Les années 1968 (1965 à 1975), une période révolutionnaire

dimanche 19 août 2018.
 

A) 1965 1975 Une période révolutionnaire

L’histoire connaît des époques où les gens veulent prendre leur présent et leur avenir en mains. Ces années-là sont généralement caractérisées de périodes révolutionnaires. Tel est le cas de 1965 à 1975.

Cycle politique, période révolutionnaire et non révolutionnaire

Les trois périodes révolutionnaires précédentes les plus connues sont :

De 1773 à 1802, longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire

Les années 1848

La période révolutionnaire 1917-1927

Dès 1965, j’avais pris connaissance de textes de la Quatrième internationale caractérisant la période comme marquée par une montée révolutionnaire mondiale. Ce cadre d’analyse m’avait aidé à bâtir une compréhension d’ensemble des nombreux mouvements qui allaient se développer dans les années suivantes sur tous les continents.

En 1966, les prémices d’une Tricontinentale antiimpérialiste ont apporté une concrétisation parmi d’autres :

Tricontinentale : Ensemble pour changer le monde

Peuples d’Afrique, Asie et Amérique latine : Les espoirs frustrés de la Tricontinentale, fondée en 1966

La mouvance altermondialiste et forces issues de 68 a prolongé jusqu’à aujourd’hui ce même type d’analyse :

1968 : aux frontières de la rupture (par Adolfo Gilly)

1968 : un « moment global », l’engagement d’une génération militante

Mai 68 dans le monde. Une déferlante commune au-delà des spécificités nationales. Une période révolutionnaire (texte de 2018)

B) Les années 1968 dans le monde (aperçu)

Il serait trop long d’établir une liste de tous les pays touchés par des mouvements contestataires significatifs durant cette période. Voici seulement quelques liens :

Etats Unis :

21 octobre 1967 : La manifestation contre la guerre du Vietnam devant le Pentagone, un symbole de la radicalisation de la jeunesse entre 1966 et 1968

23 avril 1968 Occupation de Columbia par le Students for a Democratic Society (SDS)

Japon

19 janvier 1968 : Les manifestants Zengakuren (Japon) marchent sur le porte-avions US Enterprise. Leur action a un impact mondial

Japon – 1968 et après

Pologne

Pologne : mouvement contestataire du 8 au 31 mars 1968 (Karol MODZELEWSKI)

Pologne, 1968

Sénégal

Le Mai 68 du Sénégal

Tchécoslovaquie

Printemps de Prague 5 janvier au 21 août 1968

Premier Mai 68 à Prague : « Le socialisme démocratique en marche... »

Espagne

Le long mai 68 dans l’État espagnol

Yougoslavie

Juin 1968 yougoslave : la « bourgeoisie rouge » dénoncée

Asie orientale

Marxisme(s), révolutions et tiers monde : réflexions sur les expériences d’Asie orientale - Un cheminement la génération militante du Mai 68 français (par Pierre Rousset)

Egypte

Mai 68 Quand les étudiants égyptiens se sont révoltés contre la dictature de Nasser

C) Une dynamique mondiale cassée par la puissance militaire US

Nous n’étions pas les seuls à avoir compris que nous entrions dans une période :

- de forte activité, radicalité des peuples épuisés par la rapacité des multinationales

- et même une période de conscientisation d’une avant-garde.

Confrontés à la progression d’une gauche anticapitaliste dans de nombreux pays, les USA et leurs alliés ont fait le même choix que dans les périodes précédentes, à savoir une guerre intelligente et systématique pour perdre le moins de terrain possible puis contrattaquer. L’URSS a adopté la même attitude vis à vis de ses propres contestataires.

Six types de répression peuvent être distingués :

- C1) L’engagement habituel des forces de l’ordre

Cet engagement s’opère avec une dureté qui entraîne des blessés (environ 2000 en France) et des morts dont cinq en France :

- Philippe Mathérion, 26 ans, blessé par des éclats de grenade offensive le 24 mai sur la barricade de la rue des Écoles à Paris.

- d’un jeune tué le 30 mai dans le Calvados lorsque les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles

- du lycéen Gilles Tautin, 17 ans, mort noyé dans la Seine en tentant d’échapper à une charge de gendarmes mobiles à Meulan.

- de deux ouvriers de Peugeot Sochaux tué le 11 juin lors de la prise de l’usine par les CRS : Pierre Beylot, 24 ans, tué d’une balle de 9 mm (plusieurs ouvriers sont touchés par balle) et Henri Blanchet, 49 ans, suite à un tir de grenade offensive.

Durant toute la période et jusqu’en 1975, les exemples de violences policières sont nombreux :

9 février 1971 Richard Deshayes défiguré, Gilles Guiot emprisonné

Affaire Jaubert Exemple de tabassage policier gratuit dans les années 1968

C2) La déstabilisation sanglante dans des pays où le mouvement risque de déboucher socialement et politiquement

Tel est le cas de l’Italie pour laquelle nous savons que les USA et des alliés européens avaient planifié différents niveaux d’intervention.

12 décembre 1969 Attentat de Milan. Quand la police et la justice initient et protègent les attentats assassins néofascistes

Gladio : la guerre secrète des États-Unis pour subvertir la démocratie italienne

L’Etat italien a utilisé la torture contre la gauche anticapitaliste après 1968

- C3 les assassinats de dirigeants, souvent suite à des campagnes haineuses de la part de la presse aux mains des milliardaires.

Le meurtre de ce type le plus connu est celui du leader tiers-mondiste Mehdi Ben Barka. Au moment de son enlèvement près de la Brasserie Lipp à Paris, le 25 octobre 1965, ce leader d’opposition marocaine en exil présidait le comité préparatoire de la Conférence de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui devait rassembler en janvier 1966 à La Havane de nombreuses organisations anti-impérialistes du tiers monde, en lutte contre l’impérialisme américain au Vietnam, en République dominicaine et ailleurs. Il était donc une cible désignée non seulement des services secrets de son pays, mais aussi de ceux des pays du « monde libre » engagés dans la lutte contre les mouvements de libération (particulièrement Israël).

29 octobre 1965 Mehdi Ben Barka assassiné par Hassan 2, Israël, la CIA et le gaullisme

Le Mossad et l’assassinat de Mehdi Ben Barka en 1965

C4) La déstabilisation puis le coup d’état militaire dans les pays où les élections ont validé un gouvernement progressiste

Le Chili fournit un exemple évident

- de la détermination sans faille des USA :

[11 septembre 1973 au Chili : Chronique d’une tragédie organisée au Pentagone

- à empêcher l’entrée en fonction de Salvador Allende après son élection

- Les USA voulaient empêcher Allende élu d’entrer en fonctions comme président du Chili (1970)

- à empêcher ce président et son gouvernement de diriger le pays

- enfin à réussir un coup d’état militaire, les autres stratégies s’étant avérées insuffisantes

11 septembre 1973 au Chili : Récit du coup d’Etat minute après minute

11 septembre 1973 "Je paierai de ma vie la loyauté du peuple" (Salvador Allende)

C5) Ecrasement militaire des mouvements contestataires

Dès 1966, les USA montrent jusqu’où ils peuvent aller face à une grève ouvrière. Ils s’entendent avec le gouvernement bolivien pour engager l’aviation et écraser sous les bombes les villes de mineurs en grève.

Face aux jeunes, la même tactique a été par exemple suivie au Mexique lors du massacre prémédité de la place Tlatelolco à Mexico :

- 2 octobre 1968 au Mexique : les mitrailleuses fauchent 6000 étudiants et lycéens

- 12 au 27 octobre 1968 Jeux Olympiques de Mexico, du sang, des symboles et des champions

C6) Le génocide de la gauche et des milieux progressistes en s’appuyant sur des forces réactionnaires, généralement religieuses

Tel est le cas de l’Indonésie qui nous tant marqué lorsqu’il s(est produit, la CIA ayant lancé les islamistes dans le viol, le meurtre, le pillage des familles "progressistes" au sens large (simplement laïques par exemple).

Indonésie : colonisation, Soekarno, génocide de 1965


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