). Dans la loi du genre, ce document mêle des propositions immédiates (qu’au NPA on appelle « plan d’urgence ») et des formules d’ambition plus générale. Dans ces conditions, les commentaires ci-dessous prennent le risque parfois de verser dans le procès d’intention. Que les militant-e-s du PG veuillent bien ne pas en prendre ombrage, il leur suffira alors de lever les malentendus. D’une manière plus générale, c’est ce qui explique le titre de cette contribution. Il y a de vraies demandes de clarification qui se posent à la lecture de ce court texte, et il y a ce qui m’apparaît (peut-être à tort donc) déjà comme des ambiguïtés. Puis il y a quelques certitudes qui résument l’essentiel des débats stratégiques qui, pour l’heure, séparent le NPA du PG.

Le positionnement écologique

Dès son lancement, le PG a tenu à se positionner clairement en faveur d’une « politique écologiste ». Ainsi le document du PG résume : « Il promeut une politique écologique basée sur un autre modèle de développement économique, social, environnemental à l’opposé du modèle productiviste…Nous affirmons l’urgence de changer rapidement les modes de consommation et de production forgés par le capitalisme. Nous nous prononçons pour une planification écologique au service d’un autre développement, d’un « alterdéveloppement ».

Malheureusement, on ne sort en rien des généralités en répétant ce qui relève désormais du tout venant de tous les discours des partis politiques, de gauche comme du centre et de la droite. Le PG est-il favorable aux conclusions du Grenelle de l’environnement, salué en son temps par le PS et aussi par le PC et les Verts ? Est il favorable en particulier à la marchandisation de l’air et à l’instauration de mécanismes capitalistes pour faire face à la crise écologique (taxe carbone par exemple) ? Le reste de son positionnement « altermondialiste » laisse supposer que non. Ça ira mieux en le disant. Mais si c’est dit, on voit mal comment, sur une question aussi décisive, l’alliance stratégique en cours avec le PCF pourrait ne pas en souffrir. De plus (et surtout) on ne sache pas que les camarades du PG aient une position nette sur le nucléaire. Sur France 24 Jean-Luc Mélenchon déclarait : « En France, nous avons un métro d’avance avec le nucléaire (même si le nucléaire pose des grands problèmes). Mais nous devons aussi faire deux choses : premièrement, sortir de la consommation du pétrole, et, deuxièmement, sortir du nucléaire ». Le « aussi » donne toute l’ambiguïté de la position. Dans un cas (« un métro d’avance ») le PG fait partie de la même famille que le PC, et le même mouvement l’éloigne pour le coup non seulement du NPA, mais de toute possibilité de prendre au sérieux les déclarations « écologistes » du nouveau parti. Dans l’autre (« sortir du nucléaire ») il rejoindrait le NPA sur une question décisive, mais s’éloignerait autant du PCF.

Le « dépassement du capitalisme »

Les porte-parole du PG ont multiplié les déclarations hostiles au système capitaliste. Déclarations bienvenues, mais qui demandent à être clarifiées. Il s’agit d’une question stratégique capitale : le PG est-il anticapitaliste au point d’en souhaiter le détruire ? Est-il partisan d’une société socialiste ? Dans le désastre que constitue l’évolution continue vers le centre du PS, on peut saluer à juste titre des déclarations qui sonnent fort contre le capitalisme. Mais ce n’est sans doute qu’un effet de miroir, et il n’est pas certain du tout que le positionnement réel du PG ne soit pas un pâle keynésianisme visant à endiguer le capital, ou, au maximum, au partage du pouvoir avec lui (la fameuse « économie mixte » alpha et oméga de la social-démocratie de l’après-guerre). Voilà ce qu’en dit le PG : « En affaiblissant les moyens publics d’intervention économique, de solidarité et de redistribution, il veut substituer le client au citoyen, le contrat à la loi, la différenciation des droits au principe d’égalité et aux exigences de l’intérêt général. Pour atteindre l’objectif d’émancipation que nous visons, nous ne pouvons ni accepter ce système, ni nous contenter de l’amender et de l’humaniser ; nous devons le dépasser et proposer un autre développement qui fixe de nouvelles limites à la sphère marchande, ouvre de nouvelles perspectives à la sphère publique, propose de nouvelles formes de propriété de l’entreprise plus démocratiques, transparentes et plus relocalisées. Nous voulons engager de manière urgente la profonde redistribution des revenus entre le capital et le travail ». Bien entendu beaucoup de ce qui est dit est partagé au NPA, puisqu’il s’agit par là de limiter la nocivité du capitalisme. Mais au-delà ? Peut-on réellement définir un « intérêt général » qui dépasse la lutte des classes (dont au demeurant, on ne prononce pas le terme) ? Faut-il « dépasser le capitalisme » (formule identique à ce qui se dit désormais au PCF) ou faut-il une rupture ? Les positions du PG sont, sur ce point, identiques à celles de Die Linke, présentées par Lafontaine lui-même comme celles d’une « vraie social-démocratie ». On ne peut pas se contenter de « nouvelles formes de propriété de l’entreprise plus démocratiques, transparentes et plus relocalisées , d’un nouveau partage capital-travail ». Il faut enlever la propriété aux grands capitalistes. Il est remarquable que les termes « classiques » du socialisme (« rupture avec le capitalisme », « nationalisation des grands moyens de production et d’échange », pourtant présents lors du Congrès d’Epinay du PS) ne soient pas utilisés. Sur ce point, décidemment, on ne peut pas classer le PG dans les anticapitalistes au sens commun du terme, qui signifierait non seulement qu’on en condamne les excès, mais les fondements mêmes. Peut-être le programme plus complet qui sera adopté en 2009 sera t-il plus précis. Mais il convient à ce point de se souvenir que Jean-Luc Mélenchon n’a pas trouvé justifié de voter contre la nouvelle déclaration de principes du PS (celle qui achève la conversion écrite à l’économie de marché et élimine toute référence aux classes et à leurs luttes). Il s’est abstenu. Et pas pour de médiocres raisons tactiques. Il n’a cessé de revendiquer au contraire combien cette abstention était justifiée sur le fond, sans se décider à juger ce qui l’emportait entre ce qu’il condamnait et ce qu’il approuvait, dans un texte pourtant éclatant de reniements.

Tout cela a sa traduction dans l’extraordinaire modération des mesures proposées dans ce paragraphe particulier, qui n’apparaît « radical » qu’à cause du tapage médiatique de la pensée unique libérale, si justement attaquée par Mélenchon. Mais que nos ennemis communs s’effarouchent de la moindre critique sérieuse du capitalisme ne conduit pas, dans un débat de fond, à ne pas prendre au sérieux les positions très classiquement social-démocrates du PG. Ainsi ce qu’il convient de discuter avec nos camarades ne sont pas d’abord les rythmes ou les moyens : mais le but lui-même. Le but est-il plus « réaliste » que le nôtre (qui serait « utopique » donc) ? On sent bien que l’espoir du PG est le retour de la politique de l’après-guerre, sans saisir ce que, dans l’histoire du capitalisme, ces années ont d’exceptionnel. Notre conception est que l’espace pour une telle politique qui laisserait intacts les rapports de production (au sens fort du terme) du capitalisme est désormais réduit à la portion congrue. L’ironie de ce débat est que les analyses sur la crise de la social-démocratie du sénateur Mélenchon lui-même fournissent nombre d’arguments en ce sens. Mais voilà : on peut poser les termes de l’analyse de manière correcte et se perdre volontairement dans la suite de la démonstration, par simple peur de la conclusion inévitable.

De l’Europe

S’il y a un thème qui agit comme un drapeau pour le PG, c’est bien la lutte contre l’Europe libérale, que nous avons menée en commun en 2005. Mais il y a une logique aux positions de fond adoptées, sur l’Europe aussi, soit que ces positions se situent dans la volonté de « dépasser » le capitalisme, soit, peut-être, que le PG cherche par avance à les rendre compatibles avec les positions du PCF (qui lui-même cherche à ne pas rompre de trop avec le PS, une chaîne mortifère sur laquelle je reviens ci-dessous), tout comme avec celles de Die Linke et du Parti de la Gauche Européenne (bien plus timorées). Voilà ce que dit le PG : « Nous voulons une réorientation profonde de l’Union européenne afin d’en faire un espace démocratique et social respectant la souveraineté populaire…Un processus démocratique doit enfin s’ouvrir pour permettre aux citoyens européens de faire prévaloir l’intérêt général ». C’est tout ? C’est tout. Certes il faut y ajouter le rejet du Traité de Lisbonne. Mais alors, et les autres traités ? Mais la sortie de l’OTAN (et pas seulement le refus de la domination US) ? Encore « l’intérêt général » ? Pas de Constituante ? Ce dernier point d’ailleurs est décisif. Le PG attire des souverainistes convaincus, hostiles évidemment à tout enracinement populaire, par en bas, à une entité dont ils réfutent le principe même. On ne peut pas lutter seulement contre la politique libérale actuelle de l’UE. Ce sont ses fondements mêmes qui sont libéraux. La seule issue pour aboutir à l’Europe sociale qu’on demande de concert, NPA et PG, est une mise à plat globale, donc une Constituante qui aura le loisir de dénoncer l’ensemble des bases constitutives de l’Union. Et cela non au nom d’un repli sur les frontières nationales, mais d’une ouverture internationaliste, européenne et mondiale.

Des élus et de leur cotisation

« La cotisation élu est fixée à : 20 % des indemnités d’élu. » annonce fièrement le texte du PG. Prenons l’exemple d’un député européen, pour ne fâcher personne. Indemnité mensuelle (brut) : 6.952,91 € ; indemnité mensuelle représentative de frais de mandat : 3.500 € brut ; indemnité journalière pour frais de bouche et de logement : 251 €. 20% de ceci, c’est pas mal. Mais à qui fera t-on admettre que le député en question a vraiment besoin des 80% restant ? Pourquoi ne pas prendre une règle simple : les élus sont rétribués au salaire moyen du pays. Le reste va au parti qui lui a permis d’être élu. Trop simple peut-être ?

De la République Sociale

Le chapeau qui coiffe ensemble l’appel à « l’intérêt général » (et non à la lutte de classes et à l’anticapitalisme) d’un côté, et de l’autre l’hésitation sur la profondeur de la révolution sociale et démocratique nécessaire en Europe, est ce qui fait le cœur de cible du PG, la « République Sociale ». Citations : « Nous voulons une refondation républicaine de la démocratie…Nous entendons rétablir la prééminence de la démocratie parlementaire à l’opposé de la logique présidentialiste, revaloriser la portée du suffrage universel et fonder une VIe République. Nous considérons que la défense et la promotion de l’égalité des droits se concentrent dans l’exigence intransigeante de la laïcité dans l’organisation républicaine de la société, ainsi que dans celle de l’égalité entre hommes et femmes. ». Dans l’histoire du pays, la référence à la République n’est pas vaine, certainement. Mais elle est et demeure ambiguë. La Montagne Jacobine dont Mélenchon se veut le successeur s’oppose à juste titre aux ancêtres de nos « libéraux », la Gironde. Mais la « prééminence de la démocratie parlementaire » que le PG revendique contre le présidentialisme (à juste titre) fut aussi, toujours, appelée à la rescousse contre toutes les révolutions, et pas plus tard qu’en juin 68. Faut-il rappeler que la Constitution de 1793 promulguait le « droit à l’insurrection », y compris contre l’Assemblée elle-même ? Certes l’ajout de « Sociale » à « République » n’est pas anecdotique. Mais ça dépend de quelle République on parle. Celle de la Commune de Paris (lancée elle aussi au nom de la République) n’est pas celle de Thiers (évidemment) mais pas plus celle de Clemenceau. Autrement dit, au-delà de la forme républicaine, c’est le contenu social et la forme d’organisation du pouvoir (d’en bas ou d’en haut ?) qui sont premiers. La République Française réellement existante, telle qu’elle s’est imposée depuis la Troisième République, est consubstantielle du libéralisme politique et économique, comme d’ailleurs du colonialisme et de l’impérialisme. Rompre avec le capitalisme, aujourd’hui, suppose inévitablement de rompre avec la forme politique qu’il s’est choisi pour asseoir sa domination.

« Intérêt général, intérêt du capital » était-il crié dans les années 70. C’est vrai ou non ? On peut objecter, à juste titre, que l’évolution du capitalisme dans la phase globalisée et néo-libérale abandonne même le drapeau fictif de « l’intérêt général » ; et que toute émancipation socialiste ne doit pas prendre en charge le seul l’intérêt du statut de prolétaire, mais doit viser à émanciper la société toute entière, donc prendre effectivement en charge un réel « intérêt général ». Certes. Mais cette objection ne prend son sens que si l’on choisit d’abord l’option de la non compatibilité constitutive des rapports de production capitalistes avec toute émancipation réelle et durable.

Les conséquences de ces débats sont immédiates. J’en donne trois exemples.

Que faire de la puissance militaire de la France ?

Sommes nous pour un abandon unilatéral de l’arme atomique ? Plus profondément encore, sommes nous pour la condamnation de l’impérialisme français, certes moins puissant en général que l’étasunien, mais pas pour les populations qui en subissent directement les effets ? Sommes nous pour le droit à l’autodétermination des colonies de la France ? Deuxième exemple, celui des « langues minoritaires » dont le droit à l’enseignement public a été combattu avec la dernière vigueur par Jean-Luc Mélenchon, allié pour l’occasion à des élus de droite. Question marginale ? Révélatrice en tout cas. La position de Jean-Luc Mélenchon est totalement opposée à l’héritage qui est le mien (et j’espère celui du NPA), celui de la Commune de Paris. Laquelle, on s’en souvient, au titre toujours de la république sociale appelait à en finir avec la « République une et indivisible » au nom d’une « Fédération de Communes », librement associées. Et qui, de plus, instaurait un droit de révocation des élus et une démocratie de base. Troisième exemple enfin, la question des étrangers. Des groupes issus du chevènementisme ont rallié le PG ou s’apprêtent à le faire. Et sur cette question, majeure, ils emportent avec eux l’hostilité au droit de vote des étrangers. On ne sait pas quelle sera la position du PG sur cette question. On sait en revanche que le sénateur Mélenchon s’est à plusieurs reprises prononcé en faveur de ce droit de vote, et n’a pas manqué une occasion de soutenir le combat de RESF. Et c’est tout à son honneur. Mais il y a une logique à sa position « républicaine ». Il ne peut pas pousser cette position humaniste jusqu’à ce qui serait indispensable : la régularisation de tous les papiers sans condition et surtout la libre circulation et d’installation de tout être humain, pour commencer en France et Europe. Franchement, comment mener une campagne européenne conséquente si, à la directive de la honte que nous combattons ensembles, on n’oppose pas la seule position qui soit cohérente ? Sinon, comment éviter l’infernale spirale du « contrôle », donc de la police et de la justice, si on interdit ces droits d’une manière ou d’une autre ?

De l’alliance avec le PS

Après tout ceci, la divergence bien connue du PG avec le NPA concernant un gouvernement avec le PS apparaît comme une conséquence presque normale. Voilà la position résumée du PG : « Le PG est un outil pour battre la droite et conquérir la majorité politique autour d’un programme républicain de dépassement de la logique capitaliste…La conquête du pouvoir d’Etat par le suffrage universel n’est efficace que si elle s’appuie sur des citoyens mobilisés et acteurs de leur propre changement…Le PG a vocation à devenir majoritaire et à prendre des responsabilités gouvernementales en s’appuyant sur une mobilisation massive, populaire et citoyenne. » Outre que le terme revient de « dépassement de la logique capitaliste » (mais comment même l’imaginer sans détruire la propriété privée des grands moyens de la production, autrement dit du capitalisme en majesté ?), on voit bien là que le PG n’a tiré aucune leçon sérieuse des expériences de l’Union de la Gauche et de la Gauche Plurielle. On attend toujours un bilan circonstancié de la participation de Jean-Luc Mélenchon au gouvernement d’une des principales puissances capitalistes et impérialistes, sous la direction de Lionel Jospin. Sera t-il « globalement positif » ? Une partie du débat entre nous est de portée historique, et touche à la priorité donnée aux mouvements de masse, extra institutionnels, ou à l’occupation des centres de pouvoir parlementaire pour qui veut aboutir à révolutionner le système. Mais dans la conjoncture, ce débat se double d’une esquive. Tout se passe comme si le problème à résoudre à gauche était né après 2002, avec l’accentuation du virage social-libéral des sommets de le gauche. Et que, partant, le retour aux années fastes où ceci ne s’était pas encore vérifié était la solution. Sans même discuter du fond de cette position, il y a là un paradoxe. Le départ de Mélenchon du PS s’est accompagné de l’affirmation juste, et répétée à l’envi, que « 80% du PS était acquis au social-libéralisme », que l’évolution du parti était irréversible, que Ségolène Royal y était victorieuse. On pourrait alors s’attendre à ce que le PG en tire les conséquences, sinon pour toutes les générations à venir, du moins en ce qui concerne ce parti là, dans cette période là, et en vienne à la conséquence inévitable : une alliance gouvernementale et parlementaire avec le PS tel qu’il est n’est pas envisageable. Mais c’est ce que le PG se refuse obstinément à dire, tout comme le PCF sur cette même question. Jusque dans les détails d’ailleurs. Dans « LibéToulouse », Jean-Christpohe Sellin au du PG affirme : « Toulouse n’a pas élu le Parti socialiste pour les municipales, mais une équipe de femmes et d’hommes de la gauche plurielle. Je reste donc au côté de Pierre Cohen pour mettre en œuvre les orientations de gauche choisies par ce peuple souverain ». On ne sache pas pourtant que le sort des toulousain-ne-s se soit un tant soit peu amélioré depuis la prise de fonction de la nouvelle équipe

Comme le NPA l’a indiqué à maintes reprises, ce n’est pas la question abstraite « gouvernement ou pas » qui est en discussion à gauche (comment un parti politique pourrait-il ne pas postuler à voir ses idées mises en œuvre ?) mais pourquoi gouverner, et donc avec qui.

Mélenchon s’abstenant sur la déclaration de principes du PS, voilà une position cohérente avec la volonté de gouverner à nouveau avec Aubry et Royal. Le PG y ajoute une petite musique qui consiste à laisser entendre : à condition que les rapports de force changent. Et s’ils ne changent pas ? La réponse est donnée par Die Linke qui gouverne déjà avec le SPD en position subordonnée à Berlin, et pour une politique libérale. Et elle est donnée par le PG lui-même qui n’a abandonné aucun des exécutifs régionaux ou de grandes villes en France, où pourtant le rapport de force ne lui est nulle part favorable. Dans ces conditions, tout au plus peut-on le créditer d’une volonté de rééquilibrage de ce rapport de force. L’histoire est sans fin : en 1981 l’argument avait déjà servi à un PCF bien plus puissant qu’aujourd’hui pour entrer dans le gouvernement de Mitterrand. Avec les résultats que l’on connaît, pour lui-même et pour les travailleurs de ce pays.

C) Sept mois après le texte de Samy Joshua, quel premier bilan tirer ?

30 juillet 2009

En attendant le congrès de fondation programmatique du PG (fin 2009) qui permettra de répondre plus précisément aux critiques de Samy Joshua, je voudrais seulement effectuer six courts points d’étape :

* le texte de Joshua contribuait à préparer effectivement un refus du NPA de participer à des listes communes pour les élections européennes avec le PCF et le PG

* la campagne et les résultats des européennes ont montré que le potentiel antilibéral anticapitaliste unitaire restait fort en France. Le NPA paraît en prendre conscience à présent. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

* Le texte de Samy Joshua analysait le PG comme une sorte de petit PS bis sur des bases politiques peu différentes de la social-démocratie avec un peu de maximalisme oral en plus. La seule activité politique du PG sur sept mois a montré à mon avis qu’il se trompait tant sur les questions internationales (Amérique latine en particulier) qu’européennes (participation au Groupe de la GUE au Parlement européen) et nationales (listes communes probables pour les régionales avec le PCF, le NPA, GU...).

* Le positionnement du PG sur le champ politique depuis sept mois ne peut être analysé indépendamment de son programme. Le choix de sortie du PS représente nécessairement un choix stratégique aux conséquences programmatiques inéluctables, au moins pour plusieurs années.

* Samy Joshua voyait plus le PG comme une sorte de nouveau MRC que comme une force nouvelle dans le champ de la gauche radicale, de l’autre gauche. Il sous-estimait la possibilité de construire un parti creuset unissant des forces venues à la fois de PRS, des CUAL, du MRC, de la gauche des Verts dans un contexte où ni le PCF, ni le NPA ne s’étaient positionnés pour les attirer sur leur projet dans de bonnes conditions.

* Pour son "remue méninges" fin août 2009 à Clermont Ferrand, le PG va lancer la préparation de son congrès de fondation programmatique. Bien des points abordés par Samy Joshua vont venir en discussion. Je préfère ne pas anticiper sur le contenu définitif.

Jacques Serieys

D) Parti de Gauche : le difficile passage de l’antilibéralisme à l’anticapitalisme (nouveau texte de Samy Johsua daté du vendredi 18 septembre 2009)

Lors de son congrès constitutif, le Parti de Gauche (PG) a adopté une résolution «  Pour une autre Europe  », qui fixe le cadre politique de sa campagne pour les élections européennes. Ce document développe les thèmes principaux de l’antilibéralisme… et s’en tient là, sans avancer aucune mesure s’attaquant à la logique du profit et à la propriété privée des grands groupes capitalistes.

Bien loin des timidités de la gauche du PS (Emmanuelli et Hamon), et même du PCF, le PG déroule la cohérence des mesures proposées en vue d’une rupture avec le néolibéralisme. Tous les aspects sont abordés, salariaux, financiers, institutionnels. «  L’Europe de l’emploi que nous voulons favorisera une relance de l’activité économique par l’augmentation des salaires et des investissements publics pour une croissance socialement utile, écologiquement responsable, créatrice d’emploi  »  ; «  instauration de l’obligation d’un salaire minimum interprofessionnel dans chaque pays de l’UE en fonction du niveau de richesse par habitant. Une procédure de convergence vers le haut sera établie  »  ; «  à cet effet, le pacte de stabilité sera dénoncé et il sera mis fin à l’indépendance de la banque centrale européenne, dont les statuts et les missions seront révisés  ». La lutte contre le dumping fiscal et la suppression de toutes les directives type Bolkestein sont présentées comme centrales. La défense et le développement des services publics sont l’un des socles du programme.

Le PG engage aussi un approfondissement de son option écologique, avec la demande d’un moratoire sur les OGM et le refus des procédures de marchandisation de l’air notamment. On peut noter une certaine timidité sur le nucléaire, terrain sur lequel on sent que si le PG se prononce pour la sortie de cette forme d’énergie, il imagine cette évolution comme particulièrement lente («  planification d’une sortie progressive et réfléchie des énergies polluantes et productrices de gaz à effet de serre et du nucléaire  »).

Sur tous ces thèmes donc, qui ont fait la base des combats antilibéraux de la dernière décennie en Europe, le PG se situe sur l’option radicale, qui impliquerait déjà une rupture profonde avec les politiques suivies jusqu’ici par les libéraux. Il n’y a pas de doute non plus que leur mise en œuvre exigerait un bouleversement du rapport de forces et qu’elle constituerait un progrès sensible par rapport à la situation actuelle.

Une vision datée, d’où l’anticapitalisme est absent

D’où vient alors le sentiment que ce discours, radical sur son terrain, apparaît singulièrement décalé par rapport aux nécessités de l’heure  ? C’est qu’à l’évidence, le PG ne semble pas prendre la mesure de la gravité de la crise du capitalisme. Dès la première phrase, on en a la certitude. Le PG affirme  : «  la crise du capitalisme mondial est un révélateur impitoyable  : l’Union Européenne devrait être la solution, elle est le problème  ». Formule étonnante  : ce n’est pas le capitalisme qui pose problème, mais seulement l’UE libérale  ! Bien sûr, l’Union européenne fait partie du problème, mais il ne s’y résume pas. Pour le PG, tout se passe cependant comme si c’était le néolibéralisme qui était à la source de la crise capitaliste. Mais si son rôle est évident dans les mécanismes précis du déclenchement de celle-ci, il est tout aussi indéniable que cette option des classes dirigeantes était venue en réponse à un état de crise survenu déjà dans les années 1970, lorsque s’était manifestée une baisse sensible des taux de profit.

Surtout – et c’est ce qui importe en premier – la lecture de la résolution du PG confirme que, pour ces camarades, la solution aux problèmes actuels doit et peut être trouvée dans le retour aux politiques «  keynésiennes  » de «  l’État-providence  ». D’où la curieuse impression passéiste qui ressort de cette résolution. D’où aussi la timidité des solutions proposées aux problèmes pourtant les plus cruciaux, comme celui des licenciements. Voilà ce qu’en dit le PG  : «  une réduction simultanée du temps de travail permettra de créer des emplois, tandis que des dispositifs seront instaurés contre les licenciements collectifs et les délocalisations  »  ; «  socle minimal européen de protection contre les licenciements collectifs  : l’obligation sera affirmée de négocier, sur des propositions alternatives, avec les représentantes et représentants des travailleurs qui disposeront d’un droit de veto suspensif  ». Au-delà de la portée inévitablement trop limitée de telles mesures, elles sont révélatrices d’une donnée centrale du texte  : le PG ne propose aucune mesure proprement anticapitaliste, où le droit de propriété des grands moyens de production et financiers serait mis en cause.

Dans la plus pure lignée «  antilibérale  », il s’agit seulement d’en limiter les effets, des les encadrer par la puissance publique et, au mieux, de doter celle-ci de moyens concurrents (comme un pôle public financier). Or, toute l’expérience des années 1980 montre que le statut public ne protège nullement des mécanismes capitalistes plus globaux tant que le pouvoir des actionnaires continue de faire la loi. Pourtant, le PG n’envisage aucune nationalisation (ou «  européanisation  »), aucune expropriation. Rien n’est même dit sur le devenir des dizaines de banques désormais sous perfusion publique. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la liaison avec le combat interne à la France soit si peu abordé, et avec une formule des plus vagues («  cette élection sera donc aussi l’occasion de dire Non à Nicolas Sarkozy et à sa politique et de dire Oui à une politique de gauche  »).

Des ambiguïtés

Sur d’autres terrains, des clarifications seraient nécessaires. Ici on se dit favorable à la sortie de l’OTAN, là on «  s’émancipera du cadre de l’OTAN  ». On se déclare hostile à la directive de la honte contre les immigrés, contre «  les politiques européennes de fermeture des frontières  », mais sans aller jusqu’à la conclusion logique qui serait la liberté de circulation et d’installation. On se prononce pour «  le retrait des troupes françaises d’Afghanistan  », mais il n’y a pas un mot sur la rupture des liens privilégiés avec l’État d’Israël (la Palestine est la grande absente du texte).

Un débat stratégique central

Mais le principal débat stratégique est ailleurs. D’une manière honnête et très intéressante, le PG aborde la question de la possibilité de faire avancer ses exigences. Il se déclare en faveur d’un «  processus constituant  », sans pour autant trancher entre un «  nouveau traité préparé par les gouvernements et nourri par des propositions du parlement européen et des parlements nationaux  », et la «  désignation au suffrage universel, après un large débat populaire dans chaque pays, d’une assemblée constituante  ». Là, le questionnement devient brûlant. Par quel miracle les «  gouvernements  » s’engageraient-ils dans cette voie  ? La réponse est connue, par la nécessaire mobilisation citoyenne. Mais si celle-ci se présente, pourquoi ne pas aller jusqu’à une Constituante  ?

C’est que le PG hésite. Il aimerait bien que des étapes «  réalistes  » se présentent sur la voie de ce qu’il dit être indispensable, comme «  sortir du cadre des traités existants  ». Mais «  toute possibilité de mettre en œuvre une politique de transformation dans notre pays et d’agir pour commencer à changer l’Europe est-elle interdite sans la refondation globale préalable des traités  ? Poser ainsi la question risque de déboucher sur deux impasses  : d’une part, réclamer cette refondation globale et, en attendant de l’avoir obtenue, se soumettre aux règles en vigueur  ; d’autre part, faute d’espérer obtenir une telle refondation à un horizon prévisible, considérer qu’il n’est d’autre issue que de sortir de l’Union Européenne. Dans le premier cas, c’est la politique de transformation sociale dans notre pays qui serait sacrifiée  ; dans le second, c’est un message de repli national dangereux qui serait envoyé dans un contexte de crise globale propice aux tensions internationales (…) Pour dépasser cette alternative binaire improductive, un gouvernement de gauche digne de ce nom combinera bataille politique pour une refondation globale fondée sur de nouveaux traités et ruptures partielles sur des questions jugées vitales pour la transformation sociale.  »

Sauf que l’expérience montre que partant comme ceci, on en vient vite à ce que les «  ruptures partielles  » envisagées soient particulièrement timorées. Le texte, significativement donne comme exemple celles du gouvernement de Gordon Brown… C’est là que l’on boucle sur la «  révolution par les urnes  » avancée par Jean-Luc Mélenchon. Celle-ci, par définition, ne modifierait pas le cadre institutionnel qui l’aurait rendue possible. Cadre duquel il faudrait s’accommoder, comme d’habitude, au nom du réalisme. Sauf à compter sur une mobilisation populaire extra-parlementaire à la mesure de la rupture souhaitée et qui deviendrait dès lors la donnée fondamentale. Mais si c’est le cas, que reste t-il de la «  révolution par les urnes  »  ?


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