L’Affaire Dreyfus éclate publiquement au cours du procès d’Emile Zola (7 au 22 février 1898)

mercredi 15 novembre 2017.
 

Rappels sur six étapes de l’affaire

1) Une campagne de la presse de droite provoque une erreur judiciaire

L’Etat-major de l’armée française a la conviction, grâce à une lettre saisie qu’un officier trahit au service de l’Allemagne. Les soupçons se portent sur le capitaine Alfred Dreyfus. Il existe une certaine similitude dans les écritures ; surtout, il est juif à une époque où l’antisémitisme pèse parmi les gradés.

Les présomptions sont faibles. Mais une campagne de presse, lancée par les journaux nationalistes, fait traduire Dreyfus devant un tribunal militaire en décembre 1894. Celui-ci est condamné, pour trahison, à la dégradation et à la déportation perpétuelle dans un bagne.

22 décembre 1894 : Le capitaine Dreyfus est condamné à la dégradation et à la déportation

2) L’affaire devient politique

Les proches du condamné cherchent à faire réviser le procès. Ils trouvent un allié dans la personne du colonel Picquart ; celui-ci a découvert, grâce à un télégramme, que le coupable est un officier endetté : Esterhazy.

Mais l’Etat-Major refuse de reconnaître son erreur, estimant que l’honneur de l’armée est en jeu. Picquart est éloigné. Le commandant Henry confectionne un faux qui accable Dreyfus.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola, dans une violente Lettre ouverte intitulée "J’accuse", met en cause l’armée et les hommes politiques qui la couvrent.

Le 15 janvier 1898, le quotidien Le Temps publie une pétition réclamant la révision du procès. Y figurent les noms d’Émile Zola, Anatole France, Émile Duclaux, le directeur de l’Institut pasteur, Daniel Halévy, Fernand Gregh, Félix Fénéon, Marcel Proust, Lucien Herr, Charles Andler, Victor Bérard, François Simiand, Georges Sorel, puis le peintre Claude Monet, l’écrivain Jules Renard, le philosophe Émile Durkheim, l’historien Gabriel Monod...

La presse de droite se lance dans une campagne anti-intellectuels.

3) Le procès Zola

La presse nationaliste mène une campagne haineuse contre Zola qui doit être protégé lors de ses sorties du tribunal face à des meutes haineuses. Mais l’avocat de Zola fait citer environ deux cents témoins. Les journaux rendent compte des débats de façon détaillée. L’opinion publique commence à être informée, à prendre parti.

Ce procès est resté célèbre par la détermination du président du tribunal qui refuse de voir abordée la condamnation de Dreyfus, s’en tenant seulement à l’accusation de diffamation envers une autorité publique. Sa phrase « la question ne sera pas posée », répétée des dizaines de fois, devient célèbre.

Finalement, Zola est condamné à la peine maximale : un an de prison et 3 000 francs d’amende. L’écrivain Jules Renard (auteur de Poil de carotte) écrit au soir de la condamnation de Zola : "« À partir de ce soir, je tiens à la République, qui m’inspire un respect, une tendresse que je ne me connaissais pas. Je déclare que le mot Justice est le plus beau de la langue des hommes, et qu’il faut pleurer si les hommes ne le comprennent plus".

4) Une grande partie des Français se partage en deux camps

Ce procès Zola coupe la France en deux, dreyfusards d’un côté, antidreyfusards de l’autre.

Les dreyfusards veulent faire réviser le procès. Ils défendent les droits de la vérité et de la justice comme supérieurs à la raison d’état. La Ligue pour la défense des droits de l’homme est créée. Les "intellectuels" se sont lancés les premiers ; socialistes avec Jaurès et radicaux avec Clémenceau les rejoignent. La défense de Dreyfus va s’accompagner de plus en plus d’antimilitarisme et d’anticléricalisme.

En face, les anti-dreyfusards ont d’abord pour eux le nombre et les moyens ; la presse leur est largement acquise. A leurs yeux, l’ordre public et l’honneur de l’armée passent avant toute autre considération. L’Académie française, la communauté catholique et les nationalistes d’extrême droite (Ligue de la patrie française) les soutiennent.

Des familles se déchirent, des amis ne se parlent plus ; à nouveau la France se divise en deux blocs antagoniques droite contre gauche même si quelques individus et groupes de chaque camp adoptent une position indépendante.

5) L’affaire menace puis fait tomber le gouvernement

Suite à un fait nouveau, il est prouvé que le commandant Henry a fabriqué un faux ; la révision du procès s’impose. Dreyfus est traduit devant un nouveau tribunal militaire.

Les anti-dreyfusards lancent alors une violente campagne d’agitation. Ils tentent de débaucher une caserne, insultent le président de la République, songent à renverser le régime.

Devant ces menaces, une partie des républicains de gouvernement rompt avec la droite et suit Waldeck Rousseau qui constitue un gouvernement de défense républicaine comprenant les radicaux avec soutien des socialistes.

6) Les conséquences de l’affaire Dreyfus

La révision du procès prend l’allure d’une victoire républicaine sur la réaction conservatrice. Elle précipite le retour à une "République militante", prépare la création du Bloc des gauches et sa victoire (1902) ainsi que la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Deux forces politiques se renforcent :

* d’une part les socialistes qui ne cessent de gagner des adhérents, des voix, une implantation ouvrière.

* d’autre part les nationalistes qui se radicalisent sous l’influence de l’Action française, mouvement monarchiste, clérical, antiparlementaire et antisémite.

Quant à Dreyfus, il sera à nouveau condamné par un tribunal militaire en 1899 avant d’être réhabilité en 1906.


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