L’Espagne dans les années 1960 1968

jeudi 13 septembre 2018.
 

A) Les Commissions Ouvrières face au franquisme

En 1936, des élections législatives ont porté le Frente Popular au gouvernement.

Cependant, les milieux profondément arriérés et conservateurs (dans l’économie, l’armée, l’Eglise...) ne veulent rien changer des traditions féodales espagnoles. Aussi, ils déclenchent rapidement un coup d’état militaire.

Dans un contexte de montée des aspirations populaires, le coup d’état échoue dans de nombreuses grandes villes et provinces. Grâce à l’aide d’Hitler, de Mussolini et de Salazar, les golpistes provoquent une guerre civile extrêmement meurtrière, qu’ils gagnent finalement au début de l’année 1939.

Le franquisme n’est pas seulement l’héritier de la "Grande Espagne" du siècle d’or. Comme tous les autres fascismes, il a pour but premier d’écraser le mouvement ouvrier pour permettre un profit capitaliste maximum. Ainsi, la Constitution espagnole interdit la grève et la définit comme un crime d’insurrection contre l’Etat, relevant de la justice militaire. Les salariés essayant de défendre leurs collègues sont licenciés, emprisonnés, fusillés. Des "syndicats" verticaux comprenant les patrons sont parallèlement mis en place par le pouvoir dirigés par des entrepreneurs et complices du pouvoir.

La première grève de masse éclate cependant en 1947 parmi les métallurgistes de Biscaye (pays basque). Un nouveau mouvement social se développe en 1951 touchant aussi Barcelone et Madrid. Durant les années 1950, les grèves sont animées par des Commissions ouvrières spontanées qui généralement disparaissent après la lutte. La plus connue s’est constituée dans les Asturies (mine La Camocha, Gijon) en 1957 à l’occasion d’une grève.

Au cours des années 1960, les Commissions Ouvrières se centralisent peu à peu en un mouvement syndical organisé. Sa permanence peut être datée de 1964, sa représentativité nationale de 1966. Cependant, la répression franquiste est terrible (9000 syndicalistes condamnés par des tribunaux militaires).

Un telle coercition de la population dans des rênes fascistes entre en contradiction avec le développement économique des Trente Glorieuses (dont le « miracle économique espagnol), de forts investissements étrangers, un tourisme en expansion et des évolutions sociétales rapides dans les pays européens voisins.

Lorsque les mineurs d’Asturies se mettent en grève fin avril 1962, ils bénéficient rapidement du soutien d’autres branches ouvrières (métallurgie, construction navale, « péones » des grands domaines agricoles, travailleurs des vignobles...) , d’autres provinces (Pays basque, Leon...) et d’autres villes (Barcelone, Cordoue...). Le gouvernement de Madrid est obligé de céder après 60 jours de grève, doublant le salaire de base.

23 avril 1962 : la révolte des mineurs d’Asturies

Au cours de ce mouvement naissent les célèbres Commissions Ouvrières dont l’ancrage essentiellement local, entreprise par entreprise, ville par ville, va permettre de contourner l’interdiction des syndicats autonomes du régime et s’adapter à des contextes variables.

B) Le mouvement étudiant

Dès sa victoire, le national-catholicisme franquiste voulut imposer sa loi sans partage à l’université. Une majorité d’enseignants fut fusillée ou obligée de s’exiler. Les étudiants ne peuvent lutter, même sur de petites revendications démocratiques sans risquer des peines sévères.

Dès le début des années 1960, se fait jour un nouveau climat social dans les universités. Les étudiants obtiennent le droit d’élire des délégués ; nombreux sont ceux qui se mobilisent en soutien de la grève des mineurs asturiens.

Des groupes clandestins se forment comme la FUDE (Federación Universitaria Democrática Española), particulièrement sur Barcelone et Madrid. Dans plusieurs universités, les délégués étudiants se placent en rupture du syndicat officiel (1963 1964).

La jeunesse étudiante espagnole n’est pas coupée des phénomènes mondiaux généralement nommés "Mouvements jeunes". Cependant, subissant une répression bien plus forte qu’ailleurs en Europe, son histoire est très différente, avec une place décisive des revendications démocratiques fondamentales.

Dès 1964, les groupes étudiants analysent le lien entre leur lutte pour conquérir des libertés et le contexte national dictatorial. 1161 intellectuels envoient une lettre ouverte au ministre du tourisme et de l’information contre la répression des ouvriers et étudiants.

L’Université de Barcelone apparaît comme l’avant garde du mouvement démocratique et social contre le franquisme. En 1965, la Coordination des Délégués de cette université se constitue en Assemblée Libre de District dont le fonctionnement en assemblée générale présente un caractère démocratique évident. Le régime franquiste réagit selon sa nature qui reste encore fasciste au milieu des années 1960, c’est à dire :

- par la répression, retrait des droits à l’enseignement universitaire, centaines d’emprisonnement...

- par une propagande politique de masse contre le complot "judéo- communiste- maçonnique".

En mars 1966 est créé le " Sindicato Democrático de Estudiantes Universitarios en Barcelona". Il va s’étendre à d’autres facultés.

A partir de 1967, le franquisme opte pour une surveillance et une répression de masse en milieu étudiant. La Présence des Forces d’Ordre Public est quotidienne dans les universités de Barcelone et Madrid. Des policiers de la brigade "politico-sociale" infiltrent les organisations, des délateurs sont présents jusque dans les cours.

C) Le long mai 68 dans l’État espagnol

Pour accéder à cette partie C, cliquer sur le titre C ci-dessus.

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